La petite danseuse de quatorze ans de Camille Laurens

10.11
2017
cop. Stock

cop. Stock

A l’époque, « La petite danseuse de quatorze ans » d’Edgar Degas provoqua le scandale. De nos jours, on l’admire dans le monde entier mais du modèle, on ignore tout. Camille Laurens répare dans cet essai ce tort, en heurtant au passage à notre tour notre sensibilité. Car ce qui choqua les contemporains de Degas, en 1880, c’est que le sculpteur avait choisi un sujet trivial, pire obscène, puisque ce modèle, comme la majorité des petits rats de l’opéra, travaillait pour ramener de l’argent à sa mère, en dansant, en posant et en badinant avec les vieux monsieurs, leurs protecteurs, dans les coulisses de l’opéra. On est bien loin de l’image idyllique des petites danseuses actuelles en tutu blanc : celles de l’époque sont déjà de vulgaires prostituées passés onze ans, vendues par leur mère pour pouvoir survivre, les enfants des classes populaires travaillant à l’époque, et ce qu’on appelle aujourd’hui pédophilie n’étant pas alors considéré comme un crime. On fermait pudiquement les yeux sur ces abus sexuels… jusqu’à ce que Edgar Degas expose au grand jour, comme une oeuvre d’art, cette fillette nue de cire qu’il revêt de véritables vêtements.

Un essai intéressant, mais qui finalement brode surtout autour de ce qui a pu être publié sur le sujet. Un article de Télérama s’y était attardé encore récemment, en avril 2015. Peut-être d’ailleurs aura-t-il déclenché l’envie d’en faire un livre…

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

Vaïana : La légende du bout du monde

09.11
2017

VaianaPour la fiche technique et le synopsis, on pourra se reporter à l’article Wikipédia sur ce 137e long-métrage d’animation des studios Disney, sorti en 2016 et réalisé par Ron Clements et John Musker.

Nous voici donc cette fois en Polynésie. Il s’agit une fois de plus d’une héroïne (Manne mercantile des produits dérivés ? Public de petites filles plus lucratif ?). Les différents auteurs de Wikipédia se sont prononcés dans l’article sur les sources d’inspiration du scénario, resté plus ou moins fidèle aux mythes polynésiens.

Revenons pour ma part au message véhiculé et au modèle donné aux enfants : il est dommage qu’il s’agisse ENCORE d’une princesse (une fille de chef). Cela aurait tout aussi bien pu être une jeune fille du clan, sans qu’il y ait toujours une relation monarchique, cette supériorité hiérarchique uniquement basée sur une transmission par  lien de parenté. La jeune fille apparait comme intelligente, rusée, sportive, sans qu’on insiste lourdement sur sa beauté, ce qui est louable. Elle finit par triompher de sa mission de réparation du mal causé à Dame nature, l’île déesse, avec l’aide du demi-dieu, sans qu’il lui fasse trop d’ombre et sans qu’il y ait encore une énième amourette, ce qui est bien aussi.

Une histoire somme toute distrayante, sans plus.

La dernière fois où j’ai eu un corps de Christophe Fourvel

03.11
2017
cop. Natalie Lamotte / les éditions du chemin de fer

cop. Natalie Lamotte / les éditions du chemin de fer

« La dernière fois où j’ai eu un corps, c’était à Elbasan, sous le pont où l’oncle Sazan m’avait emmenée pêcher des écrevisses. » (incipit)

 La dernière fois où j’ai eu un corps est le récit d’une jeune Albanaise, d’abord violée par son oncle puis droguée et donnée à ses amis par son petit ami Marco, qui la vendra juste après, lui faisant passer les frontières en camion jusqu’aux trottoirs français. Jamais elle n’entre dans le détail scabreux, tout au plus elle mentionne cette fameuse nuit, dans cette chambre rouge garance, où elle a perdu le compte à partir du vingtième homme et où il semblerait que 79 lui soient passés sur le corps…

Ce monologue est terrible, terrible : « On n’apprend pas à empiler autant de mauvaises choses », dit-elle. Pour elle, c’est comme si elle était morte, son sexe le premier d’ailleurs. Seuls ses pieds aux ongles vernis, protégés par des cuissardes qu’elle ne quitte pas, survivent, dernier bastion de son intimité. Les bites, dans sa langue à elle, pas sa langue maternelle, sa « langue pourrie », sont des « charlatans », et le sourire de Saïda, c’est celui qu’elle offre systématiquement au client à la fin de son affaire. Christophe Fourvel nous livre là une poésie d’une noirceur sans fond, sans une étincelle d’espoir.

Isadora de Julie Birmant et Clément Oubrerie

01.11
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

Second volet du biopic sur Isadora Duncan, suite du si mal nommé (stratégiquement) « Il était une fois dans l’est », Isadora ferme le diptyque de la vie tragique de cette immense danseuse, un peu cinglée, nostalgique des temps révolus de la Grèce antique.

Dans cette seconde partie, sa relation avec Serge Essenine, poète russe, semble plus lui peser que compter comme un atout dans sa carrière. Julie Brimant choisit de ne pas s’attarder sur l’épisode tragique de la mort de ses deux enfants noyés, qui la hante, ni sur son ingratitude envers Loïe Fuller, qui lui permet d’accéder à la renommée en lui faisant bénéficier de son réseau.  Elle la fait fuir sa famille passablement frappée, qui choisit de revivre comme aux calendes grecques, alors qu’elle est aussi obsédée par ces temps révolus, si ce n’est davantage encore, montant une école. Bref je ne suis pas sortie convaincue de cette lecture, puisque je m’étais faite une toute autre idée de cette célèbre danseuse !

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

Le joueur d’échecs de David Sala (d’après Zweig)

27.10
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

New-York 1941 : embarquement à bord d’un paquebot pour Buenos Aires. Mirko Czentovic, champion du monde d’échecs, monte à bord. Dès son plus jeune âge, il a excellé exclusivement dans ce jeu. Le narrateur, piqué par la curiosité, fait en sorte que le richissime Mc Connor paie le champion pour jouer une partie contre eux. Mirko, bouffi d’orgueil, commence à les battre à plate couture jusqu’à ce qu’un homme intervienne, semblant connaitre toutes les configurations par coeur. Quand, à la fin de la partie, Mc Connor propose à l’inconnu de jouer seul contre le champion, ce dernier prend peur, disant que cela fait 25 ans qu’il n’a plus touché aux échecs, comme s’il se fût agi d’une drogue…

Un collègue scénariste envisageait lui aussi d’adapter Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig. On lui aura fauché l’herbe sous le pied ! Mais avec quel brio ! Je ne m’attarderai pas cette fois sur le scénario puisque l’adaptation de cette nouvelle de l’admirable Stefan Zweig me parait tout à fait bien vue, mais sur la mise en cases et en images de cette histoire. En effet, ses cases deviennent des tableaux, ses décors des illusions d’optique géométriques, ses vêtements des parures de Klimt et ses personnages des caractères de Schiele. Je suis sortie éblouie par cette mise en images toute en couleurs directes à l’aquarelle. Une vraie prouesse.

 

SALA, David

Le joueur d’échecs

Casterman, 2017

111 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203093478 : 20 €

Balthazar au pays blême de Corteggiani & Domecq

18.10
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Dans un orphelinat de Saint-Pétersbourg, au début du siècle dernier, Balthazar se réveille d’un cauchemar, certain qu’on va venir le chercher. Guidé par une voix, il décide de s’enfuir. Au même moment, des soldats viennent le chercher et son meilleur ami se fait passer pour lui. Balthazar trouve alors refuge dans la roulotte de Maroussia…

Le dessin est rond, entre le manga et l’album pour enfants, le découpage bien rythmé, les atmosphères de couleurs bleues, vertes et rouges alternées ; le scénario mêle les personnages emblématiques du folklore russe au conte merveilleux, laissant malgré tout de nombreuses zones d’ombre nuisant à la vraisemblance de l’ensemble.

CORTEGGIANI, François, DOMECQ, Mathilde

Balthazar au pays blême

Casterman, 2017

120 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203094390 : 18 €

Metro châtelet direction Cassiopée & suite de Mezieres & Christin

11.10
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

La sortie au cinéma du film de Luc Besson, Valérian et la Cité des mille planètes, m’a donné envie de lire cette aventure de Valérian agent spatio-temporel, écrite par Pierre Christin et dessinée par Jean-Claude Mézières, composée de Métro Châtelet direction Cassiopée et de Brooklyn station terminus cosmos.

Valérian se retrouve dans le Paris des années 80, à picoler en attendant son contact, Monsieur Albert, un bon vivant flegmatique, ou à se laisser tenter par les avances d’une Américaine à la solde d’une multinationale. Pendant ce temps, Laureline affronte les pires dangers sur Zomuk et ailleurs…

Cette série pourrait sembler à première vue un peu has been pour les lecteurs adolescents d’aujourd’hui, mais c’est surtout le dessin qui pêche : le scénario n’a rien perdu de son intérêt, avec un Valérian presque agaçant, qui subit plus qu’il n’affronte les éléments et une Laureline perspicace et combattive. Une lecture divertissante, sans être haletante.

 

cop. Dargaud

cop. Dargaud