La danseuse d’Izu de Kawabata

16.07
2017
cop. Biblio

cop. Biblio

 

La danseuse d’Izu entame ce recueil de cinq nouvelles,qui est une oeuvre de jeunesse de ce lauréat du prix Nobel de littérature en 1968 : un étudiant, séduit par la danseuse qui se produit dans une troupe de forains, choisit de faire route avec eux, malgré l’opprobre sur les « gens de cette espèce« .

Elégie fait l’éloge, à l’annonce de la mort de celui que l’amante a aimé et qui est parti avec une autre, du « sentiment de l’analogie du destin des plantes et de celui des hommes« , et donc des textes sacrés du bouddhisme à l’inverse des autres religions qui croient que l’homme survit « en conservant, dans un monde à venir, la forme qui fut déjà sienne dans un monde antérieur ».

Bestiaire raconte l’amour d’un homme pour une danseuse écervelée qu’il s’apprête à revoir après plusieurs années, qui lui fait pensée aux oiseaux dont il s’entoure, à défaut d’aimer la compagnie des hommes, et qu’il laisse cruellement mourir par négligence ou par accident.

Retrouvailles conte celles de Yuzo, après la défaite de la seconde guerre mondiale, avec Fujiko, son ancienne maîtresse.

Et enfin La lune dans l’eau raconte les souvenirs d’une épouse qui a eu l’idée de confier à son mari, alité et mourant, sa glace à main pour qu’il puisse voir leur potager, le ciel et les nuages…

Tout est ici d’une cruauté sans nom, enrobée de subtilité, de raffinement, d’élégance toute japonaise. A la finesse psychologique de Kawabata, je continue néanmoins à préférer la tension d’un Fusil de chasse de Yasushi Inoué.

L’étrange bibliothèque de Murakami

13.07
2017
cop. 10/18

cop. 10/18

Habitué de la bibliothèque municipale sans en être pour autant un rat, un jeune Japonais, très poli, rend toujours ses livres en temps et en heure. Un jour une femme inconnue à l’accueil quitte des yeux son énorme livre pour lui suggère de descendre l’escalier jusqu’à la salle 107. L’y attend un vieil homme qui trouve pour lui trois gros vieux volumes sur le système fiscal dans l’Empire ottoman, qu’il est interdit d’emprunter. Dès lors, il va lui falloir les lire sur place, dans une geôle tout au fond d’un labyrinthe…

Quel curieux texte ! Les illustrations de Kat Menschik, très modernes, sur papier glacé tranchent avec cette histoire lugubre et complètement « has been » de lecteur emprisonné dans les sous-sols d’une bibliothèque pour se faire aspirer le cerveau rempli de savoir par un vieux bibliothécaire. Ce récit m’a laissée de marbre. Pire, je ne me vois pas le conseiller ni à mes filles ni à mes élèves… Quelle déception !

 

Encaisser ! d’Anne Simon

12.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

D’après l’ouvrage de la sociologue Marlène Cenquet, Encaisser ! Enquête en immersion dans la grande distribution (La Découverte, 2013), Anne Simon a imaginé une mère célibataire embauchée comme hôtesse de caisse dans une zone commerciale, qui commence à lire un fascicule sur l’histoire du groupe Batax, dont fait partie le supermarché. Le PDG s’y représente comme celui qui a permis de faire se côtoyer toutes les denrées en libre-service, sans avoir à courir à droite et à gauche. La cheffe de caisse insiste sur sa présentation convenable, sa formatrice sur le planning qui change chaque semaine, avec des coupures dans la journée de plusieurs heures, la déléguée syndicale Fo ménage les patrons et la CGTiste organise une grève…

Comme toujours dans cette collection, on sort de la lecture de cette BD moins bête qu’avant : vous ne passerez plus en caisse sans savoir ce qu’encaisse votre hôtesse au quotidien !

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de Raphaëlle Giordano

07.07
2017
cop. Eyrolles

cop. Eyrolles

Camille, pas encore la quarantaine mais pas loin, maugrée : pour couper court aux bouchons, elle décide de prendre les petites routes, mais son GPS la lâche, sa voiture aussi, et, en plein milieu d’un sous-bois obscur, son portable n’a plus de batterie ! Sous une pluie battante, elle sonne alors à la grille d’une propriété.  En pleine force de l’âge, le bel homme qui lui ouvre sa maison en grand, la voyant en pleine détresse, lui apprend qu’il est routinologue, et aide les gens qui, au 21e siècle, souffrent de ne pas être vraiment heureux…

Raphaëlle Giordano a tout compris : en ces années de coaching de tout, avec l’arrivée de magazines féminins de bien-être et de développement personnel comme Flow, elle imagine une histoire dans laquelle son héroïne va être guidée par un mystérieux inconnu qui va gracieusement (l’argent, c’est sale, n’en parlons pas dans cette fiction…) l’aider à vivre la vie dont elle a toujours rêvé, avec un mari et un fils qui l’aiment, un travail créatif dans lequel elle s’épanouit, et l’amour de soi. La lectrice suit comme l’héroïne tous les préceptes inculqués par le « sage », souvent signalés en caractères gras, ainsi que ses Rendez-vous déstabilisants revitalisants : ascension en ballon au parc Citroën, plongée sous-marine, restaurant dans le noir,…. Une quête initiatique en somme que tout un chacun peut suivre au fil de sa lecture, pour sa propre gouverne.

En cadeau avec cette chronique, quelques-uns des fameux préceptes qu’il faut suivre selon la théorie des petits pas :

- « Nous sommes ce que nous répétons sans cesse », disait Aristote.

- « Je suis la seule personne responsable de ma vie et de mon bonheur. »

- « l’ancrage positif : une technique pour retrouver quand on le voulait l’état physique et émotionnel vécu lors d’un moment heureux »

- l’affirmation de soi

- la gymnastique des zygomatiques : faire une séance de grimaces devant la glace : tirez la langue dans tous les sens, criez Wazaaaa, mimez une grande tristesse et une grande joie, récitez les voyelles.

- le jeu de l’appareil photo imaginaire : changer son filtre de perception en ne regardant que ce qui pourrait mériter une photo

- la méthode SMART : un objectif Spécifique (perdre du poids), Mesurable (- 8 kgs), Atteignable (découpé en petits objectifs), Réaliste et avec une date butoir dans le Temps (Noël 2017).

- tenir un Cahier des engagements, avec une lise des résolutions et en face « fait » ou « pas fait »

- tenir un Carnet du positif

- distinguer empathie sèche et empathie mouillée : ne pas prendre en charge le pathos de l’autre.

- apprendre à « décoller ses timbres » au fur et à mesure, soit dire ce qu’on a sur le coeur au fur et à mesure.

- se mettre d’accord sur un code rouge s’il y a danger de dispute,

- éviter la mitraillette à reproches et faire plutôt une FETE : des faits contrariants, ce que vous avez ressenti, ce que vous aimeriez comme terrain d’entente pour être gagnant-gagnant.

- ne pas faire revenir un vieux schéma hérité de ses parents, couper les élastiques du passé

- « Faire du bien aux autres, c’est de l’égoïsme éclairé » Aristote

- arrêter de jouer les Caliméro et de se plaindre

- faire vivre votre sourire intérieur

- bien respirer pour canaliser vos émotions

ainsi que les missions !

1) opération « grand blanc » : ménage in/out intégral (jeter au moins 10 objets inutiles, ranger, trier, améliorer votre intérieur), liste de « je ne veux plus »,

2) trouver des modèles parmi les personnages célèbres pour une qualité ou un aspect de leur vie,

3) lister les événements passés les plus marquants en termes de réussite et lister vos qualités et savoir-faire, pour vous focaliser sur les points positifs de votre vie ou de votre personne,

3) dessiner le portrait de la « Camille » que vous voudriez devenir,

4) développer sa créativité amoureuse : lui écrire des SMS créatifs,

5) utiliser une rumignotte, une cagnotte anti-ruminations et pensées négatives

6) se constituer un catalogue intérieur d’images et de souvenirs positifs, s’isoler dans une pièce, s’installer confortablement, respirer paisiblement, visualiser une image positive et en revivre intensément les émotions et sensations.

7) apprendre à faire le chat quelques minutes par jour, cad être au monde sans rien faire.

8) se constituer une playlist de power songs, des musiques qui donnent la force.

Lady Whisky de Joël Alessandra

05.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Alors que sa tante, Helen Arthur, grande critique de whisky, vient de décéder, Joël Alessandra découvre dans ses carnets qu’elle laisse derrière elle une quête inachevée, celle d’un whisky tourbé, malté, salé, marin, au goût d’algue pour sa propre marque. Délaissant sa documentation sur le sujet qui décline toutes les sortes de whisky dans le monde, Joël s’oriente vers la Mecque du whisky, l’Ecosse, et même vers la Mecque de la Mecque du whisky, l’île d’Islay, qui dispose du plus grand nombre de distilleries d’Ecosse au mètre carré. Il demande alors à Caroline Dewer, une ancienne collègue et amie de Helen, de l’accompagner dans ce voyage initiatique…

Cette bande dessinée se lit comme un beau carnet de voyages et de rencontres, qui nous fait découvrir, à l’instar du narrateur, comment on obtient le whisky, comment on le boit et où on trouve les plus recherchés.  Vous êtes invités chez un amateur de bon whisky ? Ne cherchez plus : offrez-lui cette BD.

Plus belle la série de Paul-André Landes, Emilie Harel et Muriel Mille

28.06
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

« Plus belle la série » : l’ironie du titre, calqué sur la célèbre série française, annonce d’emblée que l’on risque de sortir désenchanté de cette découverte des coulisses d’une série à succès. A partir d’une thèse de la sociologue Muriel Mille, Paul-André Landes et Emilie Harel ont imaginé qu’une jeune scénariste, Clémentine, dont l’arche dramatique a été validée parmi celles proposées par  ses collègues à Paris, ait soudain envie de se faire passer pour une figurante pour  assister au tournage à Marseille des épisodes qu’elle a imaginés…

Moi-même scénariste de formation, sans m’être trop frottée au monde audiovisuel, dont les enjeux économiques sont énormes, j’étais curieuse de vérifier dans cette bande dessinée si ce qu’on m’avait dépeint du milieu s’avérait exact. Et effectivement, tout s’avère vrai de A à Z : les scénaristes travaillent en équipe, en amont, en se répartissant les arches dramatiques, complètement déconnectés de la suite. Les producteurs décident seuls, après avoir lu leur travail, de l’orientation à prendre. Puis, sur le lieu du tournage, qui emploie énormément de corps de métiers différents pour donner vie au texte, le scénario, que découvre les acteurs épisode après épisode, est fréquemment malmené pour des raisons de logistique. Une vraie machine de guerre, donc, pour fidéliser le maximum de téléspectateurs devant le petit écran. Un bon aperçu de ce secteur d’activité, dont l’aura artistique est plutôt malmenée ici.

HAREL, Emilie, LANDES, Paul-André, MILLE, Muriel

Plus belle la série

Casterman, 2017 (Sociorama)

164 p. : ill. n.b. ; 16*19 cm

EAN13 978-2-203-11953-6 : 12 €

 

 

Une journée de bonheur de Pascal Quignard

26.06
2017
cop. Arléa

cop. Arléa

Dans cet essai, Pascal Quignard annonce qu’il va « chercher à comprendre ce mouvement qui, s’il n’est pas universel, est invétéré (…) qui consiste à prélever des fleurs dans les champs, sur les rives, dans les forêts, au haut des montagnes, et à les disposer dans les demeures souterraines auprès des os rassemblés et teints d’ocre des morts(…)« 

Les fleurs, rappelle-t-il, apparaissent en même temps que ces petits animaux musaraignes, insectivores puis fructivores, dont sont issus les humains. Ces derniers s’offrent des fleurs quand ils se rendent visite, tout comme quand ils rendent hommage aux morts. Pascal Quignard revient alors sur le célèbre vers d’Horace, Carpe diem, « cueille le jour », qu’il réinterprète comme « tue le jour ». Car il s’agit d’apprendre à couper, et cueillir une fleur en France ou au Japon, c’est la « sacrifier, c’est offrir de la vie à la vie pour plus de vie« . Quand on dépose des fleurs fraîches sur une tombe, on offre ainsi le printemps, la vie fauchée dans son meilleur moment, au corps sans vie qu’on aime. Aussi, au Japon, dans l’ikebana, on arrange une branche naissante horizontale en un bouquet triangulaire vertical mystique, extrêmement codé et symbolique, comme peuvent l’être là-bas la voie de la calligraphie, la voie du thé, la voie du bâtonnet d’encens et de la fumée parfumée qui s’élève.

Pascal Quignard rappelle aussi que l’unité de mesure pour la vie est le jour, la contrainte des sept jours n’étant que religieuse. Pour lui, les mois lunaires ainsi que les saisons gardent leur utilité, mais l’année devrait être découpée de mars à mars, voire de février à février, et ainsi du printemps à l’hiver, de la naissance à la mort.

Inclassable, ce petit essai recueille les pensées de Pascal Quignard sur l’acte symbolique de cueillir une fleur, de former et donner un bouquet, sur le découpage temporel de la vie. Les cinquante premières pages m’ont passionnées, moins les suivantes. Il est un détail, et non des moindres, qu’il n’a pas évoqué : ce sont les enfants, qui, dès le plus jeune âge, offrent naturellement à leur mère un bouquet de fleurs des champs cueillies pour le plaisir de s’approprier cette vie si belle à regarder. Monsieur Quignard, qu’en dites-vous ?