Monsieur Crépin de Rodolphe Toepffer (1833)

25.05
2016
cop. éditions de l'Unicorne

cop. éditions de l’Unicorne

C’est en Suisse au 19e siècle que serait né le concept de la bande dessinée, grâce à Rodolphe Töpffer. J’ai pu dénicher chez un libraire de livres anciens et d’occasion cette Histoire de monsieur Crépin (1837, dessinée en 1827), colorisée, dans laquelle Töpffer, qui a été lui-même un sous-maître dans une pension, se moque des pédagogies à système vantées par d’innombrables précepteurs aussi arrogants qu’inefficaces et absurdes.

Les bulles n’existent pas encore, mais les dessins des cases et les cartouches se répondent et se complètent, les uns ne pouvant exister indépendamment des autres. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la critique humoristique donne naissance au 9e art.

Cours, Bong-gu ! de Byun Byung Jun

18.05
2016
cop. Kana

cop. Kana

Au premier coup d’oeil, c’est le graphisme de ce petit manhwa qui séduit, doux et délicat, aux tendres couleurs pastel. Et puis, à la lecture de cette bande dessinée coréenne, qui se lit comme une BD franco-belge, il serait difficile de ne pas être attendri par cette histoire d’une mère et de son petit garçon partis de leur île à la recherche de leur époux et père disparu depuis quelques années dans la grande ville de Séoul, où ils se heurtent à l’indifférence de leurs contemporains. Seuls un grand-père réduit à mendier dans les transports en commun, avec sa petite-fille, leur porteront secours…

Trop choupinou !

 

Le cabaret des muses : tome 4 de Gradimir Smudja

11.05
2016
cop. Delcourt

cop. Delcourt

A la suite d’un troisième volet faible scénaristiquement, Gradimir Smudja s’enfonce définitivement avec la suite de cette histoire hippique complètement absurde, et présentant peu d’intérêt.

Une prouesse graphique coulée par un délire anthropomorphique.

Le cabaret des muses : tome 3 de Gradimir Smudja

04.05
2016
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Sur demande du Moulin rouge, le Bordel des muses devient avec ce troisième volet le Cabaret des muses.

Si l’album tient ses promesses graphiques, avec des cases imitant les plus grands peintres, l’histoire en revanche est passablement tirée par les chevaux / cheveux… Et la chute de Darling, la jument, ne laisse pas de songer à celle de la belle Mimi.

Le cabaret des muses : tome 2 de Gradimir Smudja

27.04
2016
Couv_50336

cop. Delcourt

 

Avec Mimi et Henry, Gradimir Smudja s’accorde encore plus de liberté avec la biographie du célèbre peintre, lui imaginant une histoire de passion amoureuse avec une très belle jeune femme, Mimi, qui ne serait autre que la fille disparue de Tolstoï, ignorant du fait, et qui inspirerait à ce dernier son roman Anna Karénine. Rien que cela !

Avec ce tourbillon de folie qui caractérisait déjà le premier volet, l’auteur nous offre ici avec virtuosité une fiction triste et belle avec pour protagoniste un grand peintre dont le physique n’est pas gâté par la nature, ni le moral par l’amour des siens.

 

 

Les éléphants d’Hannibal de Robert Silverberg

24.04
2016
cop. Folio SF

cop. Folio SF

Un recueil de huit nouvelles de Robert Silverberg autour d’une même thématique : les invasions extraterrestres. Quelle forme auraient-ils ? Quelles seraient leurs intentions ? Quelles seraient nos relations ?
Dans Les éléphants d’Hannibal, les ET établissent leur quartier général dans Central Park, ce qui ne lasse pas d’attirer quelques curieux imprudents…
Dans Martel en tête, un ET s’est malencontreusement retrouvé à bord d’un vaisseau, et cherche désespérément à communiquer avec les humains pour pouvoir repartir sur sa planète.
Hardware propose une forme de « vie » informatique qui connait le moyen de faire sauter les planètes.
Échanges touristiques commence par un long prologue, dans lequel l’auteur raconte sa genèse et le dialogue avec son éditeur, avant d’aborder le thème du désir sexuel entre humain et extraterrestre, tout comme dans La Route de Spectre City.
Longue nuit de veille au temple remet en question la « Bible » d’une religion supposant le retour de trois sauveurs extraterrestres. 
Passagers dérange par l’impuissance d’hôtes humains comme possédés par la volonté d’extraterrestres qui disposent de leur corps et de leur esprit quand bon leur semble, et comme bon leur semble.
Le recueil s’achève sur une nouvelle écrite par Henry James, assistant à l’invasion martienne avec H.G. Wells.
Un vrai régal, avec quelques pépites vraiment originales, comme Martel en têteLa Route de Spectre City, Longue nuit de veille au temple et Passagers.

Les contes de Perrault de Marc Soriano

22.04
2016
cop. Tel Gallimard

cop. Tel Gallimard

Normalien agrégé de philosophie, Marc Soriano (1918-1994) se spécialisa dans l’étude de Charles Perrault et de Jules Verne. Romancier et psychanalyste, professeur de littérature populaire et pour la jeunesse à Bordeaux III et professeur émérite à Paris VII, il publia en 1968 Les Contes de Perrault, culture savante et traditions populaires, où il se propose de répondre à des questions insolubles :

Oui ou non, ce fameux recueil est-il un livre pour enfants ? Si oui, à quel courant pédagogique se rattache-t-il ? Si non, qu’est-il exactement ?

De quelle manière se rattache-t-il à la mode des contes de fées ? Et à la querelle des Anciens et des Modernes ?

Pourquoi Perrault, chef de file des Modernes, se donne-t-il la peine de recueillir ces « contes de vieilles », venus d’un lointain passé ?

S’agit-il de contes réellement populaires ou d’une oeuvre de lettré ?

etc.

Pour analyser les contes en vers et les histoires ou contes du temps passé - Griselidis, Peau d’Ane, Les souhaits ridicules, La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, La Chat botté, Les Fées, Cendrillon, Riquet à la houpe et Le Petit Poucet – Marc Soriano commence par se poser la question de la paternité de l’oeuvre et de ses sources d’inspiration, bien souvent empruntées à la littérature orale ou à la littérature napolitaine de Basile que Perrault adapte très librement (Peau d’Ane en particulier). Marqués par la mentalité d’une époque – le XVIIe siècle – et par la gémellité de l’écrivain, ces contes ne sont pas tant destinés aux enfants que des transmissions d’une mémoire collective. Aussi la misogynie ainsi que l’insuffisance éducative des parents transparaissent dans les textes, parfois grotesques (Les Trois souhaits), d’autres fois truffés d’erreurs et de contradictions. Seul Le Petit chaperon rouge se dégage du lot finalement, seul conte d’avertissement véritablement destiné aux enfants. D’ailleurs ce dernier meurt chez Perrault, et non dans la version des frères Grimm, qui lui substitue le dénouement du Loup et des 7 chevreaux. En outre, il permet des jeux de voix, des mimiques, des répétitions d’expressions importantes qu’hélas certains éditeurs suppriment actuellement : « le petit pot de beurre », « tire la chevillette, la bobinette cherra », « c’est pour te manger »,…. Soriano, abordant l’aspect psychanalytique du conte, assimile alors l’action de « dévorer » à « faire l’amour » (déshabillé de la grand-mère, petit Chaperon rouge dans le lit) et le personnage du loup au père, et donc au complexe d’Oedipe, le cauchemar absolu étant alors désiré, le petit Chaperon rouge souhaitant être mangé (les petites filles réclamant que leur père joue le rôle du loup pour les dévorer).

De quoi nous faire abandonner définitivement l’idée de lire à nos enfants la plupart des contes d’autrefois, notamment Peau d’Ane (l’inceste), Cendrillon (paumée sans les hommes) et La Belle au bois dormant (vierge accouchant de deux enfants durant son sommeil)…