Groenland Vertigo de Tanquerelle (2017)

18.01
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Nouveauté

A paraître le 18 janvier 2017

Après avoir adapté Les racontars arctiques de Jørn Freuchen (alias Jørn Riel), Georges Benoît-Jean, dessinateur angoissé et maladroit, est invité à participer à une expédition danoise au Nord-Est du Groenland, en compagnie de scientifiques, d’artistes et de marins, financée par le grand plasticien Ulrich Kloster qui s’apprête à y laisser une installation. Mais ce dernier craint un complot pour l’en empêcher et confie à Georges un carnet de preuves rédigées en allemand de ce qu’il avance…

Eduqué à la bande dessinée par un jeu familial à partir des cases de Tintin, Tanquerelle affirme d’emblée son héritage tant par son dessin s’inspirant de la ligne claire que par les aventures rocambolesques qu’il tire d’une expérience autobiographique. De quoi nous faire passer un agréable moment.

Hervé Tanquerelle

Trad. du danois par Camilla Michel-Paludan, de l’all. par Volker Zimmermann

Mise en couleur : Isabelle Merlet

Groenland Vertigo

Casterman, 2017

100 p. : ill. en coul.

EAN13 : 978-2-203-10394-8 : 19 €

Hilda et la forêt de pierres de Luke Pearson (2017)

16.01
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Dans la ville de Trollbourg, Hilda passe son temps à mentir à sa mère pour ne pas l’inquiéter, alors qu’elle enfreint toujours les interdits. Mais cette fois-ci, elle va entraîner sa mère malgré elle dans ses aventures et se retrouver dans un repaire de trolls….

Ce cinquième tome des aventures de Hilda, à l’imaginaire toujours aussi foisonnant et au superbe graphisme, invite à une suite qu’on a bien hâte de lire ! Une série à offrir aux enfants à partir de 8 ans.

A lire du même auteur dans la série : Hilda et la parade des oiseauxHilda et le trollHilda et le géant de minuit et Hilda et le chien noir.

PEARSON, Luke. - Hilda et la forêt de pierres / trad. par Basile Béguerie. – Casterman, 2017. – n.p. : ill. en coul. ; 31 cm. – EAN13 978-2-203-09756-8 : 16 €.

 

Regarde les lumières mon amour d’Annie Ernaux

15.01
2017

 

cop. raconterlavie.fr

cop. raconterlavie.f

Raconter la vie, les vies qui se croisent dans un hypermarché, tel est le défi que s’est fixé pendant un an Annie Ernaux qui, quand elle n’écrit pas, prend plaisir à se mêler aux autres en se rendant à l’hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines à Cergy. Car elle part du principe que loin d’être un sujet trivial, ce lieu consiste en  un kaléidoscope des différentes classes sociales, exceptées les plus aisées, et de tous les âges.

Un petit livre bien à part du reste de l’oeuvre d’Annie Ernaux, tant son écriture y est du coup terriblement factuelle, sans fard, comme les néons qui plongent les clients dans un jour éternel et constant. Le concept ne manque pas d’intérêt mais il ne nous apprend rien ici que l’on ne sache déjà si ce n’est que contrairement à d’autres écrivains peut-être, elle n’a pas honte de concéder aimer aller dans les hypermarchés, et même passer aux caisses automatiques tout en sachant que les caissières creusent la tombe de leur métier en incitant les clients à y passer. Et, après l’ère de la caissière qui n’allait pas assez vite ou faisait des erreurs, à devenir à leur tour de potentiels fautifs, lents ou voleurs, que les clients suivants, la machine ou le magasin peut réprimander. Ou comment les hypermarchés retournent la situation tout en faisant des économies sur le dos des clients. Pire est encore la tentative avortée de vouloir armer chaque client d’une douchette pour scanner leurs achats au fur et à mesure. Une curieuse lecture, qui confirme mon désir de fuir ce lieu de perdition !:;)

Petit pays de Gaël Faye

09.01
2017
cop. Grasset

cop. Grasset

Prix Goncourt des Lycéens 2016

Âgé d’une dizaine d’années, Gabriel, dit Gaby, est avec sa soeur Ana un enfant métis, nés d’un père Français, et d’une réfugiée rwandaise. En ce début des années 1990, il grandit dans l’impasse paisible d’un quartier résidentiel de Bujumbura, au Burundi, s’occupant à voler les mangues des jardins voisins avec sa bande de copains issus aussi de familles aisées. Un jour, alors qu’ils sont en visite chez Jacques, le meilleur ami de son père, un Belge qui parle et se comporte comme un colon raciste, ses parents se disputent violemment : à sa mère qui souhaite voir toute sa famille partir en France, son père répond qu’ »Ici, nous sommes des privilégiés. Là-bas, nous ne serons personne« . Lui ne voit que son confort matériel immédiat. Elle au contraire, qui a déjà dû fuir le Rwanda, est consciente d’une menace : « Quand tu vois la douceur des collines, je sais la misère de ceux qui les peuplent. Quand tu t’émerveilles de la beauté des lacs, je respire déjà le méthane qui dort sous les eaux« . Le père de Gaby a alors une parole malheureuse et raciste envers sa mère qui précipite leur séparation : sa mère quitte le domicile, et ses enfants. Plus rien dès lors ne sera jamais comme avant pour Gaby. Et, en effet, le lendemain de l’ivresse des élections présidentielles, un coup d’état de l’armée Tutsi renverse le nouveau président Hutu, élu pour la première fois démocratiquement. Aussitôt, la peur et la violence gagnent du chemin, les haines s’attisent, d’autant plus qu’au Rwanda, les massacres ont commencé…

Comme il y a un « avant » et un « après » la séparation de ses parents puis le massacre d’une partie de sa famille maternelle au Rwanda, il y a un « avant » et un « après » au Burundi, ce « petit pays » qui plonge aussi dans la guerre civile après l’assassinat de son président légitime 24h après son élection. Petite histoire dans la grande Histoire, ce récit autobiographique nous fait humer les saveurs de l’Afrique, la vraie, avant de nous plonger dans la bêtise humaine poussée à son paroxysme, jusqu’à la haine, jusqu’au génocide d’êtres humains vivant dans le même pays et ayant la même religion. Au courant, l’Occident détourne pudiquement les yeux, tandis que des gens sont brûlés vifs dans des voitures, des enfants éliminés comme des cafards dans les maisons. De tout ceci, Gaby aimerait se ternir à l’écart : ce n’est pas sa guerre, il ne la comprend pas, il ne veut pas y participer. Et pourtant, jusque dans son impasse où il se croyait à l’abri, elle va le rattraper.

C’est en partant de cette idée que Gaël Faye a voulu écrire ce premier roman, à la suite des attentats en France, évoquant par là notre naïveté de croire que la violence du monde autour ne parvient pas jusqu’à l’impasse, jusqu’à chez soi.

Un roman puissant.

Les spectateurs de Victor Hussenot

04.01
2017
cop. Gallimard Bande dessinée

cop. Gallimard Bande dessinée

 

« En ville, chacun observe autour de soi, avec sa sensibilité.

De la faille entre le sommeil et l’éveil jaillit une lumière.

Le regard de l’esprit se libère…

L’invisible se révèle. » (Prologue)

Victor Hussenot nous offre ici quinze promenades différentes dont les marcheurs semblent être une seule et même personne qui change d’apparence. Ces spectateurs urbains nous entraînent alors dans un voyage onirique et poétique…

Quel OVNI graphique et narratif que cette bande dessinée, que les amateurs de BD boudent quelque peu : en effet, cette histoire, qui n’en est pas vraiment une, semble prôner une promenade urbaine introspective. Les apparences importent peu : le monde est comme une vaste pièce de théâtre dont nous ne sommes que les ombres. Cette idée d’apparences et de rêveries de promeneurs solitaires fait se rapprocher Victor Hussenot davantage de préoccupations poétiques et philosophiques, que d’une volonté de raconter une histoire. Ses aquarelles s’étalent comme autant de visions différentes de la ville. Cet album semble être un aboutissement de ses recherches et travaux précédents, qu’il nous livre sur son site : http://victorhussenot.com

Un auteur inclassable à suivre !

 

L’incal de Jodorowsky & Moebius

30.12
2016
cop. Les Humanoïdes associés

cop. Les Humanoïdes associés

Dans le futur, John Difool se voit confier d’un Berg mourant une petite pyramide, l’Incal lumière, qui s’avère posséder des propriétés extraordinaires. Il est bientôt pourchassé par le Méta-baron, que l’on fait chanter, et par les chefs de différentes corporations de la galaxie…

Devenu un classique, publié de 1980 à 1988 sous le titre Une Aventure de John Difool, l’Incal a visiblement bien inspiré le Cinquième élément de Luc Besson, même si Moebius et les Humanoïdes associés ont perdu le procès contre le cinéaste. Difficile de se faire une idée juste de son originalité lorsque sa lecture arrive après tous les scenarii et dessins qui s’en sont nourri. Du coup, et d’autant plus que je connais la série ultérieure des Technopères, plus rien ne m’a vraiment surprise, ni les dessins, ni le scénario, qui paraissent un peu « old school » désormais.

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Nouvelles graphiques d’Afrique de Laurent Bonneau

30.12
2016
cop. Des ronds dans l'O

cop. Des ronds dans l’O

C’est au festival BDBoum de Blois que je dois ma rencontre avec Laurent Bonneau, jeune, le sourire intimidé, les yeux limpides, que semblaient s’arracher quelques éditeurs le vendredi soir. Le lendemain, je le retrouvai sur le stand de la maison d’édition Des ronds dans l’O, derrière quelques exemplaires de cet album.

Il suffisait alors de feuilleter un exemplaire pour que son talent me saute aux yeux. Voici la belle dédicace qu’il a faite pour ce cadeau de Noël :

cop. Des ronds dans l'O

cop. Des ronds dans l’O

Je n’ai bien sûr pas résisté à la curiosité de le découvrir moi-même avant de l’offrir, et j’aurais eu tort de bouder ce plaisir…

Rentré de plusieurs voyages avec ses carnets de croquis et ses court-métrages, Laurent Bonneau nous invite là à un voyage tant géographique, humain, introspectif que graphique.

En effet, pour chacun de ces onze récits en focalisation interne, onze ressentis en Afrique subsaharienne, tantôt sous forme de pensées poétiques ou de monologues intérieurs, tantôt sous forme journalistique, Laurent Bonneau a choisi une forme graphique différente : car on ne raconte pas la même chose avec un crayon charbonneux, des couleurs pastel ou des coups de stylo bic. Difficile de ne pas être soufflé par la virtuosité de cet artiste plasticien, passant de l’une à l’autre technique avec aisance. Nombreuses sont les pages qui forcent l’admiration.

Un album magnifique.