Nerval l’inconsolé de Vandermeulen & Casanave

20.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Gérard de Nerval acquiert très jeune une renommée internationale pour sa traduction du Faust de Goethe. Mais sa célébrité ne lui attire pas pour autant l’intérêt des dames : aucune jamais, même l’actrice Jenny Colon, à laquelle il dédie une revue qui le ruine, ne semble vouloir de ce petit homme, qui en reste inconsolé. Peu à peu la folie le gagne, au grand dam de ses amis parmi lesquels Théophile Gautier…

Quel portrait pathétique est brossé là de ce célèbre romantique, dont je ne connaissais pas la triste biographie. Quelques citations tirées de ses oeuvres, de sa correspondance ou celles de ses amis émaillent le haut des pages, au dessin à l’ancienne rappelant un peu le style des Pieds nickelés. Une bande dessinée portée par la mode des biopics.

CASANAVE, Daniel, VANDERMEULEN, David

Nerval l’inconsolé

Casterman, 2017

155 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203153523 : 22,50 €

La moustache d’Emmanuel Carrère

17.09
2017
cop. Folio

cop. Folio

Cela fait plus de deux années que j’ai téléchargé cet epub sans le lire, sur mon macbook. C’est d’ailleurs l’un des tout premiers que je lis ainsi, en entier, sur écran. Et, ma foi, je l’ai tout de même dévoré !

C’est un réalisateur, Simon Leclerc, ancien de la Fémis, qui m’avait chaudement conseillé, pour réviser ma version de mon scénario de long-métrage, de lire La Moustache d’Emmanuel Carrère puis de regarder son adaptation cinématographique. Après avoir écrit deux scénarii de BD, je me suis fixée pour objectif cette année de retravailler intégralement mon scénario de long-métrage pour le découdre, le recoudre, le transformer et l’adapter en BD, voire en roman.

Bingo ! Ce roman m’a littéralement conquise, à tel point que c’est exactement le genre de roman que j’aurais aimé écrire…

En voici le pitch :

« Que dirais-tu si je me rasais la moustache ? »

Un soir, prenant son bain, le narrateur annonce par défi à sa femme, Agnès, qu’il va se raser la moustache, qu’il a toujours portée. Tandis qu’Agnès sort faire quelques courses, il la rase. Mais, étonné, cela n’a pas l’air de la surprendre à son retour. Elle n’en parle même pas ! Le couple se rend chez des amis, qui, eux aussi, ne semblent rien avoir remarqué. Il commence par penser qu’Agnès a voulu lui faire une blague…

Un détail, juste un détail, et soudain tout bascule : le narrateur est-il devenu fou ou a-t-il basculé dans une autre réalité en supprimant sa moustache ? Des pans entiers de la réalité, de sa biographie, se désagrègent au fil des pages, à tel point qu’il finit par avoir peur qu’Agnès n’ait jamais existé, que lui n’ait jamais existé, que des pays n’aient jamais existé… Emmanuel Carrère touche ici à la quintessence du fantastique : l’irruption d’un événement surnaturel dans le monde réel qui provoque une hésitation du narrateur / lecteur qui ne sait s’il a basculé dans la folie ou dans une autre réalité. Dans ce monologue intérieur, tout est savamment orchestré, ce glissement du narrateur vers l’incompréhension, puis la terreur. Tout s’écroule autour de lui. Pas besoin pour cela d’effets sensationnels, d’êtres imaginaires, un détail, un seul, tout simple.

Splendide.

Le monde de Zhou Zhou de Golo Zhao & Bayue Chang’an

13.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

La mère élève seule Yu Zhouzhou, âgée de 6 ans, dans un quartier populaire. Quand sa petite fille est en âge d’entrer à l’école, elle est obligée de l’envoyer vivre chez sa grand-mère avec ses deux cousines, pour lui permettre d’avoir une scolarité correcte. Zhouzhou doit donc quitter son seul ami, Benz-Benz, qui pleure toujours car son père le bat, pour partir partager la même chambre avec deux cousines qui ne lui réservent pas un très bon accueil. A l’école, elle se retrouve la plus mauvaise élève de la plus mauvaise classe, la CP7. Heureusement, elle ne manque pas de répartie et s’évade en compagnie de ses amis imaginaires. Bientôt elle rencontre Yang Lin, un garçon de la première classe, et se lance comme défi de remonter jusqu’à sa classe…

A travers la vie quotidienne de cette petite fille, on découvre l’inégalité sociale qui rejaillit sur le système scolaire, et l’extrême compétition mise en place dans chaque classe et entre les classes, avec des professeurs qui valorisent les meilleurs élèves et négligent les plus faibles. Le dessin, façon manga, l’origine sociale, et l’univers que s’est créé cette petite fille solitaire, qui a une approche de la vie et des autres différente, rendent l’héroïne très attachante. On attend la suite…

Momo : tome 2 de Jonathan Garnier & Rony Hotin

13.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Plutôt que de la placer en famille d’accueil, c’est le poissonnier, qui se révèle être un vieil ami de son père, qui prend Momo sous son aile, en attendant le retour de son père. Mais Momo fugue : elle a besoin de revoir la maison vide de sa grand-mère, et surtout son père. Françoise et « banane » vont la rattraper et l’accompagner…

La suite du premier tome continue à ressembler à une petite bulle de tendresse salée sucrée, avec cette petite boule de nerfs, qui réagit plutôt bien au deuil de sa grand-mère.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

83 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203124301 : 16 €

L’été des noyés de John Burnside

10.09
2017
cop. Métailié

cop. Métailié

J’ai un faible pour cet auteur écossais que je suis depuis sa terrible Maison muetteL’été des noyés ne déroge ni à ses personnages fétiches, souvent des adolescents au seuil de la vie, toujours un peu à l’écart des autres, ni à ses thèmes de prédilection, une inquiétante étrangeté jaillissant dans le monde réel pour assassiner des personnages.

Cette fois, l’histoire se déroule dans une île tout au nord de la Norvège, l’île de Kvalaya, là où, comme en Islande, le soleil ne se couche pas l’été. La vie, la lumière, l’atmosphère y sont différentes. Dès l’incipit, la protagoniste, Liv, qui vient d’achever le lycée et doit décider de son avenir, se montre choquée par une vérité qu’elle est seule à connaitre sur les trois noyades de l’été, une vérité tellement difficile à croire qu’elle ne l’a confiée à personne, même pas à sa mère. Cette mère, peintre de renommée internationale, a choisi de vivre retirée sur cette île, isolée avec sa fille et sa petite cour de prétendants qu’elle reçoit une fois par semaine. Liv avait une confiance absolue en sa mère qui ne lui a jamais parlé de son père, jusqu’à la fin de cet été et de ces trois noyades…

Il y a tant de choses qui m’ont chagrinée dans ce dernier roman de John Burnside que j’en oublierai presque la beauté poétique de ses décors, de ses atmosphères et de la fantasmatique Angelika. Mais c’est surtout le sentiment de s’être sentie flouée qui prédomine : dès le début, on sait plus ou moins qui va mourir et comment, qui est la coupable, quelle est la part de surnaturel là-dedans, et on attend d’en savoir plus durant tout le roman, qui n’est qu’une énorme digression, parenthèse explicative dressant le portrait de cette adolescente ayant grandi à l’ombre de sa mère, et semblant bien trop lucide pour son âge. Cela reste néanmoins un bon roman, gâché par un sentiment de publicité mensongère !

Du même auteur, vous pouvez lire :

- La Maison muette

- Une vie nulle part

- Les empreintes du diable

- Un mensonge sur mon père

- Scintillation

La révolte des terres de Koza & Mousse

06.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Hôtel Lutetia, Paris, juin 1945. Odette recherche parmi les photos accrochées au mur celle de son frère, qui n’est toujours pas rentré des camps.

Printemps 1941. Fernand ne veut pas d’histoire : descendre à la mine pour travailler, pêcher durant ses heures de loisirs, c’est tout ce qu’il demande. Mais son beau-frère Gilles et sa soeur Odette ne cessent de lui reprocher son indifférence à l’occupation et à la grève qui se prépare. Une nuit, il les aide à coller des affiches. Mais peu de temps après, tous les agitateurs sont arrêtés, lui y compris, et le commissaire à la solde des allemands s’exclame que c’est lui qui a donné les autres. Difficile alors de démentir, surtout qu’il a été aperçu un jour dans la voiture du commissaire pour rentrer en ville. Le voici déporté avec Gilles, aux yeux de qui il est un traître…

Mineur d’un côté, prisonnier dans l’autre, la couverture illustre bien les va-et-vients temporels du scénariste entre les puits de la fosse et les miradors du camp, pour rendre son histoire plus dynamique. Mais c’est sur le dessin qu’on s’attarde car, dans ses dégradés de gris, parfois d’ocre, celui-ci sert admirablement le récit. Un beau sujet, encore peu exploité, pour rendre leurs lettres de noblesse à ces anciens forçats des profondeurs de la terre, parmi lesquels comptaient mes deux grands-pères.

Légendes de la mer de Bernard Clavel

03.09
2017
cop. Livre de poche

cop. Livre de poche

Bernard Clavel s’est inspiré de mythes et contes régionaux, de Bretagne comme des quatre coins du monde, pour imaginer ces légendes de la mer et des fleuves.

On est loin de la petite sirène, prête à tout sacrifier pour son beau prince : ici les sirènes se montrent redoutables pour les pêcheurs. Les intentions des hommes, suivant qu’elles soient bonnes ou mauvaises, se trouvent récompensées ou sévèrement punies. Ainsi sont louées leurs bonnes actions envers les animaux de la mer, et aux plus méritants sont offerts des objets magiques.

Un recueil que j’ai retrouvé de mon enfance, que j’ai dû lire maintes fois alors. Les histoires non édulcorées ne m’ont pas forcément séduites, toutes finalement ou naïves ou cruelles.