Tocqueville, vers un nouveau monde de Kévin Bazot

22.06
2016
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Au cours de l’été 1831, deux Français, Alexis de Tocqueville et son ami Gustave de Beaumont partent à la découverte du grand Ouest sauvage afin de rencontrer des Indiens d’Amérique. Mais force leur est de constater que l’alcoolisme a eu raison des uns déchus au rang de vulgaires clochards, et que l’urbanisation galopante a chassé les autres toujours plus loin jusqu’au cœur de la région des Grands Lacs américains, par-delà une forêt vierge, à Saginaw…

Difficile à l’époque d’expliquer le véritable motif de leur voyage, soit de rencontrer des Indiens d’Amérique : les deux explorateurs déguisent leur démarche d’ethnologues en celle de deux spéculateurs partis acheter des terres. Car le galop d’une civilisation en marche piétine tout sur son passage, et notamment la Nature avec laquelle s’accordait pleinement une autre civilisation sans la détruire. Ce parcours initiatique, librement adapté de Quinze jours dans le désert d’Alexis de Tocqueville et magnifiquement mis en images par Kévin Bazot, sonne le glas d’un monde sauvage qui succombe aux appétits des pionniers américains. A découvrir.

Tocqueville, vers un nouveau monde

Casterman (2016)

 97 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203089488 : 18 €

 

Le maitre des livres d’Umiharu Shinohara

15.06
2016
cop. Komikku

cop. Komikku

Honteux de ne pas réussir aussi bien que son père, Myamoto s’abrutit au travail pour ne pas avoir à rendre visite à ses parents. Un soir, Myamoto, déjà passablement ivre après avoir fêté la fin d’année avec ses collègues, découvre par hasard une bibliothèque pour enfants, « La rose trémière », encore ouverte. Le bibliothécaire, Mikoshiba, qui n’a pas la langue dans sa poche, l’accueille vertement avant de lui demander de l’aider à ranger les livres. Myamoto tombe alors sur le conte La montre musicale de Nankichi Niimi, qui lui rappelle celle de son père qui la lui a donné et dont il ne se sent pas légitime. Etonné de la coïncidence avec sa propre vie, il interroge Mikoshiba, qui lui répond : «Ce n’est pas toi qui choisis les livres mais les livres qui te choisissent.» Dès lors, Myamoto devient un habitué de la bibliothèque…

Au cours de 9 chapitres, plusieurs autres personnages font leur apparition : Mizuho et Itaya, les collègues féminins de Mikoshiba, et des usagers, comme Shôta, fan de jeux vidéo, qui maltraite dans sa classe Noguchi, avant de découvrir le plaisir de la lecture avec L’île au trésor, et de le partager avec Noguchi…. tout comme Myamoto partage le même avis sur Le Prince heureux d’Oscar Wilde, que le bibliothécaire qui a donné le goût de lire au jeune Mikoshiba, et lui a fait trouver sa vocationAutres personnages : Léo et sa mère possessive et complètement paranoïaque, à qui Mikoshiba fait lire Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède.

Les autres répliques du jeune maître des livres :

« Tu te crois suffisamment adulte pour avoir le droit de considérer comme stupide la lecture de livres pour enfants ? »

« Ce serait faire preuve d’une grande stupidité que de considérer comme débiles des oeuvres que l’on n’a jamais lues ! »

Celles du vieux maître des livres, Monsieur Tokuma, que l’on n’entend plus désormais :

« Ici c’est pas une salle d’étude mais une bibliothèque ! Vous ne lisez donc aucun livre et vous vous permettez de squatter les tables ? C’est pas une école, ici !  Ces sièges et ces tables sont ici pour accueillir ceux qui veulent lire !»

« Voir la joie sur le visage des usagers quand on leur donne le livre qu’ils attendaient, n’a pas de prix !»

«Arriver à donner le plus possible de bons livres aux usagers fréquentant la bibliothèque est vraiment un travail gratifiant.»

Celles des collègues:

«Le fait que des enfants utilisent régulièrement ou non la bibliothèque dépend entièrement de la qualité du bibliothécaire ! »

Et celles des détracteurs :

«Il suffit qu’une bibliothèque soit rangée pour qu’une bibliothèque soit utile ! Même le rangement des livres peut être fait par une personne non compétente. J’ai du mal à comprendre le besoin d’une quelconque expertise. »

A qui il est répondu :

« Le rôle d’un bibliothécaire est de donner envie aux gens de lire… ainsi que de trouver les livres qui pourraient plaire aux gens ! C’est parce qu’il y a des bibliothécaires capables de ça que l’on se rend dans les bibliothèques ! »

« La bibliothèque que tu décris n’en est pas une… C’est une simple boîte contenant des livres, c’est tout ! »

Faut-il vous dire que j’ai adoré ce premier tome de la série, à tel point qu’ayant emprunté les quatre premiers tomes, j’ai décidé de les acheter pour les relire et les garder chez moi ? Et les suivants…

Il est vrai que Le Maitre des livres ne peut que séduire les lecteurs comme moi, que leur plaisir de lecture a dégénéré en passion et généré, pour le coup, très tôt, une vocation professionnelle.

Le Maitre des livres invite à considérer la lecture comme vecteur de transformation d’autrui. Il permet de re-découvrir les classiques de la littérature internationale. Les débats entre les protagonistes permettent de nous donner une belle vision des métiers du livre, qui fait chaud au coeur. On a parfois envie d’afficher ces passages en les agrandissant dans les rayons des bibliothèques ! Contrairement à la plupart des mangas, le dessin et surtout les expressions des personnages restent assez sobres. Si leur transformation s’avère soudaine et radicale, c’est avant tout pour montrer la puissance de la lecture. Par moments, évidemment, le mangaka ne peut s’empêcher d’exploiter la veine « cute » soit avec les enfants, soit avec les demoiselles éprises du héros gentil, dévoué, sensible, intelligent et riche, qui ne s’aperçoit de rien et n’en est que plus attirant. Mais voilà, cela ne retire rien aux belles leçons sur l’amour des livres de cette série très atypique.

Un aperçu de la suite avec le tome 2 : Quand une collègue et une bibliothécaire se disputent Myamoto et qu’on apprend qu’il est le fils d’un riche entrepreneur, et qu’il cherche dans les livres quel adulte il aurait aimé devenir…  

Avec l’apparition de la très jolie Kaneko qui caresse le rêve de trouver pour sa fille Risa un père comme le « papa-longues-jambes » de Jean Webster,

et d’Isaki, un jeune libraire, qui vit mal la concurrence avec le bibliothécaire. Mais la réelle ambition d’Isaki serait de devenir auteur de livres d’images :

« C’est parce qu’il y a des bibliothèques comme la vôtre, que le chiffre d’affaire des libraires baisse de jour en jour !!  Comme les gens peuvent emprunter gratuitement leurs livres, ils viennent de moins en moins en acheter en librairie ! Les ventes baissant, le nombre de titres publiés est aussi en baisse. Et on ne voit quasiment plus que des best-sellers en boutique ! Bientôt les auteurs n’écriront plus que des livres ayant un potentiel commercial ! »

Or « les bibliothèques sont des clients très importants pour nous autres, libraires. Car eux achètent même les livres qui en temps normal ne se vendent pas bien. » lui objecte le responsable de librairie.

 « D’accord, ils nous en achètent un ou deux exemplaires. Mais il y en a des dizaines derrière qui l’empruntent sans acheter ! »

 A quoi on lui répond :

« chez nous, la moyenne est d’un livre emprunté toutes les deux semaines par personne. Ce qui fait que pendant les 52 semaines d’une année entière, un même titre est emprunté environ par 26 personnes. »

Ce qui paraît peu au libraire, alors qu’on est vraiment loin du compte dans les CDI, surtout en lycée !!!

Enfin,

« un gamin, ça ne relit jamais un livre qui ne lui plait pas. Par contre, ils relisent un paquet de fois les livres qui leur plaisent. Encore et encore. »

 Mais le point essentiel,

« c’est lorsqu’un enfant découvre un livre lui plaisant énormément qu’il découvre en même temps le plaisir de la lecture. Une fois qu’il connaît ce plaisir, sa quantité de lecture augmente naturellement. Car il a ainsi pris l’habitude de lire. Après ça, il commence à ressentir un manque lorsqu’il emprunte. Il ressent le besoin de garder le livre auprès de lui. Quelqu’un qui est devenu un lecteur assidu, va alors tout naturellement commencer à acheter ses livres. Eh oui, le virus de la lecture ne se chope pas sans la lecture. »

 « En bref, une bibliothèque est un lieu qui te procure l’envie d’aller acheter tes livres. »

« On apprend à connaître les livres à la bibliothèque… et on les achète à la librairie. »

Les naufragés du Métropolitain : 1. Les rats de Saint-Eloi

08.06
2016
cop. Grand Angle

cop. Grand Angle

 

Paris, au début de la grande crue de la Seine en 1910. Orpheline, Louise travaille chez son père adoptif, Monsieur Morchard, joaillier de la Place Vendôme. Tous deux se montrent indulgents envers l’attitude rebelle du jeune apprenti Valentin. Mais, tandis que l’inspecteur Delaroche vole au secours de Louise sous une fausse identité, la tirant d’un mauvais pas dans le Métropolitain, Valentin se laisse entrainer par Le Fennec, qui le pousse au vol et au meurtre de son patron…

Dans le Paris de la Belle Epoque, Patrice Ordas imagine une affaire policière autour d’une joaillerie de la place Vendôme, avec d’un côté les méchants, petite bande pseudo-anarchiste qui tue le bourgeois comme s’il se fût agi d’une mouche, de l’autre un gentleman justicier, et au coeur de tout ceci deux orphelins de la vie, une bonne petite jeune fille et un adolescent attiré par l’aventure et la facilité. Les personnages pour l’instant semblent sans surprise, et sans grand enjeu. Malgré tout, on est curieux de connaître la suite et de voir si l’histoire peut nous révéler des rebondissements inattendus ou aller droit vers un happy end. Nathalie Berr fait le choix de mettre davantage l’accent sur ses personnages, sur leurs actions et expressions, que sur le décor qui apparait comme en arrière-fond. Je pense me laisser tenter par le second tome qui devrait sortir ce mois-ci.

 

Univerne de Morvan et Nesmo

01.06
2016
cop. Soleil

cop. Soleil

Paris, 11 décembre 1851. Pourchassé par les gardes napoléoniens, l’éditeur Pierre-Jules Hetzel décède avant d’avoir rencontré Jules Verne. Paris, 1900. En pleine exposition universelle dans un Paris à l’image des inventions matérialisées de Jules Verne, Juliette Hénin, journaliste féministe, se retrouve porteuse d’une disquette transmise par Honorine Fraysse de Viane, emprisonnée, contenant des informations convoitées par des espèces de cyborgs….

Voici une uchronie mêlant fantastique et science-fiction. Son rythme dense, effréné, de même que l’apect trop lissé, traité par informatique, des vues d’ensemble pourtant magnifiques, signés de Nesmo, sont à l’image des dessins animés nouvelle génération : je laisse ça à d’autres ; je n’ai absolument pas accroché.

Morvan / Nesmo

Univerne : 1. Paname

Soleil (2011)

46 p. : ill. en coul.

EAN 13 9782302010765 : 13,50 €

Monsieur Crépin de Rodolphe Toepffer (1833)

25.05
2016
cop. éditions de l'Unicorne

cop. éditions de l’Unicorne

C’est en Suisse au 19e siècle que serait né le concept de la bande dessinée, grâce à Rodolphe Töpffer. J’ai pu dénicher chez un libraire de livres anciens et d’occasion cette Histoire de monsieur Crépin (1837, dessinée en 1827), colorisée, dans laquelle Töpffer, qui a été lui-même un sous-maître dans une pension, se moque des pédagogies à système vantées par d’innombrables précepteurs aussi arrogants qu’inefficaces et absurdes.

Les bulles n’existent pas encore, mais les dessins des cases et les cartouches se répondent et se complètent, les uns ne pouvant exister indépendamment des autres. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la critique humoristique donne naissance au 9e art.

Cours, Bong-gu ! de Byun Byung Jun

18.05
2016
cop. Kana

cop. Kana

Au premier coup d’oeil, c’est le graphisme de ce petit manhwa qui séduit, doux et délicat, aux tendres couleurs pastel. Et puis, à la lecture de cette bande dessinée coréenne, qui se lit comme une BD franco-belge, il serait difficile de ne pas être attendri par cette histoire d’une mère et de son petit garçon partis de leur île à la recherche de leur époux et père disparu depuis quelques années dans la grande ville de Séoul, où ils se heurtent à l’indifférence de leurs contemporains. Seuls un grand-père réduit à mendier dans les transports en commun, avec sa petite-fille, leur porteront secours…

Trop choupinou !

 

Le cabaret des muses : tome 4 de Gradimir Smudja

11.05
2016
cop. Delcourt

cop. Delcourt

A la suite d’un troisième volet faible scénaristiquement, Gradimir Smudja s’enfonce définitivement avec la suite de cette histoire hippique complètement absurde, et présentant peu d’intérêt.

Une prouesse graphique coulée par un délire anthropomorphique.