Le mercenaire de Mack Reynolds

19.05
2013

cop. Le passager clandestin

 

Dans un futur proche, ce ne sont plus les Etats mais les multinationales qui se font la guerre entre elles au sens propre du terme, et, enrôlent de la chair à canon parmi les castes inférieures, qui passent leur vie à regarder ces « nouveaux jeux de cirque » à la télévision. Seulement, pour éviter que les deux blocs est et ouest aient recours aux armes de destruction massive, toute arme ou toute technologie du XXe siècle est prohibée. Mais Joe Mauser, vétéran, qui ne rêve que d’échapper à sa condition de semi-inférieur, a une idée pour gagner la prochaine guerre…

En 1962, Mack Reynolds se révèle un formidable visionnaire en imaginant déjà les multinationales supplantant les Etats dans leur domination du monde. Il porte également un regard critique sur l’éducation des citoyens en transposant le concept des « castes » et en réinventant les jeux du cirque pour la « populace » laissée dans son ignorance, laquelle ne peut plus bénéficier de l’ascenseur social par l’école. A redécouvrir.

 

 

REYNOLDS, Mack. – Le Mercenaire. – Le Passager clandestin, 2013. – 139 p. ; 17 cm. – (Dyschroniques). – EAN13 9782916952819 : 8 €.

Tableau de Paris sous la Commune de Villiers de l’Isle-Adam

17.05
2013

tablodeparisvia« Ainsi l’esclave, marqué au front du signe de l’exil, des pontons, de l’échafaud et des colonies lointaines, l’esclave-peuple a déclaré son droit à la vie et au soleil. » (p. 54)

Qui aurait pu croire qu’Auguste Villiers de l’Isle-Adam, aristocrate catholique, aurait pu s’intéresser d’aussi près à la Commune et même prendre parti pour ces gens du peuple paralnt de liberté et de fraternité comme d’une « religion nouvelle » ? On a pourtant toutes les raisons de penser que ce texte, qui n’a jamais été signé de son nom, est bien de lui, d’où son insertion dans ses œuvres en Pléïade, malgré de nombreuse réserves. A cette lecture, on se surprend à penser que l’auteur du fascinant L’Eve future et des remarquables Contes cruels, n’était à coup sûr catholique que par convenance sociale, et qu’il aurait volontiers troqué sa condition d’aristocrate désargenté pour pouvoir lui aussi ressentir toute l’exaltation d’une révolution en marche. Ce texte poétique montre combien il comprenait les Communards et partageait leur rêve d’une nation meilleure et plus juste. Hélas comment cela se termina, et Auguste Villiers de l’Isle-Adam s’empressa de retourner sa veste pour garder la vie sauve. Il n’empêche : cet épisode biographique contribue à le faire encore monter dans mon estime.

 

 

VILLIERS DE L’ISLE-ADAM, Auguste. – Tableau de Paris sous la commune. – Sao Maï, 2011. – 103 p.. – EAN13 9782953117615

Acheté à la librairie indépendante Terra Nova de Toulouse. 

 

 

Le décalage de Marc-Antoine Mathieu

15.05
2013

Le décalageLe mercredi, c’est bande dessinée !

Enfin une nouvelle histoire de Julius Corentin Acquefacques !!! On croyait la série hélas terminée depuis 2004. Que nenni ! Pour notre plus grand plaisir, voici le 6e tome depuis  L’Origine. Une fois de plus, Marc-Antoine Mathieu s’évertue à jouer avec les codes de la BD.

Dès la couverture, rien ne va plus : ce n’est pas une couverture, mais une planche, et même pas la première, mais la planche 7 ! Vous l’aurez deviné, c’est tout le scénario qui se trouve ainsi décalé, si bien qu’on débute in média des dans l’histoire de Julius Corentin Acquefacques, qui vient non pas de passer le mur du son, mais le mur du temps, et qui se retrouve directement au deuxième chapitre. Et voilà, il vient de rater le début de sa nouvelle aventure et regarde, impuissant, les personnages secondaires partir à sa recherche dans le désert du « rien » :

« Mais alors… depuis le début on marche pour… rien ? »

Comment notre héros va-t-il pouvoir regagner son espace-temps ? En déchirant des pages au milieu de l’album pour recaler le récit !

J'ai beaucoup aimé

J’ai beaucoup aimé

Dialogues truculents sur le non-sens, mise en abime de la BD dans la BD physique, ruines géantes de héros de la BD, infraction des interdits, … Marc-Antoine Mathieu se démarque encore par son intelligence et sa virtuosité à jouer avec les codes de la bande dessinée. Chacun de ses albums est une perle d’inventivité. A connaître de toute urgence.

 

Retrouvez les autres albums de Marc-Antoine Mathieu dans Carnets de SeL :

- 3 secondes (2011)

Dieu en personne (2009)

Les sous-sols du Révolu (2006)

La 2,333e dimension (2004)

Le dessin (2001)

Mémoire morte (2000)

Le début de la fin (1995)

Le Processus (1993)

Hannah et ses sœurs de Woody Allen

14.05
2013

Hannah-et-ses-soeursMardi cinéma

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Woody Allen (1986)

SYNOPSIS

Elliott est attiré par Lee, la sœur de sa femme, qui vit avec Frederick, un homme plus âgé qu’elle, artiste peintre misanthrope. Alors qu’il aime sa femme, Hannah, il va pourtant nouer une liaison avec sa belle-sœur. Hannah a eu deux enfants par insémination artificielle du meilleur ami de son ex-mari, Mickey, producteur de télévision hypocondriaque, qui a une fois passé la soirée avec sa deuxième soeur, Holly, actrice un peu « ratée », lui réclamant sans cesse de l’argent.

 AVIS SUR LE SCENARIO

Le scénario repose essentiellement sur des réflexions, sur le mode comique, sur le désir, l’amour, le talent, la famille : puis-je convoiter la sœur de ma femme, et réciproquement ? Désirer une autre signifie-t-il ne plus aimer celle avec qui l’on vit ? Peut-on réussir sa vie quand on a l’image de quelqu’un qui l’a ratée ? Vers quoi/vers qui se tourner lorsqu’on a peur de mourir ?…

La tour des damnés de Brian Aldiss

12.05
2013

cop. Le passager clandestin

« Il aimait ces images. Il se plaisait à contempler la folie du monde extérieur. Et quel monde c’était ! Toute cette chaleur, toute cette énergie ! La nécessité de travailler ! Et les dimensions du monde… Jamais il n’aurait supporté une telle vie. Pour rien au monde il n’en aurait voulu. Il ne comprenait pas la moitié de ce qu’il voyait. Il était né ici, après tout. Peut-être son père, quel qu’ait été celui qui avait été son père, était-il né à l’extérieur. Tout ce qu’il connaissait, lui, de l’extérieur, c’était par ouïe-dire. Ou par les écrans. Mais à tout prendre, il n’y avait plus tellement de gens qui s’intéressaient aux écrans. Pas même lui. » (p. 32)

Construite en Inde pour servir d’expérience contre la surpopulation avec des volontaires, la tour des damnés continue à exister 25 ans plus tard, dans un monde qui semble depuis longtemps avoir trouvé la solution au problème. Thomas Dixit fait partie de ceux qui pensent que l’expérience n’a plus lieu d’être et qu’il est temps de rendre leur liberté à ces quelques 75 000 personnes qui survivent dans les 10 niveaux de cette tour. Mais cela signifierait également pour l’administrateur du CERGAFD – Centre ethnographique de recherche sur les groupes à forte densité -, fermer la tour, et donc admettre le gâchis financier du projet. Thomas Dixit est alors introduit dans la tour pour espionner les différents chefs de niveaux, soupçonnés d’avoir développé des pouvoirs extrasensoriels, et pour rendre un rapport sur le bien-fondé de l’expérience…

Apprécié

Apprécié

Je me souviens avoir étudié en maîtrise, de ce grand auteur de la science-fiction des années 60-70, le roman L’autre île du Dr Moreau, totale réécriture du chef-d’oeuvre de Wells. Cette nouvelle, publiée en 1968, fleure bon son époque : s’inquiétant déjà des risques de surpopulation, Brian Aldiss imagine ici des individus enfermés dans une tour donnant libre cours à l’usage de stupéfiants – on pense au LSD – et ayant une vie sexuelle dès l’âge d’une dizaine d’années, ce qui raccourcit considérablement leur cycle de vie. Il s’interroge surtout sur la perception qu’ont ces derniers de leur propre isolement, et sur les ressources d’un peuple qui s’accommode de tout, semble-t-il…

ALDISS, Brian. – La Tour des damnés / trad. par Guy Abadia. – Le passager clandestin, 2013. – 106 p. ; 17 cm. – (Dyschroniques). – EAN13 9782916952789 : 8 €.

Editeur indépendant, un pari gagnant ?

11.05
2013


AttilaAu dernier salon du livre, lors de la matinée professionnelle, un entretien était proposé sur le métier d’éditeur indépendant. Thierry Boizet (qui tenait avec sa compagne une librairie de livres anciens où ils s’ennuyaient avant de devenir éditeurs depuis 2002 avec Finitude), Benoit Virot (Attila) et Frantz Olivié (Anacharsis) témoignaient de la réalité de ce métier-passion :

finitudeLe rapport à l’objet-livre est-il encore vrai ?

Oui, cela va de soi. Il faut de la créativité pour faire exister un livre. Cela suppose de savoir ce qu’est une bibliothèque personnelle aujourd’hui.

Cela ressemble à quoi, la journée d’un éditeur ?

Cela consiste en de la recherche de textes, d’illustrateurs, de représentants, de la fouille en bibliothèque, des corrections, des contacts avec les libraires, l’imprimeur, l’organisation de signatures. On manque de temps. Pour fonctionner idéalement, une maison d’édition doit sortir 2 à 3 textes par an pour pouvoir bien les suivre de la conception à la dédicace.

Pour faire partie du paysage éditorial, il faut bien 10 ans, et quelques petits succès.

UnknownQuel est l’un des dangers pour ne pas durer ?

Vouloir devenir éditeur pour gagner de l’argent. Les questions d’argent sont d’une importance capitale. On est une petite quinzaine de petits éditeurs et on commence à avoir un poids. Quand Finitude a le prix Flore, cela signifie que Gallimard en a un de moins. Le problème, c’est quand un écrivain devient connu, alors qu’il avait été refusé dans les grandes maisons d’édition : on essaie de faire en sorte qu’il soit médiatisé, que ses autres livres soient vendus.

Est-ce que c’est ça qui fait durer une maison d’édition ? 

Oui, qu’un auteur soit une sorte de locomotive.

L’avenir du numérique, ça vous concerne ?

Qu’on le veuille ou non, ça nous concerne. Le numérique a un lien avec les éditeurs indépendants qui ont du mal à exister avec les loyers en ville. Les enjeux sont à la fois sociaux, financiers et culturels. Mais ce n’est pas au centre de nos préoccupations. On aura bien le temps de prendre la locomotive en marche.

Quel est votre tirage ?

Pour une petite maison d’édition, les premiers romans en France, en moyenne, c’est 1200 exemplaires vendus. Mon tout premier livre (Attila) a été imprimé à 1000 exemplaires, puis réimprimé.

Anacharsis : On est sur des moyennes de 1200-1500. On a un diffuseur, les Belles Lettres. N’importe quelle maison d’édition peut tourner les deux premières années en auto-diffusion. Le diffuseur est celui qui est en contact avec les libraires.

La meilleure vente, ça tourne autour de 5000 exemplaires.

Y a-t-il des aides pour les maisons d’édition ?

Il existe des aides régionales. Il y a les Centres régionaux du livre qui proposent des orientations en direction des écrivains, des éditeurs et des libraires. Il y a une volonté politique marquée dans certaines régions (Lyon, Aquitaine). Il y a des salons littéraires qui se créent en province.

MétailiéQu’est-ce qui manquerait dans le paysage éditorial ?

L’enthousiasme, l’envie. Mais nous ne sommes pas inquiets.

Comment détermine-t-on le prix du livre ?

On est des amoureux du beau papier et donc le bât blesse car le prix de revient est double par rapport aux autres éditions, alors qu’il faut s’aligner sur les autres prix. Normalement c’est le prix de fabrication multiplié par trois ou quatre, et finalement, ce n’est pas possible car le prix moyen d’un livre est de 15 €. Donc notre marge par rapport à une grande maison est divisée par deux : on en vend moins et on a une marge moins grande.

Pourtant de jeunes maisons d’édition se créent constamment.

C’est beaucoup plus facile qu’avant. Il suffit de 2000 €, d’un PC et d’une chambre. C’est facile de créer mais difficile de perdurer car le marché est saturé.

gallimardUne pleine page dans Télérama, ça aide.

Le contexte est crispé. On est en pleine agressivité médiatique et commerciale car être visible, c’est rendre les autres invisibles. L’écart se creuse entre les grosses ventes et les petites. 80% du C.A. se fait sur 20% des titres. Il n’existe pas d’association formelle d’éditeurs indépendants, mais on se connait, on se croise.

Le rôle du libraire est important aussi.

C’est lui qui met en avant ou pas les livres. Il y a un rapport de connivence. La relève des libraires constitue une vraie question. Il faudrait mettre en place des politiques de la ville. Après il y a le rapport entre un libraire et un éditeur. La librairie peut être la vitrine de ce que l’on fait, physiquement.

la table rondeComment les trouve-t-on, ces écrivains ? Vous recevez des manuscrits ou vous allez à leur rencontre ?

Ca dépend. On reçoit entre 1000 et 1200 manuscrits et on en a publié quatre en 10 ans… Nous, on fait plutôt dans les auteurs morts depuis longtemps. Mais oui, en règle général, on les trouve pas par la Poste. L’impératif pour les maisons d’édition, c’est de faire une marge bénéficiaire, donc il faut qu’on se dise que ça va marcher. Pour nous, souvent, on sait que cela ne marchera pas.

On arrive à se faire un salaire ?

Oui, on dégage un salaire, mais c’est un SMIC pendant 10 ans quand tout va bien.

Que pensez-vous d’Amazon ?

Le distributeur met à disposition les livres sur Amazon, qui est le premier en termes de clients. Sans Amazon, on aurait du mal à survivre. Ce n’est pas une librairie physique. Amazon prend 50% de marge, c’est-à-dire 15% de plus qu’un libraire (qui tourne entre 35-38%). Si je veux boycotter Amazon, c’est mon premier client que je perdrais.

Et de l’Autre Livre ?

C’est une association qui s’est dévolue à la promotion des petits éditeurs, d’où un salon en novembre chaque année.

Où trouve-t-on vos maisons d’édition dans le salon ?

Dans les régions respectives.

Que diriez-vous aux jeunes qui souhaitent se lancer dans le métier ?

Qu’être éditeur, c’est avoir envie de découvrir des auteurs et de faire partager cette découverte. Que c’est un métier de passion, de conviction.

 

La zone : 1. Sentinelles d’Eric Stalner

08.05
2013

cop. Casterman

Le mercredi, c’est bande dessinée !

En 2067, après la fin des abeilles et celle du monde, enfin presque, Lawrence vit isolé avec ses livres et son puma, à proximité du village d’Applecross où lettré et venu d’ailleurs, il n’est pas le bienvenu. Aussi lorsque la jeune Keira, à qui il essayait d’apprendre à lire et à écrire, lui vole une de ses cartes et s’enfuit avec deux amis, le village trouve un bon prétexte pour mettre le feu chez lui. Mais Lawrence, inquiet pour les adolescents, est déjà parti les rattraper dans ce monde post-apocalyptique…

Tous les ingrédients sont là pour produire un bon petit récit post-apocalyptique : la nature qui a repris ses droits et envahi la capitale, l’intellectuel craint et donc haï par les croyants et leur prêtre, le cannibalisme des survivants, la communauté lettrée d’un sanctuaire,… Une impression de déjà-vu certes, mais on lit avec plaisir cette histoire servie par de magnifiques planches au dessin soigné et précis.

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