Le grand livre des casse-têtes… Logogriphes !

19.12
2014
cop. Larousse

cop. Larousse

Quel plaisir à feuilleter cet ouvrage mettant à mal notre conviction de tout savoir sur la langue française : faites donc un logogriphe en devinant un mot à partir d’une définition énigmatique des jeux d’esprit ; résolvez charades, devinettes, énigmes lexicales, rébus graphiques, textes à trous ; trouvez les intrus d’origine et de sens différents ou des anagrammes ; etc.

De quoi se creuser la tête avec des mots pour changer de votre sudoku habituel.

BERLION, Daniel, LAMY, Yves. – Le grand livre des casse-têtes… Logogriphes !… et chausse-trappes lexicaux. – Larousse, 2014. – 286 p.. – EAN13 978-2-03-590394-5 : 20,90 €.

Revoir Paris de Schuiten & Peeters

17.12
2014

cop. Casterman

Bien qu’elle soit née dans l’Arche, une colonie spatiale regroupant d’anciens Terriens et leurs descendants, Kârinh est obsédée par la ville de Paris, dont elle a une connaissance toute livresque. Sélectionnée pour commander une expédition vers la Terre avec pour tous compagnons quinze vieillards en hibernation, elle entame ce voyage dans l’espace et vers ses racines en se projetant dans le vieux Paris de ses rêves grâce à des stupéfiants…

Oscillant entre un vieux Paris fantasmé rappelant celui des Cités obscures et un étrange univers futuriste où va se dresser le Paris du XXIIe siècle, Schuiten et Peeters nous proposent ici un hommage à la Ville-lumière, à travers les thèmes de l’identité, de l’immigration et de l’écrit comme mémoire fragmentée. Ce premier tome nous laisse sur notre faim. Alors à suivre…

A ne pas manquer leur exposition éponyme jusqu’à mars 2015 à la Cité de l’architecture et du patrimoine.

SCHUITEN, François, PEETERS, Benoit. – Revoir Paris : tome 1. – Casterman, 2014. – 63 p. : ill. et couv. en coul. ; 32 cm. – (Univers d’auteurs). – EAN13 978-2-203-04327-5 : 15 €.

Evaluer un scénario d’Yves Lavandier

15.12
2014

 

cop. Le clown et l'enfant

cop. Le clown et l’enfant

Après avoir démonté une petite dizaine d’idées fausses (« le cinéma est avant tout un art de l’image », « La mise en scène en dit plus que le scénario. », « Le dialogue doit être réduit au strict minimum. »), Yves Lavandier met en garde les futurs lecteurs de scénarios : à la première lecture, il faut noter les émotions ressenties, et seulement après, en deuxième lecture, proposer une analyse en établissant des diagnostics généraux, liés au sens, au conflit et aux obstacles, à l’unité, au protagoniste, à la caractérisation, à la structure, à la préparation, à l’ironie dramatique ou encore à l’activité, aux dialogues et aux effets. Et surtout, surtout, toujours considérer le scénario comme un travail en cours, ne pas le comparer à un film, à une œuvre achevée. Au final, il faut d’abord utiliser le « je » et pas le « on » car notre avis n’est pas celui de l’humanité, ensuite dire ce qui plaît dans le travail de l’auteur, ce que beaucoup ont tendance à oublier,  car « si les commentaires critiques ouvrent des pistes de réécriture, les commentaires positifs fournissent l’énergie nécessaire à cette réécriture » !

La meilleure formation à la lecture de scénario, conclut Yves Lavandier, ce n’est pas de se contenter de ce livre, c’est encore de participer à un atelier d’écriture. Bien vu !

 

Léon Tolstoï contre le fantasme de toute-puissance

12.12
2014

cop. Le passager clandestin

En 1947, George Orwell disait de Tolstoï que comme le Roi Lear, en renonçant au pouvoir, il avait dû faire face à un conflit intérieur tragique : appliquant la loi chrétienne de l’amour, en refusant de faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fût fait et donc de profiter du travail d’autrui, Tolstoï remet en question les promesses des socialistes et la vision classique d’une économie productiviste, utilisant les ressources humaines et naturelles pour servir des objectifs de rendement.

Léon Tolstoï préconise maîtrise de soi et modération, pour revenir aux désirs immodérés fondamentaux : il aborde alors la question du régime alimentaire, voyant le végétarisme comme un premier pas dans la voie du perfectionnement moral.

Il remet en question la vision classique de l’économie, focalisée sur la seule productivité et considérant les humains et la nature comme autant de ressources utilisables à volonté pour servir les objectifs de rendement dans un contexte de rareté.

Il se prononce pour une appropriation des outils et d’une terre à la campagne : il imagine une communauté à la fois technique et naturelle où chaque ouvrier ou artisan disposerait librement de ses outils, utiliserait la terre où il vit et qu’il connaît, qui est brisée par l’appropriation des terres et des moyens de production par les capitalistes.

Selon lui, la campagne préserve l’amour de soi, la juste estimation par l’homme de ses forces, ainsi de ce qui convient à son bien-être, alors que la ville n’est qu’amour-propre, vanité des hommes, confrontation et comparaison.

Il souhaite une alternance des quatre types d’activités humaines sur la journée, soit le travail physique, l’exercice du métier (artisanat), l’activité de l’esprit et de l’imagination, et enfin les relations sociales, pour obtenir les biens matériels et intellectuels y afférant : il n’y aurait alors plus de division du travail !

Il dénonce comme les anarchistes l’impôt comme un vol organisé par l’Etat.

Il se gausse enfin des intellectuels qui croient aux promesses des socialistes selon lesquelles en s’emparant des moyens de production, tous mèneront une vie facile et confortable.

Non content d’avoir écrit des chefs-d’oeuvre et prôné la non-violence à Gandhi avec le résultat que l’on connait, Léon Tolstoï a avancé avant l’heure des idées proches de la décroissance. Des textes qui résonnent encore, à réserver aux plus mûrs.

GARCIA, Renaud. – Léon Tolstoï contre le fantasme de toute-puissance. – Le passager clandestin, 2013. – 94 p.. – (Les précurseurs de la décroissance). – EAN13 9782369350002 : 8 €.

Le garçon manqué de Liz Prince

10.12
2014

cop. çà et là

Déjà toute petite, Liz Prince déteste porter des robes. Pourquoi l’y obliger parce que c’est une fille ? Dès lors, elle adopte résolument la garde-robe des garçons, se coiffe d’une casquette rouge, se chausse de baskets, veut jouer au base-ball, et surtout, surtout, elle ne se reconnaît pas du tout, mais alors pas du tout dans l’image que l’on a des filles : polies, adorables, roses, frivoles, délicates, réservées, gentilles, etc. et qui ne peuvent être populaires que si elles sont jolies. D’ailleurs elle déteste les filles et préfère les jeux des garçons. Heureusement sa mère est la première à la soutenir, puis quelques amis/amies, contre les préjugés sexistes dominants…

Eh non ! Etre un garçon manqué, cela ne signifie pas forcément être une lesbienne, et cela n’a rien d’anti-naturel, explique Liz Prince en retranscrivant son parcours, bien au contraire ! C’est juste être une fille qui ne s’identifie pas à des codes culturels sexistes injustifiés inscrits dans les mentalités. Une bande dessinée qui tombe à pic pour remettre avec beaucoup d’humour les pendules à l’heure, et pour s’imposer au pied du sapin de Noël.

PRINCE, Liz. – Le garçon manqué / trad. par Philippe Touboul, lettrage de Hélène Duhamel. – Editions çà et là, 2014. – 253 p. : ill. n.b. + couv. En coul. ; 23 cm. – EAN13 978-2-36990-204-1 : 20 €.

Hilda Glasgow ou l’esprit de la mode : 1940-1970

05.12
2014

cop. Larousse

Ce très beau livre est bien plus qu’un livre de mode : la biographie d’Hilda Glasgow, retracée par sa petite-nièce dans les premières pages, nous campe d’abord une femme remarquable, une femme-artiste en « free-lance » qui fut le soutien financier de son foyer en travaillant à plein-temps, menant tout de front, une remarquable dessinatrice qui parvient à faire sa place à la fin des années 1940 en rejoignant le milieu de la mode. Le reste de l’ouvrage nous présente dans l’ordre chronologique ses croquis originaux de la mode new-yorkaise des années 1940 à 1970, que s’arrachent actuellement les stylistes américains, tant ils témoignent d’une époque associée à l’élégance et au raffinement.

Un ouvrage superbe qui pourrait autant plaire aux fans de la mode qu’aux dessinateurs…

WITTES, Jen. – Hilda Glasgow ou l’esprit de la mode : 1940-1970. – Larousse, 2014.- 160 p. : ill. n.b. et coul. + couv. ill. en coul. ; 31 cm.- EAN13 978-2-03-590486-7 : 24,90 €.

 

Tout va bien ! de Mana Neyestani

03.12
2014
cop. çà et là

cop. çà et là

 

C’est à l’occasion de son exposition de planches à BD Boum ce mois-ci que j’ai découvert Mana Neyestani.

Dessinateur de presse depuis l’âge de 16 ans, Mana Neyestani commence par travailler en Iran pour des journaux réformistes puis gouvernementaux  jusqu’à ce qu’un de ses dessins ne le fasse emprisonner. A sa sortie de prison en 2006, il fuit en Malaisie, puis en France en 2011, où il vit à présent en tant que réfugié politique. La population iranienne a continué à distance de suivre son travail de dessinateur pour des sites dissidents iraniens, et même à utiliser certains de ses dessins, lors de manifestations contre le régime théocratique et tyrannique de la république islamique d’Iran. Membre de l’association Cartooning for Peace, créée par Plantu, il a reçu le prix international du Dessin de Presse, le 3 mai 2012, des mains de Koffi Annan.

En un seul dessin de presse, Mana Neyestani croque avec ironie des situations vécues au Moyen-Orient d’intimidation, de censure, de meurtre, d’emprisonnement, d’interrogatoire. Et lorsque la couleur pointe dans ses dessins en noir et blanc aux fines hachures, d’un humour noir proche de Topor, c’est comme pour indiquer une note d’espoir qui permet de survivre.

Mais assez parlé, il faut acheter et voir cette petite bombe ! Vous hésitez ? Tapez son nom dans Google images, et vous aurez un assez bon aperçu de ses dessins.

NEYESTANI, Mana. – Tout va bien !. – Editions çà et là, 2013. – 200 ill. n.b. et coul. ; 18*18 cm. – EAN13 978-2-916207-83-4 : 22 €.