Sarah Thornhill de Kate Grenville

27.07
2014
cop. Métailié

cop. Métailié

« Pour ceux qui avaient fait fortune, comme Pa, on parlait plus de « banni » ni d’avoir « porté la casaque ». Il était maintenant de ceux qu’on appelait les « vieux colons ». Restait encore du grand monde qui refusait de mettre les pieds sous la table d’un affranchi ou de l’inviter sous son toit. Impossible pour ces gens d’effacer la souillure du bagne. Vous portiez la souillure, vos enfants aussi et les enfants de vos enfants. Mais pour d’autres, l’argent lissait la rudesse du passé et l’habillait de mots nouveaux. » (p. 14)

Dolly, alias Sarah Thornhill, est la fille cadette d’un de ces anciens bagnards devenus propriétaires terriens le long du fleuve Hawkesbury. Elle se souvient peu de sa mère, décédée, que son père a remplacée par une femme psychorigide et pleine de préjugés. Sarah grandit heureuse, jusqu’au jour où son frère disparaît en mer et que Jack, un métisse, son fiancé de coeur depuis sa plus tendre enfance, ramène de Nouvelle-Zélande la fillette à demi maorie de ce dernier. Quand Jack et Sarah déclarent ouvertement leur intention de se marier, Jack apprend de la bouche de sa belle-mère un terrible secret, qui lui fait fuir aussitôt et Sarah et le pays pour reprendre le bateau à tout jamais…

Inspirée de l’histoire familiale de Kate Grenville, cette tragédie met en scène des personnages complexes, tiraillés par leurs désirs et leurs contradictions. On peut certes s’étonner du renoncement rapide de Sarah à l’amour, qu’on croyait plus entière, mais la suite semble lui donner raison. L’écriture, tantôt poétique, tantôt oralisée, épouse la pensée de cette jeune femme dont le désir vierge de tout préjugé se heurte violemment au passé sanglant de son père, bourré de remords. Un beau roman.

GRENVILLE, Kate. – Sarah Thornhill / trad. de l’anglais par Mireille Vignol. – Métailié, 2014. – 254 p. – EAN13 978-2-86424-944-3 : 22 €.

Vent d’est, vent d’ouest de Franck M. Robinson

20.07
2014
cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

Dans un futur relativement proche, l’air est devenu quasi irrespirable. Jim Morrison, jeune employé attaché à l’organisme Air Central, est chargé d’une mission importante par son patron : retrouver le criminel qui fait encore rouler une voiture particulière signalée dans une partie de la ville…

Publiée en 1972, Vent d’est, vent d’ouest prend la forme d’un petit polar qui condamne l’aveuglement de lobbies pollueurs, lesquels se voilent la face et continuent à faire des profits, faisant porter le poids de la culpabilité aux particuliers, jusqu’au point de non retour pour l’Humanité.

ROBINSON, Franck M.. – Vent d’est, vent d’ouest / trad. de l’américain par Jean-Marie Dessaux. – Le Passager clandestin, 2014. – 75 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-36935-010-1 : 5 €.

Hilda et le chien noir de Luke Pearson

16.07
2014

cop. Casterman

Comme sa maman lorsqu’elle était enfant, Hilda entre chez les scouts, se promettant de gagner plus de médailles qu’elle. Mais elle a bien mieux à faire lorsqu’elle fait la connaissance d’un nisse, un esprit domestique, qui se trouve sans abri, et rencontre la mystérieuse bête qui rode partout en ville.

Prenant quelques libertés avec le gaufrier, Luke Pearson nous immerge dans un monde imaginaire savoureux, où chaque maison cache un esprit domestique niché dans les recoins de la maison s’agglomérant en un seul endroit, en compagnie d’un petit personnage attachant aux cheveux bleus. Cette quatrième aventure de la petite Hilda peut se lire séparément.

PEARSON, Luke. - Hilda et le chien noir / trad. par Basile Béguerie. – Casterman, 2014. – 64 p. ill. en coul. ; 31 cm. – EAN13 978-2-203-08123-9 : 14,95 €.

La vague montante de Marion Zimmer Bradley

13.07
2014
cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

Après 130 ans, les descendants de l’équipage naufragé du « Starward », premier vaisseau stellaire, atterrissent enfin sur la planète-mère, la Terre. Le commandant Kearns ne cache pas sa déception : alors qu’il s’attendait à être émerveillé par la technologie surdéveloppée des Terriens, il est accueilli sans aucune pompe par des villageois complètement désintéressés par tout exploit spatial, vivant d’agriculture et de troc. Alors que tout l’équipage s’intègre à cette nouvelle vie simple en apparence, il persiste à ne pas vouloir quitter son vaisseau…

Cette nouvelle écrite en 1955 prône une écologie libertaire avant l’heure, qui rejette l’idée selon laquelle les innovations technologiques et la croissance économique seraient forcément synonymes de progrès. Marion Zimmer Bradley remet les pendules à l’heure en replaçant l’humain au centre et non pas le tout technologique : c’est le degré d’épanouissement de l’être humain, respectueux de son environnement, qui devrait constituer le seul critère déterminant de l’intelligence d’une grande civilisation.

Petit coup de coeur dans cette collection toujours très intéressante.

ZIMMER BRADLEY, Marion. – La vague montante / trad. de l’américain par Elisabeth Vonarburg. – Le Passager clandestin, 2013. – 137 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-916952-97-0 : 8 €.

Carnation de Xavier Mussat

09.07
2014

cop. Casterman

 

Schéma classique d’un dessinateur de BD qui débarque à Angoulême et se retrouve prolétaire du dessin animé. Oui, mais voilà, elle aussi est attirée par la ville de l’image, fait le vide autour de lui et le dévore très vite de l’intérieur, dans une passion exclusive… 

Xavier Mussat se met à nu dans cet album autobiographique, dans lequel il a mis toutes ses tripes, innovant, bousculant les codes graphiques, dans une recherche artistique trop souvent brimée par la réalité d’une économie libérale. Un très bel album.

MUSSAT, Xavier. – Carnation. – Casterman, 2014. – 247 p. : ill. n.b. ; 27 cm. – (Univers d’auteurs). – EAN13 9782203087767 : 25 €.

 

Continent perdu de Norman Spinrad

06.07
2014
cop. Le Passager clandestin

cop. Le Passager clandestin

 

États-Unis, XXIIe siècle. 200 ans après « La grande panique ». Les Etats-Unis ne sont plus qu’un champ de ruines, qu’un groupe de riches touristes d’Afrique subsaharienne visite à bord d’un hélicoptère piloté par un descendant Américain indigène. Malgré eux, ils sont éblouis par la démesure de cette civilisation du tout technologique disparue, anéantie par la pollution qu’elle a engendrée. Leur guide et pilote Mike Ryan les amène voir les derniers survivants, dans le monde souterrain du métro…

Publiée aux États-Unis en 1970 dans le recueil Science Against Man (« La science contre l’homme »), cette nouvelle tire certes la sonnette d’alarme sur l’ambition exponentielle des Etats-Unis sur Terre et dans l’Espace avec sa démesure technologique dévastatrice en moyens de transports ruinant l’équilibre écologique, mais elle opère surtout un retournement de situation radical en inversant la discrimination raciale, le Blanc Américain étant au service des Noirs d’Afrique. Et tiens, prends ça comme avertissement !

SPINRAD, Norman. – Continent perdu / trad. de l’américain par Michel Deutsch. – Le Passager clandestin, 2013. – 115 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-916952-98-7 : 7 €.

La main tendue de Poul Anderson

08.06
2014

 

cop. Le Passager clandestin

Dans un futur très lointain s’achève une guerre entre les habitants de deux planètes, Cundaloa et Skontar. Les Terriens ont invité leurs deux ambassadeurs pour décider lequel des deux peuples ils vont « aider » à se reconstruire. Bienveillants envers la beauté, la culture et la langue du peuple Cundaloa, qu’ils admirent, les Terriens rejettent rapidement l’autre émissaire, irrespectueux. Banni par les siens, l’ambassadeur a pourtant cru bien faire en faisant en sorte de ne pas recevoir l’aide des Terriens. Plusieurs décennies plus tard, l’émissaire emmène Thordin sur Cundaloa pour constater à quel point il avait eu raison…

Publiée en 1950, Poul Anderson imagine les ravages d’un impérialisme  intergalactique, s’inspirant tout à la fois de l’antagonisme des deux blocs pendant la guerre froide, et de la forme moderne d’un colonialisme économique et culturel : les Terriens, en échange de leur aide, imposent aux plus faibles économiquement leur religion, leur langue, leur culture, leur tourisme de masse même, au point de réduire à néant cette différence culturelle qu’ils admiraient auparavant. Une petite bombe à retardement dans un court roman criant de vérité.

ANDERSON, Poul. – La main tendue / trad. de l’américain par Maxime Barrière. – Le passager clandestin, 2014. – 71 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN13 9782369350040 : 6 €.