La banlieue du 20 heures de Helkarava & Berthaut

22.02
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Connaissez-vous la collection « Sociorama » des éditions Casterman ? Commencée il y a tout juste un an, elle compte à présent 9 titres, transposant des enquêtes sociologiques dans un milieu donné en bandes dessinées.
A partir d’une enquête ethnographique du sociologue des médias Jérôme Berthaut, Helkarava a imaginé ce récit initiatique d’un jeune journaliste rédacteur, Jimmy Tendini, tout juste sorti de l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ), recruté en CDD au service informations générales du journal télévisé (JT) d’une grande chaîne nationale. Aussitôt envoyé sur le terrain, ici la banlieue, il est sommé de rentrer très vite avec des images véhiculant des clichés sur la délinquance et des interview mettant en exergue les tensions entre les communautés et les policiers, mais sur place, il doit tout inventer pour plaire à sa hiérarchie…
La banlieue du 20 heures révèle ainsi les coulisses des images télévisées sur la banlieue que diffuse le journal de 20 heures, images formatées qui conditionnent si bien ensuite tant certains discours politiques que la peur des gens qui n’y vivent pas, comme s’il s’agissait là-bas d’une espèce de loi de la jungle de criminels en devenir, faisant frémir dans les chaumières. D’un côté des journalistes tous formatés, issus d’un milieu social plutôt aisé, si l’on en croit les arrêts sur images faits à chaque entrée en scène d’un journaliste, relayant une certaine vision de la société, de l’autre une réalité déformée pour effrayer le bourgeois et faire de l’audimat. Pas de quoi améliorer la confiance dans les médias, en tout cas ! Avec une classe avec laquelle je faisais de l’éducation aux médias, j’avais déjà eu l’occasion d’entendre une conférence donnée sur ce sujet par Alexandre Borrell, doctorant en histoire contemporaine sur la médiatisation télévisée des banlieues (des années 1950 à aujourd’hui).
Une excellente lecture en est faite également ici :
Michael Perret, « Helkarava, La banlieue du 20 heures », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2016, mis en ligne le 18 novembre 2016, consulté le 22 février 2017. URL : http://lectures.revues.org/21748
Helkarava, La banlieue du 20h, Paris, Casterman, coll. « Sociorama », 2016, 164 p. : ill. n.b. ; 16 x 19 cm, [adapté de l'ouvrage de Jérôme Berthaut, "La banlieue du 20 heures", Editions Agone, 2013], ISBN : 978-2-203-12006-8 : 12,00 €.

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Otto, l’homme réécrit de Marc-Antoine Mathieu

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08.02
2017
cop. Delcourt

cop. Delcourt

« Les hommes se trompent en ce qu’ils se croient libres ; et cette opinion consiste en cela seul qu’ils ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par où ils sont déterminés. »

Baruch Spinoza, Ethique, livre II.

Ainsi s’ouvre la nouvelle bande dessinée de Marc-Antoine Mathieu, MAM pour les initiés. Et cette histoire fait véritablement la démonstration de cette citation :

L’oeuvre d’Otto, artiste à la réputation internationale, est traversée depuis vingt ans par la thématique du double. Alors qu’il propose une énième performance au musée Guggenheim de Bilbao, il brise à la fin le miroir où se reflétait son double et ressent un vide insondable, qui lui souffle la vanité de son art. Quelques jours plus tard, il hérite de ses parents décédés une maison et, à l’intérieur, d’une malle. Or cette malle renferme l’enregistrement en temps réel des sept premières années de sa vie, durant lesquelles il a fait l’objet d’une surveillance continue, lors d’une expérience scientifique avortée. Il décide alors de suspendre sa vie au présent pour relire en temps réel ses sept premières années, ces années dont sa conscience n’avait gardé que des bribes de souvenirs et qui ont inconsciemment façonné toute sa personnalité, toute sa vie…

Marc-Antoine Mathieu nous livre là une oeuvre-somme, celle de ses questionnements métaphysiques : qui suis-je ? Pourquoi ?, remettant en question toute fausse impression de libre arbitre. En même temps, il s’interroge sur le mal-être que pourrait occasionner la connaissance exacte et réelle de notre vie, adoucie par le tri sélectif que fait d’ordinaire notre conscience. Cet album à l’italienne nous plonge dans un abime métaphysique vertigineux dont il est difficile de se remettre, pour nous aussi…

Son album le plus introspectif.

 

 

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Un océan d’amour de Lupano & Panaccione

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01.02
2017
cop. Delcourt Mirages

cop. Delcourt Mirages

 

Il fait nuit noir quand il chausse sa paire de lunettes et descend prendre le solide petit-déjeuner que sa femme lui a déjà cuisiné. Il descend ensuite au port prendre le large, comme à l’ordinaire. Sauf que ce jour-là, il ne rentrera pas. Sa femme alors, grande matrone bretonne, décide de partir à sa recherche…

Un océan d’amour, c’est d’abord 224 planches muettes qui mettent en scène les aventures burlesques de la journée pas comme les autres d’un couple de bretons : lui est un marin petit et chétif, elle est une pure bretonne, une vraie matronne, avec tout le folklore qui va avec. Les épisodes alternent entre lui, confronté au gigantisme des navires et aux éléments naturels, et elle à d’autres sphères sociales et politiques, et dont le folklore traditionnel va lui ouvrir toutes les portes, jusqu’à couvrir la une des journaux. Et puis et puis… comment ne pas être séduit par les dessins de Grégory Panaccione, qui épousent avec un mélange de douceur, de tendresse, d’humour et de lucidité ce scénario tout en rondeurs d’un des meilleurs scénaristes actuels, Wilfrid Lupano (Les vieux fourneaux, Le Singe de Hartlepool, Communardes?

Un vrai coup de coeur, tellement chouette que cela donne envie de l’offrir !

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Revoir Paris : tome 2 de Schuiten et Peeters

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25.01
2017

9782203097261Arrivée sur Terre, abandonnant ses congénères âgés, Kârinh taille sa route seule, pour rejoindre Paris. Soupçonnée d’être envoyée en mission cachée par l’Arche, Kârinh finit par être sauvée par Mathias Binger, qui lui ouvre les portes du vieux Paris, musée pour touristes fortunés protégé par un dôme de verre. Kârinh retrouve alors son père…

Ce deuxième et dernier tome de Revoir Paris pêche un peu au niveau du scénario, bien faible par rapport à ce à quoi Benoit Peeters nous avait habitués. On suit les désillusions de Kârinh et la curiosité amoureuse de Mathias, sans creuser ces deus ex machina de dissidents dans la sphère. Mais, heureusement, les dessins réalistes de François Schuiten restent éblouissants. Je ne bouderai pas le plaisir que j’ai tout de même eu à lire ces deux tomes, mais je reste sur ma faim, une fin ouverte d’ailleurs.

SCHUITEN, François, PEETERS, Benoit. – Revoir Paris : tome 2. – Casterman, 2016. – 63 p. : ill. et couv. en coul. ; 32 cm. – (Univers d’auteurs). – EAN13 978-2-203-09726-1 : 17 €.

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Groenland Vertigo de Tanquerelle (2017)

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18.01
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Nouveauté

A paraître le 18 janvier 2017

Après avoir adapté Les racontars arctiques de Jørn Freuchen (alias Jørn Riel), Georges Benoît-Jean, dessinateur angoissé et maladroit, est invité à participer à une expédition danoise au Nord-Est du Groenland, en compagnie de scientifiques, d’artistes et de marins, financée par le grand plasticien Ulrich Kloster qui s’apprête à y laisser une installation. Mais ce dernier craint un complot pour l’en empêcher et confie à Georges un carnet de preuves rédigées en allemand de ce qu’il avance…

Eduqué à la bande dessinée par un jeu familial à partir des cases de Tintin, Tanquerelle affirme d’emblée son héritage tant par son dessin s’inspirant de la ligne claire que par les aventures rocambolesques qu’il tire d’une expérience autobiographique. De quoi nous faire passer un agréable moment.

Hervé Tanquerelle

Trad. du danois par Camilla Michel-Paludan, de l’all. par Volker Zimmermann

Mise en couleur : Isabelle Merlet

Groenland Vertigo

Casterman, 2017

100 p. : ill. en coul.

EAN13 : 978-2-203-10394-8 : 19 €

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Hilda et la forêt de pierres de Luke Pearson (2017)

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16.01
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Dans la ville de Trollbourg, Hilda passe son temps à mentir à sa mère pour ne pas l’inquiéter, alors qu’elle enfreint toujours les interdits. Mais cette fois-ci, elle va entraîner sa mère malgré elle dans ses aventures et se retrouver dans un repaire de trolls….

Ce cinquième tome des aventures de Hilda, à l’imaginaire toujours aussi foisonnant et au superbe graphisme, invite à une suite qu’on a bien hâte de lire ! Une série à offrir aux enfants à partir de 8 ans.

A lire du même auteur dans la série : Hilda et la parade des oiseauxHilda et le trollHilda et le géant de minuit et Hilda et le chien noir.

PEARSON, Luke. - Hilda et la forêt de pierres / trad. par Basile Béguerie. – Casterman, 2017. – n.p. : ill. en coul. ; 31 cm. – EAN13 978-2-203-09756-8 : 16 €.

 

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Regarde les lumières mon amour d’Annie Ernaux

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15.01
2017

 

cop. raconterlavie.fr

cop. raconterlavie.f

Raconter la vie, les vies qui se croisent dans un hypermarché, tel est le défi que s’est fixé pendant un an Annie Ernaux qui, quand elle n’écrit pas, prend plaisir à se mêler aux autres en se rendant à l’hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines à Cergy. Car elle part du principe que loin d’être un sujet trivial, ce lieu consiste en  un kaléidoscope des différentes classes sociales, exceptées les plus aisées, et de tous les âges.

Un petit livre bien à part du reste de l’oeuvre d’Annie Ernaux, tant son écriture y est du coup terriblement factuelle, sans fard, comme les néons qui plongent les clients dans un jour éternel et constant. Le concept ne manque pas d’intérêt mais il ne nous apprend rien ici que l’on ne sache déjà si ce n’est que contrairement à d’autres écrivains peut-être, elle n’a pas honte de concéder aimer aller dans les hypermarchés, et même passer aux caisses automatiques tout en sachant que les caissières creusent la tombe de leur métier en incitant les clients à y passer. Et, après l’ère de la caissière qui n’allait pas assez vite ou faisait des erreurs, à devenir à leur tour de potentiels fautifs, lents ou voleurs, que les clients suivants, la machine ou le magasin peut réprimander. Ou comment les hypermarchés retournent la situation tout en faisant des économies sur le dos des clients. Pire est encore la tentative avortée de vouloir armer chaque client d’une douchette pour scanner leurs achats au fur et à mesure. Une curieuse lecture, qui confirme mon désir de fuir ce lieu de perdition !:;)

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