Saru de Daisuke Igarashi

06.05
2015

Saru-01-shogakukanBeau pavé que ce one shot de Daisuke Igarashi. Mais aussitôt entré dans le récit, on n’en ressort d’une traite que 440 pages plus tard. Du manga grand spectacle, avec le réveil de Divinités ancestrales symbolisant le Bien et le Mal, le Yin et le Yang, auparavant canalisées et qui se manifestent alors à Angoulême comme aux quatre coins du monde. Un petit groupe tente d’empêcher la fin du monde promise : une jeune étudiante japonaise, un habitant du Boutan, un prêtre exorciste et une jeune fille possédé…

Si cette histoire mêlant religions et légendes chinoises relatives aux rois Singes ne m’a pas convaincue, tout compte fait, le suspens est là et bien là, le plaisir de lire aussi, le dessin soigné et détaillé. Aussi, amateurs d’ésotérisme, sans aucun doute passerez-vous un bon moment !

 

Un homme de joie de François et Hautière

29.04
2015

hommedejoie

Fuyant la misère en Russie, Sacha Bujak débarque à New-York, où un cousin lui trouve une chambre de bonne d’une maison cossue dont ont hérité trois clébards qu’il doit promener chaque jour. Un soir où il s’aventure dans les bas-fonds avec le plus teigneux, il sauve la vie d’un homme qui lui trouve bientôt du travail. Sacha est un taiseux, et dans ce milieu aux marges de la loi, ce n’est pas pour déplaire. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Lena…

Une histoire d’intégration d’un immigré dans les milieux mafieux new-yorkais en 1932 magnifiquement dessinée par Régis Hautière dans des tonalités ocres. David François nous réserve une petite surprise en dernière planche, de quoi nous inciter à une relecture rapide de ce premier tome. A suivre.

FRANCOIS, David, HAUTIERE, Régis.

Un homme de joie : la ville monstre : tome 1.

Casterman (2015).

54 p.

EAN13 9782203074170 : 13,95 €.

Petit-fils d’Algérie de Joël Alessandra

22.04
2015
cop. Casterman/Alessandra

cop. Casterman/Alessandra

Natif de Marseille, l’auteur-narrateur part en 2013 à Constantine sur les traces du passé de sa famille : cette dernière a fui la misère en Italie pour rejoindre l’Algérie où elle s’enrichit en construisant quelques-uns des édifices de cette magnifique ville entourée de gouffres. Mais quand De Gaulle prononce son fameux « Je vous ai compris », elle quitte pour toujours cette terre d’accueil pour en chercher une autre, la France, qui se montrera plutôt hostile. L’Histoire achèvera de se faire interroger Joël Alessandra sur l’attitude des membres de sa famille alors en position de colons : les siens étaient-ils des exploiteurs,  des racistes, des esclavagistes ?

Dans ce bel album, Joël Alessandra part en quête de son identité familiale : devra-t-il en avoir honte ? Pourra-t-il au contraire en être fier ? Placé sous escorte, et guidé par le vieux Lockmane, il va aller à la rencontre des vestiges et des témoins de ce passé intimidant, retrouver ses racines et découvrir les recoins secrets d’une ville fascinante. Tantôt sur le monde de la bande dessinée, tantôt sur le mode du carnet de route avec force photographies et documents personnels, des cartouches jouxtant de magnifiques aquarelles, il va emmener le lecteur avec lui dans un voyage qui sera aussi intérieur. Soulagé du poids de la culpabilité d’être le petit-fils d’anciens colons. Un savoir familial reconstitué qu’il pourra enfin transmettre à ses enfants. Un très bel album personnel.

Petit-fils d’Algérie

Préface de Benjamin Stora

Casterman (2015).

115 p. : ill. en coul. ; 22*29 cm. 

EAN13 9782203093997 : 19 €.

Ce qu’on dit des Rroms

20.04
2015

cop. Le passager clandestin

 

Nomades ?! Apatrides ?! Incapables de s’intégrer ?!

Mendiants ?! Délinquants ?!

Un livre pour faire le point sur les préjugés et les mensonges !

Pour en finir avec les préjugés, pour lutter contre les politiques du bouc émissaire qui refont aujourd’hui surface, ce livre se veut un précis de déconstruction des idées reçues sur les Rroms en même temps qu’un outil pour toucher du doigt la diversité et de la richesse de la culture romani.

Au fil de sept siècles de présence en Europe (antérieure à la naissance de la plupart des États-nations qui le composent), il a fallu aux Rroms survivre au mieux dans l’indifférence, au pire dans la haine, et se construire dans l’adversité. Il est évidemment plus commode de nier, voire de rejeter l’existence de ces millions d’individus dont la manière d’être, les habitudes culturelles, le rapport aux frontières… sont de plus en plus ouvertement jugés inassimilables.

Et pourtant les Rroms, par les multiples liens (linguistiques, culturels, historiques) qui les unissent au continent européen pris dans son sens le plus large, par la richesse de leur imaginaire et l’originalité de leur inscription dans les territoires qu’ils traversent, par leur conception libertaire de l’espace géographique, de la propriété du sol, de l’économie de marché, détiennent quelques-unes des clés du changement de paradigme dont les sociétés du vieux continent ont si cruellement besoin.

Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Dacheux, docteur en philosophie, reconnu comme l’un des meilleurs connaisseurs de la question Rrom en Europe revient sur chacun de ces clichés que véhiculent les médias, les formations politiques et les pouvoirs publics. Et j’avoue qu’il m’a fait tout bonnement découvrir leur culture.

DACHEUX, Jean-Pierre

Ce qu’on dit des rroms

Le Passager clandestin (2015).

97 p. ; 17*11 cm.

EAN13 9782369350231 : 7 €.

Les retombées de Jean-Pierre Andrevon

05.04
2015

cop. Le passager clandestin

 

« Après l’éclair, il y avait eu le grondement sourd de l’explosion, et, après le bruit, le souffle. »

François ignore tout de ce qui a bien pu se passer. Dans le brouillard suffocant à travers lequel il avance, mettant entre le plus de distance possible l’origine du souffle de l’explosion et lui, il rencontre un couple, un vieillard et une jeune femme. Ils trouvent ensemble un abri pour la nuit. Le lendemain, des militaires en scaphandre les emmènent dans un camp avec d’autres rescapés…

Publiée en 1979, l’année de l’accident de la centrale de Three Mile Island, Les retombées ne raconte en rien les retombées radioactives d’une quelconque attaque ou d’un quelconque accident. Si le danger existe bel et bien, quelle que soit l’origine du problème, c’est la gestion du jour d’après par le gouvernement qui intéresse Jean-Pierre Andrevon, une gestion qui rappelle pour le moins au narrateur une solution finale : ne s’agit-il pas de laisser les survivants dans l’ignorance et de les empêcher de témoigner ?

Un récit d’anticipation qui fait froid dans le dos, d’autant plus lorsqu’on habite entre deux centrales nucléaires.

ANDREVON, Jean-Pierre

Les retombées

Le Passager clandestin (2015).

108 p. ; 17*11 cm.

EAN13 9782203369350286 : 7 €.

Comment naissent les araignées de Marion Laurent

01.04
2015

cop. Casterman

Les Etats-Unis, dans les années 1990. Alice souffre du peu d’autonomie que lui laisse sa mère. Un soir où elle réussit à sortir, elle fait la connaissance de Dwight, peu communicatif, qui aime la dessiner, mais qui disparait du jour au lendemain, sans un mot. Empruntant la voiture de son oncle, elle renverse quelqu’un… Isadora, alcoolique, fait la manche depuis qu’elle s’est faite licencier d’une maison de retraite, hantée par la mort de sa propre mère qui a détruit sa vie… Alice et Isadora sauvent ce soir-là Billie, qui allait au même cours de danse qu’Alice avant que son frère et ses amis ne décident de le lui interdire, ainsi que tout contact avec le garçon blanc dont elle est amoureuse… Dwight, enfin, est amoureux d’Alice depuis bien avant leur rencontre mais n’a jamais osé le lui avouer…

Ce roman graphique entrelace les destins de trois Américaines et d’un jeune Américain à la manière d’un film choral. Pour ce faire, Marion Laurent préfère un dessin au trait pur, découpe ses planches et choisit ses plans comme des images cinématographiques. A travers les destins croisés de ces quatre personnages, Alice, adolescente timide, Isadora, sans domicile fixe car ayant rompu toute attache familiale, Billie, jeune afro-américaine brimée par l’extrémisme religieux de sa mère et de son frère, et Dwight, artiste introverti, elle aborde le manque de confiance en soi, la perte des repères, le carcan familial, mais aussi l’art et l’amour. Une première histoire bouleversante de cette jeune auteure.

 

LAURENT, Marion.

Comment naissent les araignées

Casterman (2015).

157 p. : ill. en coul. ; 19*28 cm.

EAN13 978220306075-3 : 23 €.

Les gaspilleurs de Mack Reynolds

29.03
2015

cop. Le Passager clandestin

Réputé comme étant l’un des meilleurs agents secrets au service des Etats-Unis, Paul Kosloff dérange lorsqu’un rapprochement entre les deux superpuissances est au goût du jour. Il est insidieusement mis au placard en étant chargé d’infiltrer un groupuscule de révolutionnaires d’extrême-gauche. Ce faisant, il est confronté à une vision de la société radicale qui va lui ouvrir les yeux…

Ce récit d’anticipation datant de 1967 n’a hélas pas pris une ride : ses dialogues, comme l’intrigue, permettent au narrateur/lecteur de découvrir une nouvelle lecture du monde, dépouillée du capitalisme, plus respectueuse du genre humain et des ressources naturelles. Une éthique politique au vernis fictif, vers laquelle il serait bon de se tourner, en ces années de repli sur soi.

 

REYNOLDS, Mack

Les gaspilleurs

trad. de l’amér. par J. de Tersac

Le Passager clandestin (2015).

106 p. ; 17*11 cm.

EAN13 9782369350293 : 7 €.