Hey Jude ! de Sandrine Revel

19.04
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Julie fête aujourd’hui ses 8 ans. Sur la route qui les ramène à la maison, la fillette regarde avec envie les chiens qui se promènent avec leurs maîtres, tandis qu’elle serre la peluche que sa grand-mère vient de lui offrir. Son père refuse catégoriquement de lui acheter un chien. Mais lorsqu’ils ouvrent la porte de chez eux, le robot-ours de Julie lui a préparé en secret une fête avec tous ses amis, qui lui ont offert un cadeau bien particulier : un chiot boston terrier !

Une histoire de papa veuf un peu débordé mais prêt à retomber amoureux, de sa petite fille en manque de l’amour d’une maman, d’un R2-D2 jaloux prêt à tout pour reprendre sa place dans le coeur de sa jeune maîtresse et d’un chiot mignon comme tout, forcément, tout cela avec une belle mise en images très sympa : bref, un bon petit album à offrir, mais surtout pas aux siens, si l’on n’a ni robot ni chien à la maison !

REVEL, Sandrine

He Jude !

Casterman, 2017

55 p. : ill. en coul. ; 22*30 cm + annexes

EAN13 9782203118409 : 14 €

 

 

 

 

 

9782203118409_pp

L’appel de L. Galandon & D. Mermoux

05.04
2017

Couv_291686Cécile, mère célibataire, regarde un message vidéo laissé par son fils Benoît, parti faire le Djihad en Syrie auprès de ses « frères » de l’État Islamique. Elle tente de comprendre pourquoi lui, qui n’était même pas croyant, a pu se radicaliser à ce point, et espère, lors de leur prochain appel, pouvoir le récupérer.

La pertinence du récit commence par la polysémie de son titre, l’appel, celui qu’attend cette mère de son fils, celui avec qui tout commence, celui enfin avec qui tout se termine avec la radicalisation de sa foi en une autre cause. Le seul petit bémol que l’on pourrait faire à cette bande dessinée, c’est que le recours aux réseaux sociaux et aux témoignages contraignent les auteurs à favoriser le texte par rapport à l’image. Laurent Galandon ne tombe en effet dans aucun des pièges : de bout en bout, son histoire ne verse dans aucun cliché ni aucun préjugé, ni par le choix de son protagoniste (blanc et athée), ni par les raisons de sa radicalisation (forts sentiments d’amitié et d’injustice), ni par son issue. Il soulève justement les bonnes questions, à savoir les inégalités sociales et la violence des rapports entre les jeunes et la police. Néanmoins le choix du noir et blanc, parfois sépia, renforce la sobriété et la pudeur du propos : pas d’esclandre ici, pas de violence montrée, tout est (presque) suggéré.

Une excellente BD sur ce triste sujet d’actualité qui tourne déjà dans tous les C.D.I. de lycées de France, et qui constitue un excellent point de départ pour entamer un débat avec les adolescents.

 

 

 

Réinventer la bande dessinée de Scott Mc Cloud

01.04
2017
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Dans cette suite (et fin ?) de sa série pédagogique sur la bande dessinée, après L’Art Invisible et Faire de la Bande dessinée, Scott McCloud fait le point sur l’état actuel de la bande dessinée, aussi bien au niveau de l’innovation et de son renouvellement, que des enjeux économiques et des difficultés des auteurs. Il établit ainsi 12 points à partir desquels la bande dessinée peut encore croître et révéler tout son potentiel.

Quelle déception par rapport aux deux opus précédents : déjà au niveau de l’inscription de son analyse dans l’espace-temps, qui se résume beaucoup aux Etats-Unis et à une situation qui date déjà d’une quinzaine d’années ; ensuite, au niveau des 12 points qu’il mentionne, déjà pas mal exploités en France. Et puis, on sent bien qu’il rumine des réflexions amères contre les gros éditeurs américains, ce qui le fait se répéter dans son discours. Malgré tout, ses interrogations restent pleinement d’actualité : quelles pistes n’ont-elles pas encore été suffisamment explorées ? Comment vivre de son crayon lorsqu’on est auteur ? Sous quelle forme la bande dessinée peut-elle se métamorphoser sur le net ?

Une bande dessinée qui réfléchit sur la bande dessinée, pour les amateurs et les pros !

 

A relire les pages :

- 60 : c’est ce que nous faisons avec le Cacograph

- 89 : où il conseille d’ouvrir les BD pour donner envie de les lire

- bas de la p. 127 : placements de la caméra,

- 150-151 : le potentiel du dessin sur ordinateur,

- 187-189, 191, 195 : les enjeux économiques de la BD sur le web,

- 225-227 et 231 : la métamorphose de la BD sur le web.

 

 

 

Les cent nuits de Héro

22.03
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Non, il ne s’agit pas des mille et une nuits de Shéhérazade, mais bien des cent nuits de Héro. Dans un monde où les dieux à tête d’aigle exigent qu’on les vénère, où les hommes condamnent à mort les femmes qui lisent, accusées de sorcellerie, deux hommes font un pari, celui que Manfred, qui a déjà tué sa femme pour l’avoir soupçonnée d’adultère, pourra ou non séduire la femme de son ami en son absence, qui durera cent nuits. Mais Héro, la bonne et l’amante de l’épouse, Cherry, a tout entendu. Elle décide alors de raconter à Manfred chaque nuit une histoire pour l’empêcher de violer Cherry…  

Isabel Greenberg revisite le récit fondateur en renouvelant la tradition du conte et en insistant fortement sur sa charge féministe. Le dessin noir et anguleux, presque naïf et assez déplaisant, assombrit encore le sort funeste que connaissent les femmes dans cette bande dessinée d’envergure, démontrant un immense talent de conteuse.

GREENBERG, Isabel

Les Cent nuits de Héro

Casterman, 2017

219 p. : ill. n.b. ; 22*31 cm

EAN13 9782203121959 : 29 €

Momo de Jonathan Garnier & Rony Hotin

15.03
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

 

Momo, drôle de nom pour une fillette élevée par sa mamy, le père, marin, parti en haute mer durant des semaines. Sa grand-mère s’inquiète, trouve qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Alors Momo décide de se faire des amis au village, et fait la connaissance d’un trio de garçons de son âge, férus de mangas. Mais c’est plutôt avec Françoise qu’elle aime traîner, la jeune Parisienne, en roller, qui fume et qui a affublé du sobriquet « banane » le chef d’un groupe de gars de son âge…

Issu du métissage entre le manga et la BD franco-belge, le dessin de Rony Hotin semble tout droit sorti d’un film d’animation de Miyazaki, comme le souligne cette magnifique couverture tout en jeux d’ombres et de lumières. Il sert admirablement bien le scénario simple, d’inspiration autobiographique, de Jonathan Garnier, qui renoue avec les rivalités d’enfance, les amitiés naissantes et les amours tus. Une vraie madeleine de Proust.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

80 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203095373 : 16 €

 

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon (2001)

14.03
2017

1000e critique de lecture sur Carnets de SeL !

Sur ce blog né en septembre 2005, voici le millième livre dont je vais parler :

cop. Seuil

cop. Seuil

 

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon

Enfant illégitime d’une fille-mère, élevée par des grands-parents portant à jamais le deuil de leur fils mort à la guerre, Marlène s’installe avec Laurent dans sa maison familiale du Cantal, dans les années 1970. Belle rousse flamboyante, grande lectrice, se promenant seule sans aucun prétexte, elle attire tous les regards sur elle, jusqu’à celui du vétérinaire…

Premier roman de l’autrice française Marie-Hélène Lafon, professeure de lettres classiques, publié en 2001 aux éditions Buchet-Chastel, Le Soir du chien a reçu le prix Renaudot 2001 des lycéens.

Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, Le Soir du chien n’est pas un roman choral, au sens de film choral, c’est-à-dire qu’il ne suit pas des histoires différentes de personnages qui s’entrecroisent. Non, il propose divers regards de narrateurs sur une tranche de vie d’un personnage fascinant, celui de Marlène. Si à un moment j’ai pu interrompre ma lecture, croyant que la trajectoire de Marlène lui serait funeste, j’ai bien vite réalisé qu’il ne s’agissait là que d’une désertion, d’un amour se substituant à un autre, qui parut tout à coup bien fragile et vulnérable. Mais voilà, c’est le Cantal, le lieu n’est pas anodin, ni l’époque, et ce qui peut nous paraitre ordinaire aujourd’hui tourne au drame dans le roman. D’ailleurs, ce n’est pas tant l’histoire, l’intimité, la solitude des personnages qui nous émeut ici, que son écriture à la fois poétique et tranchée. Un beau court roman dont Marlène la flamboyante fait l’effet d’une petite comète dans le monde rural, au passage fulgurant.

Demain je rencontre Marie-Hélène Lafon. Belle façon de souffler les bougies de cette millième lecture…

La banlieue du 20 heures de Jérôme Berthaut et de Helkarava

08.03
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

Connaissez-vous la collection « Sociorama » des éditions Casterman ? Commencée il y a tout juste un an, elle compte à présent 9 titres, transposant des enquêtes sociologiques dans un milieu donné en bandes dessinées.

A partir d’une enquête ethnographique du sociologue des médias Jérôme Berthaut, Helkarava a imaginé ce récit initiatique d’un jeune journaliste rédacteur, Jimmy Tendini, tout juste sorti de l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ), recruté en CDD au service informations générales du journal télévisé (JT) d’une grande chaîne nationale. Aussitôt envoyé sur le terrain, ici la banlieue, il est sommé de rentrer très vite avec des images véhiculant des clichés sur la délinquance et des interview mettant en exergue les tensions entre les communautés et les policiers, mais sur place, il doit tout inventer pour plaire à sa hiérarchie…
La banlieue du 20 heures révèle ainsi les coulisses des images télévisées sur la banlieue que diffuse le journal de 20 heures, images formatées qui conditionnent si bien ensuite tant certains discours politiques que la peur des gens qui n’y vivent pas, comme s’il s’agissait là-bas d’une espèce de loi de la jungle de criminels en devenir, faisant frémir dans les chaumières. D’un côté des journalistes tous formatés, issus d’un milieu social plutôt aisé, si l’on en croit les arrêts sur images faits à chaque entrée en scène d’un journaliste, relayant une certaine vision de la société, de l’autre une réalité déformée pour effrayer le bourgeois et faire de l’audimat. Pas de quoi améliorer la confiance dans les médias, en tout cas ! Avec une classe avec laquelle je faisais de l’éducation aux médias, j’avais déjà eu l’occasion d’entendre une conférence donnée sur ce sujet par Alexandre Borrell, doctorant en histoire contemporaine sur la médiatisation télévisée des banlieues (des années 1950 à aujourd’hui).
Une excellente lecture en est faite également ici :
Michael Perret, « Helkarava, La banlieue du 20 heures », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2016, mis en ligne le 18 novembre 2016, consulté le 22 février 2017. URL : http://lectures.revues.org/21748
Helkarava, La banlieue du 20h, Paris, Casterman, coll. « Sociorama », 2016, 164 p. : ill. n.b. ; 16 x 19 cm, [adapté de l'ouvrage de Jérôme Berthaut, "La banlieue du 20 heures", Editions Agone, 2013], ISBN : 978-2-203-12006-8 : 12,00 €.