Guimard perdu : histoire d’une méprise de JP Lyonnet

22.08
2014
cop. éditions Alternatives

cop. éditions Alternatives

Comparable à l’oeuvre d’Horta à Bruxelles ou de Gaudi à Barcelone, l’oeuvre d’Hector-Germain Guimard fut pourtant presque totalement détruite, son mobilier, sa correspondance aussi, et même parfois quelques années seulement après qu’il l’ait bâtie (la salle Humbert de Romans). Après avoir livré aux flammes sa correspondance et ses dessins, un plan de destruction systématique de ses fameuses entrées de métro commence même à être exécuté : la station Bastille, qui serait certainement aujourd’hui autant admirée que celle d’Otto Wagner à Vienne, est abattue à coups de masse. Si ce n’est pas la Compagnie des chemins de fer, ce sont les promoteurs qui massacrent ses chefs-d’oeuvres pour y ériger leurs immeubles ou pavillons : ainsi en est fini de l’Hotel Nozal en 1958, du Castel Henriette en 1969, dont nous gardons quelques images dans le film de Clive Donner Quoi de neuf, Pussycat ?

Sur ses 53 créations architecturales, la moitié a été anéantie… Cet ouvrage tente de remédier à ces destructions par sa richesse iconographique, présentant, quand elles existent, les photographies anciennes des magnifiques castels et autres constructions que nous n’aurons plus jamais l’occasion de voir. Un bel hommage.

Unknown

La station Etoile détruite en 1926 par la RATP

lecastelhenriette

Le Castel Henriette détruit en 1969 par un promoteur immobilier

La Villa Surprise à Cabourg détruite en partie par l'occupant allemand puis achevée par un promoteur immobilier.

La Villa Surprise à Cabourg détruite en partie par l’occupant allemand puis achevée par un promoteur immobilier.

La salle Humbert de Romans

La salle Humbert de Romans remplacée en 1909 par un terrain de tennis

 

Hôtel Nozal détruit en 1957 par un promoteur immobilier

Hôtel Nozal détruit en 1957 par un promoteur immobilier

Blast de Manu Larcenet

20.08
2014

blastGras, énorme, Polza Mancini, 38 ans, sans domicile fixe, est placé en garde à vue pour ce qu’il a fait subir à une certaine Carole Oudinot. Deux flics sont chargés de le faire parler durant ces 48 heures, sur cela et sur tout le reste de son dossier. Ils vont surtout écouter toute son histoire, ou plutôt celle à partir du moment où son père meurt, quand il décide de tout quitter pour partir en « voyage », sans domicile fixe, faisant des mauvaises rencontres et vivant ces fameux blast grâce à l’alcool, aux stupéfiants ou aux médicaments, au cours desquels il voit des Moaï.

Blast est une bande dessinée incroyable. Tant du point de vue de l’histoire, d’une violence extrême, dont le twist final oblige le lecteur à reconsidérer son empathie pour le protagoniste, que du point de vue des dessins, de leur mise en page et du contraste avec les dessins d’enfants utilisés pour les « blast ». Ames sensibles s’abstenir, sinon à ne pas manquer.

 

LARCENET, Manu. – Blast : 1. Grasse Carcasse. – Dargaud, 2014. – 204 p. : ill. n.b. + coul..

LARCENET, Manu. – Blast : 2. L’apocalypse selon Saint Jacky. – Dargaud, 2014. – 204 p. : ill. n.b. + coul..

LARCENET, Manu. – Blast : 3. La tête la première. – Dargaud, 2014. – 204 p. : ill. n.b. + coul..

LARCENET, Manu. – Blast : 4. Pourvu que les bouddhistes se trompent. – Dargaud, 2014. – 204 p. : ill. n.b. + coul..

Les pieds bandés de Li Kunwu

13.08
2014
cop. Kana

cop. Kana

Forcée par sa mère, qui souhaite lui offrir sa seule chance par un beau mariage de s’élever au-dessus de sa condition, Chun Xiu doit renoncer à l’insouciance et aux jeux de son enfance, et à l’amour de son camarade de jeu Magen, pour souffrir le martyr : désormais elle ne peut plus sauter ni courir, ni même marcher comme les autres. Hélas, à peine est-elle en âge de se marier, que la révolution éclate : à bas les coutumes féodales ! De convoitée, Chun Xiu est soudain transformée en paria. Fuyant la violence de la ville, elle se réfugie avec Magen à la campagne. Mais dès le premier jour d’absence de son fiancé, qui n’a encore pas osé la toucher, Chun Xiu subit un viol collectif, et ne peut plus enfanter. Le déshonneur est tel qu’il lui faut alors également renoncer à Magen…

 

Longtemps j’ai tardé à acheter ce one-shot chinois dont Joël de l’ACBD m’avait fait l’éloge : je savais que ce serait terrible… Ce le fut. Aucun doute là-dessus : impossible de retenir une larme à la lecture de l’histoire tragique de cette pauvre femme qui ne connut, à vrai dire, quasiment que peine et douleur tout au long de sa vie… et tout ceci à cause de l’impitoyable tradition millénaire des pieds bandés, que l’on dit alors « aériens », ressemblant à la belle gazelle, mais qui sont tout bonnement horriblement atrophiés, jusqu’à ne mesurer que 7,5 cm ! Si cette histoire mérite d’être connue, la virtuosité de l’auteur, déjà plébiscité pour Une Vie chinoise, mérite d’être, elle, saluée : la page 72, par exemple, renouvelle la mise en page de l’héroïne, cible de tous les regards. Un manhua incontournable.

Dead zone de Stephen King

03.08
2014

dead zoneCela faisait très longtemps que je n’avais pas acheté ni lu un Stephen King… Depuis le lycée où je les avalais, fascinée. Mais jamais encore je n’en avais lu un après avoir vu son adaptation au grand écran, ce que j’évite toujours de faire afin de ne pas brider l’imaginaire encore rendu possible par la lecture.

Tout petit, John Smith a eu un accident qui a failli lui coûter la vie, ignoré des parents, mais qui devait lui donner des cauchemars de « glace noire ». Devenu un enseignant très apprécié de ses élèves, John Smith entame une relation amoureuse avec l’une de ses collègues.
Greg Stillson, lui, est alors un voyageur de commerce de bibles, sans aucune morale, qui a violé une fille et tué un chien.
Un soir, après avoir gagné à tous les coups à la loterie foraine, John Smith a un terrible accident qui le laisse dans le coma durant 4 ans 1/2. A son réveil, sa fiancée s’est mariée avec un autre dont elle a eu un enfant. Mais surtout, son pouvoir, déjà latent au moment de la loterie, s’est intensifié. Rien qu’en touchant quelqu’un ou quelque chose, John Smith voit ce qu’il a vécu ou ce qu’il va vivre. Son médecin a peur qu’il ne devienne une attraction de music-hall dans le cirque médiatique. Pour sa mère, devenue avec son accident une mystique hystérique, il est un Elu, chargé d’une Mission. Chaque jour, des anonymes lui envoient lettres et colis. Mais « quel bien pourrait-il faire…. ? » et « En quoi cela l’aiderait-il à mieux vivre ? ». Lorsqu’il renvoie un journaliste, les médias se retournent contre lui : les anonymes cessent de le harceler, mais son établissement scolaire refuse de le reprendre. Un jour, le shérif lui demande de l’aider sur le serial killer qui vient de tuer la camarade de sa petite fille. John Smith sait très vite de qui il s’agit, au grand dam du shérif… Car, remarque John Smith, les gens même bien, même très gentils et amicaux, deviennent distants, méfiants lorsqu’ils ont la preuve de son pouvoir : « les gens se méfient de ceux qui peuvent tout connaître d’eux rien qu’en les touchant. » Il n’en est pas quitte de ses questionnements lorsque son destin croise celui de Greg Stillson, devenu un candidat politique très en vogue : « si vous pouviez utiliser la machine à remonter le temps et revenir en 1932, assassineriez-vous Hitler ? »

Terriblement efficace, ce roman de Stephen King est l’un de ceux qui utilisent le moins d’artifices imaginaires, ce qui ne le rend pas moins angoissant : comment vivre lorsqu’on est doté d’un pouvoir nous conférant de si grandes responsabilités ? Comment bien s’en servir ?

Sarah Thornhill de Kate Grenville

27.07
2014
cop. Métailié

cop. Métailié

« Pour ceux qui avaient fait fortune, comme Pa, on parlait plus de « banni » ni d’avoir « porté la casaque ». Il était maintenant de ceux qu’on appelait les « vieux colons ». Restait encore du grand monde qui refusait de mettre les pieds sous la table d’un affranchi ou de l’inviter sous son toit. Impossible pour ces gens d’effacer la souillure du bagne. Vous portiez la souillure, vos enfants aussi et les enfants de vos enfants. Mais pour d’autres, l’argent lissait la rudesse du passé et l’habillait de mots nouveaux. » (p. 14)

Dolly, alias Sarah Thornhill, est la fille cadette d’un de ces anciens bagnards devenus propriétaires terriens le long du fleuve Hawkesbury. Elle se souvient peu de sa mère, décédée, que son père a remplacée par une femme psychorigide et pleine de préjugés. Sarah grandit heureuse, jusqu’au jour où son frère disparaît en mer et que Jack, un métisse, son fiancé de coeur depuis sa plus tendre enfance, ramène de Nouvelle-Zélande la fillette à demi maorie de ce dernier. Quand Jack et Sarah déclarent ouvertement leur intention de se marier, Jack apprend de la bouche de sa belle-mère un terrible secret, qui lui fait fuir aussitôt et Sarah et le pays pour reprendre le bateau à tout jamais…

Inspirée de l’histoire familiale de Kate Grenville, cette tragédie met en scène des personnages complexes, tiraillés par leurs désirs et leurs contradictions. On peut certes s’étonner du renoncement rapide de Sarah à l’amour, qu’on croyait plus entière, mais la suite semble lui donner raison. L’écriture, tantôt poétique, tantôt oralisée, épouse la pensée de cette jeune femme dont le désir vierge de tout préjugé se heurte violemment au passé sanglant de son père, bourré de remords. Un beau roman.

GRENVILLE, Kate. – Sarah Thornhill / trad. de l’anglais par Mireille Vignol. – Métailié, 2014. – 254 p. – EAN13 978-2-86424-944-3 : 22 €.

Vent d’est, vent d’ouest de Franck M. Robinson

20.07
2014
cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

Dans un futur relativement proche, l’air est devenu quasi irrespirable. Jim Morrison, jeune employé attaché à l’organisme Air Central, est chargé d’une mission importante par son patron : retrouver le criminel qui fait encore rouler une voiture particulière signalée dans une partie de la ville…

Publiée en 1972, Vent d’est, vent d’ouest prend la forme d’un petit polar qui condamne l’aveuglement de lobbies pollueurs, lesquels se voilent la face et continuent à faire des profits, faisant porter le poids de la culpabilité aux particuliers, jusqu’au point de non retour pour l’Humanité.

ROBINSON, Franck M.. – Vent d’est, vent d’ouest / trad. de l’américain par Jean-Marie Dessaux. – Le Passager clandestin, 2014. – 75 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-36935-010-1 : 5 €.

Hilda et le chien noir de Luke Pearson

16.07
2014

cop. Casterman

Comme sa maman lorsqu’elle était enfant, Hilda entre chez les scouts, se promettant de gagner plus de médailles qu’elle. Mais elle a bien mieux à faire lorsqu’elle fait la connaissance d’un nisse, un esprit domestique, qui se trouve sans abri, et rencontre la mystérieuse bête qui rode partout en ville.

Prenant quelques libertés avec le gaufrier, Luke Pearson nous immerge dans un monde imaginaire savoureux, où chaque maison cache un esprit domestique niché dans les recoins de la maison s’agglomérant en un seul endroit, en compagnie d’un petit personnage attachant aux cheveux bleus. Cette quatrième aventure de la petite Hilda peut se lire séparément.

PEARSON, Luke. - Hilda et le chien noir / trad. par Basile Béguerie. – Casterman, 2014. – 64 p. ill. en coul. ; 31 cm. – EAN13 978-2-203-08123-9 : 14,95 €.