Bibliothèques et bibliothécaires
Sandrine Leturcq
Intercdi, novembre-décembre 2022
Dans La sagesse du bibliothécaire, pour Michel Melot, à l’instar du marin qui aime se perdre dans l’immensité des océans, le bibliothécaire rechercherait l’ivresse de vivre parmi des milliers de livres, partagé entre l’orgueil de l’expertise de son conseil pour en avoir lu beaucoup et la modestie de savoir qu’il ne pourra jamais lire tous les livres. Pensez donc, on peut estimer que chaque année plus d’un million de nouveaux livres sont publiés à travers le monde !
« Le bibliothécaire ne peut pas ignorer cette disproportion. Non seulement il la voit, mais il la vit quotidiennement. Ce flot incessant du savoir publié, il l’affronte avec courage, l’empoigne, se collette avec lui ; il l’endigue, il le détourne, il le canalise, il le filtre pour distribuer au lecteur assoiffé un savoir potable. » (p. 6)
Considérées comme étant des concurrentes déloyales car mettant à disposition les livres sans engendrer pour les éditeurs de chiffres d’affaires, les bibliothèques ne se ressemblent pas à travers le monde. Alors qu’en France elles se distinguent par leur politique d’animation culturelle, elles proposent dans les pays anglo-saxons de multiples services palliant à l’insuffisance de nombreuses administrations, en particulier dans le social. La bibliothèque privée, elle, « dès qu’elle excède les besoins de son propriétaire, est un signe ostentatoire de richesse spirituelle ou de réussite sociale. » (p. 7) Car « la tâche ordinaire du bibliothécaire n’est (…) pas d’accumuler les livres, tous les livres, mais bien de les choisir et d’assumer ce choix. La collection qu’il compose est un savant compromis entre ce qu’il croit que lui demanderont ses lecteurs et ce qu’il croit devoir leur proposer (…) » (p. 13) Modeste, curieux, ordonné, le bibliothécaire a une sagesse inhérente à sa fonction, l’incitant à ne pas faire l’acquisition de Suicide. Mode d’emploi mais des Versets sataniques, quitte à ne pas être à l’abri d’éventuelles représailles ! Pour classer ses livres, il lui faut aussi choisir dans quelle tranche du savoir il va placer tel livre. Cruel dilemme en général ! Démocratiques, les bibliothèques sont tolérantes en se refusant au maximum à la censure, laissant une diversité d’opinions s’exprimer. C’est pourquoi elles ne survivent pas aux dictatures… Alors, le bibliothécaire est-il une espèce en voie de disparition ? Sera-t-il noyé par le flot de livres ou par une Babel virtuelle ne nécessitant plus d’espace physique ? Politique d’acquisition, indexation systématique, désherbage, logique de conservation ou logique de communication, différenciation entre les bibliothèques à travers le monde, entre bibliothèque municipale et centre de documentation et d’information, entre le libre arbitre du citoyen anonyme et l’obligation scolaire, aberrations architecturales (la bibliothèque nationale de France) symptomatiques d’une totale méconnaissance en bibliothéconomie, tout y est, ou presque. Et s’il est vrai que peu connaissent les bibliothécaires qui ont marqué l’évolution de leur profession (Callimaque, Gabriel Naudé, Antonio Panizzi, Eugène Morel, l’Américain Melvil Dewey, l’Indien Shiyali Ramanrita Ranganathan, le Belge Paul Otlet,) nous connaissons bon nombre d’écrivains qui embrassent cette carrière par amour des livres : Georges Bataille à Orléans, Anatole France au Sénat, Leibniz, Lessing, Goethe, et surtout Jorge-Luis Borges, directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine… aveugle.
Vous l’avez compris, pour ce numéro anniversaire, nous vous proposons la mise en abîme des bibliothèques dans les livres de nos bibliothèques. Aussi nous interrogerons-nous sur les représentations du bibliothécaire et des bibliothèques qui sont données en littérature en France, en Italie, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Argentine et au Japon.
Une vision poussiéreuse
Hélas, au premier abord, force est de constater que la profession reste peu évoquée car réputée peu sexy. Ainsi, dans les scènes se déroulant à la bibliothèque dans Les yeux de Leïla, avec le catalogue papier de l’époque, qui permettait de chercher les références aux fiches auteurs, titres ou vedettes-matières, Tito campe un personnage – cliché de la bibliothécaire à lunettes d’un certain âge. Vingt ans plus tard, rien ne semble avoir changé dans la perception du métier : notre collègue professeure documentaliste Pauline Delabroy-Allard, autrice du roman Ça s’appelle Sarah, paru aux éditions de Minuit, ne s’embarrasse pas de la mention du métier de sa protagoniste qui est pourtant à l’évidence le nôtre. Un choix certes compréhensible dans son écriture toute durassienne, mais assez symptomatique de la crainte d’une vision poussiéreuse du métier par le lecteur, qui aurait pu se représenter différemment la narratrice passionnée. Autre exemple en proie aux désordres amoureux, silhouette fragile mais d’une volonté à toute épreuve, vêtue de couleurs fades, la bibliothécaire est représentée dans le roman Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti, comme sortant d’études universitaires avec un salaire bas proportionnellement, dotée d’une vaste culture générale et débordant de projets pour ses usagers et la ville. C’est au cimetière que Désirée fait la connaissance de Benny, agriculteur célibataire, en se recueillant sur la tombe d’un mari qu’elle ne parvient pas à pleurer. Alors que l’un et l’autre appartiennent à deux cultures radicalement différentes, bientôt pourtant ils vivent une relation passionnelle et charnelle. Mais quand il s’agit de se projeter dans une vie commune, ni l’un ni l’autre ne sont prêts à faire de concession…
La gent masculine n’est pas en reste dans Le Grand amour du bibliothécaire… Drôle de bibliothécaire en effet que celui du village de Tire-la-Chevillette : Fulbert est tellement maniaque qu’il préfère épousseter des étagères vides, et garder enchaîné pour être consulté sur place le seul livre dont il a fait l’acquisition, pour ne pas avoir à en racheter un s’il venait à être volé ! Aussi entasse-t-il les billets que lui donne le maire, sans en dépenser un seul, ce qui ne lasse pas d’intéresser trois brigands. Mais voilà que Rose-Marie franchit le seuil de sa bibliothèque pour emprunter des livres. Il va bien falloir que Fulbert le bibliothécaire en achète, s’il veut la revoir ! Avec beaucoup d’humour Evelyne Brisou-Pellen nous croque un bibliothécaire peu banal, attachant et enfermant ses livres. L’amour seul pour une jolie lectrice va faire sauter les verrous de ce célibataire névrosé. Un court récit hilarant !
À l’opposé de ce personnage se positionne l’inquiétant bibliothécaire d’Haruki Murakami dans son étrange Bibliothèque. Quel curieux texte que celui-ci : les illustrations de Kat Menschik très modernes sur papier glacé, tranchent avec cette histoire lugubre de lecteur emprisonné dans les sous-sols d’une bibliothèque, menacé de se faire aspirer le cerveau rempli de savoir par un vieux bibliothécaire. Dans cette nouvelle, habitué de la bibliothèque municipale sans en être pour autant un rat, un jeune Japonais, très poli, rend toujours ses livres en temps et en heure. Un jour une femme inconnue à l’accueil quitte des yeux son énorme livre pour lui suggérer de descendre l’escalier jusqu’à la salle 107. L’y attend un vieil homme qui trouve pour lui trois gros vieux volumes sur le système fiscal dans l’Empire ottoman, qu’il est interdit d’emprunter. Dès lors, il va lui falloir les lire sur place, dans une geôle située tout au fond d’un labyrinthe…
Et pour terminer, choisir de devenir bibliothécaire, ne serait-ce pas, à l’instar du critique littéraire auquel on prête souvent la même frustration, une carrière par défaut, celle d’un écrivain qui n’a jamais su passer à l’acte ? C’est à cette vocation manquée que Gudule associe sa bibliothécaire dans son roman jeunesse éponyme : le narrateur y fait la connaissance d’une jeune voisine dont il tombe amoureux, qui n’est autre que le personnage autobiographique d’une bibliothécaire qui aura consacré sa vie à chercher le livre lui permettant de devenir écrivain. Il aide la jeune fille dans cette quête, et ce faisant ils entrent réellement dans les histoires des livres qu’ils consultent.
Des bibliothèques labyrinthes
Un concept plus ou moins repris dans La Bibliothèque de minuit de Matt Haig, où la narratrice entre dans la vie que lui offre chacun des livres qu’elle choisit. En effet, quand Norah Seeds se suicide, elle se retrouve étonnée dans une bibliothèque. La bibliothécaire qui semble être celle qu’elle avait eue au collège lui apprend que chacun de ses livres, tous à la couverture verte et s’intitulant « Ma vie », lui permettent dès qu’elle en entame la lecture d’essayer l’une des vies qu’elle aurait eue si elle avait fait un choix différent à un moment donné de sa vie. Car elle a un livre des regrets très épais. Mais si les décisions peuvent sembler meilleures, elles entraînent aussi d’autres conséquences qui lui échappent complètement : la mort de sa meilleure amie, de sa mère, etc. Parmi toutes les vies possibles qui s’ouvrent ou se sont fermées suivant ses choix, quelle est celle qui la rendra la plus heureuse ? De cette question l’autrice a fait le fil conducteur de cette histoire dont les chapitres sont autant de variantes d’une vie choisie et assumée. Ici la bibliothécaire et la bibliothèque, qui furent l’une et l’autre une alliée et un refuge pour la narratrice timide, ne constituent qu’un biais par lequel l’auteur a choisi de symboliser le passage accompagné de conseils entre ces vies possibles. Pour la narratrice, «les bibliothécaires ont des connaissances. Elles nous indiquent les bons livres. Les bons mots. Elles trouvent les meilleurs endroits. Comme des moteurs de recherche dotés d’âme.» (p. 127) La Bibliothèque de minuit, pour ce best-seller, c’est la bibliothèque de toutes les vies que l’on aurait pu vivre.
Toute une carrière ne suffit pas à la bibliothécaire de Gudule pour trouver le livre qui lui aurait ouvert la voie de l’écriture, toute une existence dans une sorte de bibliothèque-purgatoire ne suffirait pas non plus à Norah pour expérimenter chacune de ses vies possibles, et cela pour une bonne raison, selon Jorge Luis Borges, c’est que la littérature n’est autre qu’une forêt en perpétuelle croissance, ou mieux une sorte de labyrinthe vivant. On se souvient qu’à l’époque où il écrit sa nouvelle La bibliothèque de Babel, publiée en 1941, Jorge Luis Borges est employé dans une bibliothèque municipale de Buenos Aires. Il imagine alors une bibliothèque sans fin aux galeries hexagonales, qui réunirait un nombre infini de livres mathématiquement concevables avec vingt-deux lettres, qui seraient alors toutes les combinaisons possibles de caractères et de ponctuation. A la tour de Babel qui réunit toutes les langues, Borges répond à son pendant, celui d’une bibliothèque qui proposerait des livres dépourvus de sens, avec des lettres, au dos des livres, dont la signification serait connue du seul bibliothécaire. Des lettres et non des chiffres comme avec nos classifications décimales Dewey ou C.D.U., qui peuvent sembler hermétiques aux usagers. D’où une volonté actuelle de s’en détacher afin de faciliter de plus en plus l’accès aux livres par notre public.
Des bibliothèques refuges
Labyrinthes, mais surtout refuges pour de nombreux lecteurs et lectrices qui viennent y trouver un peu de sérénité et de réconfort, loin du tumulte de la vie et des autres.
Après avoir été dans un premier temps un refuge contre le harcèlement, la bibliothèque devient le théâtre de la transformation de Eliott qui parvient à affronter son bourreau dans le truculent roman-jeunesse Eliott et la bibliothèque fabuleuse de Pascaline Nolot. Eliott en effet court à en perdre haleine pour échapper au harcèlement de la terrible Charlie de l’école et de ses deux sbires jumeaux. Il s’endort dans une salle à l’abri des regards et, à son réveil, un chat donne l’alerte en parlant, des rats mécaniques le capturent et le bibliothécaire tatoué, musclé et rocker le plus cool de l’univers se révèle être le directeur de la Brigade des Rats de la Bibliothèque. Accusé d’espionnage, Eliott est alors condamné à remplir plusieurs missions spéciales extrêmement dangereuses : archiver le Capharnaüm, sauver des personnages abandonnés par leurs auteurs, chasser le Gloutomot…. Au cours de ces missions, il aperçoit L’indispensable guide de survie du souffre-douleur qui lui échappe à chaque fois, alors qu’il en aurait tant besoin contre Charlie… Quelques bonnes trouvailles, comme l’armée des rats mécaniques poussant des chariots de livres abîmés, comme malades, dans les travées sous les ordres d’un chat autoritaire, font de ce court roman un agréable moment de lecture, drôle et original. Et si l’accomplissement de ces missions lui donnait suffisamment confiance en lui pour ne plus être victime de harcèlement ?
Dans Kafka sur le rivage de Haruki Murakami aussi, le jeune Kafka Tamura fugue à cause de la terrible prédiction de son père, et trouve refuge dans une belle bibliothèque privée. En effet, depuis tout petit, le narrateur passe sa vie dans les bibliothèques, qui sont comme une seconde maison pour lui, le seul endroit où il se sent vraiment chez lui. C’est pour lui comme son deuxième chez soi, sa deuxième maison. Même avant de partir, il sait déjà que «Le jour de mes quinze ans, je ferai une fugue, je voyagerai jusqu’à une ville inconnue et lointaine, et trouverai refuge dans une petite bibliothèque.» (p. 11) Or il existe des bibliothèques privées au Japon ouvertes au public, et celle qu’il a repérée possède une collection de livres de poésie rares à consulter sur place. Un bibliothécaire jeune et beau, Oshima, qui ne ressemble à aucun des bibliothécaires qu’il a rencontrés jusqu’ici, obtient de Mademoiselle Saeki, responsable de la bibliothèque d’une quarantaine d’années, dépeinte comme belle et intelligente aussi, qu’il s’installe à l’étage, où se sont succédés des écrivains en résidence. C’est également là que logeait l’amant défunt de la bibliothécaire, laquelle monte lui faire l’amour dans un état second, presque somnambule… Un roman hypnotique absolument étrange et fabuleux, aux bibliothèques conçues comme des havres de paix mais dont les bibliothécaires semblent n’avoir pour fonction que d’ouvrir et fermer les portes…
Des bibliothécaires médiateurs du livre
Même si les bibliothèques sont souvent perçues comme des refuges éventuels par nos lecteurs et les auteurs, elles sont heureusement animées dans quelques livres par l’énergie de bibliothécaires ou des professeurs documentalistes passeurs de lecture.
Ainsi, même s’il n’est qu’un personnage secondaire dans le roman Scintillation de John Burnside, le bibliothécaire fou du nom de John, lecteur maladivement frénétique et fumeur de joints, joue un rôle de mentor auprès du narrateur Léonard. Pour ce jeune homme, le contraire de l’école, qui nous forme « à la discipline vitale de l’impuissance », «c’est les livres » :
« La définition d’un ouvrage qui se lit d’une traite devait être en réalité que le bouquin est tellement bien qu’on ne peut pas s’arracher à sa lecture alors que la page suivante est là et qu’elle risque d’être tout aussi captivante que celle qu’on dévore. » (p. 104)
Lui adore les livres, mais n’a pas les moyens de s’en acheter. Il critique la qualité du contenu de la plupart des livres de la bibliothèque – romans d’amour, thrillers, trucs de cow-boys, manuels d’auto-perfection, livres sur la décoration intérieure, de broderie, romans d’anciens politiciens, de célébrités du petit écran, livres de cuisine écrits par d’anciennes stars, méthodes Pilates, guides touristiques,… Mais selon lui, « Nul ne devrait jamais oublier la dette de gratitude éternelle contractée à l’égard de la personne qui, pour la première fois, l’a amené à lire Herman Melville dans de bonnes conditions. » (p. 104) Et cette personne, c’est bien ce bibliothécaire, à l’opposé du portrait que le narrateur fait d’une « mauvaise bibliothécaire » qui donne envie de faire demi-tour.
Incontournable reste Le Vampire du CDI de Susie Morgenstern, l’un des rares à nous mettre à l’honneur. Après avoir exercé d’autres métiers du livre – imprimeur, relieur, éditeur,… – Jean-Charles Victor, jeune lauréat du CAPES de documentation, arrive à sa première affectation, dans un collège alsacien. A son arrivée, le principal lui désigne un cagibi de 8 m² sans fenêtre, sans livre, rempli de cartons. Il lui confie une seule mission administrative : distribuer les manuels scolaires la première semaine de la rentrée. Après, JVC se retrouve au chômage technique et dort de manière ostentatoire. Jusqu’à ce que sa collègue de français, Annie Bouquet, amoureuse de lui, lui prête son camping-car, le banquier de l’argent pour acheter des livres, et hop, voici déclaré ouvert, lors d’une conférence de presse, le Camping de Découverte Inépuisable… Mais JVC a deux ennemis : le principal et Boris, élève de 3e, qui contre-attaque chacun de ses affichages. Ce dernier, amoureux, change bientôt son fusil d’épaule… Nul doute que vous vous reconnaîtrez dans de nombreuses situations. C’est drôle et léger, et tellement réaliste malgré l’exagération sur certains aspects. Susie Morgenstern a même pensé à caser une journée au Salon du livre, avec Annie, Boris et Sonia, laquelle bien évidemment dégénère. Elle pousse le principal exaspéré à interdire de lire dans son établissement, pour contrer l’hurluberlu qui a installé le CDI dans les couloirs à tous les étages, à tout vent. La Déclaration des droits de l’homme lui donnera tort, si bien qu’il aménage à JVC un W-CDI au 3e étage avec un carrelage rose de roses de salle de bain. Il y aura encore l’interview de Marcel Proust, l’écrivain mort, celle d’une écrivaine vivante, et pour finir ce cher professeur documentaliste qui écrit et va publier Le Vampire du CDI. On s’y reconnaît sans peine : le principal qui ne connaît pas notre fonction, qu’il juge superflue – il y en a !- versus le professeur documentaliste, cette personne un peu farfelue qui rivalise d’idées pour faire lire les élèves.
Nul doute qu’actuellement Le maître des livres d’Umiharu Shinohara séduira la plupart des lycéens fans de mangas et de littérature. Honteux de ne pas réussir aussi bien que son père, Myamoto s’abrutit au travail pour ne pas avoir à rendre visite à ses parents. Un soir, Myamoto, déjà passablement ivre après avoir fêté la fin d’année avec ses collègues, découvre par hasard une bibliothèque pour enfants, « La rose trémière », encore ouverte. Le bibliothécaire, Mikoshiba, qui n’a pas la langue dans sa poche, l’accueille vertement avant de lui demander de l’aider à ranger les livres. Myamoto tombe alors sur le conte La montre musicale de Nankichi Niimi, qui lui rappelle celle que son père lui a donnée et dont il ne se sent pas légitime. Étonné de la coïncidence avec sa propre vie, il interroge Mikoshiba, qui lui répond : «Ce n’est pas toi qui choisis les livres mais les livres qui te choisissent.» Dès lors, Myamoto devient un habitué de la bibliothèque où il fait la connaissance de Mizuho et Itaya, les collègues de Mikoshiba, et des usagers, comme Shôta, fan de jeux vidéo, qui maltraite dans sa classe Noguchi, avant de découvrir le plaisir de la lecture avec L’île au trésor, et de le partager avec ce dernier…. ou Léo et sa mère possessive et complètement paranoïaque, à qui Mikoshiba fait lire Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède :
« Le rôle d’un bibliothécaire est de donner envie aux gens de lire… ainsi que de trouver les livres qui pourraient plaire aux gens ! C’est parce qu’il y a des bibliothécaires capables de ça que l’on se rend dans les bibliothèques ! »
Le Maître des livres invite à considérer la lecture comme vecteur de transformation d’autrui. Il permet de re-découvrir les classiques de la littérature internationale. Les débats entre les protagonistes nous offrent une belle vision des métiers du livre, qui fait chaud au cœur. On a parfois envie d’afficher ces passages en les agrandissant dans les rayons des bibliothèques et de nos CDI ! Contrairement à la plupart des mangas, le dessin et surtout les expressions des personnages restent assez sobres. Si leur transformation s’avère soudaine et radicale, c’est avant tout pour montrer la puissance de la lecture. Par moments, évidemment, le mangaka ne peut s’empêcher d’exploiter la veine « cute » soit avec les enfants, soit avec les demoiselles éprises du héros gentil, dévoué, sensible, intelligent et riche, qui ne s’aperçoit de rien et n’en est que plus attirant. Mais cela ne retire rien aux belles leçons sur l’amour des livres de cette série très atypique, qui nous montre une fois de plus l’exemple d’une bibliothèque privée au Japon ouverte au public.
La bibliothèque, enjeu politique
La lecture comme vecteur d’émancipation, d’éveil au sens critique… Voilà qui n’est pas du goût des dictateurs, aussi les bibliothèques ont longtemps été et sont toujours des enjeux de pouvoir. Et la vision poussiéreuse d’un bibliothécaire gardien des livres va de paire avec une vision politique de l’accès aux livres, et donc au savoir. Les bibliothécaires s’érigent alors en censeurs, cherchent à maintenir les autres dans l’ignorance, en leur imposant de fausses vérités.
Umberto Eco en a fait le sujet du Nom de la rose, un roman policier médiéval se déroulant en 1327, dans une abbaye bénédictine, où la tentation d’adultère pour les laïcs conduit aux mêmes crimes passionnels que la séduction de la connaissance pour des moines copistes :
“Pour ces hommes voués à l’écriture, la bibliothèque était à la fois le Jérusalem céleste et un monde souterrain aux confins de la terre inconnue et des enfers. Ils étaient dominés par la bibliothèque, par ses promesses et par ses interdits. Ils vivaient avec elle, pour elle et peut-être contre elle, dans l’espoir coupable d’en violer un jour tous les secrets.” (p. 268)
Ancien inquisiteur, le franciscain Guillaume de Baskerville, secondé par le narrateur Adso de Melk, y enquête sur les assassinats de moines en rapport avec une bibliothèque dont l’accès leur est interdit, et dont les salles octogonales construites dans un véritable labyrinthe parsemé de leurres et de pièges, rappellent la Bibliothèque de Babel imaginée par Borgès. De même, sa méthode de classement correspond à l’ordre chronologique d’arrivée des manuscrits dans l’inventaire, et donc connue, là encore, du seul bibliothécaire.
On retrouve l’idée de cette soif de connaissances des bibliothécaires allant jusqu’à son contrôle dans la série jeunesse en quatre tomes Alcatraz contre les effroyables bibliothécaires de Brandon Sanderson. Alcatraz Smedry ne cesse de changer de parents adoptifs. À ses treize ans, il reçoit un curieux colis à son nom contenant un sac de sable, et la visite de son grand-père jusqu’alors inconnu. Ce dernier lui apprend que le fait de casser tout ce qu’il touche depuis sa naissance est un talent propre à sa famille, et surtout qu’il doit sauver le monde des infâmes bibliothécaires aux lunettes en écaille, qui lui ont déjà dérobé le sable servant à fabriquer des verres spéciaux pour pouvoir comprendre un livre écrit dans une langue indéchiffrable. En effet
“Les Chutlandais sont asservis. Les Bibliothécaires les maintiennent dans l’ignorance” (p. 107) car là aussi “L’information. Les Bibliothécaires la contrôlent dans cette ville. Dans ce pays. Ils contrôlent ce que les gens lisent, ce qu’ils voient au cinéma ou à la télévision, ce qu’ils apprennent à l’école ou ailleurs. C’est ce qui leur donne leur puissance, que nous allons briser, toi et moi.” (p. 96)
Là encore, le cliché perdure du bibliothécaire de base habillé d’un gilet tricoté main “franchement pas tendance”, d’une chemise rose boutonnée jusqu’au col, nœud papillon fushia ainsi que de lunettes rafistolées à la bande adhésive. De même, les bibliothécaires détiennent le pouvoir car ils possèdent l’information, le savoir, et ce sont même eux qui créent des fake news, car apprenez que les dinosaures vivent toujours à notre époque et se révèlent être de parfaits gentlemen !
Hélas plus sérieusement, Didier Daeninckx, dans son polar Ethique en toc, évoque l’infiltration dans les bibliothèques universitaires de personnes d’extrême droite : “Celui qui dit l’histoire contrôle le présent et agit sur l’avenir.” (p. 83) Quand son ancien ami historien Pierre Floric se suicide dans la maison où Jean Moulin fut arrêté, Gabriel Lecouvreur, détective connu sous le nom du « Poulpe », fait la connaissance de sa jeune maitresse, une étudiante en histoire qui passe ses soirées dans une boite louche. Quelques mois plus tard, un incendie criminel dévaste la bibliothèque universitaire de Lyon où Pierre Floric menait ses recherches, et dans laquelle la jeune femme est retrouvée assassinée… Dans ce polar, Didier Daeninckx lie les spécialités scabreuses d’hommes de pouvoir avec la montée en puissance de thèses négationnistes. Ici deux volontés s’opposent : celle d’une marée humaine qui tente de sauver des flammes puis de l’eau les livres de la Bibliothèque et partant tout un pan de l’Histoire, et d’autre part celle d’hommes de l’ombre qui cherchent ce faisant à gommer des faits historiques pour réécrire l’Histoire.
Les bibliothèques, un enjeu de pouvoir aussi vieux qu’elles… Dans Livres en feu, Lucien X. Polastron dresse l’historique des bibliothèques incendiées, dévastées parce que enjeux de pouvoir, à commencer par celle d’Alexandrie. Un incendie qui rappelle l’incipit de Fahrenheit 451, ce roman-phare de Ray Bradbury, datant de 1953, qui résonne dans la plupart des ouvrages:
«Le plaisir d’incendier ! Quel plaisir extraordinaire c’était de voir les choses se faire dévorer, de les voir noircir et se transformer. Les poings serrés sur l’embout de cuivre, armé de ce python géant qui crachait son venin de pétrole sur le monde, il sentait le sang battre à ses tempes, et ses mains devenaient celles d’un prodigieux chef d’orchestre dirigeant toutes les symphonies en feu majeur pour abattre les guenilles et les ruines carbonisées de l’Histoire. »
Montag est pompier. Il a toujours aimé regarder les livres brûler lorsqu’il allume son lance-flammes. Les pompiers sont là pour allumer le feu, pour réduire les bibliothèques en cendres. Un soir il rencontre Clarisse Mc Clennan, une jeune fille de 17 ans, dérangeante parce que s’interrogeant sur le pourquoi des choses. Tous les soirs elle l’attend sur son chemin et lui délivre sa vision poétique du quotidien. Sa disparition déclenche en lui une réaction en chaîne, longtemps couvée : Montag sort les livres qu’il tenait cachés jusqu’ici chez lui, lit de la poésie à sa femme Mildred et à ses amies sidérées, rend visite à un ancien professeur Faber, défie le capitaine des pompiers Beatty et le limier…. Cette dystopie nous projette dans l’un des avenirs possibles d’une société en quête de bonheur : en éliminant tout ce qui pourrait nuire à sa sérénité, car source d’introspection, cette dernière est vouée à condamner la lecture et les livres. Un espoir demeure face à ce totalitarisme, qui comme toute dictature, rejette le savoir et les idées : les résistants forment à eux tous une bibliothèque, chacun ayant mémorisé un livre ou une partie de livre, qui un livre de l’Ecclésiaste, qui la République de Platon, qui Le Voyage de Gulliver, etc., faisant songer au proverbe africain « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »
Une vision militante
Mais le ver n’est pas toujours dans le fruit, le bibliothécaire pas forcément le fossoyeur du savoir. Au contraire, les bibliothèques subsistent ou peuvent renaître de leurs cendres par la seule volonté d’une poignée de personnes. On retrouve cette vision militante de livres rares à conserver coûte que coûte dans La Bibliomule de Cordoue, la dernière bande dessinée de Wilfrid Lupano, avec Léonard Chemineau au dessin. A Cordoue, le bibliothécaire Tarid et la copiste Lubna, tous deux esclaves, risquent leur vie pour sauver de l’autodafé les livres de la deuxième plus importante bibliothèque du monde. Ils dérobent la mule d’un ancien disciple de Tarid, voleur d’un livre de valeur venu se racheter une conduite, qu’ils assomment. Le lendemain, Lubna sauve Marwann de la noyade infligée par les gardes du vizir et ils rattrapent Tarid parti avec la mule récalcitrante, croulant sous le poids des livres… Le scénariste imagine ici, à partir d’un probable autodafé de la prestigieuse bibliothèque de Cordoue au moment du retour à l’obscurantisme religieux, deux esclaves et un voleur risquant leur vie pour sauver des livres originaux des flammes. Ici tout l’enjeu d’une bibliothèque consiste à transmettre des savoirs, à partager des œuvres littéraires, poétiques, philosophiques, tout un socle de connaissances et de culture, qui s’oppose à l’ignorance, à la peur et à la dictature du dogme religieux. Un véritable hommage aux livres et à ceux qui les font vivre et circuler, et un chouette coup de cœur.
Sauver les livres papier non pas du feu mais du tout numérique, c’est la mission d’Argus dans le roman jeunesse de science-fiction La guerre des livres d’Alain Grousset. Nommé maître-conservateur par l’Empereur, Argus a entrepris la conservation de 200 milliards de manuscrits, documents et ouvrages de toutes sortes, soit l’ensemble matériel du savoir menacé par l’hypertechnologie, le tout numérique. Il accueille sur sa planète-livres un réfugié ennemi, Shadi, jeune pilote de la Sécession, dont c’était la première attaque. Re-matérialisé grâce à une porte distran dans un container de cartons de documents, ce dernier se réfugie sur Libel, une planète de la Confédération impériale ennemie, devenue la dernière bibliothèque de l’univers depuis une quinzaine d’années. Sous la protection d’Argus, Shadi découvre alors la Bibliothèque des mondes dans la vallée, au bas du canyon, et comprend peu à peu la passion qui anime les bouquinistes, relieurs, traducteurs, imprimeurs à l’ancienne. Alors que Wolther, lieutenant de la Sécurité impériale, retrouve sa trace, l’Empereur lui-même arrive sur la planète en quête de la dernière chance de guérir sa fille malade : une plante dont la décoction est l’unique antidote au mal dont celle-ci souffre, et dont l’unique description date d’il y a 2000 ans, dans un très vieux manuscrit. Shadi et Thaïs, fille d’Orfel, maître-conservateur de la bibliothèque personnelle de l’Empereur, partent à sa recherche tout en étant eux-mêmes pourchassés… Dans ce roman jeunesse, Alain Grousset rappelle combien le toucher, la matérialité physique des livres papier restent importants dans une civilisation technologique qui aurait tendance à vouloir les faire totalement disparaître au profit de «l’hyperéseau» et des seuls livres numériques. Cet agréable récit d’aventures space opera possède tous les ingrédients – amour, aventure – pour plaire à nos jeunes lecteurs.
Sauver les livres de la censure constitue le combat mené dans la série manga Library wars de Kiiro Yumi : dans un futur alternatif, le gouvernement japonais juge néfastes certaines lectures et décide de les censurer au moyen d’un comité d’amélioration des médias. Mais les bibliothécaires défendent parfois au prix de leur vie leurs livres, revues et journaux, et finissent par faire voter la loi de sauvegarde des bibliothèques, et créent pour assurer leur protection un corps paramilitaire. C’est ce dernier qu’intègre Iku Kasahara à l’insu de ses parents : cette dernière veut suivre les traces d’un prince charmant mystérieux lequel avait sauvé son livre favori des griffes de deux membres du Comité d’amélioration des médias. Très vite ses performances physiques, qui surpassent celles des filles et de nombreux garçons, lui permettent d’être sélectionnée par le lieutenant Atsuhi Dojo, qui se montre très dur envers elle… Sur fond de conflit pour la liberté d’expression, de lois de confidentialité comme celle de ne pas dévoiler les lectures d’un meurtrier, se déroule une histoire d’amour qui s’ignore.
Sauver les livres, c’est aussi sauver notre part d’humanité sous la dictature, en pleine guerre ou dans un univers carcéral, nous élever à une meilleure conscience de soi, des autres et du monde. C’est la leçon que nous donnent des résistants syriens. Delphine Minoui nous en apporte le témoignage dans un essai captivant, Les passeurs de livres de Daraya : une bibliothèque secrète en Syrie. À l’âge de 20 ans, Ahmad, alors que sa famille migre vers une ville voisine, s’équipe en novembre 2012 d’une caméra et réalise son rêve d’enfant : raconter la vérité, montrer la guerre qui dévaste Daraya. Un jour, fin 2013, ses amis trouvent des livres chez un directeur d’école, qu’ils veulent sauver. D’abord sceptique, Ahmad, en ouvrant un ouvrage de psychologie en langue anglaise, a le sentiment d’ouvrir la porte du savoir et de s’échapper de la routine du conflit. De sauver un petit bout, même infime, des archives du pays. Le parcourt le même frisson de liberté que lors de sa première manifestation contre Bachar-al-Assad. La collecte se poursuit alors dans les maisons abandonnées, une véritable chasse aux livres : en une semaine, entre deux passages d’avions, une quarantaine de bénévoles récoltent 6 000 ouvrages, de littérature arabe et étrangère, philosophie, théologie, science, … et en un mois 15 000. Un projet de bibliothèque publique voit le jour, alors que sous Assad, Daraya n’en a jamais eu. Ce sera donc la première, symbole d’une ville insoumise. Pour Abou el-Ezz, directeur de la bibliothèque, les livres ne soignent pas les plaies, mais les blessures de la tête. Le simple acte de lire lui est d’un immense réconfort : “si nous lisons, c’est avant tout pour rester humains.” Par ailleurs, “Le livre ne domine pas. Il donne. Il ne castre pas. Il épanouit.” Les deux livres les plus empruntés ? L’Alchimiste de Paulo Coehlo et Le Livre des exemples d’Ibn Khaldoun. Cet ouvrage passionnant retrace une foi inébranlable dans les livres, “ces armes d’instruction massive qui font trembler les tyrans.”.
C’est également la leçon que nous donne Edita Adlerova, dans La Bibliothécaire d’Auschwitz d’Antonio Iturbe, roman tiré de la véritable histoire de cette petite tchèque très courageuse âgée de 14 ans, recrutée par monsieur Fredy Hirsch pour une mission bien particulière au bloc 31 du camp d’Auschwitz : devenir la bibliothécaire clandestine attitrée du quartier des enfants. Cette bibliothèque ne comprend en tout et pour tout que huit livres, mais c’est un trésor fragile qui fascine les enfants, symbole d’une vie sans peur ni barbelés. Comme dans Fahrenheit 451, en parallèle s’est constituée une bibliothèque sur jambes, plusieurs professeurs qui connaissaient à fond une œuvre littéraire étant devenus des personnes-livres. Le terrible docteur Mengele avertit Edita qu’il la surveille. Mais jouant sa vie, cette menace renforce sa détermination et elle décide de faire coudre dans sa robe des poches pour déplacer les livres…
Terminons par la série manga en cours Magus of the library de Izumi Mitsu, chez Ki-oon, qui dès l’incipit annonce « Protéger les livres c’est tout simplement protéger le monde ! ». Foin du cliché de la vieille bibliothécaire au chignon et aux lunettes, tant au contraire ces belles filles intelligentes, les Kahunas, dotées de pouvoirs, y sont admirées comme des super-héroïnes, en particulier par Shio. Grand lecteur et bibliophile, ce garçon métis aux “vilaines” oreilles pointues se réfugie dans la lecture clandestine face au harcèlement raciste des garçons de son âge et à l’interdiction du directeur faite aux “pauvres” de fréquenter la bibliothèque du village, par peur du vol. Quand des Kahunas sont envoyées par la bibliothèque centrale d’Afshak dans son village et lui laissent un livre, la vie de Shio Fumis bascule : il veut passer le très exigeant concours de bibliothécaire, souvent réservé à une élite intellectuelle féminine, pour comme elle avoir pour mission suprême de protéger et réparer les livres. Sept ans plus tard, Shio part à la capitale des livres, où est rassemblé tout le savoir du monde, rencontre d’autres postulants passionnés, et passe les épreuves du concours. Les meilleurs pourront choisir leur affectation… Magus of the Library est un bel hommage rendu au métier de bibliothécaire vu comme une espèce de mage, tout en distillant dans ces aventures une histoire du patrimoine écrit, des réalités de terrain et des détails de conservation. De même, le fait que le personnage de Shio soit un grand lecteur méprisé car pauvre et métis, trouvant refuge dans la bibliothèque et la lecture, est un choix militant, ancré dans la réalité, voire l’actualité, fustigeant la xénophobie et le racisme. Le métier est ici présenté comme absolument fabuleux, sublimé par les magnifiques dessins de Mitsu Izumi et un univers très onirique, un récit d’aventures proche des contes des Mille et une nuits et de l’heroic fantasy, avec des tapis volants, des génies, des monstres, où le trésor n’est autre que des livres rares…Un manga coup de cœur, évoquant la vocation de bibliothécaire, l’amour des livres, et la volonté de démocratiser la lecture et la culture pour les ouvrir à tous.
Parions que, dans cette lancée, une meilleure représentation soit faite de notre belle profession. Et terminons par cette phrase d’Alberto Manguel, dont on ne saurait que trop conseiller la lecture de La Bibliothèque la nuit qui explore de manière érudite, en partant de la sienne, les problématiques inhérentes aux bibliothèques :
“Comme la plupart des amours, l’amour des bibliothèques s’apprend. Nul ne peut savoir d’instinct, lorsqu’il fait ses premiers pas dans une salle peuplée de livres, comment se comporter, ce qu’on attend de lui, ce qui est promis, ce qui est autorisé. On peut se sentir horrifié – face à ce fouillis, cette ampleur, ce silence, ce rappel moqueur de tout ce qu’on ne sait pas, cette surveillance – et un peu de cette sensation écrasante peut demeurer encore après qu’on a appris les rites et les conventions, qu’on s’est fait une idée de la géographie et que les indigènes se sont révélés amicaux.” (Avant-propos, p.17)
BIBLIOGRAPHIE
COLLÈGE
BRISOU-PELLEN, Evelyne. Le grand amour du bibliothécaire. Casterman poche, 2016 – roman
GROUSSET, Alain. La guerre des livres. Gallimard jeunesse, 2013 – roman
GUDULE. La bibliothécaire. Hachette jeunesse, 2014 – roman
MORGENSTERN, Susie. Le Vampire du CDI. Ecole des loisirs, 2017 – roman
MURAKAMI, Haruki. L’étrange bibliothèque. 10/18, 2016 – nouvelle
NOLOT, Pascaline. Eliott et la bibliothèque fabuleuse. Rageot, 2019 – roman
SANDERSON, Brandon. Alcatraz contre les infâmes bibliothécaires. Librairie générale française, 2013 – roman
LYCÉE
ARIKAWA, Hiro, YUMI, Kiiro. Library wars. Glénat, 2010 – manga
BORGES, Jorge Luis. La Bibliothèque de Babel. Fictions. Gallimard, 2018 – nouvelle
BRADBURY, Ray. Fahrenheit 451. Folio, 2000 – roman
DAENINCKX, Didier. Ethique en toc. Folio policier, 2010 – roman
ECO, Umberto. Le nom de la rose. Librairie générale française, 1983 – roman
HAIG, Matt. La Bibliothèque de minuit. Mazarine, 2022 – roman
ITURBE, Antonio G.. La Bibliothécaire d’Auschwitz. J’ai lu, 2021 – roman
IZUMI, Mitsu. Magus of the library. Ki-oon, 2022 – manga
LUPANO, Wilfrid, CHEMINEAU, Léonard. La Bibliomule de Cordoue. Dargaud, 2021 – BD
MANGUEL, Alberto. La bibliothèque, la nuit. Actes sud (Babel), 2006 – essai
MAZETTI, Katarina. Le mec de la tombe d’à côté. Actes sud, 2009 – roman
MELOT, Michel. La sagesse du bibliothécaire. L’oeil neuf éditions, 2004 – essai
MINOUI, Delphine. Les passeurs de livres de Daraya : une bibliothèque secrète en Syrie. Points, 2020 – essai
MURAKAMI, Haruki. Kafka sur le rivage. 10/18, 2011 – roman
POLASTRON, Lucien X.. Livres en feu. Gallimard (Folio essais), 2004 – essai
SHINOHARA, Umiharu. Le maître des livres. Komikku, 2014 – manga
