Mots-clefs ‘première guerre mondiale’

L’adieu aux armes * à ** d’Ernest Hemingway (1932)

06.02
2011

copyright Folio

Au cours de la Première Guerre mondiale, un soldat américain engagé aux côtés des Italiens fait la connaissance d’une infirmière. Blessé, il sera soigné et veillé par elle nuit et jour. Bientôt elle lui apprend qu’elle attend un enfant, alors que lui doit repartir au Front…

L’Adieu aux armes s’inspire très largement du vécu d’Hemingway dans la mesure où lui-même est parti pour le front italien comme ambulancier pendant la Première Guerre mondiale, avant d’être grièvement blessé et soigné trois mois dans un hôpital de Milan, où il s’éprend d’une jeune infirmière américaine, Agnes Von Kurowsky, qui lui inspirera le personnage de l’infirmière anglaise Catherine Barkley.

A cette belle histoire d’amour, qui se termine tragiquement, se greffe un pamphlet contre l’absurdité de la guerre, où l’on tue des innocents et fusille des gradés de son propre camp (p. 216-218), et dont chaque soldat aspire à la fin, que cette dernière se solde par un succès ou par un échec. Car Ernest Hemingway fait partie de cette génération qui est partie combattre pendant la première guerre mondiale et qui est revenue complètement désabusée, écoeurée par des actes de barbarie bien éloignés de leurs rêves de gloire et d’héroïsme, la « génération perdue » comme on a pu l’appeler.

« La rivière avait emporté ma colère avec toutes mes obligations… Celles-ci, du reste, avaient cessé dès l’instant où les carabiniers m’avaient mis la main au collet. J’aurais aimé être débarrassé de mon uniforme, malgré le peu d’importance que j’attachais aux signes extérieurs. J’avais arraché mes étoiles, mais c’était par prudence. Ce n’était pas par point d’honneur. En principe, je n’avais aucune objection. J’étais libéré. Je leur souhaitais à tous bonne chance. Quelques-uns la méritaient, les bons, les braves, les clames, les intelligents. Quant à moi, je ne faisais plus partie des acteurs de la comédie, et je ne souhaitais qu’une chose, l’arrivée de ce train à Mestre afin de pouvoir manger et cesser de penser. Il faudrait cesser, absolument. » (p. 224)

Une écriture sèche et concise pour un roman devenu un grand classique de la littérature américaine, mais qui ne m’a pas pleinement conquise.

L’Adieu aux armes / Ernest Hemingway ; trad. de l’anglais par Maurice-E. [Edgard] Coindreau. – [Paris] : Gallimard, 1972. – 319 p. : couv. ill. ; 18 cm. – (Folio ; 27). . – Trad. de : A Farewell to arms. - ISBN 2-07-036027-x (br.) : 6 F.
Emprunté au C.D.I.

Galadio de Didier Daeninckx (2010)

25.09
2010

Galadio, c’est le prénom secret d’Ulrich, celui que sa mère qui l’élève seule ne prononce jamais. L’adolescent vit mal sa soudaine mise à l’écart de certaines activités comme la natation, et assiste, impuissant, à la confiscation des animaux de ses voisins Juifs, telle Takouze la tortue, puis à leur mise à mort. Un jour, c’est lui que les SA viennent chercher pour faire des « analyses » à l’hôpital, où il retrouve d’autres métis que l’on destine à être stérilisés. C’est alors qu’un couple le choisit comme figurant pour un film de propagande nazie pour son grain de peau, lui, le fruit des amours interdits entre un tirailleur Sénégalais recruté sous le drapeau français et une Allemande, qui fut tondue…

Entre les deux guerres mondiales, le narrateur assiste, dans les rangs des opprimés, à la montée du nazisme et à ses corollaires : l’antisémitisme et le racisme. Pour alimenter cette haine de l’autre, il joue lui-même en tant que figurant puis acteur tous les clichés de rumeurs et de préjugés racistes, de Noirs violeurs de femmes allemandes, de benêts « Y’a bon Banania » recensés dans les scénarii de films de propagande nazie. Il ne peut dès lors jouer que le rôle qu’on lui assigne, devenir que ce que l’on veut qu’il soit. De la même façon, il ne se révolte pas lorsqu’on lui interdit l’accès à la piscine, et d’ailleurs personne ne prend son parti ni ne désobéit. Le silence entoure son exclusion, la passivité permet l’injustice. Les seuls résistants, ce sont les voisins Juifs qui lisent entre les lignes de la presse écrite ennemie, pour se tenir informés, et abritent chez eux Galadio en fuite, et la mère de Galadio qui choisit de le mettre au monde malgré l’opprobre et de le garder… Les actes de résistance, ce sont la recherche d’informations, la lecture, l’esprit critique, la solidarité et l’amour.


DIDIER DAENINCKX GALADIO
envoyé par Backstreetprod. – Regardez plus de courts métrages.

Dans toute son oeuvre, Didier Daeninckx n’a de cesse de rappeler ces détails de l’Histoire qui ne figurent dans aucun manuel, aucun programme. Par le biais d’un destin individuel, il lève tout un pan d’une réalité vécue par des victimes de décisions politiques, exclus et opprimés. Ici encore, il a rassemblé une documentation fouillée pour donner jour à ce roman d’aventures dont le héros, persécuté en Allemagne nazie, partira en quête de son identité en Afrique subsaharienne. Une oeuvre militante écrite d’une plume simple mais efficace.

Dans la même veine, on songera au sort réservé aux Canaques lors de l’Exposition Coloniale de 1931 dans son roman Cannibale, publié en 1998, dans lequel intervient un homme de l’entretien dans un métro, ancien tirailleur sénégalais, et aux esclaves africains au 17e siècle, dans Zumbi de Jean-Paul Delfino.

Du même auteur dans Carnets de SeL :

Meurtres pour mémoire ** (1984),

La mort n’oublie personne ** (1989),

Cannibale ** (Verdier, 1998),

Ceinture rouge précédé de Corvée de bois ** (2001-2002),

Itinéraire d’un salaud ordinaire ** (2006).

DAENINCKX, Didier. – Galadio. – Larousse, 2010. – 175 p. ; 18 cm. – (Les Contemporains, classiques de demain). – ISBN 978-2- : 3,95 euros.

ou Gallimard, 2010. – 139 p.. – ISBN 978-2-07-012953-9 : 15,50 euros.

Henri Désiré Landru * de Chabouté (2006)

12.05
2008

Landru, voilà l’un de ces criminels dont le nom est hélas passé à la postérité, rendu célèbre au cours de son procès pour le meurtre de onze femmes séduites, dépouillées puis incinérées dans sa villa de Gambais, dont il niera jusqu’au bout être l’auteur.

Tirant parti du fait que l’affaire se déroule dans le contexte de la première guerre mondiale, Christophe Chabouté imagine une toute autre version que celle archivée, corroborrant les protestations d’innocence de ce simple escroc. En effet, il introduit d’autres personnages, qui auraient forcé la main à Landru, avec à leur tête une gueule cassée…

Cette sombre histoire de meurtres s’étale sur des planches noires et blanches, sans une nuance de gris, rendant ses personnages machiavéliques à souhait. Cette gueule cassée semble d’ailleurs utiliser les mêmes procédés, sans nourrir les mêmes desseins, qu’un certain personnage d’un film très connu, vous verrez, qui donne des frissons dans le dos. On en ressort presque convaincu par cette nouvelle version profondément ancrée dans cette époque de boucherie que fut la Grande Guerre.

Grand Prix RTL 2006

Vents d’ouest, 2006. – 137 p.. – ISBN 978-2-7493-0289-8 : 17,99 €
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Inventaire de la Grande Guerre

28.09
2005

cop. Universalis

 

Inventaire de la Grande Guerre / sous la dir. de François Roger Lagrange ; avec la collaboration de Jean-Paul Amat, Gilles Aubagnac, André Bach… [et al.]

Pas moins d’une cinquantaine de spécialistes (Marc Ferro, Pierre Milza, Philippe Chassaigne, Annette et Jean-Jacques Becker) ont rédigé un à plusieurs articles parmi la centaine qui compose cette riche synthèse consacrée à la première guerre mondiale, certains noms comme ceux de Christophe Gué et Jean Delmas, spécialistes de l’histoire militaire, apparaissant plus régulièrement dans certains chapitres. Sont ainsi tour à tour évoqués les différentes batailles, armes, stratégies et tactiques, les carrières de divers chefs militaires et politiques, les récits du front et de l’arrière, l’examen pays par pays de ce monde en guerre, avant de faire le point sur ses suites et ses traces laissées au Xxe siècle. Voici une approche très différente et extrêmement opportune de la première Guerre Mondiale, en ceci que cette excellente synthèse propose diverses entrées thématiques susceptibles de piquer la curiosité du lecteur. Pour en savoir plus sur les batailles et stratégies un remarquable ouvrage de référence, richement illustré et accessible dès l’âge de 14 ans.

Inventaire de la Grande Guerre / sous la dir. de François Roger Lagrange ; avec la collaboration de Jean-Paul Amat, Gilles Aubagnac, André Bach… [et al.]. – Universalis, impr. 2005. – 606 p. ill. n.b. + en coul. , 23*16 cm.. – (Inventaires). ISBN : 2-85229-411-7 : 40 €. – Bibliogr. p. 583-588. Index.

Inventaire de la Grande Guerre ***

20.09
2005

Pas moins d’une cinquantaine de spécialistes (Marc Ferro, Pierre Milza, Philippe Chassaigne, Annette et Jean-Jacques Becker) ont rédigé un à plusieurs articles parmi la centaine qui compose cette riche synthèse consacrée à la première guerre mondiale, certains noms comme ceux de Christophe Gué et Jean Delmas, spécialistes de l’histoire militaire, apparaissant plus régulièrement dans certains chapitres.

Sont ainsi tour à tour évoqués les différentes batailles, armes, stratégies et tactiques, les carrières de divers chefs militaires et politiques, les récits du front et de l’arrière, l’examen pays par pays de ce monde en guerre, avant de faire le point sur ses suites et ses traces laissées au XXe siècle. Voici une approche très différente et extrêmement opportune de la première Guerre Mondiale, en ceci que cette excellente synthèse propose diverses entrées thématiques susceptibles de piquer la curiosité du lecteur.

Un remarquable ouvrage de référence, richement illustré et accessible dès l’âge de 14 ans.

Inventaire de la Grande Guerre / sous la dir. de François Roger Lagrange ; avec la collaboration de Jean-Paul Amat, Gilles Aubagnac, André Bach… [et al.]. – Universalis, impr. 2005. – 606 p. ill. n.b. + en coul. , 23*16 cm.. – (Inventaires). ISBN : 2-85229-411-7 : 40 €. – Bibliogr. p. 583-588.

Les âmes grises de Philippe Claudel

16.09
2005

copyright Stock

Un policier vieillissant noircit des pages de cahiers, cherchant dans l’écriture un exutoire à son deuil, à son chagrin, à sa faillite. Il raconte des faits datant de vingt ans, en 1917, dans un village lorrain étreint par l’hiver et les échos de coups de canon par-delà la colline. Il y a l’Affaire, ce meurtre qui l’obsède, cette petite fille qui avait l’air d’un ange, assassinée dans le froid de l’hiver, au bord de la rivière, près du château d’un procureur veuf et solitaire, Pierre-Ange Destinat. Le juge Mierk accompagné du colonel Matziev, deux ogres dépourvus de sentiment, auront tôt fait de classer l’affaire en trouvant en la personne de deux jeunes déserteurs les coupables idéaux. Car l’âme des habitants de ce village n’est pas bien belle à voir à cette époque, engluée dans un climat social où les nantis font loi. Belle de jour, on l’appelait, cette petite fleur dont la présence illuminait les « âmes grises » de cette ville provinciale. C’était peut-être là son seul tort, tout comme ces deux autres fleurs, Lysia, la jeune institutrice, dont le suicide restera incompris, et Clémence, la femme du narrateur, qui mourra seule en donnant vie à son enfant…

Dans ce roman, Philippe Claudel n’a pas voulu retranscrire une guerre, celle des gueules cassées, mais reconstituer toute une époque, un climat social, réussissant à nous faire sentir cette odeur âcre et deviner cette teinte grise d’un monde révolu. Il excelle ainsi dans l’art du parler populaire de naguère, retrouvant ou réinventant le vocabulaire de l’époque, les vieilles expressions. Il nous dépeint surtout une ville provinciale qui croit échapper à la guerre alors qu’elle a perdu tout espoir, toute étincelle de vie. Un roman triste, où se révèlent la force d’une écriture et un talent certain.

Prix Renaudot 2003
CLAUDEL, Philippe. – Les âmes grises. – Paris : Stock, 2003. – 284 p. ; 22 cm. – ISBN 2-234-05603-9 : 18,80 €.
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