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Un garçon d’Italie * de Philippe Besson

10.09
2005

Philippe Besson orchestre là un roman à trois voix, dont l’une est celle d’un jeune homme, Luca, venant tout juste de passer de vie à trépas, dont les deux autres, Anna et Léo, un jeune prostitué de la gare de Florence, étaient amoureux. Le tempo en est différent pour chacune : la première, bien sûr, connaît les causes de sa fin tragique, la troisième, Léo, a perdu la seule personne qui s’était intéressée à lui et l’avait aimé, et c’est donc surtout sur la seconde, Anna, que le lecteur porte toute son attention, Anna, anéantie par la mort de son petit ami et surtout par ce que l’enquête sur sa mort lui fait découvrir : une facette de sa personnalité dissimulée, un désir caché, une marginalité secrète, une liaison homosexuelle.

C’est ainsi moins sur le suspens que sur l’introspection des deux protagonistes encore vivants qu’insiste l’auteur, en entrouvant au scalpel leur âme tourmentée, leur solitude, d’une écriture fine, ciselée, comme le médecin légiste sur le cadavre de Luca, à la voix moins vraisemblable, justifiée uniquement pour pouvoir soulager le lecteur en lui apprenant la vérité sur sa mort.

Lire l’interview de Philippe Besson ici.

Lu aussi de lui L’arrière-saison.

BESSON, Philippe. – Un garçon d’Italie. – Paris : Julliard, 2003. – 221 p. : couv. ill. ; 20 cm. – ISBN 2-260-01642-1 : 18 €.

Philippe Besson (2002)

16.11
2002

Fiction et autobiographie : la part de soi dans son oeuvre

Aperçu d’une rencontre avec Philippe Besson, à la FNAC, à propos du Garçon d’Italie en novembre 2002

Un lecteur : Est-ce qu’il y a une part autobiographique dans Un garçon d’Italie ?

Philippe Besson : J’ai placé une limite entre ma vie et mon intimité, et ensuite il y a une autre chose : je crois que ma vie n’a aucun intérêt, et donc qu’elle ne mériterait pas d’être dans un livre. Et il y a des écrivains qui pensent que leur vie a suffisamment d’intérêt pour être dans les livres. Mais ce n’est pas mon cas. Donc je ne cherche pas à raconter directement ma vie -ça, c’est le moins qu’on puisse dire – mais au contraire à inventer une histoire.


Néanmoins on écrit forcément à partir de ce qu’on est, à partir de sa propre intimité, à partir de sa propre histoire, etc… Donc il y a de moi dans chacun de mes livres, évidemment. Je ne connais pas un auteur qui pourrait prétendre qu’il n’y a pas de soi dans les livres. C’est impossible. Cela serait même une condamnation de la littérature, de l’écriture. Donc forcément il y a de moi dans mes livres, beaucoup. Et en même temps j’agrémente tout cela avec du mensonge, avec de la mystification, avec des choses qui ne se sont pas produites et que j’ai inventées, etc…

Par ailleurs, mes personnages sont souvent des gens que j’aimerais être. J’ai le regret de ne pas être mes personnages. Je pense que j’écris des livres parce que j’aurais aimé vivre les histoires que j’écris.

C’est cela qui est terrible. Pour moi, j’aime bien Luca, j’aime bien Ana, j’aime bien Léo. Hélas, je ne suis pas Luca, Ana et Léo. J’aimerais beaucoup être eux et je ne suis pas eux. Ils sont mieux que moi. Moi je suis plutôt moins bien que cela. J’aimerais bien avoir de Luca sa liberté, sa capacité à ne pas choisir,… J’aimerais bien avoir la droiture, la dignité d’Ana que je n’ai pas. J’aimerais bien avoir le côté touchant de Léo que je n’ai pas. Donc, voilà, je leur ai donné des caractéristiques que je n’ai pas ou que je n’ai pas suffisamment. Il n’en reste pas moins évidemment que l’on n’écrit jamais des histoires par hasard. Donc quand j’ai écrit cette histoire-là du Garçon d’Italie, c’est parce qu’elle me touchait particulièrement, et donc j’avais envie de raconter cela, parce que voilà, je crois que je sais de quoi je parle.

Lire aussi ma critique de ses romans Un Garçon d’Italie (2003) et L’arrière-saison (2002) sur l’ancienne version du blog.