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Nietzsche d’Onfray & Le Roy

26.10
2011

cop. Le Lombard

Nietzsche  :  se créer liberté

D’après L’innocence du devenir :  la vie de Frédéric Nietzsche par Michel Onfray (Galilée , 2007).

« Oui, mon corps va me le faire payer.

Tous ces ébranlements, toutes ces secousses…

… Toute cette dynamite ingurgitée, tout ça va me détruire, me casser… me pulvériser.

Je vais probablement passer deux jours allongé sur mon lit, dans la plus totale obscurité, avec des migraines et des maux d’yeux.

Je suis un sismographe d’émotions. »

(p. 47)

A quoi songe Nietzsche en 1896, à Naumburg, allongé sur sa chaise longue, le regard fixe ? Peut-être plus à rien désormais…  Peut-être son corps et son cerveau sont-ils en train de payer le prix de cette formidable énergie absorbée…   Promis à devenir pasteur, Friedrich Nietzsche veut être compositeur, il deviendra professeur de philologie. Influencé par l’écoute de Wagner et par la lecture de Schopenhauer, il commence par publier Naissance de la tragédie, désapprouvé par ses collègues universitaires. Il finit par donner son congé pour raison de santé, s’isole pour méditer et écrire à la pension de famille Sils-Maria, avant de sombrer dans la démence…

« La liberté est un grand luxe, vous savez, moins vous possédez et moins vous l’êtes… possédé !«  (p. 57)

Davantage née d’un certain regard que d’une réelle volonté de faire connaître la personnalité du grand philosophe, cette biographie du maître à penser de Michel Onfray apparaît quelque peu décousue, et partielle. Néanmoins, le coup de crayon de Maximilien Le Roy contribue à rendre tragique la destinée de Nietzsche, tant dans sa description de la douleur que dans la palette de couleurs fauves choisie. Et surtout il est bien rare que bande dessinée et philosophie aillent de pair : saluons cette BD qui permet de faire connaître la vie de Friedrich Nietzsche et sa perception des choses à un cercle élargi de lecteurs. A LIRE DONC !

Bruxelles [Paris]  : Le Lombard , 2011 .- 126 p. : ill. en coul., couv. ill. en coul.  ; 32 cm. –  ISBN 978-2-8036-2650-2 : 19 €. 

 

 

Antimanuel de philosophie *** de Michel Onfray (2001)

26.09
2005

Michel Onfray use de la philosophie comme de la dynamite, en nietzschéen, en interrogeant le monde à partir de questions touchant les lycéens, pour ensuite proposer les extraits d’essais philosophiques sur la question : la haine généralisée par l’art contemporain, les limites à la liberté pour protéger les plus faibles, la passion du mensonge chez les politiciens, l’aversion de la raison et de la science en religion, ….

Un ouvrage philosophique qui se lit d’une traite, collant aux préoccupations du lecteur tout en forgeant sa culture des grands textes, philosophiques et anarchistes. A lire, que l’on n’aime ou pas la philo ! Nul autre livre ne vous incitera peut-être autant à vous intéresser de plus près !

ONFRAY, Michel. – Antimanuel de philosophie. – Paris : Bréal, 2001. – 334 p. : ill. en coul. Et n.b.. – ISBN 2-84291-741-3

Traité d’athéologie ** de Michel Onfray

11.09
2005

Physique de la métaphysique

Être athée, être privé de Dieu, privé de croyance, comme privé de quelque chose : Michel Onfray montre combien est péjoratif même le terme choisi pour désigner ceux qui ont choisi la pulsion de vie, la raison, la liberté et l’intelligence. Au contraire, nous dit-il, les athées ont choisi de ne pas se bercer d’illusions sur une vie meilleure à venir dans l’au-delà, sur une âme immortelle, sur tout ce qui peut leur faire mépriser cette vie, les besoins et les désirs de ce corps ici-bas, et la confier à d’autres qui énoncent les interdits et ôtent à la vie tout plaisir. Car les autres, entendons les trois principales religions monothéistes, ont façonné notre esprit depuis deux millénaires, condamné les impies, brûlé des livres et bibliothèques, paralysé les découvertes scientifiques et réflexions philosophiques, et animé une pulsion de mort au moyen de croisades et de génocides. Point par point, Michel Onfray raconte la supercherie à l’origine de ces textes sacrés, son alliance avec la plupart des régimes dictatoriaux et le nazisme, sa haine de l’extrême-gauche, en dénonce leurs contradictions, et surtout la barbarie, chacune enjoignant de ne pas tuer son prochain au sein de sa propre communauté mais de tuer tous les mécréants afin d’espérer dans l’au-delà, après leur sacrifice, une vie meilleure, où sont alors permis tous les interdits que leur religion leur a seule imposés.


A l’appui d’innombrables arguments, Michel Onfray fera peut-être vaciller vos croyances. Cet essai, en tout cas, n’a fait que raffermir l’opinion de la convaincue que je suis, et mis en lumière les innombrables autodafés et censures de manuscrits par le clergé et les moines copistes, pratiquant autant de coupes sombres dans notre héritage culturel, autant de lectures dont hélas nous ne profiterons jamais.


Grasset, 2005. – 281 p.. – 18,50 €.

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Théorie du corps amoureux ** de Michel Onfray

11.09
2005
Pour une érotique solaire : relecture

« De quelle façon aimer sans renoncer à sa liberté, son autonomie, son indépendance – et en tâchant de préserver les mêmes valeurs chez l’autre ? » (p. 34)

De nos jours encore, la norme établie par l’idéal ascétique judéo-chrétien et platonicien , liberticide et misogyne, est restée profondément ancrée dans nos coutumes, à tel point que notre destin semble tout tracé : trouver sa moitié, fusionner en un couple, faire des enfants. Il nous faut trouver notre moitié pour être complet, voilà la définition de « l’amour comme recherche de la complétude originaire« , comme vide à combler, absence à conjurer. Le mariage conclu, le désir est nié, interdit, refoulé. On devient mari ou femme fidèle, puis père ou mère s’oubliant pour éduquer ses enfants. Or « il n’y a rien à trouver », s’exclame Michel Onfray : la moité perdue est mythique. On s’épuise peine perdue à sa recherche pour finalement  arrêter son choix et ses désirs sur une seule personne jusqu’à la mort. A cette vie sclérosante, niant le désir et les plaisirs, Michel Onfray oppose une érotique hédoniste, formulée par Lucrèce et Epicure, celle du libertinage (« cet art de rester soi dans la relation à autrui », p. 35), à laquelle s’initient les enfants et adolescents en découvrant leur corps et celui des autres, dans l’ignorance encore des codes sociaux qui les enfermeront ensuite dans une monogamie procréatrice. Car « le désir est naturellement polygame, insoucieux de la descendance, systématiquement infidèle et furieusement nomade. Accepter le modèle dominant suppose une violence infligée à sa nature et l’inauguration d’une incompatibilité d’humeur radicale avec autrui en matière de relation sexuée. » (p. 26)Aussi comment peut-on être épicurien aujourd’hui dans le domaine des relations sexuées ? Que nous propose Michel Onfray en s’inspirant de Diogène de Sinope, d’Aristippe de Cyrène, d’Epicure, de Lucrèce, d’Ovide et d’Horace, entre autres penseurs hédonistes cyrénaïques, cyniques, épicuriens ?


Sachant que « la somme des plaisirs doit toujours être supérieure à celle des déplaisirs » (p. 91), on choisira d’obéir à la libido, de consentir au désir sexuel et sensuel, de séduire, de plaire, de conquérir, de découvrir, de jouir, ou de refuser une volupté trop chèrement payée, une solitude appréhendée ou encore une séparation douloureuse si l’on s’attache à son/sa partenaire. On prendra soin de conserver sa liberté à tout moment et de réviser son jugement, si les déplaisirs commencent à peser plus lourds que les satisfactions.


Car on est toujours seul : « naître, vivre, jouir, souffrir, vieillir et mourir révèlent l’incapacité à endosser une autre histoire que la sienne propre et l’impossibilité viscérale, matérielle, physiologique, de ressentir directement l’émotion de l’autre. » (p. 96)

« Carpe diem, quam minimum credula postero« 
cueille le jour, sans te fier le moins du monde au lendemain.

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