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Fables amères de Chabouté (2010)

24.11
2010

De tout petits riens : une grasse matinée le dimanche, le passage en caisse d’un supermarché, un chat entre deux pseudonymes souffrant d’une même solitude, un immigré qui balaie un trottoir parisien, un couple qui hésite sur la couleur à poser sur les murs de leur appartement alors qu’en bas de leur immeuble dort un sans-abri, un pianiste payé pour mettre un fond sonore derrière les conversations des clients d’un restaurant…

Onze histoires indépendants. Onze anecdotes de la vie quotidienne, où, dans le non-dit de ces quelques pages, se glisse chaque fois l’amertume, née de l’indifférence ou de l’incompréhension de ces personnes qui se côtoient pourtant. Certaines frappent plus l’esprit que d’autres, celles de la caissière en deuil, des deux voisins n’étant capables d’un vrai dialogue que sur Internet, de la vieille dame regardant passer le jeune corps qu’elle n’a plus, ou de la fillette Nahema, reconduite à la frontière par charter.  Peu de dialogues sur ces belles planches en noir et blanc où tout est dit. Il suffit de les regarder…. puis, après avoir refermé cette bande dessinée, d’ouvrir les yeux autour de soi.

 

Fables amères : de tout petits riens / Chabouté. – Grenoble : Vents d’Ouest, 2010. -102 p. : ill., couv. ill. ; 25 cm. - ISBN 978-2-7493-0509-7 (rel.) : 12 €.

Cadeau de Claire & Jonas.

Nous commençons notre descente de James Meek

29.08
2008

cop. Métailié

Titre de l’édition originale : We are now beginning our descent (2007)
Traduit de l’anglais (Ecosse) par David Fauquemberg (2008)

RENTRÉE LITTÉRAIRE 2008
LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE
« (…) le voyageur (…) devient un autre homme, qui appartient un peu aux lieux dans lesquels il se rend. C’est justement cet aspect-là, cette appartenance, que je ne parviens jamais à rendre quand je m’adresse aux gens qui sont restés à la maison. Peut-être parce que je n’arrive pas à l’exprimer clairement. Ou peut-être parce qu’ils ne veulent pas savoir. »
« (…) Un seul d’entre nous est incapable de faire comprendre tout un pays à un autre pays. » (p. 82) 

Fuyant ses échecs dans sa vie amoureuse comme dans le monde littéraire, Adam Kellas accepte de devenir grand reporter britannique en Afghanistan. Il y croise la mort mais aussi l’amour en la personne d’Astrid, journaliste américaine très indépendante. Alors, quand il reçoit un  jour un mail d’elle à Londres, il saute dans le premier avion à destination de New-York signer un contrat avec une grande maison d’édition pour son futur best-seller et retrouver en pleine tempête de neige, sur une île, Astrid…

L’incommunicabilité entre les humains semble être le thème principal de ce roman, à la croisée entre le journalisme documentaire et l’histoire d’amour. D’abord entre les journalistes étrangers et les guides et interprètes afghans qui les côtoient : en constituent des exemples la discussion entre Kellas et Mohammed sur ce qu’est être libre, leur expérience de la mort. Ensuite entre ces mêmes journalistes et tous ceux qui ne connaissent de la situation que ce qu’ils en lisent dans la presse : la scène du dîner  londonien qui tourne à la catastrophe en est l’acmé. Enfin entre un homme et une femme, entre Kellas et Sophie puis Astrid, l’image qu’il s’est créé d’elles ne correspondant pas à une réalité plus ordinaire ou imparfaite.

« Si seulement il avait eu ce genre de téléphone capable de prendre des photos, un an plus tôt en Afghanistan, il aurait eu un portrait d’Astrid. Peut-être était-il préférable pour lui de ne pas en avoir. Astrid n’aurait pas vieilli. Elle avait trente-quatre ans alors. Mais la nature d’un être humain n’apparaissait que dans le mouvement, le changement, ce qui faisait de l’immobilité propre aux photographies une sorte de mensonge. » (p. 35)
Un bon roman parmi cette rentrée littéraire, qui jette un regard ironique et désillusionné sur les relations humaines et internationales.
Du même auteur : Un acte d’amour (2007).
MEEK, James. – Nous commençons notre descente / trad. De l’ang. (Ecosse) par David Fauquemberg. – Métailié, 2008. – 334 p.. – (Bibliothèque écossaise). – ISBN 978-2-86424-657-2 : 21 €.