Mots-clefs ‘déportation’

186 marches vers les nuages de Joseph Bialot (2009)

25.03
2009

copyright Métailié

Sorti de onze années d’internement dans un camp nazi, Bert Waldeck n’en a pas pour autant fini avec cette guerre. A Berlin, où ne l’attendent plus sa mère et sa femme, déportées, il est « recruté » par un officier américain pour l’aider à retrouver un certain Hans Steiner, recherché comme criminel de guerre…

A travers cette histoire d’espionnage c’est un Berlin trouble d’après-guerre, dévasté, que nous dépeint l’auteur, où personne n’est vraiment ce qu’il semble être, mais surtout un témoignage bouleversant des horreurs commises à partir du pogrom de la nuit de Cristal.

« Je n’existe plus. Bert Waldeck n’est plus un individu mais une parcelle de cette gigantesque terreur qui ravage les hommes. Ce n’est pas ma peau qui tremble en solo mais tout mon squelette, mes muscles, mes nerfs. Les squelettes, les muscles et les nerfs de mes compagnons ne forment plus que ce silence de deuil hurlé sans musique. » (p. 14)

BIALOT, Joseph. – 186 marches vers les nuages. – Métailié, 2009. – 171 p.. – ISBN 978-2-86424-685-5 : 15 €.

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Acide sulfurique ** d’Amélie Nothomb (2005)

30.09
2005

cop. Albin Michel

Huis clos entre victimes et bourreaux

Un jour, Pannonique, étudiante à la beauté sidérante, est raflée comme tant d’autres anonymes au Jardin des Plantes. Dès cet instant, elle deviendra désormais la victime d’une nouvelle émission de télé-réalité, Concentration, et la cible de millions de regards. Comme son nom l’indique, le principe de l’émission est très simple : les personnes raflées ont été divisées en deux camps, les bourreaux ou « kapo » et les prisonniers appelés par leur matricule, et chaque matin, les premiers désignent ceux qui parmi les seconds vont rejoindre la file des exterminés. Chacun, très vite, s’identifie à son personnage jusqu’à oublier les caméras, tous exceptée CKZ 114, de son vrai nom Pannonique, qui semble personnifier le Bien, la dignité humaine, qui attire le Mal incarné en le kapo Zdena…

Certes, Amélie Nothomb n’invente rien en exploitant jusqu’à son paroxysme le voyeurisme malsain mis en exergue par les télé-réalités, et ce tout en créant une distance entre son héroïne (et narratrice) et la monstruosité des relations humaines. Foin d’ailleurs des descriptions, des effets de style, d’un dénouement vraisemblable, ici pas de plaisir du texte, l’intérêt réside ailleurs : pour Amélie Nothomb, la forme dialoguée est reine car elle permet de dire, de remplir chaque parole, parole pour autrui, car elle vouvoie ou tutoie, car elle nomme les êtres et les choses. Jamais démonstration aussi habile n’avait été faite de ce que parler veut dire dans ses précédents romans. Car ici, dans ce camp de concentration où se joue la dignité humaine, dire, nommer, prend tout son sens.

NOTHOMB, Amélie. – Acide sulfurique. – Albin Michel, 2005. – 192 p.. – ISBN : 2-226-1672-6 : 15,90 €.
Lisible en 1h30.

Le non de Klara d’Aaron Soazig

12.09
2005

Klara, l’héroïne, revient d’Auschwitz en 1945. Méconnaissable. Non seulement physiquement (elle est chauve, maigre, détruite), mais aussi psychiquement puisque à l’intérieur Klara n’est plus qu’un champ de ruines. A son amie et belle-sœur Angélika qui l’accueille, elle raconte froidement ce qu’elle a vécu, et refusera de revoir sa fille car, dira-t-elle un jour, elle sent la mort, et ne souhaite pas faire sentir cette odeur à une toute petite fille dont la fraîcheur se flétrirait près d’elle. Elle sait qu’elle ne pourra plus jamais être heureuse ni insouciante et ne se sent pas le droit d’imposer ce qu’elle est devenue, c’est-à-dire une femme qui ne ressent plus rien, à sa fille de trois ans. Après un mois passé à Paris, le temps de régler quelques affaires, elle confie son enfant, sans l’avoir revue, à ses meilleurs amis et part pour toujours.
Que dire de plus après un tel résumé ?

 

AARON, Soazig. – Le non de Klara. -  Maurice Nadeau, 2002. – 186 p.
Pour ce roman, Aaron a reçu en 2002 la « Bourse Goncourt du premier roman« , le « Prix Emmanuel Roblès » de la ville de Blois, le Prix du Roman de la Ville de Carhaix, et, en 2004, le Grand Prix des Libraires.