L’orchestre des doigts 1. d’Osamu Yamamoto

24.05
2020

IMG_20200524_2112461913. Dans un village près de la ville de Sendaï, Kiyoshi est accusé d’ingratitude par son frère qui a financé sa scolarité à grand’peine, car il veut uniquement se consacrer à la musique. Il décide alors de se rendre dans un monde sans musique, sans son, sans parole, en travaillant dans une école de sourds. Aussitôt il se heurte à la violence du jeune Issaku, brimé par sa famille, qui ne sait pas communiquer avec les autres. Avec infiniment de patience, Takahashi Kiyoshi entreprend son éducation…

Ce manga historique dévoile les mauvais traitements infligés aux sourds dont la naissance était considérée comme une punition pour une mauvaise action familiale. Il montre aussi les balbutiements de l’enseignement de la langue des signes dans la Chine du début du 20e siècle. Pas sûr d’ailleurs qu’en France on soit alors plus avancé dans ce domaine. Avec ses deux personnages principaux particulièrement attachants, ce manga donne très envie de connaître la suite.

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Les petits chevaux de Tarquinia de Marguerite Duras

21.05
2020

IMG_20200521_204206Sara passe ses vacances dans un village italien au bord de la mer, avec son mari, son fils, sa bonne, son amie et un couple d’amis. La chaleur est écrasante, leur rituel composé de baignades, de bitter campari, de poissons grillés en terrasse de l’hôtel et de jeux de boules. Même la mort d’un jeune démineur dans la montagne perturbe à peine ces vacances. Seul le désir de l’homme au bateau parvient à la troubler…

« L’homme », « l’enfant » : Marguerite Duras préfère aux prénoms fantoches leur désignation. Comme dans Moderato Cantabile, la mère se distingue par son amour pour son fils, constant et inaltérable, contrairement au lien amoureux avec son mari qui se délite. Ne connaitre qu’un amour absolu est-il possible ? La tentation d’une aventure l’effleure, se savoir désirée et donc exister aux yeux d’un autre la rassure. Son mari, qui l’a apparemment souvent trompée, lui, éprouve pour la première fois la douleur d’être le témoin de cette tentation. Leur couple d’amis italien se déchire continuellement, mais à l’opposé n’envisage pas d’autre partenaire. La torpeur de ces vacances qui les plonge dans l’inertie gagne aussi la lectrice que je suis, qui s’imagine parfaitement se rafraîchir dans la mer ou avec des apéros entre amis pour se reposer du train social et professionnel. J’ai adoré ce roman, dans la filiation duquel naîtra le formidable Moderato cantabile. A lire sur la plage cet été !

Gallimard, 1953
220 p.
EAN13 978207036187X

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La sorcière de Benoit Guillaume

13.05
2020

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Alors que ses filles jumelles ont atteint l’âge où sa propre mère lui a dévoilé son pouvoir, Lucie transmet à Maud et Lise ses dons de sorcellerie, qui la surpassent rapidement et prennent leurs distances avec elle. Alors que Lucie tente de sauver le couple du meilleur client de son mari, ce dernier la quitte avec tout son héritage, de même qu’elle apprend la séparation de ses parents…

Quel étrange mélange que cet album jouant sur les monochromes pour traiter, sur une trame fantastique, de la séparation en couple et entre les parents et les enfants, et donc de l’éclatement du noyau familial pour le recomposer ailleurs.  Le dessin m’a moins plu que le scénario adapté du roman de Marie Ndiaye, que je n’ai pas lu, et qui diffuse un sentiment de non-communication et de solitude absolue. Un ovni très intrigant.

 

La sorcière de Benoit Guillaume

d’après le roman de Marie Ndiaye

Actes sud BD, 2018

ill. en coul.

EAN13 9782330090470 : 26 € TTC

 

Les robots d’Isaac Asimov

10.05
2020

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Susan Calvin, éminente robopsychologue d’U.S. Robots, raconte chronologiquement à un journaliste ses expériences avec les robots qui ont le plus marqué ses cinquante ans de carrière. Cela commence avec les premier robot offert à une petite fille comme étant à la fois sa garde d’enfants et son meilleur compagnon de jeu, et se termine par l’élection d’un nouveau maire dont les qualités laissent planer un sérieux doute sur le fait qu’il soit humain, jusqu’à ce qu’il détrompe tout le monde et devienne le Coordinateur Mondial…

Voici comblée une grande lacune : je n’avais encore jamais lu un seul titre d’Isaac Asimov, l’un des auteurs fondamentaux de SF anglaise.  Ce recueil de nouvelles quasi- indépendantes les unes des autres, reliées entre elles par les mêmes personnages, fonctionne comme un bouclé feuilletonnant, ce qui donne diablement envie de les voir portées à l’écran ! Toutes ces histoires, publiées en 1950, n’ont absolument pas pris une ride, et mériteraient d’être lues et relues, tant elles posent les bases, avec la fameuse loi robotique*, de notre future relation avec les robots et machines, sans aucun manichéisme. C’est intelligent et puissant : à lire absolument !

*Les trois lois sont:

  • Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » ;
  • Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. » ;
  • Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »

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Le reste du monde 3. Les frontières de JC Chauzy

08.05
2020

IMG_20200508_115352Deux ans plus tard, la survie s’est organisée, hélas souvent au bénéfice de gangs dénués de scrupule qui volent, violent, torturent, massacrent. Après avoir abandonné leur mère qui s’est sacrifiée pour sauver leur vie, Hugo et Jules ont rejoint un groupe pacifique dans une ancienne colonie de vacances des Pyrénées orientales, et vivent de la chasse et des produits de leur potager.

Dans ce troisième volet de cette série composée de quatre tomes, Jean-Christophe Chauzy nous immerge dans un récit apocalyptique où les catastrophes naturelles ont chassé toute moralité chez les humains, qui s’entretuent pour survivre. Comme dans l’épouvantable roman La Route de Cormac McCarthy, l’homme devient concrètement un loup pour l’homme. Et dans un ironique renversement de situation, ce sont les Marocains et Algériens qui empêchent désormais les rescapés occidentaux de franchir leurs frontières au niveau des Pyrénées. Au point de vue du dessin, les personnages me plaisent bien moins que les paysages de désolation que Jean-Christophe Chauzy imagine en bandes verticales ou horizontales. La trame principale semble pour l’instant assez conventionnelle. A vérifier dans le dernier tome, où un dernier personnage énigmatique, présent en voix off, va entrer en scène…

 

Barrier de Vaughan, Martin et Vicente

04.05
2020

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Lorsqu’elle retrouve sur sa propriété du Texas la tête de son cheval, Liddy suppose qu’il s’agit d’un message en provenance d’un gang. Aussi, quand le migrant Oscar qui vient de fuir le Honduras pour rejoindre les États-Unis, atterrit chez elle, elle le menace aussitôt de son arme. Lui ne parle qu’espagnol, elle seulement l’anglais. C’est alors qu’ils se retrouvent tous deux à l’intérieur d’un vaisseau extra-terrestre…

D’emblée les couleurs très artificielles de cet album au format à l’italienne ne me donnaient pas envie de me plonger dans cette bande dessinée. J’attendais donc du scénario qu’il me surprenne. C’est ce qu’il a fait en partie, en faisant le choix de ne pas traduire les paroles des personnages, et donc de nous placer plus ou moins dans une situation inconfortable d’incompréhension. En effet il traite de manière originale du thème du migrant, de l’étranger, de la barrière de la langue, en y conviant les extra-terrestres. Malgré tout l’histoire repose sur de nombreux clichés pas forcément revisités. Un peu décevant donc.

 

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L’enfant penchée de Schuiten et Peeters

02.05
2020

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Ce 2 septembre 747 après la Tour, la famille de Mary se rend au parc d’attraction d’Alaxis. Mary exaspère ses parents par son tempérament qui détone avec leur sérieux et leur « normalité ». Or elle redescend de l’attraction la plus spectaculaire en restant penchée à 45 degrés ! Envoyée par le médecin de famille dans un internat, dont les professeurs et la directrice la réprimandent sans cesse, harcelée par les autres jeunes pensionnaires, elle s’enfuit. Rejetée de tous, elle finit par se produire dans un cirque, au milieu des autres « freaks », jusqu’au jour où le rédacteur en chef de l’Echo des cités lui parle d’un certain Axel Wappendorf qui pourrait l’aider… Parallèlement, en 1899, sur les Hauts plateaux de l’Aubrac, un peintre, Augustin Desombres, est hanté par des images de fusée et de sphères…

Sixième album de l’univers fascinant des « Cités obscures », L’enfant penchée reste mon coup de cœur, même s’il est l’un des rares à ne pas évoquer l’architecture, notamment « art nouveau » belge. En effet cet album mêle avec brio fantastique et récit d’apprentissage, le dessin réaliste alternant avec le roman photo pour mieux différencier un univers parallèle imaginaire du monde réel. Il me fait songer au poème l’Albatros de Baudelaire, au poète incompris, à l’artiste rejeté, à la personne « hors-norme » maltraitée. Mais chut…. je n’en dirai pas plus : lisez ce chef d’œuvre !

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