Une ardente patience ** d’Antonio Skarmeta (1985)

10.09
2005

Ardente Paciencia, traduit de l’espagnol (Chili) par François Maspero

Mario Jimenez n’est pas bien courageux, il faut bien le dire, mais quand il s’agit de grimper à bicyclette la colline pour aller porter une montagne de lettres à son unique client, le fameux poète Pablo Neruda, il n’hésite pas une seconde. Pourtant, il n’a encore jamais lu un seul vers, mais bientôt son maigre salaire lui sert à faire l’acquisition d’un premier recueil. Il tente alors de briser l’indifférence de Neruda à son égard, qui l’initie à l’art poétique. Une amitié peu à peu naît entre le grand poète et le petit facteur. Et quand Mario tombe fou amoureux de Béatrice, la fille de l’aubergiste, il pense tout naturellement demander l’aide de Pablo Neruda pour pouvoir lui susurrer de douces métaphores…

1973. Le Chili espère beaucoup d’Allende, est fier de son poète, Pablo Neruda. La mort va frapper l’un et l’autre. Antonio Skarmeta a choisi de centrer son récit non pas sur les dernières années du grand poète mais sur son impact sur son jeune lecteur en la personne d’un adolescent amoureux d’une fille du coin, fils de marin, que rien ne prédestine à cet engouement, à cette adoration du verbe qui lui vient, à la mise en mots de la beauté de sa bien-aimée.

Dans cette peinture naïve d’une vie paisible sur l’île Noire, c’est la brillante démonstration de la force du Verbe qui séduit son auditrice, c’est la preuve que «La poésie n’appartient pas à celui qui l’écrit, mais à celui qui s’en sert.»

Aussi ce roman est tour à tour nourri de passages poétiques, d’odes à la nature, aux bruits familiers (les mouettes, l’écume des vagues), de figures familières plus vraies que nature, telle cette belle-mère dont les phrasés deviennent à eux seuls des morceaux d’anthologie, un roman plein de cette simplicité, de cette naïveté, de cette ode à la vie, à la poésie, à l’amour et à l’humour. Un livre lumineux à découvrir cet été.

Vous avez certainement déjà vu le film que Michael Redford a réalisé à partir de ce roman, intitulé Le Facteur, transposé en Italie, qui a connu un succès mondial, avec Philippe Noiret dans le rôle de Neruda et Massimo Troisi dans celui du facteur.



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