Théorie du corps amoureux ** de Michel Onfray

11.09
2005
Pour une érotique solaire : relecture

« De quelle façon aimer sans renoncer à sa liberté, son autonomie, son indépendance – et en tâchant de préserver les mêmes valeurs chez l’autre ? » (p. 34)

De nos jours encore, la norme établie par l’idéal ascétique judéo-chrétien et platonicien , liberticide et misogyne, est restée profondément ancrée dans nos coutumes, à tel point que notre destin semble tout tracé : trouver sa moitié, fusionner en un couple, faire des enfants. Il nous faut trouver notre moitié pour être complet, voilà la définition de « l’amour comme recherche de la complétude originaire« , comme vide à combler, absence à conjurer. Le mariage conclu, le désir est nié, interdit, refoulé. On devient mari ou femme fidèle, puis père ou mère s’oubliant pour éduquer ses enfants. Or « il n’y a rien à trouver », s’exclame Michel Onfray : la moité perdue est mythique. On s’épuise peine perdue à sa recherche pour finalement  arrêter son choix et ses désirs sur une seule personne jusqu’à la mort. A cette vie sclérosante, niant le désir et les plaisirs, Michel Onfray oppose une érotique hédoniste, formulée par Lucrèce et Epicure, celle du libertinage (« cet art de rester soi dans la relation à autrui », p. 35), à laquelle s’initient les enfants et adolescents en découvrant leur corps et celui des autres, dans l’ignorance encore des codes sociaux qui les enfermeront ensuite dans une monogamie procréatrice. Car « le désir est naturellement polygame, insoucieux de la descendance, systématiquement infidèle et furieusement nomade. Accepter le modèle dominant suppose une violence infligée à sa nature et l’inauguration d’une incompatibilité d’humeur radicale avec autrui en matière de relation sexuée. » (p. 26)Aussi comment peut-on être épicurien aujourd’hui dans le domaine des relations sexuées ? Que nous propose Michel Onfray en s’inspirant de Diogène de Sinope, d’Aristippe de Cyrène, d’Epicure, de Lucrèce, d’Ovide et d’Horace, entre autres penseurs hédonistes cyrénaïques, cyniques, épicuriens ?


Sachant que « la somme des plaisirs doit toujours être supérieure à celle des déplaisirs » (p. 91), on choisira d’obéir à la libido, de consentir au désir sexuel et sensuel, de séduire, de plaire, de conquérir, de découvrir, de jouir, ou de refuser une volupté trop chèrement payée, une solitude appréhendée ou encore une séparation douloureuse si l’on s’attache à son/sa partenaire. On prendra soin de conserver sa liberté à tout moment et de réviser son jugement, si les déplaisirs commencent à peser plus lourds que les satisfactions.


Car on est toujours seul : « naître, vivre, jouir, souffrir, vieillir et mourir révèlent l’incapacité à endosser une autre histoire que la sienne propre et l’impossibilité viscérale, matérielle, physiologique, de ressentir directement l’émotion de l’autre. » (p. 96)

« Carpe diem, quam minimum credula postero« 
cueille le jour, sans te fier le moins du monde au lendemain.

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