Tête-bêche *** de Ychang LIU (1972)

11.09
2005

Hong Kong, dans les années 60. Le prix de l’immobilier flambe, tandis que la population augmente. La vie est difficile et la délinquance omniprésente.

A Xing a la vie devant elle. Elle rêvasse à un destin fantasmé, préférant à une réalité prosaïque symbolisée par sa mère, la suppliant d’aller travailler à l’usine, ses hallucinations : jolie comme elle est, elle deviendra une star, du cinéma ou de la chanson, épousera un homme beau comme un acteur de cinéma, et se fera refaire les seins et débrider les yeux…

Divorcé, ayant perdu sa mère, et de vue son fils, Chunyu Bai, lui, est tout entier empli de nostalgie : sa vie se trouve derrière lui, avec sa kyrielle de remords et des regrets.
Tous deux arpentent le même quartier, assistent aux mêmes accidents, entendent les mêmes rumeurs. Une fois, seulement, leurs regards se croisent, le temps d’une séance de cinéma, assis côte à côte, se jugeant, se méprenant sur leurs pensées.

Rien ou presque dans l’intrigue n’a un quelconque rapport avec le film In the mood for love. Et pourtant. C’est ce roman qui inspira Wong Kar-Wai. On y retrouve le thème de la pénurie des logements, une écriture quasi-cinématographique, visuelle, simple, laissant une large place aux références musicales de cette période. Mais surtout, ce roman met en exergue avec subtilité l’incommunicabilité entre les êtres, leur solitude infinie, que ce soit avec un ami (la querelle sur le catch), leur propre mère respective, ou entre eux. Le roman, en lui-même, n’est qu’une non-histoire, de façon bien plus forte que le film, où la relation n’est ni commencée ni consommée, puisqu’il n’y a aucun échange entre les personnages, murés  dans leurs  pensées. A leur seul point d’intersection, au cinéma, leurs pensées encore diffèrent. Plus que tout, c’est ce procédé « Tête-bêche », si original, qui m’a convaincue.

LIU, Yichang. – Tête-bêche. – Picquier, 2003. – 181 p.. – ISBN : 2-87730-651-8 : 18,50 euros.
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