Mots-clefs ‘sexualité’

Les particules élémentaires de Michel Houellebecq

28.08
2015
cop. Flammarion

cop. Flammarion

Michel, généticien, prend une année sabatique pour mieux réfléchir. Âgé de quarante ans, il est le directeur de recherches d’une des meilleures équipes européennes de biologie moléculaire. Adolescent, il n’a pas su saisir sa chance auprès d’Annabelle qui l’aimait, et depuis, se désintéresse complètement de la sexualité et se bourre de tranquillisants et de travail. Bruno, son demi-frère, dont les parents soixante-huitards l’ont abandonné pour pouvoir continuer à vivre pleinement leur luxure, cherche en vain des aventures sexuelles. La chance finit enfin par tourner en sa faveur lors d’un séjour au Lieu du Changement, camping post-soixante-huitard tendance New Age…

 

Comme je sors de cette lecture à demi-convaincue et pleinement partagée !

Belle entrée en matière que de créer directement le suspens en parlant dans l’incipit de troisième mutation métaphysique, dont le personnage principal serait l’artisan. Le narrateur serait un observateur scientifique et rationnel a posteriori.

Ce qui m’a plu aussi, c’est qu’il s’agit finalement aussi et surtout d’un roman sur les remords et sur les regrets, sur les « et si… ». Le roman est truffé de passages et d’actes marqués, sentis comme irréversibles. Ce qui me plait dans ce roman, c’est son visage d’innocence perdue, de fuite du temps, de nostalgie.

Et puis il y aussi cette impression de Michel de ne pas être dans le monde, probablement partagée par le Michel s’écrivant.

Pourtant, dans ce roman, probablement par provocation, il y a également beaucoup d’inepties, comme cette réflexion comme quoi un monde féminin serait bien meilleur qu’un monde masculin, ce qui est plus proche d’une forme de misogynie (les femmes seraient toutes douces, altruistes, pacifiques et attentionnées) que du féminisme ! Il n’est qu’à lire la suite p. 210 sur les femmes qui seraient les seules à avoir besoin d’un être à aimer, à pouponner, etc. D’ailleurs Houellebecq tue ses deux protagonistes femmes généreuses en les faisant se suicider, pour ne pas être diminuées par la maladie.

Et l’histoire de Bruno, monsieur branlade du cap d’Agde, c’est d’un ennui ! La découverte par Bruno des plaisirs sexuels libertins dans les centres New Age et au Cap d’Agde prend quasiment tout le roman. A se demander si Michel Houellebecq n’a pas voulu jouer avec le lecteur-voyeur, en dévoilant à ceux qui n’en auraient pas connaissance, les frasques libertines d’1 à 2 % de ses concitoyens, tout au plus.

Mais notre Eros en mauvaise posture est sauvé par Michel Thanatos, personnage fantasmagorique autobiographique qui fait songer aux romans de Sternberg dans lesquels ce dernier mettait en scène un lui-même rêvé, fantasmé. Par ses connaissances en biologie moléculaire, le personnage principal place alors le lecteur en position d’infériorité intellectuelle, comme Umberto Eco : les lecteurs adorent ça.

La fin rattrape tout le reste, mais rend totalement invraisemblable le récit par un narrateur de la galère sexuelle de Bruno, le demi-frère, dont il devrait se contre-fiche. Et ne me dites pas que c’est le reflet de la société contemporaine : s’il fallait retenir de notre société seulement ça, ce serait oublier les 90% de Bidochon qui peuplent les banlieues pavillonnaires de leurs deux enfants avec chien et écran plat, et ressortent tous les samedis de l’hypermarché avec leur marmaille sur le caddie.

Enfin, Michel Houellebecq, dans ce roman, fait un peu songer au Michel Onfray de l’anticipation réaliste, opposé aux religions, pour les avancées génétiques.

Pour conclure, Michel Houellebecq est bien malin mais ce n’est pas pour moi un grand écrivain.

L’Apollonide : souvenirs de la maison close

03.06
2014
  • Genre : drame
  • Scénario et Réalisation : Bertrand Bonello (assisté d’Elsa Amiel)
  • Année de sortie en salle : 2011

lapollonideL’histoire

Paris, novembre 1899. Marie-France gère l’Apollonide, une maison close parisienne, et ses douze prostituées. Une vie d’esclave sexuelle entre quatre murs, où les filles arrivent à l’âge de 16 ans, où aucune d’entre elles ne parvient à payer ses fameuses dettes, et où elles repartent souvent les jambes devant, de la syphillis. Madeleine, dite « la Juive », fait un rêve étrange, dont les éléments symboliques sont distillés au cours du film : dans ce rêve, son client régulier lui demande sa main. Mais, lorsqu’elle lui raconte ce rêve, il l’attache et la mutile, faisant naître sur son visage le « sourire de l’ange » qui la défigure à jamais…

Mon avis sur le scénario

Dans cette maison close où les clients parviennent encore à fantasmer sur cette chair qu’ils fréquentent tous les jours, en habitués, les « filles de joie » font bonne figure et ne perdent pas espoir en une vie meilleure. Tableau magnifique de la prostitution de luxe en huis clos, ce film commence par un rêve hautement symbolique et quelque peu prémonitoire, qui va donner le la : jamais personne ne tirera ces filles de leur situation si ce n’est en les « cassant », en les défigurant ou en les contaminant. C’est ce que comprend cette couturière provinciale recommandée par ses parents, qui prend vite la poudre d’escampette quand elle comprend la fermeture proche. Tragique est leur fin, et plus encore leur avenir, un siècle plus tard, à héler le client sur le trottoir, par tous les temps, en s’en remettant à leur bonne étoile quand elles montent en voiture. Un très bon scénario, à l’image de ce huis clos asphyxiant et languissant, cousant les fils du rêve pour mieux découdre ceux de douze vies, treize avec cette gérante, ancienne prostituée, mère de deux enfants.

 

Blue Velvet de David Lynch (1986)

14.01
2014

Mardi ciné

Synopsis (David Lynch)

Dans la petite ville américaine de Lumberton, M. Beaumont est victime d’une crise cardiaque en arrosant son gazon. Son fils, Jeffrey, sur le chemin du retour de l’hôpital, découvre une oreille humaine dans une clairière. Une oreille, en décomposition, couverte d’insectes, que Jeffrey apporte à l’inspecteur Williams, dont il croise la fille, la jolie Sandy, gentille poupée Barbie qui le lance sur la piste d’une certaine Dorothy Vallens, une chanteuse de cabaret. Jeffrey s’introduit chez elle et assiste à une scène sexuelle d’une rare violence verbale entre Franck Booth, un psychopathe dangereux et elle. Il semble irrésistiblement attiré par elle et devient son amant secret, plongeant dans un univers de chantage sordide.

Analyse

Le scénario, assez classique, reste celui d’un film noir, où le héros accumule les transgressions avant de retrouver un nouvel équilibre peu attirant au demeurant. Mais la chanson éponyme du film, fascinante, hypnotique, donne à elle seule le ton. David Lynch affirme quil s’agit là de son film le plus personnel, et qu’il est en partie autobiographique. Il y exploite, comme dans Twin Peaks plus tard, le thème du Mal : dans une petite ville paisible où les gens sont un peu « neuneu » et insipides (qu’est-ce qu’il nous rend Sandy énervante !), vivent en décalage des individus ivres de sexualité et de violence, que va découvrir son héros à ses risques et périls, pour en sortir adulte. 

Toute la vérité sur le sujet de Bill Plympton

10.10
2012

cop. Paquet

Le mercredi, c’est bande dessinée.

BD pour adultes

 

Et une lacune de moins ! Eh oui, j’avoue, je ne connaissais pas du tout Bill Plympton, qui a reçu la Palme d’or du meilleur court-métrage en 1988 pour Your face. Qu’à cela ne tienne : on a eu tôt fait de me prêter l’une de ses bandes dessinées.

Ici, il ne s’agit pas du visage de la femme aimée, mais d’une partie de son anatomie qui obsède pas mal d’hommes : ses seins. En découle une série de planches, tantôt en couleurs, tantôt en noir et blanc, au crayonné jamais tout à fait précis, rapide et direct, qui racontent des anecdotes sexuelles mêlant absurde et fantastique. Evidemment, il est difficile de ne pas mettre en lien ces histoires décalées, souvent pleines d’un humour corrosif, à l’imaginaire de Roland Topor.

Découvrez ses court-métrages sur Youtube.

 

Contes de la folie ordinaire de Charles Bukowski

18.09
2012

cop. LGF

 

Voici Charle Bukowski himself, écrivain reconnu, dans toute sa splendeur : son carburant ? L’alcool et le sexe. Ses conversations ? Choquer le bourgeois, dire tout haut ce que les autres dissimulent, être infect, en un mot gêner.

« On habitait juste en face du parc Mc Arthur, Linda et moi. Une nuit qu’on était en train de boire, on a vu le corps d’un homme passer devant la fenêtre. Drôle de vision, on aurait juré une farce, jusqu’au moment où le corps s’est écrabouillé sur le trottoir. » (p. 49)

Dans ce recueil de vingt nouvelles relativement courtes, aux titres évocateurs : La machine à baiser - La politique est l’art d’enculer les mouchesCons comme le Christ -…, Charles Bukowski conte quelques anecdotes truculentes, parfois métaphoriques, mais presque toujours scabreuses, pour ne pas dire carrément trash. On ne peut pas dire que j’ai aimé ni détesté, ni même que je sois restée indifférente. Le langage est cru, direct, à l’image des scènes qu’il nous donne à voir. Certaines nouvelles m’ont marquée, comme la première - La plus jolie fille de la ville – peut-être parce que la plus sensible. Bref une curiosité underground, à réserver aux adultes.

LGF , 2010. - 189 p.. – (Le Livre de poche). - EAN13 9782253031338.


 

A tous et à personne de Grazia Verasani

22.07
2012

cop. Métailié

Détective privée à Bologne, quadragénaire célibataire, Giorgia Cantini se voit contrainte par son père de prendre une jeune assistante débarquant de sa province. Alors qu’une bourgeoise lui demande de suivre en filature sa fille de dix-sept ans, Barbara, qui sèche ses cours depuis plusieurs semaines, Giorgia suit aussi avec intérêt l’enquête de son ami policier Luca Bruni sur le meurtre de Franca Palmieri, “La fille aux crapauds”, qui a grandi dans le même quartier qu’elle, accueillant dans sa chambre tous les garçons de son âge…

« Un type dans les quarante ans, maigre et chauve, en veste et cravate desserrée, me donne un coup de coude, s’excuse, fait une blague : il me drague. J’ai envie de lui apprendre qu’il existe des pays plus civilisés, des pays où quand une femme entre dans un bar toute seule personne ne se sent en droit de l’importuner. Des pays où on peut dire : « Merci, j’ai envie d’être seule., sans se sentir en faute ni forcée de sourire. » (p. 38)

Un petit polar qui se perd un peu dans les souvenirs nostalgiques de la narratrice, autour de l’élucidation de l’affaire de « La fille aux crapauds », mais qui pointe du doigt, avec l’histoire de l’adolescente, un crime omniprésent dans toutes les époques et différentes sociétés.

 

VERASANI, Grazia. – A tous et à personne / trad. de l’italien par Gisèle Toulouzan et Paola de Luca. – Métailié, 2012. – 236 p. ; 19 cm. – (Suite italienne). – EAN13 9782864248606 : 10 €.

La muraille de lave d’Arnaldur Indridason

06.05
2012

cop. Métailié

 

Titre original : Svörtuloft
Traduit de l’islandais par Eric Boury

Sortie en librairie le 3 mai 2012

Le commissaire Erlendur étant parti en vacances sans donner de ses nouvelles depuis La Rivière noire, c’est à son adjoint Sigurdur Oli, en pleine séparation, que s’adresse André, déjà rencontré lors de l’affaire de pédophilie de La Voix, la quarantaine usée par l’alcoolisme et par une vie d’errance, semblant lancer un appel de détresse. Ce jour-là, un ami lui demande aussi d’aider un couple, pratiquant l’échangisme, que l’on fait chanter. Seulement, le soir où Sigurdur Oli va trouver chez lui le couple maître-chanteur pour l’en dissuader, il tombe sur un encaisseur qui vient de porter un coup mortel à la femme avant de s’enfuir. Obligé de donner l’alerte, il va lui falloir expliquer les raisons de sa présence sur les lieux du crime…

« Il avait attrapé au fond du sac en plastique le masque de confection grossière et imparfaite. Ce n’était pas un chef-d’oeuvre, mais il ferait l’affaire.

Bien que redoutant de croiser un flic en chemin, il était passé inaperçu. Le sac qu’il portait à la main contenait également deux bouteilles provenant du Rikid, la boutique d’alcools, ainsi qu’un gros marteau et un poinçon d’acier, achetés dans un magasin de bricolage.

La veille, il s’était procuré tout le matériel nécessaire à la confection du masque chez un importateur de cuir et peaux, et s’était soigneusement rasé avant d’enfiler sa tenue la plus convenable. Sachant ce qu’il lui fallait, il avait tout trouvé sans difficulté, le cuir, le fil ou l’alêne de cordonnier. (…) » (incipit)

 

Vengeance, pédophilie, chantage pour échangisme, … Arnaldur Indridason aborde dès le début des sujets assez glauques, mais a le bon goût tout au long du roman de ne jamais tomber dans le voyeurisme ou l’effusion de sang. Tout est savamment distillé pour faire monter la tension. Tout est davantage suggéré que décrit. Arnaludur Indridason est passé dans l’art de ménager le suspens car, au bout du compte, c’est l’incipit et le dénouement de cette sombre histoire de pédophilie et de vengeance qui tient le plus en haleine le lecteur durant tout le roman, distillée à point nommé pour retenir son attention, alors qu’Arnaldur Indridason va savamment compliquer une affaire en apparence simple, en mettant son enquêteur sur de multiples pistes, pour dénoncer la cupidité de banquiers prêts à tout pour s’enrichir. Nonobstant c’est sa qualité de fin psychologue qui continue à donner de la valeur ajoutée à son huitième polar, plongeant le lecteur dans les états d’âme de différents protagonistes, et en particulier dans celui d’André, pour qui va toute sa compassion. Un Arnaldur Indridason pur jus, qu’on lâche difficilement avant de l’avoir achevé.

 

INDRIDASON, Arnaldur. – La muraille de lave / trad. de l’islandais par Eric Boury. – Métailié, 2012. – 317 p. ; 22 cm. – (Métailié noir). – EAN13 978-2-86424-872-9 : 19,50 €.