Mots-clefs ‘roman policier’

Le géant inachevé de Didier Daeninckx

18.01
2015

cop. Folio

 

«Il ne suffit pas d’être belle pour qu’un homme s’attache à vous.» (incipit)

Un inconnu traîne depuis trois jours à Hazebrouck, où va débuter le carnaval, jusqu’à ce qu’on lui donne au téléphone l’adresse de Laurence Cappel et l’heure où elle l’attendra chez elle ce soir. Une femme qu’il n’a pas vu depuis quinze ans. Mais arrivé sur les lieux, il la découvre assassinée. L’inspecteur Cadin l’arrête aussitôt. A dater de ce jour, la raison de Guy Mallet vacille, il ne dit plus un mot, est interné à l’hôpital psychiatrique et se suicide après avoir tout avoué sur un enregistrement. Contre toute attente, de son propre chef, l’inspecteur Cadin rouvre l’enquête…

Pas de témoignage historique cette fois, mais un crime crapuleux commis par des huiles pour se débarrasser d’un intermédiaire gênant. Un bon petit polar agréable à lire, sans être du grand Daeninckx.

Etranges rivages d’Arnaldur Indridason

03.02
2013

cop. Carnets de Sel / Métailié

 

Titre original : Furoustrandir
Traduit de l’islandais par Eric Boury


Sortie en librairie le 7 février 2013


« L’histoire de Matthildur s’éteindra en même temps que les vieux comme moi, avait dit Boas », un chasseur de renard, à Erlendur, venu s’installer dans la vieille maison de son enfance, dans les fjords de l’Est de l’Islande, abandonnée depuis lors. Hanté par le souvenir de son frère disparu à l’âge de huit ans, dont il s’est toujours reproché la mort probable, le commissaire Erlendur se lance dans l’enquête de la disparition de cette jeune femme en pleine tempête, il y a cinquante ans, restée elle aussi sans réponse…

 

On commence à drôlement bien s’habituer à lire, chaque début d’année, son petit polar venu du froid. Cette fois-ci, Arnaldur Indridason nous emmène dans les magnifiques paysages désertiques des fjords de l’Est de l’Islande, leurs brouillard et tempêtes de neige. En se penchant sur le cas d’une autre affaire de disparition, il permet au commissaire Erlendur de trouver des éléments de réponse à ses propres interrogations. Cette nouvelle histoire policière d’Arnaldur Indridason s’avère particulièrement poignante, vous l’aurez deviné, avec un Erlendur tourmenté par la disparition de son petit frère, dont il jalousait la possession d’une voiturette, laquelle réapparait chez l’un des vieillards qu’il interroge sur une seconde affaire, qui se révèle dissimuler une tragique histoire d’amour… à glacer le sang. Un polar extrêmement émouvant.

Eskifjördur

 

Vous pouvez lire un extrait ici et le portrait d’Arnaldur Indridason dans Libé.

Ses autres polars chroniqués dans Carnets de SeL :

La Rivière noire
Hypothermie
Hiver arctique
L’Homme du lac
La Femme en vert
La Voix
La Cité des Jarres
Bettý

INDRIDASON, Arnaldur. – Etranges rivages / trad. de l’islandais par Eric Boury. – Métailié, 2013. – 298 p. ; 22 cm. – (Métailié noir). – EAN13 978-2-86424-901-6 : 19,50 €.

 

 

A tous et à personne de Grazia Verasani

22.07
2012

cop. Métailié

Détective privée à Bologne, quadragénaire célibataire, Giorgia Cantini se voit contrainte par son père de prendre une jeune assistante débarquant de sa province. Alors qu’une bourgeoise lui demande de suivre en filature sa fille de dix-sept ans, Barbara, qui sèche ses cours depuis plusieurs semaines, Giorgia suit aussi avec intérêt l’enquête de son ami policier Luca Bruni sur le meurtre de Franca Palmieri, “La fille aux crapauds”, qui a grandi dans le même quartier qu’elle, accueillant dans sa chambre tous les garçons de son âge…

« Un type dans les quarante ans, maigre et chauve, en veste et cravate desserrée, me donne un coup de coude, s’excuse, fait une blague : il me drague. J’ai envie de lui apprendre qu’il existe des pays plus civilisés, des pays où quand une femme entre dans un bar toute seule personne ne se sent en droit de l’importuner. Des pays où on peut dire : « Merci, j’ai envie d’être seule., sans se sentir en faute ni forcée de sourire. » (p. 38)

Un petit polar qui se perd un peu dans les souvenirs nostalgiques de la narratrice, autour de l’élucidation de l’affaire de « La fille aux crapauds », mais qui pointe du doigt, avec l’histoire de l’adolescente, un crime omniprésent dans toutes les époques et différentes sociétés.

 

VERASANI, Grazia. – A tous et à personne / trad. de l’italien par Gisèle Toulouzan et Paola de Luca. – Métailié, 2012. – 236 p. ; 19 cm. – (Suite italienne). – EAN13 9782864248606 : 10 €.

La muraille de lave d’Arnaldur Indridason

06.05
2012

cop. Métailié

 

Titre original : Svörtuloft
Traduit de l’islandais par Eric Boury

Sortie en librairie le 3 mai 2012

Le commissaire Erlendur étant parti en vacances sans donner de ses nouvelles depuis La Rivière noire, c’est à son adjoint Sigurdur Oli, en pleine séparation, que s’adresse André, déjà rencontré lors de l’affaire de pédophilie de La Voix, la quarantaine usée par l’alcoolisme et par une vie d’errance, semblant lancer un appel de détresse. Ce jour-là, un ami lui demande aussi d’aider un couple, pratiquant l’échangisme, que l’on fait chanter. Seulement, le soir où Sigurdur Oli va trouver chez lui le couple maître-chanteur pour l’en dissuader, il tombe sur un encaisseur qui vient de porter un coup mortel à la femme avant de s’enfuir. Obligé de donner l’alerte, il va lui falloir expliquer les raisons de sa présence sur les lieux du crime…

« Il avait attrapé au fond du sac en plastique le masque de confection grossière et imparfaite. Ce n’était pas un chef-d’oeuvre, mais il ferait l’affaire.

Bien que redoutant de croiser un flic en chemin, il était passé inaperçu. Le sac qu’il portait à la main contenait également deux bouteilles provenant du Rikid, la boutique d’alcools, ainsi qu’un gros marteau et un poinçon d’acier, achetés dans un magasin de bricolage.

La veille, il s’était procuré tout le matériel nécessaire à la confection du masque chez un importateur de cuir et peaux, et s’était soigneusement rasé avant d’enfiler sa tenue la plus convenable. Sachant ce qu’il lui fallait, il avait tout trouvé sans difficulté, le cuir, le fil ou l’alêne de cordonnier. (…) » (incipit)

 

Vengeance, pédophilie, chantage pour échangisme, … Arnaldur Indridason aborde dès le début des sujets assez glauques, mais a le bon goût tout au long du roman de ne jamais tomber dans le voyeurisme ou l’effusion de sang. Tout est savamment distillé pour faire monter la tension. Tout est davantage suggéré que décrit. Arnaludur Indridason est passé dans l’art de ménager le suspens car, au bout du compte, c’est l’incipit et le dénouement de cette sombre histoire de pédophilie et de vengeance qui tient le plus en haleine le lecteur durant tout le roman, distillée à point nommé pour retenir son attention, alors qu’Arnaldur Indridason va savamment compliquer une affaire en apparence simple, en mettant son enquêteur sur de multiples pistes, pour dénoncer la cupidité de banquiers prêts à tout pour s’enrichir. Nonobstant c’est sa qualité de fin psychologue qui continue à donner de la valeur ajoutée à son huitième polar, plongeant le lecteur dans les états d’âme de différents protagonistes, et en particulier dans celui d’André, pour qui va toute sa compassion. Un Arnaldur Indridason pur jus, qu’on lâche difficilement avant de l’avoir achevé.

 

INDRIDASON, Arnaldur. – La muraille de lave / trad. de l’islandais par Eric Boury. – Métailié, 2012. – 317 p. ; 22 cm. – (Métailié noir). – EAN13 978-2-86424-872-9 : 19,50 €.

 

Le Der des ders de Tardi et Didier Daeninckx

07.03
2012

cop. Magnard Casterman

Ancien Poilu de la Grande Guerre, toujours hanté par le même cauchemar, Eugène Varlot s’est reconverti en détective privé auprès des veuves et des familles éplorées, pour retrouver la trace de leurs disparus. Irène, avant de lui demander de l’engager comme secrétaire à ses côtés, ne s’était pas gênée pour l’accuser d’être un profiteur de toute cette boue remuée d’après-guerre. Engagé officiellement pour une histoire d’adultère par le colonel Fantin, habitant Aulnay sous Bois, Varlot découvre que cette affaire de chantage dissimule en réalité un scandale militaire et financier…

Sur une toile de fond d’après-guerre, Tardi nous emmène découvrir les destins détruits de gueules cassées ou en reconstruction de célibataires, dans un décor d’un Paris 1920 inspiré des photographies d’Eugène Atget de la fin du 19e siècle. Cette affaire de mariage d’intérêt et de gros sous amène aussi notre détective à découvrir des pans cachés de l’Histoire par l’Armée française, comme la mutinerie des Russes de La Courtine, ayant coûté la vie à d’innombrables soldats, ou à des secrets honteux de gradés récompensés pour leur bravoure. Varlot va aussi faire la taupe, à ses risques et périls, chez les anarchistes, qui, ici comme à l’époque, sont perçus comme des groupuscules engagés extrêmement violents, rapides de la gâchette et poseurs de bombe.

On reconnaît bien là la patte de Didier Daeninckx dans ce scénario sans concession, déterrant le linge sale des gradés et n’ayant pas peur des dénouements de la vie réelle, se révélant être trop rarement des « happy end ».

 

 

 

Les amis du crime parfait d’Andrés Trapiello

20.11
2011

cop. La Table ronde

Roman espagnol traduit en France en 2009

«Une femme, cuvée 1929 elle aussi, en tailleur noir à col blanc, leur ouvrit. C’était comme si elle les invitait à franchir le seuil du premier chapitre d’un roman gothique. En toute logique, vu l’aspect de la réceptionniste, ils n’en ressortiraient pas vivants. On les assassinerait avant d’aller vendre leurs dépouilles au factotum d’un médecin psychopathe et sans scrupules. » (p. 35)

En cette fin des années 80, à Madrid, Paco claque la porte de celui qui fut son éditeur durant 22 ans, et décide d’ouvrir une agence de détectives et de ne plus écrire. Désormais, le personnage principal, ce sera lui, celui qu’il veut être, celui qui s’invente lui-même ! Sa première enquête arrive plus vite qu’il ne l’aurait cru : son beau-père est retrouvé assassiné. Alors que le club des Amis du Crime Parfait, où chacun porte le nom de son héros préféré, édicte les règles du roman policier, Paco, alias Sam Spade, mène une enquête qui va le conduire à s’intéresser au passé politique du défunt…

Alors quelles sont les règles pour écrire un bon roman policier ? A en croire nos personnages, ce serait…
1- le lecteur doit avoir autant de chances que le détective de résoudre l’énigme,
2- l’auteur ne doit pas user de subterfuges autres que ceux employés par le criminel pour induire en erreur le détective,
3- pas d’intrigue amoureuse
4- le coupable ne peut être le détective ou un membre de la police,
5- le coupable doit être démasqué par des déductions, et non par hasard, par accident ou par un aveu.

Quelle jubilation cela doit être d’écrire un roman policier dans lequel les personnages qui ont choisi pour nom Poe, Marlowe, Sherlock ou Maigret, s’entendent sur les règles d’or du parfait roman policier, appellent l’héroïne de leur roman du nom de leur épouse, et laissent leur imagination prendre le pas sur la réalité. Malgré tout, l’histoire a dû mal à partir, le suspens semble secondaire, d’ailleurs l’auteur ne respecte pas vraiment ses propres règles (la 3e par exemple entre Hanna et Poe), et on en retient surtout les notes d’humour et les jeux littéraires plus que la résolution du crime, fondée sur la mémoire.

Apprécié

Faites-vous une opinion avec d’autres blogs qui s’en sont aussi fait l’écho, comme Bric à Book (qui a un avis positif) et Le grenier de choco (le sien l’est un peu moins).

TRAPIELLO, Andrés. – Les amis du crime parfait / trad. de l’espagnol par Caroline Lepage. – Paris : La Table ronde, 2009. – 363 p.. – (Quai Voltaire). – ISBN 978-2-82710-33149-0 : 21,50 €.

Betty d’Arnaldur Indridason

30.10
2011

cop. Métailié

Betty… C’est à cause d’elle que tout a commencé, et que le narrateur se retrouve en détention provisoire, accusé de meurtre, semble-t-il… Et pourtant, il reste toujours aussi subjugué par l’épouse de l’armateur milliardaire qui l’avait embauché comme juriste… S’il avait refusé, rien ne serait arrivé de tout cela… Mais il n’avait rien vu venir, ou peut-être, amoureux, n’avait-il rien voulu voir venir….

Ecrit avant la série du commissaire Erlendur qui fit connaître Arnaldur Indridason dans le monde entier, ce roman noir dévoile au premier abord une intrigue assez classique, dont on devine sans peine ce qu’il va advenir du narrateur suspecté de meurtre. Et puis, passées les cent premières pages, un changement brutal de point de vue fait reconsidérer toute la situation, rendant plus complexe la psychologie des protagonistes, sans pour autant en modifier l’issue… Et c’est en cela qu’il s’agit d’un bon polar, mettant à mal certains préjugés… mais chut, je ne peux en dire davantage, sous peine de vous ôter le plaisir de découvrir par vous-même de quoi finalement il retourne…


Du même auteur, tous les autres romans critiqués dans Carnets de SeL :

La Cité des jarres * (2005)

La Femme en vert ** (2006)

La Voix ** (2007)

L’Homme du lac *** (2008)

Hiver arctique ** (2009)

Hypothermie ** (2010)

La rivière noire ** (2011)

Beaucoup aimé

INDRIDASON, Arnaldur. – Betty / trad. de l’islandais par Patrick Guelpa. – Métailié, 2011. – 205 p.. – (Métailié noir). – ISBN 978-2-86424-845-3 : 18 €.
Service de presse