Mots-clefs ‘roman d’apprentissage’

Le Théorème de Kropst d’Emmanuel Arnaud

29.01
2012

cop. Métailié

Ayant réussi à entrer en maths sup au lycée Louis-le-Grand, Laurent Kropst n’a qu’une idée fixe cette année : se maintenir dans les dix premiers de la classe pour pouvoir franchir le cap de la deuxième année. Plus rien n’existe pour lui en dehors des colles de maths, des devoirs de physique et du petit comité aux blagues potaches que les meilleurs et leur bras droit forment à la cantine. Jusqu’au jour où il se prend un trois à un devoir, impossible à compenser, et qui mettrait un terme à tous ses espoirs. C’est alors qu’il joue le tout pour le tout, invente un gros mensonge à son professeur qui excuse son faux pas d’autant mieux que ce dernier croit voir en lui l’étudiant malchanceux qu’il avait été. Le lendemain soir, il se surprend même à adresser la parole à deux hypokhâgneuses…

Cette peinture réaliste du monde de la prépa, tout à la fois drôle et cruelle, met en exergue la fameuse reproduction sociale chère à Bourdieu. Si vers le dénouement, le changement de personnalité de Laurent Kropst es assez déplaisant, ce dernier prenant le chemin d’un Rastignac explorant les différentes possibilités d’emprunter l’ascenseur social, il nous démontre aussi qu’être matheux n’empêche pas d’avoir de la conversation, ni de lire Proust ou Baudelaire, et nous offre quelques belles analyses des différentes méthodes appliquées par ses confrères, avant de trouver la sienne, brillamment intuitive.

Un roman d’apprentissage très agréable à lire, même si l’on peut rester songeur sur les leçons de vie qu’il véhicule…

 

Beaucoup aimé

ARNAUD, Emmanuel. – Le théorème de Kropst. – Métailié, 2011. – 134 p.. – EAN 13 978-2-86424-850-7 : 14 €.

 

 

L’autre rive de Georges-Olivier Chateaureynaud

21.08
2011

 

cop. Grasset

« Du monde, vous ne connaissez que cette cité qu’il faut bien dire sinistre, au bord d’un fleuve couleur de bran, face à un horizon éternellement brumeux. » (p. 558).

L’univers de Benoit Brisé, le protagoniste, se résume à peu de personnes dans son entourage et à un périmètre restreint. Ainsi, il traîne toujours avec sa bande de quatre, composée de deux fils de notables de la ville, Onagre et Cambouis, d’une orpheline, Fille-de-Personne, dont il est amoureux, et de lui-même. Avec eux, il fume du shit, boit de l’alcool, sèche les cours, monte à bord de voitures volées, qu’ils cassent dans des rodéos contre Krux, le frère de Fille-de-Personne. Dans la villa Jacaranda où il vit avec Louise, sa mère adoptive, aux côtés de son demi-frère mort tout bébé, embaumé et mis sous verre dans le salon, il ne reçoit jamais la visite que de ces trois-là, d’un brocanteur ou des « Vieilles Toupies », Tata Cindy et Tata Lenya. Fils naturel d’une actrice célèbre et de père inconnu, il espère devenir un joueur de lyre électro-acoustique célèbre, comme découvrir un jour ses origines…

Or, si jamais au grand jamais il n’a quitté Ecorcheville, c’est bien parce que cette ville n’a rien d’ordinaire. Parfois il s’interroge même sur sa réalité. Car Ecorcheville est située au bord du fleuve du Styx, et il s’y passe des choses étranges, auxquelles les habitants sont habitués : on s’y suicide en glissant dix euros dans une machine, on possède des esclaves, on vole dans les airs, on se promène toujours avec un parapluie, au cas où une pluie de salamandres venimeuses viendrait s’abattre sur la ville, et on fréquente la cathédrale des pensionnaires et spécimens de Mme Occlo, dont Ligée, la sirène, a été détrônée par l’arrivée d’un centaure mort et de Faunet le satyre, dont l’évasion cause frayeur et accidents…

« (…) Il s’imagina, enchâssé comme son frère, vêtu comme lui d’une grenouillère ornée de broderies jaunies, contemplant des mêmes yeux aveugles le même salon écarlate à travers la paroi d’un globe de verre empoussiéré, et ressassant au fond de son crâne vide le rêve de vivre. Ce n’était pas la première fois qu’il envisageait cette hypothèse. Elle lui parut soudain plus plausible que jamais. La teneur en réalité de l’air d’Ecorcheville était si faible ! Il existait au monde des centaines, des milliers d’autres cités où il devait être plus facile d’y croire. Les livres sur Paris, ou sur Londres, ou sur Rome, ne parlaient pas de pluies de têtards ou de salamandres, ni de cadavres de centaures échoués sur la berge du fleuve. Dans ces villes, Paries-sur-Seine, Londres-sur-Tamise, Rome-sur-Tibre, sans doute, on était soi-même plus posément, plus sûrement, les murs sonnaient le plein sous les phalanges… Mais à Ecorcheville-sur-Styx, sur quoi pouvait-on tabler ? On habitait les confins de Dieu sait quoi, le tréfonds de tout ! » (p. 209-210).

L’Autre rive a tout d’un roman d’apprentissage. Seulement voilà, il a l’inconfort relatif de faire 646 pages et d’être publié chez Grasset. Comment dans ces conditions attirer vers lui les adolescents, auxquels pourtant il ne manquerait pas de plaire, tout autant qu’aux adultes ? Car enfin cette histoire s’ancre dans une réalité parallèle, peuplée d’êtres imaginaires, issus de la mythologie, que l’on retrouve parfois d’ailleurs dans l’heroïc fantasy que les adolescents affectionnent tant.

Chapeau bas donc pour Georges-Olivier Chateaureynaud qui relève le défi de renouveler le genre du fantastique en imaginant une intrigue ordinaire sur la scène d’une ville imaginaire, et ce non pas dans une nouvelle, support fantastique idéal par tradition, mais dans un énorme roman, qui se dévore avec grand plaisir.

 

A lire une critique tout aussi dithyrambique dans Télérama.

A voir sur Dailymotion :

Georges-Olivier Chateaureynaud – L’Autre rive… par hachette-livre

Grand Prix de l’Imaginaire 2009 (Utopiales 2008) par actusf


L’autre rive / Georges-Olivier Châteaureynaud. - Paris  : Grasset , 2007.- 646 p.  ; 23 cm. - ISBN 978-2-246-65301-1 (br) : 22,90 €.

La danse océane ** de Claude Pujade-Renaud (1988)

10.07
2011

copyright Actes Sud

Si vous ne vous êtes encore jamais intéressé à la danse moderne, il est possible que les noms de Doris Humphrey, Charles Weidman, Martha Graham, Ruth Saint Denis, José Limon, Louise Brooks, … entre autres, ne vous disent strictement rien. Et pourtant cela ne diminuera en rien votre plaisir à lire ce roman qui retrace, à travers le destin de Doris Humphrey, célèbre danseuse et chorégraphe américaine des années 30, la carrière de ces pionniers américains de la danse moderne, de 1920 à 1975.

« En danse moderne nous prétendons non vous divertir, comme le fait la danse classique, mais vous troubler et vous instruire. Je voudrais vous amener à vibrer jusque dans votre respiration et vos fibres musculaires. Oui, atteindre en vous une zone viscérale, inconscient peut-être. C’est pourquoi la danse moderne, à l’inverse du ballet traditionnel, rejette le vedettariat et la virtuosité pour la virtuosité. Le caractère démocratique de notre danse se situe à l’opposé de l’élitisme académique. Notre compagnie détient un fonctionnement égalitaire, chacun peut devenir le partenaire de l’autre. Et le sol et l’espace sont aussi pour nous des partenaires. J’aimerais que vous sentiez combien le corps, le mien ou le vôtre, peut se mouvoir en prenant appui sur l’espace comme sur un être vivant, un être aimé oserai-je dire, qui parfois le soutient, parfois le lâche. Ainsi le danseur moderne fait-il naître les formes à partir des variations de l’énergie. Regardez… » (p. 153-154).

Quelle est la part de fiction dans cette « biographie romancée » ? Comment s’autoriser à inventer autour de personnages qui ont réellement existé ? Pourquoi avoir choisi d’écrire un roman centré autour de la rivale de Martha Graham, alors Claude Pujade-Renaud fut son élève, puis elle-même chorégraphe et professeur ? Voilà des questions que nous ne manquerons pas de poser à cette  nouvelliste et romancière, que nous rencontrerons l’an prochain.

Dans cette histoire passionnante, Claude Pujade-Renaud brosse le portrait extraordinaire d’une femme d’exception, Doris Humphrey, qui éprouve beaucoup de difficultés à couper le cordon ombilical avec sa mère comme avec ses professeurs. Fille ou élève, elle préfère oublier son corps de femme, souillé dans une chambre d’hôtel, et avec lui toute sexualité ou maternité, pour mieux dompter son corps de danseuse et s’interroger sur ses créations et sur les méthodes d’apprentissage de ses disciples. Quelles concessions, quels sacrifices sont à faire pour pouvoir créer pleinement ? L’héroïne cite à un moment donné Une chambre à soi de Virginia Woolf, et refuse longtemps mariage et enfants. Sa véritable famille, on le voit, ce sont ceux qui vivent comme elle pour la danse, ce sont ses trois partenaires, Pauline Lawrence, Charles Weidman et José Limon.

Un magnifique roman, vibrant et sensible. Comment ne pas vouloir danser après cela ?

La Danse océane / Claude Pujade-Renaud. - Arles : Actes sud , 1996 .- 382 p.  ; 18 cm .- (Babel  ; 234). – ISBN 2-7427-0912-6.

Belle et sombre de Rosa Montero (2011)

12.06
2011

copyright Métailié

Titre original : Bella y oscura

« Ce que je vais raconter, j’en ai été témoin : la trahison de la Naine, l’assassinat de Segundo, la venue de l’Etoile. Tout s’est passé à une époque reculée de mon enfance dont je ne sais plus maintenant si je m’en souviens ou si je l’invente : car en ce temps-là, pour moi, le ciel ne s’était pas encore détaché de la terre et tout était possible. L’univers venait d’être créé, comme avait pris soin de me l’expliquer dona Barbara : »Quand je suis née, m’avait-elle dit, le monde a commencé. » Comme j’étais petite et elle déjà très vieille, cela m’avait semblé un temps très long. » (incipit).

Oublié l’orphelinat dès que la fillette âgée d’une dizaine d’années retrouve sur le quai de la gare sa tante Amanda et la suit jusqu’au quartier sombre et trouble d’une grande ville, pour rejoindre bon an mal la seule famille qu’il lui reste, une famille de saltimbanques, composée de sa grand-mère doña Barbara, qui sait se faire respecter, de son silencieux cousin Chico, de sa tante, craignant son oncle, et de la lilliputienne Airelai, qui devient sa meilleure amie. Le grand absent, c’est son père qu’elle n’a jamais vu, Maximo, et qui un jour ou l’autre devrait rentrer et reprendre tout en mains.

Dans ce monde cruel où des gamins jouant au caïd meurent très vite, où les femmes s’offrent derrière des vitrines pour faire vivre leur famille, la fillette occulte le pire et imagine les explications les plus fantaisistes à tout ce qui arrive, en particulier grâce à celles que lui donne Airelai, la Naine. Aussi ce qui rend si singulier ce roman d’apprentissage remarquablement bien écrit, c’est mojns l’intrigue en elle-même, pourtant bien ficelée, que l’atmosphère qu’a su rendre Rosa Montero, nourrie d’un monde imaginaire qui oblitère la violence du monde réel menaçant la fillette.

MONTERO, Rosa . – Belle et sombre / trad. de l’espagnol par Myriam Chirousse. – Paris : Métailié, 2011. – 189 p. ; 22 cm. – (Bibliothèque hispanique). – EAN 9782864247715 : 18 EUR.
Reçu en service de presse.

Arthur et moi ** d’Emmanuel Arnaud (2008)

13.03
2011

copyright Métailié

Entre les cours de français ennuyeux de M. Jeanbois au lycée de Courbevoie, les matchs de football que regarde son père à longueur de temps et leurs vacances à Benidorm à la Toussaint, dans une grande tour, Alexandre s’ennuie. Il n’a pour se distraire que sa copine Christelle et son copain Amok, qui organise des combats de chiens.  C’est alors qu’il ouvre Les Illuminations de Rimbaud, et pour lui, c’est la révélation…

Le narrateur, un adolescent, porte déjà un regard désabusé et ironique sur son quotidien de banlieusard moyen, sur ses parents et sur son environnement avant de le transformer en un regard poétique sur la vie qui va le conduire à l’écriture et à une traduction contemporaine des poèmes de Rimbaud. Des passages savoureux émaillent le récit, tel ce Salon de la poésie où avec son ami il éclate de rire à la vue de « ces poètes barbus à l’accent chantant » qui lui « font penser à l’intersyndicale de la CGT » (p. 63). Un roman d’apprentissage par la poésie, drôle et rayonnant, qui avait d’abord été publié sous le titre Une Saison Rimbaud aux éditions du Rouergue en 2008.

ARNAUD, Emmanuel. – Arthur et moi. – Métailié, 2011. – 99 p.. – (Suite française). – EAN 9782864247578 : 8 €.

Paula T. une femme allemande *** de Christoph Hein

14.05
2010

Paula T. une  femme allemande

Titre original : Frau Paula Trousseau

Pour quitter au plus vite son père qui terrorise sa famille et une mère et un frère alcooliques, Paula se jette dans les bras d’un mari qui ne la veut qu’au foyer et n’hésite pas, pour arriver à ses fins, à substituer un placebo à ses pilules. Mais Paula, qui a arrêté sa formation d’infirmière et a été reçue à l’examen d’entrée de l’école des Beaux-Arts de Berlin, est fermement décidée à poursuivre ses études, même enceinte, et à devenir peintre…

Christoph Hein (Prise de territoire) signe là un magnifique roman d’apprentissage, moins par la qualité de son écriture que par les thèmes exploités et l’émotion suscitée. Il brosse en effet le portrait d’un personnage endurci par l’égocentrisme d’un père puis d’un mari de la « vieille école », qui, à son tour, va être taxé d’égoïste pour ses choix allant à l’encontre de sa nature de femme et de mère, se méfiant à jamais des hommes (p. 209), mais aussi d’artiste de l’Allemagne de l’Est. En mettant l’accent sur la non-représentation publique de sa grande toile blanche et l’impossibilité pour Paula de suivre sa tendance à l’abstrait, le roman souligne la difficulté d’être créateur dans certains pays et à certaines époques (p. 199).

« Je sentais que la nouvelle toile était enfin sur la bonne voie. J’étais soulagée, car lorsque la toile refusait de me laisser pénétrer en elle, quand elle ne me forçait pas à travailler, il y avait quelque chose qui clochait dans mon travail. Ou en moi. J’avais déjà fait cette expérience. Le matin lorsque j’étais impatiente de me trouver devant mon chevalet, ou énervée parce que j’avais des rendez-vous dont je voulais me débarrasser le plus rapidement possible pour pouvoir enfin me mettre au travail, je savais que j’étais sur le bon chemin et que je n’allais pas au-devant d’un échec, comme c’était si souvent le cas. » (p. 258)

Il évoque aussi le dilemme entre sa vocation d’artiste et ses renoncements pour des travaux alimentaires, les méthodes d’enseignement (p. 202), la beauté  de la Nature qui se dérobe comme motif (p. 330), les périodes d’inspiration et de désillusion (p. 258). Un beau roman.

HEIN, Christoph. – Paula T. une femme allemande / trad. de l’allemand par Nicole Bary. – Paris : Métailié, 2010. – 417 p. : couv. ill. en coul. ; 22*14 cm.. – (Bibliothèque allemande). – ISBN 978-2-86424-722-7 : 22 €.

Les insoumises de Célia Levi (2009)

04.05
2009

Lorsque Renée décide de partir de cette capitale « stressante » qu’est Paris pour l’Italie, rêvant là-bas de mener une vie d’artiste, commence une correspondance régulière avec son amie, Louise, qui, elle, abandonne sa thèse et son petit ami pour se radicaliser dans son rejet du capitalisme par l’action et épouser l’anarchisme. A défaut de se comprendre, elles livrent ainsi sur le papier durant trois années leurs rêves et leurs désillusions…

« Les Insoumises est un roman d’apprentissage dans la veine de ceux du 19éme siècle, il est librement inspiré de Mémoires de deux jeunes mariées de Balzac qui fut mon livre de chevet pendant toute mon adolescence. Mon roman était pour moi l’occasion de lui rendre hommage mais aussi de parler de la jeunesse d’aujourd’hui, et de la difficulté de débuter dans la vie quand justement on possède un esprit trop romanesque.

Le genre épistolaire me permettait une plus grande liberté et il m’a semblé que c’était la première marque d’insoumission de mes héroïnes, à une époque où il n’existe quasiment plus que les mails, les SMS et autres moyens virtuels de communiquer.

Cette forme obsolète me tenait à coeur car elle symbolise tout un monde qui disparaît et qui fait pourtant l’intérêt de la vie ; les discussions interminables dans les cafés, la flânerie, la lecture prolongée dans les vieilles librairies poussiéreuses où l’on sait qu’on est en train de perdre son temps ; on feuillette d’abord furtivement une page, puis happé par le livre on le dévore sans forcément l’acheter. Ce sont les vieux cinémas du quartier latin, ces lectures intempestives dans un coin sombre d’une librairie, les promenades dans la campagne ou dans les villes, ce qu’on appelle aujourd’hui la paresse qui m’ont poussée à écrire ce livre. » Célia Lévi dans Le courrier des auteurs (Le choix des libraires)

Les Insoumises est donc un roman épistolaire, un biais commode pour l’auteur, à peine plus âgée que ses deux héroïnes, pour oser se lancer dans un premier roman en avançant grâce à la construction en échos et en réponses que l’une fait aux réflexions et pensées de l’autre. Cette progression en miroir permet aussi de révéler deux personnalités apparemment opposées, l’une aspirant à peindre ou à tourner des films, sans jamais avoir tenu un pinceau ou une caméra, l’autre à se faire accepter dans des groupuscules anarchistes. Mais toutes deux font preuve d’une exaltation toute romantique d’un autre temps, d’un autre siècle, révoltées d’un même élan par cette société qui les va les briser et les condamner à une impasse, pire à l’isolement. De même ces vraies lettres, sans passer par les courriels, comme on n’en fait plus, paraissent aujourd’hui bien dépassées, nos humeurs passant sur Facebook en instantané.

« A la fin de la soirée, les convives ne tenaient plus debout, les yeux engourdis se fermaient sous le poids des paupières lourdes du tumulte, les voix enrouées par la fumée et les vapeurs des liqueurs se taisaient un moment pour gronder un instant après, c’étaient de véritables priapées antiques. La nappe était maculée de taches grenat et de débris d’aliments. On aurait dit un tableau flamand. »(p. 98)

On aime sa dénonciation du monde du travail et de l’art gangréné par le capitalisme, son cynisme sur le sentiment amoureux,

« Nous passons toutes les journées au lit, ou chez moi ou chez lui. Il me fait à manger divinement, et me répète toute la journée que je suis magnifique, que je ressemble à la Vénus de Botticelli. En ce moment même où je t’écris il dort comme un enfant. Il est d’une beauté saisissante, ses boucles d’un noir d’ébène me font penser au Bacchus du Caravage mais son visage est si doux, ses traits si fins. Je ne me lasse pas de le regarder. Je connais enfin la volupté et les délices d’un amour vrai et partagé, alors tu comprendras qu’il n’est pas question pour moi de quitter une telle félicité. » (p. 78)

et une vingtaine de pages plus tard :

« Je pensais que l’amour avait le pouvoir de tout transfigurer, je m’aperçois qu’en réalité, on retombe très vite dans le quotidien et dans la banalité. » (p. 100)

sa description de la nonchalance italienne, mais on aimerait être surpris et à la voir prendre plus de risques pour son prochain roman, dans le choix du genre et des personnages.
Un bon roman d’apprentissage au demeurant, au dénouement un brin pessimiste, mais c’est l’époque qui veut cela, hélas.

Revue de presse, par ordre de parution :
- L’Humanité, jeudi 8 janvier 2009
- Livres hebdo, 9 janvier 2009. Critique de Véronique Rossignol.
- Le Figaro magazine, 17 janvier 2009. Critique de Jean-Marc Parisis.
- Regards, n°59, février 2009
- Technikart, février 2009. Critique de Julien Bisson.
- Cathulu, 1er mai 2009
- Le Monde, 15 mai 2009. Critique de Josyane Savigneau.
- Quartier livres
- Livres hebdo, 24 septembre 2009 : le roman Les Insoumises parmi dans une sélection de 14 romans parmi les premiers romans français.

LEVI, Celia. – Les insoumises. – Auch : Tristram, 2008. – 181 p.. – ISBN 978-2-907681-71-1: 18 euros.

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