Mots-clefs ‘révolution’

Olympe de Gouges de Catel & Bocquet

28.12
2015
cop. Casterman écritures

cop. Casterman écritures

 

Fruit de l’amour défendu entre « un noble et une roturière », Marie Gouzes aime lire et écrire, et, libérée des liens d’un mariage de raison par un veuvage précoce, elle décide d’élever seule son fils et de se faire appeler Olympe de Gouges. Côtoyant quelques grands noms de la littérature et de la révolution, grande amie de Louis-Sébastien Mercier, amante de Jacques Biétric de Rozières, Olympe de Gouges commence par défendre les droits des noirs, notamment à travers une pièce de théâtre, avant de rédiger la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en 1791. Ses attaques virulentes par voie d’affichage du nouveau régime de la Terreur l’amènent droit à la guillotine.

Connaissant la biographie d’Olympe de Gouges dans ses grandes lignes, j’étais curieuse de voir de quelle manière elle serait traitée… De façon linéaire, chronologique, très (trop) détaillée sûrement (plus de 400 pages) avec chronologie et galerie de portraits célèbres en fin d’ouvrage. Un travail très sérieux donc, mais un récit qui aurait pu gagner en densité et en intensité en se concentrant sur les étapes majeures de son parcours de citoyenne soucieuse des droits de chacun.

 

Che Guevara d’Alain Foix

13.07
2015
cop. Folio

cop. Folio

Etudiant argentin en médecine, grand admirateur des Damnés de la terrede Fanon, Ernesto Che Guevara rejoint les rangs de Fidel Castro, renverse avec lui Fulgencio Batista, devient procureur du tribunal révolutionnaire, occupe quelques postes politiques avant d’être assassiné par l’armée bolivienne.

Alain Foix commence par prendre le parti d’un va-et-vient entre sa fonction de procureur et le cours des événements passés. Loin de l’aventure héroïque, il nous révèle la réalité d’une révolution sur le terrain : ses traîtres et ses « bleus », sa peine de mort pour insubordination, désertion et défaitisme. Une révolution qui passe aussi par les médias pour convaincre les esprits : il nous fait revivre par exemple la mise ne scène épique de Castro pour blufer le journaliste du New York Times, alors que l’armée révolutionnaire ne comptait que dix-huit combattants, et dont l’article fit grand bruit pour contrer « ces gringos (qui sinon) ne vont pas tarder à concocter un prétexte, toujours le même d’ailleurs : la défense de la liberté dans le monde et de la démocratie avec son corollaire, la lutte contre les communistes. » « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose », disait Beaumarchais… Ces mêmes gringos qui ont aidé en Amérique latine « à installer une dictature de la pire espèce, où cohabitent néonazis, ex-nazis et fascistes sauvés de la Seconde Guerre Mondiale. » Pour ce faire, Castro utilise la même arme qu’eux…

Une icône rendue à son humanité par le biais de cette biographie qui se lit comme un roman historique.

FOIX, Alain

Che Guevara

Gallimard (Folio biographies, 122 ; 2015)

353 p. ; 13 x 19 cm

EAN13 978207045592 : 9 €

 

Les pieds bandés de Li Kunwu

13.08
2014
cop. Kana

cop. Kana

Forcée par sa mère, qui souhaite lui offrir sa seule chance par un beau mariage de s’élever au-dessus de sa condition, Chun Xiu doit renoncer à l’insouciance et aux jeux de son enfance, et à l’amour de son camarade de jeu Magen, pour souffrir le martyr : désormais elle ne peut plus sauter ni courir, ni même marcher comme les autres. Hélas, à peine est-elle en âge de se marier, que la révolution éclate : à bas les coutumes féodales ! De convoitée, Chun Xiu est soudain transformée en paria. Fuyant la violence de la ville, elle se réfugie avec Magen à la campagne. Mais dès le premier jour d’absence de son fiancé, qui n’a encore pas osé la toucher, Chun Xiu subit un viol collectif, et ne peut plus enfanter. Le déshonneur est tel qu’il lui faut alors également renoncer à Magen…

 

Longtemps j’ai tardé à acheter ce one-shot chinois dont Joël de l’ACBD m’avait fait l’éloge : je savais que ce serait terrible… Ce le fut. Aucun doute là-dessus : impossible de retenir une larme à la lecture de l’histoire tragique de cette pauvre femme qui ne connut, à vrai dire, quasiment que peine et douleur tout au long de sa vie… et tout ceci à cause de l’impitoyable tradition millénaire des pieds bandés, que l’on dit alors « aériens », ressemblant à la belle gazelle, mais qui sont tout bonnement horriblement atrophiés, jusqu’à ne mesurer que 7,5 cm ! Si cette histoire mérite d’être connue, la virtuosité de l’auteur, déjà plébiscité pour Une Vie chinoise, mérite d’être, elle, saluée : la page 72, par exemple, renouvelle la mise en page de l’héroïne, cible de tous les regards. Un manhua incontournable.

La ferme des animaux de George Orwell (1945)

02.10
2011
cop. Gallimard

Animal farm

  • Un soir, à la ferme du Manoir, peu avant de mourir, le vieux Sage l’Ancien, le cochon Moïse, rassemble tous les animaux pour leur faire part d’un rêve qu’il a eu, les incite à se soulever contre Mr Jones, à devenir libres et heureux, et leur apprend un hymne révolutionnaire, Bêtes d’Angleterre, que tous reprennent en choeur, rêvant du Grand Soir promis… qui advient, mettant en fuite les fermiers et leurs ouvriers agricoles. Les animaux prennent alors possession des lieux, rebaptisent leur territoire la Ferme des animaux, et pourvoient à leurs propres besoins, conseillés dans un premier temps par les deux plus intelligents d’entre eux, les cochons Napoléon et Boule de neige, secondés par Brille-Babil, un goret habile orateur. Ces derniers, reconnus par les autres pour leur intelligence supérieure, imaginent un nouveau système social, l’Animalisme, dont ils écrivent noir sur blanc les sept principes sur un mur :
  • Tout deuxpattes est un ennemi.
  • Tout quatrepattes ou tout volatile est un ami.
  • Nul animal ne portera de vêtements.
  • Nul animal ne dormira dans un lit.
  • Nul animal ne boira d’alcool.
  • Nul animal ne tuera un autre animal.
  • Tous les animaux sont égaux.

Mais du jour où Napoléon décide de chasser son rival Boule de Neige qui commence à lui faire de l’ombre, à l’aide de chiots qu’il a élevés pour assoir son pouvoir, leur démocratie n’est plus qu’une illusion, entretenue par Brille-Babil qui fait régner la peur et la désinformation pour assoir la dictature des cochons, et les animaux finissent par travailler pis que des esclaves, sans jamais récolter les fruits de leur production… Seul l’âne Benjamin, sceptique depuis les premières heures, a compris depuis longtemps ce qu’il est advenu de ses confrères, notamment de son ami Malabar, le cheval, courageux en besogne mais trop crédule…

Ecrivain militant, George Orwell entendait que sa plume devienne un acte politique. Sous les couverts d’une fable cruelle mettant en scène une révolution d’animaux dans le huis clos d’une ferme, tournant à l’échec avec la prise de pouvoir des cochons manipulant l’opinion, il évoque la révolution russe, imaginée par Marx et Lénine, suscitant plein d’espoirs chez les bolcheviques, conduite par Staline (Napoléon) et Trotsky (Boule de Neige), et son échec, puisque les intérêts du premier aboutirent à la mise en place d’une dictature, entretenue par la propagande (Brille-Babil) et la peur (les chiens).

« Tous les animaux

sont égaux

mais certains sont plus égaux que d’autres. »

(p. 144)

Toute l’histoire est habilement menée. Le lecteur éprouve tour à tour de l’intérêt pour leur entreprise, et de l’empathie pour certains protagonistes (le cheval Malabar un peu benêt mais brave bête, la jument Douce, plus intelligente, l’âne Benjamin, sceptique) avant de comprendre comment les animaux vont se faire mener par le bout du nez et à la baguette par ceux qui leur font croire qu’ils sont plus libres et heureux qu’avant leur révolution. Quel coup de génie que d’avoir songé à cette fable pour s’insurger contre toutes les dictatures qui s’échafaudent sur les ruines d’un autre empire grâce à de braves révolutionnaires qui ne voient rien venir ! On songe à la fable de La Fontaine, forcément, Les animaux malades de la peste, et jusqu’à la fin, on pense que d’une manière ou d’une autre, le dictateur Napoléon souhaitera le sacrifice de l’âne, témoin lucide et donc gênant de son pouvoir, mais non… L’âne demeure l’observateur impuissant du sacrifice inutiles de ces confrères, à l’image d’Orwell.

Une lecture édifiante, intelligente, INDISPENSABLE.

 


La Ferme des animaux / George Orwell ; trad. de l’anglais par Jean Quéval. – [Paris] : [Gallimard], 1983. – 150 p. : couv. ill. en coul. ; 18 cm. – (Collection Folio ; 1516). – ISBN 2-07-037516-1.

Acheté à Nantes à la librairie Durance

Lu sur une plage du Finistère sud.

Pour ceux qui veulent le lire gratuitement en ligne, c’est ici.


Un acte d’amour de James Meek (2007)

16.04
2007

Titre original : People’s act of love (2005)

Au bout du monde, dans le froid de la Sibérie, en 1919, Jazyk, petite bourgade, vit sous l’occupation de militaires tchèques et les ordres de Matula, leur capitaine.  Mutz, son lieutenant, qui seul semble garder la tête froide et un fond d’humanité, entretient une liaison avec Anna Petrovna, une jeune veuve qui vit seule avec son fils, à l’écart du reste de la population qui constitue toute entière une secte religieuse, conduite par Balashov. Une nuit, le shaman de la région, que le capitaine tenait prisonnier à l’extérieur, est retrouvé mort. Arrive cette même nuit un intellectuel, Samarin, évadé d’un bagne près du cercle arctique et poursuivi par un dangereux criminel doublé d’un cannibale…

Historique, ce roman nous plonge dans les limbes méconnues d’une partie de la carte géopolitique de la révolution russe. Et pourtant, à l’instar des grands romans russes (bien que l’auteur fût Écossais), ce n’est pas tant l’Histoire qui interpelle le lecteur que ce qui mène toujours les hommes et les femmes : l’Amour. Les uns sont prêts à s’automutiler par Amour de Dieu, d’autres à franchir le tabou du cannibalisme pour sauver leur amour de jeunesse, d’autres enfin à sacrifier des vies humaines et leur propre vie pour leur patrie et rendre meilleure la vie des générations suivantes. Jusqu’à ce que réapparaisse soudain, sous son fanatisme religieux ou politique, l’individu dans un dernier sursaut d’humanité et d’amour véritable…

 

Beaucoup aimé

Il ne s’agit pas d’abandonner, dans sa première phase d’exposition, ce roman sombre et déconcertant, avant de voir peu à peu les pièces de l’échiquier se découvrir et se mettre en place, pour mettre en lumière un jeu consommé par des personnages complexes et torturés.

MEEK, James. – Un acte d’amour / trad. de l’anglais (Ecosse) par David Fauquemberg. – Métailié, 2007. – 436 p.. – (Bibliothèque écossaise). – ISBN : 978-2-86424-607-7 : 22 €.

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