Mots-clefs ‘religion’

Saru de Daisuke Igarashi

06.05
2015

Saru-01-shogakukanBeau pavé que ce one shot de Daisuke Igarashi. Mais aussitôt entré dans le récit, on n’en ressort d’une traite que 440 pages plus tard. Du manga grand spectacle, avec le réveil de Divinités ancestrales symbolisant le Bien et le Mal, le Yin et le Yang, auparavant canalisées et qui se manifestent alors à Angoulême comme aux quatre coins du monde. Un petit groupe tente d’empêcher la fin du monde promise : une jeune étudiante japonaise, un habitant du Boutan, un prêtre exorciste et une jeune fille possédé…

Si cette histoire mêlant religions et légendes chinoises relatives aux rois Singes ne m’a pas convaincue, tout compte fait, le suspens est là et bien là, le plaisir de lire aussi, le dessin soigné et détaillé. Aussi, amateurs d’ésotérisme, sans aucun doute passerez-vous un bon moment !

 

Magic in the moonlight

04.11
2014

Magic in the moonlight, c’est la dernière comédie sentimentale de Woody Allen. Plus qu’un excellent divertissement, cette fois, il renoue avec une réflexion de fond tangible.

L’histoire

Un magicien célèbre, rationnel, incrédule, athée, et quelque peu misanthrope, relève le défi de l’un de ses confrères et seul ami : rencontrer une jeune médium accompagnée de sa mère impresario pour la démasquer. D’abord intrigué puis subjugué par le monde mystérieux qu’elle lui ouvre, il découvre pour finir qu’il en est en fait tombé amoureux, ce que rien de rationnel ne peut expliquer.

La critique

Magic in the moonlight, c’est d’abord le plaisir des yeux, le cadre somptueux, les costumes, les voitures, le décor de cette haute bourgeoisie, voire aristocratie de la fin des années 20 qui vit sur la Côte d’Azur.

C’est aussi sourire, et même rire de bon coeur lors de nombreuses scènes.

C’est ensuite l’incertitude, et là, lorsque l’on surprend notre homme à prier, Woody Allen fait autant vaciller les certitudes de son personnage principal que celles de ses spectateurs : quoi ? Notre réalisateur athée et cynique, citant Nietzsche, finit donc comme tous les cinéastes vieillissants par devenir mystique lui aussi ? Que nenni ! Nous voilà rassurés, et notre personnage aussi, retrouvant la terre ferme sous ses pieds bien assurés.

Bien que les scènes du bal et de la voiture en panne se gaussent des clichés les plus éculés sur la rencontre amoureuse, c’est enfin un hymne à l’amour, ce filtre magique qui nous fait voir le monde différemment, et nous rend l’être aimé indispensable.

Un beau filtre d’amour, en vérité.

Ida (2013)

12.03
2014

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Scénaristes :
Rebecca Lenkiewicz, Pawel Pawlikowski

 

SYNOPSIS

Pologne, 1962. Quatre jours avant de prononcer ses voeux, Anna, jeune orpheline élevée au couvent, a ordre de rendre visite à sa tante Wanda, le seul membre de sa famille qu’il lui reste. Cette dernière révèle à Anna qu’elle est en fait juive et s’appelle Ida. Ensemble, elles partent revoir la maison où est née la jeune femme, et enquêter sur la mort de ses parents. En chemin, elles prennent Lis en stop. Comme Wanda l’espérait, Ida tombe sous le charme du séduisant jeune saxophoniste. Lorsqu’elles se présentent à la ferme, elles se heurtent au mauvais accueil de l’actuel propriétaire des lieux…

 

CRITIQUE

Nous n’évoquerons ici ni la beauté de la photographie, ni la musique, ni l’esthétisme du noir et blanc, ni le parti pris des cadrages, … mais uniquement, comme d’habitude, le scénario… Qu’en est-il ?

Deux personnages partent ensemble à la recherche de leur passé familial, quitte à déterrer leur pire cauchemar. L’une est la pureté faite jeune nonne, le regard vierge sur le monde, sur les autres et sur elle-même. L’autre, surnommée « Wanda la rouge », juge communiste intransigeante, est une femme seule et indépendante, qui fume, boit plus que de raison et finit ses soirées avec son dernier cavalier ou compagnon de beuverie.

Si les conséquences de la rencontre d’Ida avec Lis peuvent sembler trop prévisibles, de même que sa décision finale, il n’en demeure pas moins que le scénario ne révèle aucune faute de goût.

Ici il ne s’agit pas de montrer du doigt les atrocités nazies au sein des camps de concentration, mais d’exhumer le passé honteux des Polonais, qui ont formé le terreau de ces exactions, et en ont même profité pour leur intérêt personnel, n’hésitant pas à tuer homme, femme et enfant pour les dépouiller.

La question pour ces deux femmes est de savoir non seulement comment survivre, mais aussi comment vivre en sachant ce dont l’homme a pu et peut encore être capable, comment croire encore à l’Humanité ou en Dieu.

Chacune d’elles trouve sa propre réponse, dramatique.

Un bijou d’intelligence.

Qu’est-ce que croire ? de Roger Pouivet

16.09
2013
cop. Vrin

cop. Vrin

Qu’est-ce que croire ? Comment d’abord définir la croyance ? Roger Pouivet rapproche la croyance au sens d’opinion de la DOXA chez les Grecs, qui s’oppose à l’EPISTEME, connaissance ou savoir qui débouche sur la certitude. On se souvient du doute hyperbolique à l’égard de toutes ses croyances dont use Descartes dans ses Méditations métaphysiques pour contrer le Malin Génie ou Dieu trompeur et ainsi atteindre la certitude absolue.

Roget Pouivet remet en question la démarche épistémique de Platon (Théétète) et de Descartes en analysant ici les différentes conceptions philosophiques – déontologique et fiabiliste – qui s’affrontent autour de la croyance. Pour lui, ce sont les vertus intellectuelles la source de garantie de nos croyances et et d’une vie épistémique bonne. Partant, il avance un certain nombre de réponses philosophiques aux questions suivantes : sommes-nous responsables de nos croyances ? Qu’est-ce qu’une vertu intellectuelle ? Les croyances religieuses peuvent-elles être garanties ? Comment peut-on ne pas croire en l’existence de Dieu ? Est-il vrai que le savoir soit ce dont on ne peut pas douter ? Quelle est la valeur épidémique d’un témoignage ? Il achève son essai en commentant deux textes de Thomas Reid – Recherches sur l’entendement humain – et de Ludwig Wittgenstein – De la certitude, se prononçant pour le fiabilisme (analyse psychologique chez Reid, conceptuelle chez Wittgenstein), deux textes montrant que la garantie de nos croyances est fondamentalement liée à la valeur du témoignage et au sens commun.

Un ouvrage de réflexion ouvrant largement sur la question philosophique de la croyance. Une mine d’or  pour ceux et celles qui préparent l’agrégation de philosophie cette année.

 

 

Anges * de Dieter & d’O.G. Boiscommun (2001)

18.05
2011

cop. Les Humanoïdes associés

Dans l’église de Saint-Eustache, les deux anges gardiens Jéliel et Yésod sont censés veiller aux bonnes moeurs de leurs paroissiens, mais préfèrent siroter le vin de messe et se taper quelques hosties. Aussi se font-ils menacer par leur supérieur d’une mutation à Notre-Dame. Qu’à cela ne tienne : il y a bientôt plus préoccupant car le curé semble se comporter de bien curieuse manière, tandis que des démons font leur apparition… Quand le mendiant de l’entrée se suicide, certes une délicieuse angelette naît du défunt, mais les démons semblent avoir aussi de sombres desseins, que nos deux compères vont être seuls à devoir déjouer !

Davantage encore que le scénario tragicomique et l’espièglerie de ces êtres imaginaires, le dessin aux tonalités essentiellement chaudes séduit d’emblée. Sans doute passerez-vous, avec ce premier tome, un bon moment.

DIETER, BOISCOMMUN, Olivier G.. – Anges. – les Humanoïdes associés, 2001. – 55 p. : ill. en coul.. - ISBN-13 : 9782731614657.

Comprendre les symboles de Clare Gibson (2010)

03.12
2010

Où trouve-t-on le séma taouy ? Que signifie le son Om ? A quoi est associé Saint Raphaël ? Comment sont représentés les principaux dieux du shintoïsme ?

Continent par continent, ce guide passe en revue les symboles des systèmes sacrés, sociaux et religieux du monde entier. Pour ce faire, sur chaque page de gauche, une oeuvre d’art illustre l’un des quatre symboles expliqués sur celle de droite.

Déjà publié chez Dessain et Tolra, cet ouvrage abondamment illustré, sous un format agréable à prendre en main, synthétise la masse de symboles, des plus élémentaires aux plus élaborés. que l’on peut être amené à rencontrer dans tous les domaines.

GIBSON, Clare. – Comprendre les symboles : tout sur la signification des symboles dans l’art. – Larousse, 2010. – 255 p. ; 17 cm. – ISBN 978-2-03-585403-2 : 12,90 €.
Service de presse.

A quoi rêvent les loups de Yasmina Khadra (1999)

11.09
2010

« – Lève-toi, c’est un ordre.
– Je ne peux pas, je te dis.
Je braquai mon pistolet sur lui e
t je l’abattis.

Nous nous engouffrâmes dans les forêts, marchâmes une partie de la nuit et observâmes une halte dans le lit d’une rivière. Et là, en écoutant le taillis frémir au cliquetis de nos lames, je m’étais demandé à quoi rêvaient les loups, au fond de leur tanière, lorsque, entre deux grondements repus, leur langue frétille dans le sang frais de leur proie accrochée à leur gueule nauséabonde comme s’accrochait, à nos basques, le fantôme de nos victimes. » (p. 264)

 

A Alger, en cette fin des années 1980, Nafa Walid est engagé comme chauffeur au service de la famille richissime des Raja. Pas pour longtemps : dès que son collègue lui demande de l’aider à se débarrasser d’un cadavre que Junior, son patron, laisse derrière lui, il démissionne, révolté et écœuré. Lui qui rêvait de devenir une star du grand écran finit par se faire escroquer par un ancien acteur, qui lui promet de quitter ce pays, qui prend un visage austère et inquiétant avec la montée de l’intégrisme, pour partir en France faire du cinéma. Sans argent, sans travail, il trouve dans ses prières à la mosquée un peu de sérénité. Un jour, l’imam lui propose de faire le taxi et de donner sa recette pour la cause du FIS, en lui reversant un salaire correct. Nafa accepte…

 

Dès son chapitre d’ouverture, ce roman frappe très dur : ici nulle tendresse, nulle compassion. Dès les premières lignes, le narrateur vient d’égorger un bébé devant sa mère. Quoi de plus inhumain ? Les policiers ont encerclé l’immeuble où ses comparses et lui se sont réfugiés. Ils sont tous morts. On devine sa fin imminente. Comment en est-il arrivé là ?

C’est l’histoire de Nafa Walid que raconte ensuite Yasmina Khadra, ce jeune homme comme tant d’autres qui va finir par se faire enrôler par les islamistes radicaux. Il nous fait vivre le « printemps d’Alger », le refus par l’armée de la victoire du Front islamique du salut (FIS) aux élections législatives de 1991 et la guerre civile entre deux forces qui se déchirent avec l’armée d’un côté et les islamistes radicaux de l’autre.

Parfois les caractères sont tellement tranchés que l’auteur semble avoir un peu forcé le trait, mais le message est on ne peut plus clair. C’est bien d’un roman d’apprentissage qu’il s’agit ici, mais d’un apprentissage vers une véritable descente aux enfers, où la notion de bien et de mal disparait, où l’individu se dissout pour une cause dont il ne peut discuter les ordres.

Une mise en garde imparable.

 

KHADRA, Yasmina . – A quoi rêvent les loups. – Pocket, 2009 . – 274 p.. – (10979). – ISBN 978-2-266-20086-8 : 6,50 euros.

Acheté en septembre à la librairie Chantelivre d’Orléans.

A lire aussi de lui Les hirondelles de Kaboul ***