Mots-clefs ‘relation parent-enfant’

Momo de Jonathan Garnier & Rony Hotin

15.03
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

 

Momo, drôle de nom pour une fillette élevée par sa mamy, le père, marin, parti en haute mer durant des semaines. Sa grand-mère s’inquiète, trouve qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Alors Momo décide de se faire des amis au village, et fait la connaissance d’un trio de garçons de son âge, férus de mangas. Mais c’est plutôt avec Françoise qu’elle aime traîner, la jeune Parisienne, en roller, qui fume et qui a affublé du sobriquet « banane » le chef d’un groupe de gars de son âge…

Issu du métissage entre le manga et la BD franco-belge, le dessin de Rony Hotin semble tout droit sorti d’un film d’animation de Miyazaki, comme le souligne cette magnifique couverture tout en jeux d’ombres et de lumières. Il sert admirablement bien le scénario simple, d’inspiration autobiographique, de Jonathan Garnier, qui renoue avec les rivalités d’enfance, les amitiés naissantes et les amours tus. Une vraie madeleine de Proust.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

80 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203095373 : 16 €

 

Revoir Paris : tome 2 de Schuiten et Peeters

25.01
2017

9782203097261Arrivée sur Terre, abandonnant ses congénères âgés, Kârinh taille sa route seule, pour rejoindre Paris. Soupçonnée d’être envoyée en mission cachée par l’Arche, Kârinh finit par être sauvée par Mathias Binger, qui lui ouvre les portes du vieux Paris, musée pour touristes fortunés protégé par un dôme de verre. Kârinh retrouve alors son père…

Ce deuxième et dernier tome de Revoir Paris pêche un peu au niveau du scénario, bien faible par rapport à ce à quoi Benoit Peeters nous avait habitués. On suit les désillusions de Kârinh et la curiosité amoureuse de Mathias, sans creuser ces deus ex machina de dissidents dans la sphère. Mais, heureusement, les dessins réalistes de François Schuiten restent éblouissants. Je ne bouderai pas le plaisir que j’ai tout de même eu à lire ces deux tomes, mais je reste sur ma faim, une fin ouverte d’ailleurs.

SCHUITEN, François, PEETERS, Benoit. – Revoir Paris : tome 2. – Casterman, 2016. – 63 p. : ill. et couv. en coul. ; 32 cm. – (Univers d’auteurs). – EAN13 978-2-203-09726-1 : 17 €.

Cours, Bong-gu ! de Byun Byung Jun

18.05
2016
cop. Kana

cop. Kana

Au premier coup d’oeil, c’est le graphisme de ce petit manhwa qui séduit, doux et délicat, aux tendres couleurs pastel. Et puis, à la lecture de cette bande dessinée coréenne, qui se lit comme une BD franco-belge, il serait difficile de ne pas être attendri par cette histoire d’une mère et de son petit garçon partis de leur île à la recherche de leur époux et père disparu depuis quelques années dans la grande ville de Séoul, où ils se heurtent à l’indifférence de leurs contemporains. Seuls un grand-père réduit à mendier dans les transports en commun, avec sa petite-fille, leur porteront secours…

Trop choupinou !

 

Les particules élémentaires de Michel Houellebecq

28.08
2015
cop. Flammarion

cop. Flammarion

Michel, généticien, prend une année sabatique pour mieux réfléchir. Âgé de quarante ans, il est le directeur de recherches d’une des meilleures équipes européennes de biologie moléculaire. Adolescent, il n’a pas su saisir sa chance auprès d’Annabelle qui l’aimait, et depuis, se désintéresse complètement de la sexualité et se bourre de tranquillisants et de travail. Bruno, son demi-frère, dont les parents soixante-huitards l’ont abandonné pour pouvoir continuer à vivre pleinement leur luxure, cherche en vain des aventures sexuelles. La chance finit enfin par tourner en sa faveur lors d’un séjour au Lieu du Changement, camping post-soixante-huitard tendance New Age…

 

Comme je sors de cette lecture à demi-convaincue et pleinement partagée !

Belle entrée en matière que de créer directement le suspens en parlant dans l’incipit de troisième mutation métaphysique, dont le personnage principal serait l’artisan. Le narrateur serait un observateur scientifique et rationnel a posteriori.

Ce qui m’a plu aussi, c’est qu’il s’agit finalement aussi et surtout d’un roman sur les remords et sur les regrets, sur les « et si… ». Le roman est truffé de passages et d’actes marqués, sentis comme irréversibles. Ce qui me plait dans ce roman, c’est son visage d’innocence perdue, de fuite du temps, de nostalgie.

Et puis il y aussi cette impression de Michel de ne pas être dans le monde, probablement partagée par le Michel s’écrivant.

Pourtant, dans ce roman, probablement par provocation, il y a également beaucoup d’inepties, comme cette réflexion comme quoi un monde féminin serait bien meilleur qu’un monde masculin, ce qui est plus proche d’une forme de misogynie (les femmes seraient toutes douces, altruistes, pacifiques et attentionnées) que du féminisme ! Il n’est qu’à lire la suite p. 210 sur les femmes qui seraient les seules à avoir besoin d’un être à aimer, à pouponner, etc. D’ailleurs Houellebecq tue ses deux protagonistes femmes généreuses en les faisant se suicider, pour ne pas être diminuées par la maladie.

Et l’histoire de Bruno, monsieur branlade du cap d’Agde, c’est d’un ennui ! La découverte par Bruno des plaisirs sexuels libertins dans les centres New Age et au Cap d’Agde prend quasiment tout le roman. A se demander si Michel Houellebecq n’a pas voulu jouer avec le lecteur-voyeur, en dévoilant à ceux qui n’en auraient pas connaissance, les frasques libertines d’1 à 2 % de ses concitoyens, tout au plus.

Mais notre Eros en mauvaise posture est sauvé par Michel Thanatos, personnage fantasmagorique autobiographique qui fait songer aux romans de Sternberg dans lesquels ce dernier mettait en scène un lui-même rêvé, fantasmé. Par ses connaissances en biologie moléculaire, le personnage principal place alors le lecteur en position d’infériorité intellectuelle, comme Umberto Eco : les lecteurs adorent ça.

La fin rattrape tout le reste, mais rend totalement invraisemblable le récit par un narrateur de la galère sexuelle de Bruno, le demi-frère, dont il devrait se contre-fiche. Et ne me dites pas que c’est le reflet de la société contemporaine : s’il fallait retenir de notre société seulement ça, ce serait oublier les 90% de Bidochon qui peuplent les banlieues pavillonnaires de leurs deux enfants avec chien et écran plat, et ressortent tous les samedis de l’hypermarché avec leur marmaille sur le caddie.

Enfin, Michel Houellebecq, dans ce roman, fait un peu songer au Michel Onfray de l’anticipation réaliste, opposé aux religions, pour les avancées génétiques.

Pour conclure, Michel Houellebecq est bien malin mais ce n’est pas pour moi un grand écrivain.

Comment naissent les araignées de Marion Laurent

01.04
2015

cop. Casterman

Les Etats-Unis, dans les années 1990. Alice souffre du peu d’autonomie que lui laisse sa mère. Un soir où elle réussit à sortir, elle fait la connaissance de Dwight, peu communicatif, qui aime la dessiner, mais qui disparait du jour au lendemain, sans un mot. Empruntant la voiture de son oncle, elle renverse quelqu’un… Isadora, alcoolique, fait la manche depuis qu’elle s’est faite licencier d’une maison de retraite, hantée par la mort de sa propre mère qui a détruit sa vie… Alice et Isadora sauvent ce soir-là Billie, qui allait au même cours de danse qu’Alice avant que son frère et ses amis ne décident de le lui interdire, ainsi que tout contact avec le garçon blanc dont elle est amoureuse… Dwight, enfin, est amoureux d’Alice depuis bien avant leur rencontre mais n’a jamais osé le lui avouer…

Ce roman graphique entrelace les destins de trois Américaines et d’un jeune Américain à la manière d’un film choral. Pour ce faire, Marion Laurent préfère un dessin au trait pur, découpe ses planches et choisit ses plans comme des images cinématographiques. A travers les destins croisés de ces quatre personnages, Alice, adolescente timide, Isadora, sans domicile fixe car ayant rompu toute attache familiale, Billie, jeune afro-américaine brimée par l’extrémisme religieux de sa mère et de son frère, et Dwight, artiste introverti, elle aborde le manque de confiance en soi, la perte des repères, le carcan familial, mais aussi l’art et l’amour. Une première histoire bouleversante de cette jeune auteure.

 

LAURENT, Marion.

Comment naissent les araignées

Casterman (2015).

157 p. : ill. en coul. ; 19*28 cm.

EAN13 978220306075-3 : 23 €.

Se faire obéir sans (forcément) punir ! de Gilles-Marie Valet

06.09
2013
 

SEFAIREOBEIR

Non, non, je ne me pose pas déjà ce problème ! Mais ayant reçu cet ouvrage en service de presse, je m’y suis intéressée. Ici n’est abordée que la situation d’éducation parentale, pas celle du corps enseignant.

A la question « l’éducation est-elle possible sans punition », le docteur Gilles-Marie Valet, pédopsychiatre, propose des pistes de réflexion – toujours se demander si la punition va être utile à l’enfant, ce qu’elle va apporter à son éducation -, des méthodes – se fixer des règles intangibles, claires, concrètes, constantes et conséquentes, qui permettront de ne pas se laisser submerger par ses émotions.

« Les parents sont responsables de leurs enfants et les enfants sont responsables de leurs actes. »

Au gré des expériences, on précise ce qui se dit ou non, ce qui se fait ou pas, en fonction des critères comme « c’est bon pour grandir », « cela rend triste ou joyeux », ça peut te faire mal » – autant de références à des valeurs humaines. C’est sur ces bases que repose l’autorité des parents. Or, plus elles seront stables et établies précocement dans la vie de l’enfant, plus ce dernier aura de facilité à s’y conformer.

Trois grands principes émergent, bien évidemment, si l’on ne perd pas de vue que nous sommes pour l’enfant ses modèles :

  • ne jamais taper, quoi qu’il arrive.

  • ne jamais dire de grossièretés ou d’insultes

  • hausser le ton, mais ne jamais crier.

Gilles-Marie Valet décline ainsi les sanctions à bannir et celles à privilégier selon l’âge de l’enfant :

L’isolement : pour un retour au calme (violence, colère, agitation, caprice), éviter la chambre et préférer rester dans un coin de la pièce ou sur une chaise pour réfléchir et revenir quand cela va mieux.

La réparation : présenter ses excuses en promettant de ne plus le faire, restaurer un objet détérioré soi-même, nettoyer ce qui a été sali, racheter avec son argent de poche (participation symbolique) le jouet de l’autre qui a été cassé,…

Les privations (à utiliser modérément) : punir l’enfant en le privant de quelque chose qu’il apprécie particulièrement : sorties, jeux video, télévision,… SAUF les besoins fondamentaux = ne jamais priver un enfant de dessert, de sport ou de son activité artistique préférée. TOUJOURS fixer une échéance (assez courte, pas plus d’une semaine par exemple).

Gilles-Marie Valet délivre aussi quantité d’astuces pour éviter les crises de colère.

Un bon outil pour proposer quelques bases éducatives à des parents désemparés.

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Voici quelques notes non exhaustives :

Avant l’âge de 3 ans, l’enfant est en pleine période d’expérimentation et d’exploration. Quand il casse ou fait des « bêtises », c’est par maladresse ou inexpérience. Nulle notion de bien ou de mal, de bêtises ou d’interdit. Ses limites sont définies par ses compétences psychomotrices et sur le principe du plaisir. Le rôle du parent est d’évaluer si l’expérience tentée peut s’avérer bénéfique, inutile ou dangereuse pour l’enfant afin de l’autoriser ou de l’interdire. A ce jeune âge, mieux vaut prévenir que punir : le protéger en sécurisant la maison et protéger meubles et objets fragiles en les tenant à distance. L’enfant ne comprend pas la corrélation entre sa découverte et la douleur provoquée (il y retournera) ou entre la colère du parent (petite tape voire fessée inutile voire dangereuse car prise comme un jeu, comme composante douloureuse dans la relation affective) et l’interdit. 

SEFAIREOBEIRdedicace

Mieux vaut dire un « NON » net, formulation de l’interdit, sur un ton catégorique avec un regard désapprobateur, et supprimer la tentation inappropriée (mégots, prise dangereuse,…) en détournant son attention par une autre découverte, plus appropriée et valorisée.

Entre 3 et 6 ans (la petite enfance) :

L’enfant prend conscience que le monde est organisé autour de règles (notions de bien et de mal, de loi, de justice,…).

Il s’agit de bien choisir ses mots. Les critiques doivent porter sur la bêtise, pas sur l’enfant : c’est la note qui est mauvaise, c’est le geste qui est méchant, ou la parole grossière. C’est l’action qui est critiquable. Autrement on court le risque d’enfermer l’enfant dans une identité par exemple de voleur ou de menteur.

De 6-11 ans (l’âge de raison) :

L’école : il vaut mieux ne pas dire aller « travailler » à l’école, mais aller « apprendre » de nouvelles choses. La mauvaise note est déjà une punition, donc pas besoin d’appliquer une double peine. En revanche, on peut s’interroger sur le pourquoi et tenter d’y remédier. Une bonne note, qui est en soi déjà valorisante, mérite un compliment, une parole encourageante, du temps à consacrer à l’enfant (parc, goûter avec des amis, zoo), mais pas un cadeau matériel. 

La rareté participe à l’importance de ce qu’on offre. L’accoutumance crée la nécessité d’un nouveau plaisir et donc d’un autre cadeau.

La participation aux tâches quotidiennes : avant 6 ou 7 ans, il est difficile pour un enfant de ranger ses jouets seul. Cela demande un apprentissage. Inutile de récompenser quand un enfant range sa chambre tout seul. Le transformer en jeu. Fondamental pour aider l’enfant à trier, organiser, structurer sa pensée. Si l’on veut développer cet apprentissage, on peut aller en bibliothèque ou en ludothèque. Si un enfant refuse de s’habiller pour aller à l’école, aller dans la famille, etc., lui dire que de toutes manières dans un quart d’heure il est dans la voiture ou à l’école, habillée ou en pyjama… On peut l’autoriser à aller acheter du pain.

« Faute avouée est à moitié pardonnée » : car cela aide l’enfant à prendre conscience des limites qu’il a franchies.

à partir de 11 ans :

A l’école, c’est le temps des copains-copines et des transgressions sociales. Si sa passion prend trop de temps, trouver un compromis en définissant ensemble le temps qu’il paraît raisonnable d’accorder à ce passe-temps en fonction de la quantité de devoirs.

La participation aux tâches quotidiennes : inutile de récompenser quand un enfant met la table, fait la vaisselle,… Il devient adulte. C’est le responsabiliser. De même, s’il veut tel vêtement, ou avoir un téléphone portable, accepter à la condition qu’il gère lui-même ses achats et sa consommation avec son argent de poche.

VALET, Gilles-Marie. – Se faire obéir sans (forcément) punir !. – Larousse, 2012. – 191 p.. – EAN13 9782035867414 : 15,90 €.

L’Angélus de Homs et Giroud

25.01
2012

Beaucoup aimé

L’Angélus : tome 1

Année de parution : 2010

Un père de famille, apprenant que ses semaines sont comptées, décide sur un coup de tête de se rendre au musée d’Orsay. Lui, d’ordinaire discret, s’évanouit devant l’Angélus de Millet, sous le coup d’une émotion forte. Dès lors, Clovis ne cesse de s’intéresser à la toile et à ce qui a bien pu provoquer son trouble. Il découvre alors qu’avant lui, Dali fut lui aussi obsédé par cette toile. Dès lors, il ne cesse de fréquenter la librairie de sa petite ville, et la professeure d’arts plastiques de son fils… ce qui ne va pas manquer de faire jaser…

Dans cette série qui se propose d’aborder des secrets familiaux, L’Angélus a été conçu sur deux tomes. Nonobstant une impression de placage un peu abracadabrant de ce mystère autour de l‘Angélus sur le secret familial du héros, on lit cette histoire avec plaisir et beaucoup d’intérêt, mis en haleine par ce malentendu révoltant autour du changement d’attitude du protagoniste, et bien sûr par l’élucidation de ce grand mystère de l’histoire de l’art.

 

Apprécié

L’Angélus : tome 2

 

cop. Dupuis

Clovis vit désormais dans une caravane qu’il a repeinte, dans le camping vide de la ville en cette hors-saison. Alors que sa mère demeure injoignable, évitant ainsi les explications, la jeune et jolie professeur d’arts plastiques et le libraire continuent à lui rendre visite, de même que ses deux fils. Clovis Chaumel rencontre le conservateur du musée de Valence, qui va lui donner les clés pour comprendre l’obsession de Dali pour l’Angélus de Millet : aussitôt, il établit le lien avec sa propre réaction. Commence alors une enquête sur le secret qui entoure les circonstances de sa naissance…

Ce second tome dévoile, pour ceux qui ne le connaitraient pas, le secret de famille de Dali, qui, peut-être, l’aurait rendu si exceptionnel, si singulier, si génial. Le scénariste en déduit que le choc émotionnel ressenti par son personnage à la vue de l’Angélus traduit la similitude de leurs affects, du lourd secret de famille qui entoure sa naissance. Et tout rentre dans l’ordre finalement, avec tout de même un brin de folie, ce qui est un tout petit peu décevant, finalement.