Mots-clefs ‘relation mère-enfant’

Continuer de Laurent Mauvignier

06.11
2016

continuer

 

Samuel ce soir n’est pas rentré dans leur appartement de Bordeaux. Sibylle passe la nuit à l’attendre. Et puis, un coup de fil. Samuel s’est laissé entraîner par ses mauvaises fréquentations à une fête, qui s’est mal finie. Les écouteurs sur les oreilles, Samuel reste dans sa bulle, ignore sa mère qui, des semaines durant, prépare un voyage de plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, pour l’empêcher de sombrer dans la haine et la délinquance. Mais c’est aussi son histoire à elle qui la rattrape, elle qui a eu un jour son destin brisé…

« Ce matin, Samuel ne parle pas de comment il a été agacé par les deux hommes la veille au soir, comment il a été surtout irrité par son comportement à elle, comment il n’a pas aimé voir sa mère en train de jouer le jeu de la séduction. »  (p. 110)

Après avoir été enthousiasmée par Des hommes en 2009, Ce que j’appelle oubli et Loin d’eux, Autour du monde m’avait déçue, à tel point que je n’avais pas poursuivi ma lecture, mon temps étant désormais précieux. Si, ici, je me suis laissée davantage porter par le récit, je ne retrouve pourtant toujours pas la plume qui m’avait séduite. Continuer, oui, à écrire aussi pour Laurent Mauvignier, et son inspiration cherche un second souffle dans les faits divers et les drames qui ont parfois secoué les espaces publics français. Et pourtant, il y a dans cette relation entre une mère qui continue de vivre malgré ses cauchemars qui reviennent la hanter, et cet adolescent qui refuse le contact, l’échange, la parole, quelque chose de vrai, d’authentique, tout comme ce désir sensuel refoulé de part et d’autre, comme une résurgence de deux chairs qui se sont connues du moins les premiers mois de la vie.

Un beau roman malgré tout.

Le cordon de soie de Frédérique Deghelt

30.07
2016
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

« Ta naissance accélère le Temps. Nos neuf mois gigognes ont disparu pour te laisser là. Chaque jour qui passe voit ton visage changer. Et cette course enclenchée donne à ma contemplation des allures d’urgence. » (p. 19)

« Bruit et fureur, ta bouche immense éclipse ton visage, tout entier dans la colère. Rouge, raideur des membres, yeux fermés sans larme, tu n’es qu’un cri jeté au ciel pour m’impressionner. J’en oublie la raison, fascinée par le spectacle offert de ton corps déchaîné dans une souffrance insoutenable. Quand je songe à me défaire, tu es plus défait que moi, râles et trembles. Ta bouche enfin me trouve, tu t’étrangles. Un dieu semble d’un geste bannir l’ouragan. Dans ta succion encore, l’exaspération d’une attente, puis le contentement te gagnent. Ta gueule de vieux furieux fait place au visage d’un ange, lisse, calme. » (p. 24)

Un beau présent que cet écrin d’images poétiques, virevoltant entre les impressions d’une mère découvrant son enfant le long des premières semaines, et les photographies en noir et blanc et couleurs de Sylvie Singer Kergall. Trois mois déjà…

Offert par Manou

 

 

 

 

Le reste du monde de Jean-Christophe Chauzy

18.03
2015

cop. Casterman / Chauzy

Dernier soir de ce mois d’août passé en montagne : Marie, perturbée par sa rupture toute fraîche avec son mari parti avec une jeunette, confie ses fils Jules et Hugo aux Guérin pour pouvoir ranger et nettoyer son chalet avant le départ. Mais cette nuit-là éclate un orage de montagne extraordinaire, devant lequel fuient les animaux, terrorisés. Lorsque Marie, blessée, redescend au village, elle le trouve dévasté, comptant ses morts. Marie plonge dans une faille sauver ses fils avec l’aide du chien des Guérin. Elle décide ensuite de descendre à Soulan coûte que coûte pour prendre le train, mais arrivés là, la ville semble coupée du monde. Bientôt les vivres commencent à manquer…

Curieux comme cela m’a fait songer au plateau du Vercors et à sa route en lacets de Lans-en- Vercors jusqu’à Grenoble. La ressemblance s’arrêtera, je l’espère, là… Car c’est une vraie histoire de fin du monde que nous raconte là Jean-Christophe Chauzy, de celles où l’instinct de survie fait oublier le reste d’humanité en chacun de nous. Le fil est ténu, prêt à casser pour faire abandonner toute moralité, pour cette mère décidée à survivre avec ses deux fils. Un parfum d’apocalypse dérangeant. A suivre.

 

CHAUZY, Jean-Christophe.

Le reste du monde.

Casterman (Univers d’auteurs ; 2015).

109 p.

EAN13 9782203087415 : 18 €.

Philomena

11.02
2014

PhilomenaLong-métrage écrit par Steve Coogan & Jeff Pope

Le film est adapté de l’histoire vraie de Philomena Lee, rapportée par le journaliste britannique Martin Sixsmith.

Le pitch

Un grand journaliste aide à contre-coeur une vieille Irlandaise à retrouver son fils, qu’on lui avait retiré au couvent il y a de cela près de 50 ans, alors qu’elle était fille-mère, pour le confier à un couple plus fortuné.

Le synopsis court

Lorsque le journaliste de la BBC Martin Sixsmith tombe en disgrâce, il ne sait plus quoi faire. Quand il parle d’écrire son grand ouvrage sur l’histoire de la Russie, on sourit d’ennui. C’est alors qu’une extra, lors d’une réception, lui parle de sa mère, Philomena, une Irlandaise ayant accouché adolescente dans un couvent catholique, et n’ayant aucune nouvelle de son fils depuis près de 50 ans, adopté contre son gré. Martin commence par refuser : il ne fait pas dans l’aventure humaine. Mais les circonstances l’y contraignent. Martin se charge alors de la quête de Philomena, qui les amènent tous deux aux Etats-Unis, et à se découvrir l’un l’autre, chacun avec ses croyances et son but personnel à atteindre.

Ma critique

On pourrait rapprocher ce thème de celui de The Magdalene Sisters, qui traitait aussi du sort des jeunes filles « perdues » placées dans des couvents en Irlande au XXesiècle, et d’ailleurs évoqué pendant le film par Martin Sixsmith. Mais, finalement, l’enjeu de l’histoire ne réside pas seulement dans cette dénonciation d’un extrêmisme religieux reniant presque la qualité d’être humain libre et aimant, à ces pauvres filles-mères qui sont plus pauvres et isolées que vicieuses et pécheresses. – La scène pleine de suspens du départ du fils alors que la mère n’en est même pas informée, est particulièrement révoltante. – Il réside peu dans les flash-back sur le fils menant sa propre vie sans sa vraie mère, ni dans la quête proprement dite, vite évacuée. Elle réside surtout dans l’interprétation que le spectateur peut faire du duo formé par cette vieille dame de la classe populaire, qui arrive encore à pardonner à celle(s) qui lui a (ont) gâché une partie de sa vie de mère, et qui nous est en cela assez agaçante de conviction religieuse intégrée, et par ce journaliste habitué au luxe, condescendant à faire de l’aventure humaine pour pouvoir remonter sur la scène publique. Rien n’est vraiment dit, mais tout geste qui paraît humain de la part du journaliste n’est en réalité que guidé par son intérêt personnel… Un traité de manipulation finalement…

 

Le jeu des ombres de Louise Erdrich

24.02
2013

cop. Albin Michel

« Après avoir pas mal cherché, je suppose, tu as trouvé mon agenda rouge. Tu t’es mis à le lire pour découvrir si je te trompais. Le second, que l’on pourrait appeler mon véritable agenda, c’est celui dans lequel je suis en train d’écrire. » (p. 9)

La narratrice, Irene America, entame ainsi un vrai journal secret en lieu sûr, en parallèle du rouge qu’elle ne destine plus qu’à la curiosité de son mari… qui a une fois de plus violé son intimité. Car Gil, son époux, est devenu célèbre en peignant sa femme, belle amérindienne, dont il est follement épris, dans des poses souvent érotiques, parfois humiliantes. Des tableaux que l’aîné de leurs trois enfants découvre en cachette sur internet, dont chacun se souvient en croisant le couple dans les soirées mondaines. Irene va alors vouloir s’amuser en utilisant ce carnet pour manipuler son époux…

Louise Erdrich est actuellement l’une des voix qui comptent outre-Atlantique. Elle signe ici un remarquable thriller psychologique sur l’enfer conjugal, le drame d’un couple prêt à voler en éclats, et brosse en filigrane le portrait d’une Américaine amérindienne comme elle, écrivant une thèse sur George Catlin, le peintre des Indiens, qui a sillonné l’Ouest américain au début du XIXe siècle. Construite en huis-clos, cette histoire de manipulation devient franchement insoutenable lorsque la narratrice en arrive aux dernières extrémités pour rompre avec son époux, qu’elle a cessé d’aimer depuis la naissance du cadet. Un père que l’on sait passablement violent avec ses enfants, dont il n’a pas su se faire aimer. Une histoire attractive – répulsive en diable, que j’ai lu d’une traite, un suspens qui fonctionne bien donc, les meilleurs passages restant ce passé qu’invente dans les détails la narratrice, mais sans cette qualité d’écriture qui m’aurait davantage convaincue.

Un thriller idéal par ce temps froid, au coin du feu.

 

 

 

 

Jeune maman et paresseuse de F. Corre-Montagu

15.02
2013

 

cop. Marabout

 

Destiné aux jeunes mamans néophytes qui plongent jusqu’au cou dans l’univers des couches et des nuits blanches, ce guide rassurant – d’autres vivent exactement les mêmes suites de couches ! – vous dira entre autres comment passer un séjour de rêve à la maternité (en optant pour la chambre seule, les boules Quies, …), changer son bébé, lui donner le bain, l’habiller, le faire dormir, lui faire choisir tel doudou, comment le laisser chez la nounou, chez les grands-parents car, reconnaissons-le :

« Le plus dur, quand on a un bébé, ce ne sont pas les pleurs / les nuits blanches / les montées de lait, c’est le manque de liberté.  » (p. 199)

On fait donc le plein de conseils d’organisation, comme tout avoir sous la main afin de ne pas laisser bébé seul sur la table à langer, et d’achat dans la jungle du matériel de puériculture, pour bien s’occuper de bébé, mais aussi pour gérer cette nouvelle vie sans s’oublier tout à fait. Quelques bémols tout de même : cet ouvrage se révèle forcément redondant avec les autres opus de la même collection des paresseuses, du moins pour les premiers chapitres, il prône l’usage des lingettes, qui sont alcoolisées pour l’épiderme du bébé, et surtout un discours allaitement=esclavage assez radical, privilégiant ainsi la liberté de la mère contre les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé pour les nourrissons.

Une planche de salut, drôle et pratique, à offrir à toutes vos amies qui viennent d’accoucher.

 

 

Le cahier jeune maman des paresseuses

21.12
2012

cop. Carnets de SeL

 

Des livres pour aider les jeunes mamans à s’occuper de leur nouveau-né, il y en a des tas. Alors, forcément, ce cahier peut paraître redondant, du moins pour les premiers chapitres. Mais voilà, en ces mois de galère pour trouver ses marques, tout conseil supplémentaire est le bienvenu ! On trouvera ainsi de nombreux tableaux pratiques, tels celui qu’on nous donne à la maternité, et de multiples check-list, pour rester belle quand même, pour garder le moral, pour éviter la MSN (mort subite du nourrisson), pour diversifier son alimentation, etc…

En outre, ce cahier décrit avec humour les situations qui nous stressent tous les jours. De quoi rassurer : d’autres vivent exactement les mêmes suites de couches !

Et puis, vous avez bien lu « cahier », et qui dit cahier, dit de quoi noter… Le vrai plus de ce petit bouquin, c’est de proposer d’être complété par notre expérience personnelle et par nos photographies de l’enfant prodige à coller à l’intérieur, de manière à vouloir le conserver et à garder une trace, tel un album de naissance, de tout ce qui a marqué sa première année de naissance.

offert par Anne