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Claude Pujade-Renaud : 1ère partie

28.04
2012

Voici la première partie de l’interview que Claude Pujade-Renaud a bien voulu me donner chez elle, le mardi 28 février 2012 :

Pascal Quignard

03.12
2011

 

Le samedi 5 novembre 2011, la place manquait au premier étage de la librairie Les Temps modernes d’Orléans pour accueillir les nombreux lecteurs qui se pressaient pour pouvoir écouter Pascal Quignard, lauréat du Goncourt en 2002, à l’occasion de la parution de son roman Les solidarités mystérieuses.

Voici en écoute, pour vous, l’intégralité de cette rencontre.

Interview de Pascal Quignard by carnets de sel

Emmanuel Carrère

05.11
2011

Le Prix Renaudot 2011

Le 29 septembre 2011, la librairie Les Temps modernes d’Orléans accueillait Emmanuel Carrère, à l’occasion de la parution de son roman Limonov **, dont vous pouvez également lire la chronique dans mes carnets de lecture.

 

 

Voici en écoute, pour vous, l’intégralité de cette rencontre.

 

 

Interview d’Emmanuel Carrère à propos de Limonov by carnets de sel

 

Daeninckx par Daeninckx ** de Thierry Maricourt (2009)

18.03
2011
« 

Copyright Franck Crusiaux/Gamma

Né le 27 avril 1949, ayant grandi à Saint-Denis puis à Stains, fils de parents divorcés, avec une famille d’anarchistes d’un côté, libres et solidaires, vivant dans des jardins ouvriers arborés, et des gens vraiment bolcheviques de l’autre, travailleurs, dans le béton de HLM, Didier Daeninckx en a gardé cette attention constante en direction de la vie de petites gens, et cet esprit de révolte qui l’a poussé à écrire.

« J’écris uniquement quand ça va mal, sur les choses qui me font réagir, me révoltent. Je n’arrive pas à écrire sur la beauté des choses. Peut-être plus tard, quand je deviendrai sage… J’écris non pas sur le fait divers brut, mais sur le fait divers qui a une résonance plus large, le fait divers qui parle très fort d’un malaise. » (p. 83)

« Le moteur de mes fictions est la colère, l’injustice toujours endémique, toujours recommencée. » (p. 84)

Renvoyé à 16 ans, le jour de sa rentrée en seconde, du lycée technique Le Corbusier d’Aubervilliers, et par contre-coup mis à la porte de chez lui par sa mère, Daeninckx va travailler douze ans comme ouvrier imprimeur. Et puis un beau jour, lassé par ce boulot répétitif, il démissionne, et c’est en 1977, pendant ses trois mois de chômage, qu’il écrit son premier roman, Mort au premier tour, que les éditeurs ont refusé.

« Si je suis devenu écrivain, c’est que j’étais lecteur, enfant. Lecteur de romans. C’est avant tout Martin Eden, de Jack London. Pour une part, c’est grâce à ce bouquin, à cet écrivain, que j’écris. » (p. 56)

Il vit alors de quelques petits boulots avant d’être engagé comme journaliste local à 93 Hebdo, métier qui l’aide à comprendre les mécanismes de l’écriture. Il fait alors le choix d’un vocabulaire peu compliqué, d’une structure de phrase épurée au service de l’émotion, en incorporant « des bribes, des échos du réel« , et surtout d’un point de vue : quel point de vue adopter dans chaque roman, celui d’un jeune Kanak ou d’un visiteur de l’exposition coloniale dans Cannibale, celui d’un policier dans Itinéraire d’un salaud ordinaire ? Ses personnages se situent souvent rejetés dans la marge sociale, souvent associée à une marge géographique (banlieue, Nord,…).

« J’ai choisi d’écrire dans les marges de la littérature et de vivre dans celles de la ville, en banlieue. Aubervilliers fait corps avec ma vie, avec ce que j’écris. » (p. 32)

« Dans mes livres, j’essaie de mêler l’intime des personnages à l’endroit où ils évoluent. Corps et décors se répondent. Les personnes sont modifiées par les lieux où elles vivent. » (p. 43)

Il dit ne pas retravailler son texte, issu d’un premier jet, car tout ce qu’il écrit, il l’a d’abord essayé dans sa tête, et préfère le genre de la nouvelle, qu’il a abordé depuis 1985.

« Aujourd’hui, je me lève tôt et je travaille ainsi : pendant deux tours d’horloge, je me pose des tas de problèmes sur mon histoire ; je fais un break de même durée, puis je repars ; et ainsi de suite. Et c’est souvent en allant m’aérer que je trouve les solutions.

Le matin, tôt, reste un moment privilégié. J’écris toujours dans la même pièce, encombrée de livres, de dictionnaires, de revues, de coupures de presse, de photos, de tout un bordel non rangé, non classé. Je me perds dix fois par jour dans ce fatras, à la recherche d’un document que je ne trouve pas, mais le chemin de cet échec me permet de croiser toute une série d’informations qui viennent se glisser dans le texte en cours. Comme quoi, il y a du retour dans l’aléatoire. » (p. 81-82)

Il affirme également écrire de vrais faux romans policiers car ce qui l’intéresse, c’est davantage les techniques du genre qu’il utilise pour que l’enquête sur la vie du personnage qui vient de mourir « en soit également une sur l’Histoire et sur la mémoire collective. » (p. 111) : « Je conçois le roman comme un révélateur, traquant les failles de la mémoire collective. » (p. 118).

« Mes romans fouaillent l’Histoire. Tous sont conçus de cette manière : la rencontre d’un individu sans importance avec l’irruption du fleuve tempétueux de l’Histoire. » (p. 214)

Suivent des explications de la plupart de ses romans et recueils de nouvelles, dans l’ordre chronologique, avec une attention accrue pour Meurtres pour mémoire, pilier de son oeuvre, et des réflexions en tant qu’écrivain « impliqué », « concerné » plutôt qu »engagé », dans la mesure où il ne souhaite pas faire passer un message politique, mais donner la parole à un tas de gens qui ne l’ont pas eue, et dont il raconte l’histoire.

Ce livre rassemble ici toutes les réponses aux questions que l’on pourrait se poser sur Didier Daeninckx et son oeuvre. Au final il confirme l’impression que nous donnait la lecture de son oeuvre… « impliquée » : celle d’un type qui a su rester simple, celle d’un homme bien.

Daeninckx par Daeninckx [publié par] Thierry Maricourt /Paris  : le Cherche midi , 2009 .- 310 p. ; 22 cm .- (Collection Autoportraits imprévus). - Bibliogr. des oeuvres de D. Daeninckx p. 297-304. - ISBN 978-2-7491-1096-7 (br.) : 17 €.

Laurent Gaudé (2010)

20.11
2010

Laurent Gaudé

Ce 17 novembre 2010, Laurent Gaudé avait une fois de plus été invité à la Librairie Les Temps modernes à l’occasion de la publication de son sixième roman, Ouragan, dont le point d’ancrage constitue un fait réel, en l’occurrence les ravages de la tempête Katrina, dans la semaine du 29 août 2005.

Est-ce que tu te documentes beaucoup pour commencer à travailler ? Est-ce que la contrainte de vraisemblance est primordiale avant de commencer à écrire ?

C’est vrai que je rapprocherai volontiers Ouragan d’Eldorado au sens où c’est un sujet fort qui demande, dans les deux cas, de se documenter a minima, car je ne veux pas que le lecteur sorte de la lecture en constatant l’erreur. Ni avec l’immigration clandestine, ni avec Katrina, je n’ai voulu néanmoins devenir un spécialiste de la question. Dans les deux cas, je ne me suis pas rendu sur place. J’ai besoin d’une certaine méconnaissance des choses pour me les approprier.

Je mets mes pieds dans les traces de ce qui s’est passé : la première tragédie, c’est l’ouragan, la seconde ce sont les digues qui ont lâché.

Si la fiction m’oblige à malmener la réalité, cela ne me dérange pas.

Et Laurent Gaudé, complètement décomplexé et avec beaucoup de simplicité, de citer, sans aucun complexe, les petites « erreurs » ou stratégies « comptables » d’interventions de ses personnages.

Il s’agit ici d’un roman choral.  La forme s’est-elle imposée tout de suite ?

Oui, tout de suite, comme Cris, mon premier roman. J’avais envie d’un éclatement avec 4, 5, 6 personnages plongés dans la tourmente. Rose et Keanu sont à la troisième personne du singulier, alors que j’ai choisi le « je » pour les autres.

Derrière toi n’y a-t-il pas la figure de Faulkner ?

Oui, je n’ai rien inventé. Faulkner, bien sûr, d’ailleurs Schwob le fait aussi dans La Croisade des enfants. La présence des prisonniers, c’est également un mini-clin d’oeil aux Palmiers sauvages.

Si on devait classer ces individus, il y a des personnages de vaincus, d’humiliés,…  ?

Oui, et j’avais aussi très envie de me confronter à l’écriture d’une histoire d’amour, mais c’était tellement traité que jusque-là, je ne l’avais pas fait.  Et Ouragan était l’occasion ou jamais car il y avait une urgence dans cette histoire.

Quand j’ai eu l’idée de ce roman, il y avait d’une part l’ouragan, de l’autre le couple amoureux.

Très vite s’est imposée l’idée que ces personnages se connaissaient et se retrouvaient. La rupture venait de lui, pas par désamour, mais parce qu’il voulait embrasser l’éventail des possibilités d’une vie. Pour chacun d’eux je voulais que le livre commence par la couleur de la fatigue, épuisés par leur vie. Dans la vie de chacun d’entre nous, on peut être englué dans quelque chose de lourd, de lent, et elle aussi, mais avec un enfant en plus.

Il y a une grande figure aussi, c’est celle de Joséphine, qui ouvre le livre (lecture de l’incipit par Laurent Gaudé)… Elle est à la fois prophétesse et chargée dune forte valeur politique.

Avant toute chose il y avait à la base la volonté de confronter mon écriture avec une catastrophe naturelle, et derrière la tragédie politique… et l’inconscient raciste.

L’Amérique avait oublié cette partie d’elle-même, noire et pauvre, et a eu le réflexe de s’en occuper comme d’un pays défavorisé.

Il y a donc un discours véritablement politique. C’est la question engagée. Ici, c’est relativement elliptique. Par exemple Rose qu’on devine noire, mais cela n’est jamais dit. Keanu et Byron non plus, on ne le sait que par la suite.

J’avais très envie d’un personnage chargé qui, grâce à son grand âge, porte la mémoire du lieu. Les autres n’ont qu’une mémoire immédiate, ancrée dans le présent.

Elle distille ainsi la joie des luttes gagnées et donc leur bien-fondé. Obama est le dernier geste de cette lutte-là.

Il y a aussi des motifs religieux : l’ouragan les mène à la rédemption ou pas.

Oui, quelle que soit la catastrophe naturelle, séisme, irruption volcanique, tempête, c’est un moment qui troue notre vie. On est tous dans le désir de construction et de désir de construire une vie. Et quand cela arrive, cela bouscule tout cela et débouche sur le tragique, la douleur. Cela déclenche des remises en question existentielles.

Sur la question de Dieu, j’ai beau être profondément athée, elle se pose à ce moment-là : est-ce que quelqu’un a voulu ce qui nous arrive ?

En ce qui concerne le révérend, je n’avais pas réalisé que c’était le seul homme blanc et le plus barré. Ici, pour nous Français, son comportement peut sembler excessif. Mais il faut comprendre que la religion aux Etats-Unis est omniprésente, et se manifeste de manière très différente.

Le thème de la fidélité aux autres est au coeur du roman. Dans aucun de vos livres il n’y a de personnage heureux…

Il y a un moment de bonheur plein, c’est le repas familial du Soleil des Scorta.  C’est vrai : le basculement du bonheur au malheur, c’est la tragédie, et si ça nous touche autant, c’est parce qu’on connait tous ce mouvement de bascule. C’est ce qui m’intéresse vraiment. C’est pour cela que la forme tragique ne vieillit pas, et s’inscrit dans l’émotion. C’est la perte.

J’ai vécu ce moment-là à travers le deuil. La vie sociale ne nous intresse plus. Je l’ai vécu aussi, enfant, à l’âge de 7 ans. Il y avait alors de grands incendies de forêt et le village du Var dans lequel j’étais a été coupé pendant 2 jours du reste du pays. Le ciel était noir de fumée, les gens attendaient, ils n’avaient rien à faire, ils partageaient cette inquiétude. Ce sont de moments riches de choses douloureuses.

A un moment, vous commencez une phrase avec un personnage et la finissez par un autre… C’est un sacré risque.

Oui, j’y tenais pour plusieurs raisons. D’abord j’essaie d’avancer par rapport à ce que je ne sais pas faire, au niveau de la forme ou du genre. Il fallait que j’essaie les phrases longues. Spontanément, chez moi, elles sont courtes, sans verbe. Simplement, ce que je n’aimais pas dans les phrases longues, c’était la nervosité  de la phrase qui se perd. Comme le grain de la voix, on écrit aussi comme on est.

Comment avez-vous construit vos personnages ?

J’ai attendu d’avoir du grain à moudre avant d’écrire, avant de me lancer. Par exemple à partir des faits concrets pour les prisonniers, les chiens évacués, les prisonniers condamnés à mourir noyés, les portes des cachots qui se sont ouvertes. Joséphine, c’était d’abord un nom et une façon de parler. Dans ce roman-ci, le gros du travail, ça a été dans la construction. Ouragan, je l’ai commencé en septembre 2009 et terminé en mai 2010.

Votre façon d’écrire me fait penser à Frédéric Douglas.

Ah oui, il faut peut-être que j’arrête de l’écouter alors. Je n’ai pas non plus lu, pour être influencé, la littérature du sud des Etats-Unis, à part Faulkner. Et puis j’ai voulu éviter, en parlant de la Nouvelle-Orléans, ses trois sujets incontournables : le créole, le vaudou et le jazz.

Votre registre d’inspiration est tragique. Cherchez-vous à dégager de certains faits du tragique ou êtes-vous naturellement portés sur des faits tragiques en soi ?

Ma thématique est tragique car c’est ce qui suscite en moi le plus d’intérêt. Je ne me dis pas « tiens, je vais faire ressortir du tragique de ça… »

Quand considérez-vous que votre manuscrit est achevé, que vous n’avez plus à y retoucher ?

Sincèrement,  quand j’en ai marre. Quand je n’éprouve plus aucune envie de retravailler le texte, et que je ne sais plus si je commets une erreur ou pas en le retouchant. Je fais lire une première version à mon entourage, puis je retravaille le texte et rends une seconde version à mon éditeur qui me fait part de ses suggestions, ce qui aboutit à une troisième.

Romans chroniqués dans Carnets de SeL :

Célia Lévi (2010)

24.02
2010

Mardi 23 février, nous avons rencontré la toute jeune Célia Lévi, auteur des Insoumises *, son premier roman, publié chez Tristram en janvier 2009.

Voici le compte -rendu de cet échange avec un public de lycéens :

Pourquoi avoir choisi d’écrire des lettres ?

J’avais ce projet d’écrire des lettres avant même l’histoire. La forme a imposé le propos. On n’écrit pas de la même façon des lettres que des mails. Plus jeune, j’écrivais des lettres, quand les mails n’existaient pas encore.

Par ailleurs, j’aime beaucoup les romans par lettres : Montesquieu, Rousseau, et surtout Mémoires de deux jeunes mariées de Balzac, dont j’ai repris les prénoms des deux héroïnes, Renée et Louise.
Je trouvais que c’était une tradition littéraire qui se perdait, alors qu’elle permet une liberté dans les propos, dans l’écriture.
Cela me permettait aussi d’être plus naturelle, car j’étais habituée à écrire des lettres.

Depuis quand écrivez-vous ?

Les Insoumises constitue mon premier roman. C’est la première fois que j’écrivais, j’étais alors âgée de 26 ans.
Cela devait au départ être un scénario par lettres, et puis, au bout de la 5e ou 6e lettre, je me suis rendu compte que c’était davantage un roman qu’un scénario. En fait, avant, jamais l’idée ne m’était venue d’écrire un roman.

Quelles études avez-vous poursuivi ?

J’ai suivi des études de littérature italienne et un peu cinématographiques.

Avez-vous réalisé des films ?

Un court-métrage.

L’histoire est-elle tirée de votre expérience personnelle ?

Il y a certes quelques passages vécus ou que des proches ont vécus, mais tout le reste provient de la documentation. Le matériau de base, c’est en effet du vécu.

Ecrivez-vous pour les adultes ou pour les jeunes ?

Je ne me suis pas posé la question. Cette période de la jeunesse qui dure à présent jusqu’à 30 ans m’intéressait : c’est ce qui me préoccupait.

Pourquoi n’y a-t-il pas forcément de réponses aux questions de l’une et l’autre ?

C’était pour éviter les répétitions, les lourdeurs. Et puis elles s’éloignent toutes deux petit à petit. Elles écrivent plus un journal que des lettres car elles ne se voient plus.

On a pu remarquer le caractère très littéraire de l’écriture, alors que souvent dans des lettres le style est plus naturel. Pourquoi ?

L’usage de la lettre est très lié aux 18e et 19e siècles. J’ai gardé une forme très classique, tout en parlant de problèmes contemporains et modernes. Je connais mieux la littérature classique que la littérature contemporaine.
C’était très difficile de créer deux styles très différents pour être ou Renée (qui correspond plus à ma manière d’écrire) ou Louise.

Pourquoi avoir choisi le moment des grèves étudiantes en France ?

C’était au moment où le gouvernement voulait faire passer le CPE, ce contrat d’embauche à durée déterminée sur 2 ans. Pour moi, c’est l’un des derniers mouvements qui est bien passé d’un point de vue médiatique. Il a permis la résurgence de certains slogans de mai 68, d’insurrection française. C’est un mouvement qui a été très instrumentalisé par des groupes d’extrême-gauche, pourtant minoritaires. Quant à la grève du musée du quai Branly, où j’ai travaillé, elle, elle était fictive.

Pourquoi ce titre ?

Parce que le roman abordait deux formes d’insoumission : la première était politique, et la seconde était le refus inconscient du monde vécu comme subi.
Le titre est venu à la fin. Il était à la fois simple et assez neutre.

Pourquoi l’Italie ?

Surtout par tradition littéraire. Tout étudiant aux Beaux-Arts partait en Italie. Et puis je voulais retranscrire les sensations que j’ai pu éprouver en Italie. Mon père est Italien. Il y a un laissez-aller en Italie, une manière de vivre.

Aviez-vous un message à faire passer ?

Qu’il est devenu très difficile d’être jeune. Le travail est devenu un but en soi, parce qu’il est de plus en plus précaire. On subit les pressions familiales et sociales. Quand on recherche un emploi, au 3e refus, on est radié du Pôle Emploi. Et puis l’entrée dans l’âge adulte est de plus en plus repoussée.

Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire Les Insoumises ?

8 mois. Durant tout ce temps, j’ai exercé divers métiers : j’ai fait du secrétariat, de la traduction, de la figuration pour des films et des séries télé, de l’assistanat à la réalisation, un peu de production.

Dans quelles conditions écrivez-vous ?

J’ai beaucoup écrit en faisant de la cuisine. J’écrivais mieux l’après-midi. Je n’écrivais pas au-delà de 5 pages par jour. J’ai écrit les 15 premières pages sur papier et ensuite sur l’ordinateur. J’ai très peu repris ce que j’ai écrit. J’avançais pour avoir un canevas.

Combien vous rapporte la publication de ce roman ?

Je touche 8% de droits d’auteur, c’est-à-dire 1,50 euro à peu près sur les 18,70 euros que coûte le roman.

Pourquoi Tristram ?

J’ai envoyé mon tapuscrit à beaucoup beaucoup de maisons d’édition, et c’est eux qui l’ont accepté.

Combien de temps a-t-il fallu entre l’envoi de votre manuscrit et l’arrivée du livre en librairie ?

J’ai commencé les envois en juillet 2007,  j’ai eu une réponse positive en mai 2008 et le livre est paru en janvier 2009.
C’est un moment désagréable car on reçoit beaucoup de réponses négatives, et on a un peu oublié ce qu’on a fait.
Heureusement, je n’ai eu que des modifications minimes à faire sur la demande de Tristram.


Avez-vous été surprise par les critiques élogieuses ?

A vrai dire, non, mon éditeur avait déjà eu des échos positifs au jour le jour.
Je savais que c’était important d’avoir une bonne critique.
Je savais que Tristram était une bonne maison d’édition, très aimée des critiques, que leurs livres étaient très attendus. J’étais assez confiante. En fait, être chez Tistram s’est révélé mieux qu’être publiée chez Gallimard car cette maison d’édition a peu de parutions, qui sont donc plus médiatisées.
Il aurait été noyé parmi d’autres dans les grandes maisons d’édition.

Avez-vous vendu beaucoup de livres ?

Plus de 800. Il paraît que c’est bien pour un premier roman.

Avez-vous d’autres projets ?

Un livre doit paraître en septembre, Intermittance, précisément sur le statut d’intermittent.

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Laurent Mauvignier (2009)

08.10
2009

Ce mercredi 7 octobre 2009, au premier étage de sa librairie Les Temps modernes, Catherine Mouchard-Zay a accueilli Laurent Mauvignier à l’occasion de la sortie de son roman Des hommes. Après l’avoir invité à lire sa citation de Genet, le bal des questions a pu commencer :

Pourquoi cette citation de Genet en ouverture ?

La guerre d’Algérie vue par Genet a inspiré beaucoup d’auteurs. Cette citation me paraissait refléter complètement ce que j’avais voulu exprimer dans ce roman.


Pourquoi le titre Des hommes ?

Avant d’être un roman sur la guerre d’Algérie, c’est surtout un roman sur la mémoire. J’ai voulu mettre en évidence l’ignorance d’une génération partant dans un pays dont elle ignore l’histoire. Comme pour les poilus, on disait à ces appelés qu’ils allaient devenir des hommes…

D’où vous est venue l’idée de ce roman ?

L’idée est venue avec le désir d’écrire, avec les photos d’Algérie que j’ai vues, ramenées par mon père. Il n’y a pas eu de discours dessus, donc je n’avais pas pu poser de question.
Je ne l’ai pas écrit tout de suite, j’ai attendu d’être prêt techniquement et psychologiquement pour me lancer. Je me sentais d’abord incapable d’assumer ce livre en France. Il est très délicat de parler de l’Algérie. En évoquant les pieds noirs, les harkis, etc. j’avais toujours peur que l’on me tombe dessus.

Parlez-nous un peu de cette construction qui fait penser au théâtre…

Je voulais que mon roman s’écoule sur une journée. Car ce n’est pas un roman historique mais un roman sur le passé. La temporalité y est donc aussi importante que l’espace. De même j’ai voulu créer un contraste entre la France et l’Algérie en choisissant l’hiver et ses chutes de neige, en opposition avec le soleil et le sable. Le premier temps, c’est cette fête de famille, celle de l’anniversaire de Solange. On y fait la connaissance des deux personnages principaux, Rabut, le narrateur, et Feu de bois, un peu le clodo du coin, qui offre un cadeau à sa soeur Solange, ce qui va provoquer l’émoi de tout le village. En réaction, Feu de bois va finir par retourner sa colère contre l’Algérien invité au banquet, et sur sa famille. Dans le second temps, on repart 40 ans plus tôt avec les mêmes personnages.


***

Je me suis rendu compte que la plupart des romans français sur l’Algérie étaient mauvais. Pourquoi ? Parce qu’ils voulaient tout expliquer, donner leur opinion, etc… Au contraire, les films américains sur le Vietnam sont plutôt bien faits parce que tout simplement ils ne commentent pas la guerre, mais ils la font vivre au travers de personnages. Dans Voyage au bout de l’enfer, par exemple, la première heure du film nous montre un mariage, à laquelle succèdent trois quart d’heure d’hyper – violence où les personnages sont parachutés en pleine guerre sans rien comprendre. Je voulais que l’Algérie ressorte comme un moment-clé, comme un révélateur, comme une photo, sans narrateur, mais bien après le début du roman.

***

Avec cette construction, le personnage de Feu de bois va retrouver son prénom à rebours. C’est un peu comme quand vous rencontrez quelqu’un. Au fur et à mesure que vous apprenez à le connaître et qu’il vous raconte des bribes de sa vie, vous comprenez son attitude de mieux en mieux.

Ecrire, comme vivre, c’est un peu comme un tressage, des coïncidences, des choix,.. .
Pour moi, écrire un roman, ce n’est pas donner des réponses, c’est poser des questions. Il faut pour cela que la fin porte ce sentiment d’inachèvement.

Les deux personnages principaux sont un peu les deux facettes d’une même personne. Pour Bout de feu, contrairement à Rabut, le passé est impossible à surmonter.

Vous êtes-vous exprimé dans ce roman comme vous vouliez le faire ?

C’est encore une surprise car quand on a fantasmé un objet, c’est toujours un peu particulier quand il est là, terminé. Et il y a toujours une petite déception, car on a toujours l’espoir qu’un livre puisse transformer le monde.
Mais j’ai voulu écrire un roman sur le silence, sur le non-dialogue entre ces personnages sur un événement – tabou, sur toutes les guerres. Et je pense que c’est bien ce qui ressort.

Un homme dans l’assistance : Il y a du silence car quand on revient, la guerre a été vécue comme un traumatisme, elle a été vécue comme un viol. On ne peut plus, on ne veut plus en parler. On veut juste pouvoir se reconstruire. On veut revivre.

Une autre femme dans l’assistance : C’est juste. Et à chaque guerre on observe toujours la même chose : il y a ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas en parler.

Une seconde femme : De même, il y a aussi ceux qui ne veulent pas entendre.

Mais on ne parle pas comme cela, ex nihilo, surtout de choses aussi dures. C’est aussi que des questions ne sont pas posées, qu’aucun contexte n’est vraiment créé pour libérer la parole.

Vous pouvez lire à propos de cet entretien 3 commentaires sur l’ancien blog.

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