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Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino

05.08
2012

cop. Seuil

« Tu vas commencer le nouveau roman d’Italo Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur. Détends-toi. Concentre-toi. Ecarte de toi toute autre pensée. Laisse le monde qui t’entoure s’estomper dans le vague. » (incipit, p. 7)

C’est ainsi qu’on entame le récit de cet étrange roman de ce membre de l’Oulipo. Difficile d’en proposer un résumé sans en réduire l’effet de surprise. Voilà : tout commence quand tu décides d’acheter Si par une nuit d’hiver un voyageur parmi tous les livres qui te font de l’oeil dans la librairie où tu rentres, et qui, pour une raison ou une autre, te donnent envie de les lire ou pas. C’est pourtant lui et lui seul que tu as décidé de choisir et tu commences alors son histoire :

« Si par une nuit d’hiver un voyageur

Le roman commence dans une gare de chemin de fer, une locomotive souffle, un sifflement de piston couvre l’ouverture du chapitre, un nuage de fumée cache en partie le premier alinéa. Dans l’odeur de gare passe une bouffée d’odeur de buffet. Quelqu’un regarde à travers les vitres embuées, ouvre la porte vitrée du bar, tout est brumeux à l’intérieur, comme vu à travers des yeux de myope ou que des escarbilles ont irrités. Ce sont les pages du livre qui sont embuées, comme les vitres d’un vieux train ; c’est sur les phrases que se pose le nuage de fumée. » (p. 15)

et puis… tu t’aperçois qu’il y a eu un défaut de fabrication car tu te retrouves à relire les mêmes pages. C’est alors qu’en le rapportant en librairie pour l’échanger, tu y rencontres une jeune lectrice célibataire…

Coïncidence qui ne manque pas de sel : il est devenu difficile de nos jours de se procurer ce classique qui n’est plus édité en France : on ne le trouve plus désormais qu’en bibliothèque ou chez les bouquinistes. Ce qui est à peine croyable.

Ce roman est l’un des rares, après le « vous » employé par Michel Butor dans La Modification, à utiliser la deuxième personne du singulier pour interpeller directement le lecteur. Or, ici, il fait bien plus qu’interpeller le lecteur puisque c’est précisément le lecteur qui est le protagoniste de l’histoire et qui va être mis en scène.

L’autre particularité du roman, c’est surtout de ne présenter à la lecture aucune histoire complète : mieux, il propose, dans la trame principale dérapant vers le kafkaïen, dix incipit, dix débuts de récit, et n’en achève aucun, les laissant en plein suspens et le lecteur sur sa faim.

A vrai dire ce roman ne correspondait du coup pas du tout à ce que je m’attendais à lire : je savais effectivement que le lecteur en était le personnage principal, mais j’ignorais qu’il s’agissait d’un lecteur vivant de multiples péripéties et non LE « vrai » lecteur, ni que ce roman allait se décliner en autant d’histoires inachevées. L’intérêt du roman réside donc surtout dans l’inventivité de ses différents incipits, et dans la démonstration de l’interaction entre l’auteur et le lecteur mise en abime. Ce qui est on ne peut plus jouissif.

Un ovni littéraire, à lire absolument.

 

Titre original italien : Se una notte d’inverno un viaggiatore

Paru à Turin en 1979 aux éditions Einaudi, et en France en 1981 aux Éditions du Seuil.

 


L’Histoire de France pour ceux qui ont tout oublié

27.07
2012

cop. Larousse

 

Cet ouvrage épais passe en revue en cinq chapitres chronologiques toute l’Histoire de France, dont le premier, plus court, sur la Préhistoire et l’Antiquité, et qui tous s’achèvent sur un tableau chronologique et un bilan des legs de ces périodes. Synthétique et plaisant à lire, truffé de dessins humoristiques, d’anecdotes et de citations, il relate ainsi les grands événements comme les grands personnages qui ont marqué la France.

Un ouvrage de référence qui trouvera toute sa place dans nos bibliothèques.

L’Histoire de France pour ceux qui ont tout oublié. – Larousse, 2012. – 543 p. : ill. n.b. ; 24 cm. – EAN13 9782035874191 : 20,90 €.

Les explorateurs

13.07
2012

 

cop. Casterman

 

Marco Polo, Magellan, James Cook, Lewis et Clark, David Livingstone, Roald Amundsen : tous ont risqué leur vie en partant à la découverte de territoires encore inexplorés. C’est le récit de leurs aventures que nous conte ce documentaire, sur le mode narratif, puis sous la forme d’une bande dessinée, avant de conclure par quelques dates – phare.

Ce concept original rend chacune des six biographies plus attractive et facile à lire.

POUGET, Anne. – Les explorateurs / ill. par Vincent Dutrait. – Casterman, 2012. – 87 p. : ill. en coul. ; 26 cm. – (Docu BD). – EAN13 9782203048546 : 16,50 €.

Grand atlas historique de Georges Duby

09.12
2011

 

cop. Larousse

 

Est-il encore besoin de présenter Georges Duby ? Membre de l’Académie française et titulaire de la chaire d’Histoire des sociétés médiévales du Collège de France, Georges Duby est à l’atlas, à l’histoire médiévale ou à l’encyclopédie historique (qui porte son nom) ce que Guillaume Budé fut aux lettres classiques. On notera que, décédé en 1996, il n’a bien évidemment pas pu procéder à cette importante mise à jour de ces dix dernières années, mais à l’édition originale de l’ouvrage en 1978.

Cet atlas suit les traces des périples et conquêtes des hommes d’abord du monde ancien jusqu’à l’an mille, puis à partir de cette date les examine plus attentivement sur chacun des cinq continents, et s’achève sur une analyse globale du monde depuis la chute du mur de Berlin : les catastrophes naturelles, les flux migratoires internationaux, le partage de l’eau,…

Même si l’on peut regretter la discrétion des intertitres et un certain déséquilibre parfois dans les blancs laissés dans la mise en page avec un texte pourtant dense, cet atlas historique constitue un outil incontournable pour le lycéen, l’étudiant, l’historien, mais aussi pour toute personne qui tient à connaitre le passé pour mieux comprendre les enjeux actuels du monde contemporain. Une valeur sûre dont on aurait encore bien du mal à trouver l’équivalent sur Internet.

 

Apprécié

DUBY, Georges. – Grand atlas historique : l’histoire du monde en 520 cartes. – Larousse, 2011. – 387 p. : ill. en coul. ; 30 cm. – EAN 13 978-2-03-586126-9 : 48 €.
Index et table des encadrés en fin d’ouvrage.

Inventaire de la Grande Guerre ***

20.09
2005

Pas moins d’une cinquantaine de spécialistes (Marc Ferro, Pierre Milza, Philippe Chassaigne, Annette et Jean-Jacques Becker) ont rédigé un à plusieurs articles parmi la centaine qui compose cette riche synthèse consacrée à la première guerre mondiale, certains noms comme ceux de Christophe Gué et Jean Delmas, spécialistes de l’histoire militaire, apparaissant plus régulièrement dans certains chapitres.

Sont ainsi tour à tour évoqués les différentes batailles, armes, stratégies et tactiques, les carrières de divers chefs militaires et politiques, les récits du front et de l’arrière, l’examen pays par pays de ce monde en guerre, avant de faire le point sur ses suites et ses traces laissées au XXe siècle. Voici une approche très différente et extrêmement opportune de la première Guerre Mondiale, en ceci que cette excellente synthèse propose diverses entrées thématiques susceptibles de piquer la curiosité du lecteur.

Un remarquable ouvrage de référence, richement illustré et accessible dès l’âge de 14 ans.

Inventaire de la Grande Guerre / sous la dir. de François Roger Lagrange ; avec la collaboration de Jean-Paul Amat, Gilles Aubagnac, André Bach… [et al.]. – Universalis, impr. 2005. – 606 p. ill. n.b. + en coul. , 23*16 cm.. – (Inventaires). ISBN : 2-85229-411-7 : 40 €. – Bibliogr. p. 583-588.