Mots-clefs ‘heroic fantasy’

Souterrains de Romain Baudy

04.10
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Lucien n’est pas comme son beau-frère Henri un révolté : il ne perd pas ton temps à faire la révolution au café mais à bêcher son jardin, et, pour obtenir une prime, il n’hésite pas à se porter volontaire pour tester la nouvelle machine achetée par l’exploitation minière. Mais, arrivée en bas, l’équipe de volontaires découvre qu’il s’agit en fait de machine d’un robot bien plus efficace que n’importe quel mineur. Lucien se sert alors de la dynamite que lui a donné Henri pour faire sauter le robot. Mais ce dernier choisit de leur sauver la vie et la sienne : le souterrain s’étant effondré, ils partent à l’aventure et découvre un monde souterrain où des nains font travailler d’étranges créatures…

J’avais déjà salué le premier opus de Romain Baudy, Pacifique. qui surfait déjà sur la vague du fantastique. Pour son second ouvrage, Romain Baudy choisit de tout faire, et le scénario et le dessin, en imaginant une histoire fantastique surprenante, en ce sens que le lecteur pense entamer une critique sociale sur le monde du travail et plus particulièrement dans le milieu des mineurs, puis soupçonne un brin d’anticipation avec l’arrivée du robot et finit par glisser dans un univers proche de l’héroïc fantasy. Voilà qui est périlleux mais audacieux ! Nonobstant une ou deux faiblesses du scénario, c’est plutôt réussi, et c’est même exactement le genre de récit que j’aime à lire et à écrire.

 

BAUDY, Romain

Souterrains

Casterman, 2017

134 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203094482 : 20 €

Haggarth de Victor de la Fuente

27.02
2013

cop. Casterman / De la Fuente

Le mercredi, c’est bande dessinée…

Les éditions Casterman rassemblent dans cette intégrale les quatre volumes des aventures de Haggarth le guerrier, introduisant l’heroic-fantasy dans l’univers de la BD. Si les deux premiers volumes ont été publiés en 1978 et 1979 dans le magazine « A Suivre », le troisième restait inédit en France et le quatrième inachevé.

Alors que Haggarth, à la tête de guerriers tuna, cherche à s’emparer d’une relique, le crâne aux trois serpents, symbole de destruction pour les uns, garant de la paix pour les autres, il est mortellement blessé, tandis que l’un de ses assaillants, un jeune bûcheron, perd la vue. Un vieux colporteur, Matu de Mosa, les amène tous deux dans une autre dimension du temps, chez la vieille Arnia. Elle propose alors au bûcheron de voir par les yeux du mort qu’elle ressuscite, le mettant en garde contre une vie désormais tourmentée. Commence alors un véritable parcours du combattant pour Haggarth, dont l’inconscient lui dicte des missions pacificatrices dans les royaumes qu’il traverse…

La densité tant du dessin que du texte exige la plus grande attention de la part du lecteur, le noir et blanc, semblable à une encre de chine, forçant l’admiration. Si cette épopée d’inspiration mythologico-médiévale, agrémentée de monstres et de belles Amazones, peut nous paraître un peu « classique », en dépit de ce sombre héros schizophrène, auquel Victor de la fuente a accolé un bouffon pour la touche d’humour, il faut la replacer chronologiquement, c’est-à-dire il y a 35 ans, bien avant l’énorme engouement pour l’heroic-fantasy. Un classique du genre, de belle facture.

 

DE LA FUENTE, Victor. - Haggarth. - Casterman, 2013. – 218 p. : ill. n.b. ; 32 cm. – EAN13 9782203061590 : 28 €.

 

Bjorn le Morphir : tome 3 de Thomas Gilbert

08.02
2012

cop. Casterman

 

Le jeune Bjorn, qui s’est découvert « Morphir », c’est-à-dire héros invincible, doit descendre aux enfers pour retrouver le prince Sven avant le prince Dar. D’étage en étage, avec l’aide de ses fidèles compagnons de route et parfois celle des infernautes avec lesquels il a sympathisé, il suit les traces de son ennemi qui l’a devancé : « Le prince Dar possède une avance que tu ne pourras pas rattraper, ou alors il faudrait que tu te mettes à voler comme un oiseau… »

Coédité par Casterman et L’école des loisirs, Björn le morphir constitue l’adaptation en bande dessinée par Thomas Gilbert de la série de romans jeunesse éponyme, écrite par un autre Thomas, Thomas Lavachery. Les péripéties, dépeintes de couleurs vives, s’enchaînent sans que l’on prenne le temps de s’attarder sur les personnages ou sur leur quête. De l’heroïc fantasy relativement divertissante, mais je suis sûrement injuste dans la mesure où il aurait fallu que je lise les deux premiers tomes pour m’en faire une idée peut-être meilleure.

Science et sortilèges : anthologie

05.12
2002

Le titre de ce recueil annonce le mélange détonant de deux sujets apparemment antinomiques : la science, liée au rationnel, et les sortilèges, du ressort de l’irrationnel.

Parmi ces neuf nouvelles, certaines évoquent des croyances religieuses. Ainsi, l’origine du monde, la bible et les univers parallèles se voient revus et corrigés avec dérision par Jean-Jacques Girardot. Dans Saigne Nuit, un Démon s’échappe d’une machine qu’on a laissée à l’abandon. Il n’est autre que le produit d’une expérience génétique à bord d’un vaisseau spatial de renégats qu’on a préféré abandonner sur cette planète en période moyenâgeuse. Dans Le Mont, l’Eglise sûre de son droit atterrit sur une plage, devenant une espèce de Mont Saint Michel, et part en croisade contre les habitants qu’elle dit païens. Enfin, François Darnaudet fait plonger son lecteur dans un Paris atemporel, teinté d’une atmosphère post soixante-huitarde, et imagine une quête du Phaal, pendant du Graal pour le Mal. La magie vient aussi en aide à la science parfois. Dans le Shérif mécanique, l’Eclair, cow-boy venant protéger sur commande une ville d’hors-la-loi, trouve une échappatoire à ce corps vieillissant qui ne répond plus à ses réflexes : prendre la place de la sorte de Golem mécanique. Dans Alchemie, on apprend qui sont vraiment les futurs Gutemberg et Léonard de Vinci. Inversement, dans l’Affaire des elfes vérolés, une sorte d’Internet devient dans un monde de créatures plus différentes les unes que les autres un tremplin pour reconquérir ce monde pour Merlin et lui faire oublier la magie antérieure. Ironie du sort : on confie aux protagonistes l’instruction des pauvres Terriens. Le recueil s’achève sur deux nouvelles singulières, dont l’une constitue une épopée navale, et l’autre, Au soleil de ses paroles, un huis clos dont la fonction démiurgique le rend extrêmement poétique.
Divertissant.

Science et sortilèges : anthologie. – Paris : Nestiveqnen éditions, 2002. – 334 p. : couv. ill. en coul. ; 13*20 cm. – ISBN 2-910899-44-6 : 20 Eur..