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L’étrange bibliothèque de Murakami

13.07
2017
cop. 10/18

cop. 10/18

Habitué de la bibliothèque municipale sans en être pour autant un rat, un jeune Japonais, très poli, rend toujours ses livres en temps et en heure. Un jour une femme inconnue à l’accueil quitte des yeux son énorme livre pour lui suggère de descendre l’escalier jusqu’à la salle 107. L’y attend un vieil homme qui trouve pour lui trois gros vieux volumes sur le système fiscal dans l’Empire ottoman, qu’il est interdit d’emprunter. Dès lors, il va lui falloir les lire sur place, dans une geôle tout au fond d’un labyrinthe…

Quel curieux texte ! Les illustrations de Kat Menschik, très modernes, sur papier glacé tranchent avec cette histoire lugubre et complètement « has been » de lecteur emprisonné dans les sous-sols d’une bibliothèque pour se faire aspirer le cerveau rempli de savoir par un vieux bibliothécaire. Ce récit m’a laissée de marbre. Pire, je ne me vois pas le conseiller ni à mes filles ni à mes élèves… Quelle déception !

 

Panorama illustré de la fantasy et du merveilleux * (2004)

29.04
2011

copyright Les moutons électriques

De l’avis général, voici de manière évidente le livre de référence indispensable sur la fantasy. Pour une première parution de cet éditeur, c’était en effet un coup de maître : André-François Ruaud, dont on avait déjà pu remarquer la Cartographie du merveilleux, a su s’entourer des meilleurs spécialistes pour proposer un ouvrage encyclopédique du genre passionnant, et qui plus est superbement illustré. En effet, offrant de nombreuses passerelles avec les genres limitrophes, cette somme de connaissances monumentale rassemble pas moins de 86 articles biographiques d’auteurs et illustrateurs plus ou moins en lice avec l’univers merveilleux de l’heroic fantasy, de William Shakespeare à Fabrice Colin, en passant par les Mille et une Nuits, Hans Christian Andersen, Lewis Carroll, J.M. Barrie, J.R.R. Tolkien, Robert E. Howard, Italo Calvino, Mickaël Moorcock, J.K. Rowling, Paul Auster, Haruki Murakami ou Hayao Miyazaki. Si la plupart des articles peuvent être accessibles au profane, il n’en demeure pas moins qu’ils sous-entendent la lecture des oeuvres auxquelles ils apportent un éclairage accompagné d’un appareil critique théorique.

 

RELECTURE :

Panorama illustré de la fantasy et du merveilleux / sous la dir. d’André-François Ruaud. – Lyon : Les Moutons électriques, 2004. – 431 p.. – ISBN 2-915793-00-X : 39 euros.

Cette maison d’édition est distribuée par l’Oxymore et dirigée par André-François Ruaud, auteur entre autres de l’excellente Cartographie du merveilleux.

La ballade de l’impossible d’Haruki Murakami

05.05
2007

Titre original : Norway no mori (1987)
traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle (1994)

Dans le Boeing atterrissant à Hambourg, Watanabe est pris d’un vertige : il retourne dans cette prairie où il se trouvait 20 ans auparavant avec Naoko, et peine à se remémorer sa silhouette et son visage, qui se sont malheureusement estompés, mais dont il comprend mieux les pensées…

Logeant dans un foyer d’étudiants à Tokyo, Watanabe, alors âgé de dix-huit ans, retrouve par hasard une amie d’enfance, Naoko. Un fantôme se dresse entre eux, celui de Kizuki qui s’est suicidé à l’époque du lycée, ami de l’un, petit ami de l’autre qui le connaissait depuis toujours, fantôme qui les unit dans son souvenir mais les empêche aussi de s’aimer. Ils passent ainsi tous deux leurs journées à marcher l’un derrière l’autre, sans un mot. Un jour, Naoko disparaît, sans laisser de trace. Il rencontre alors Midori, étudiante comme lui, fantasque, qui, après avoir perdu sa mère, donne les derniers soins à son père. Quelques mois passent, et une lettre de Naoko arrive : perturbée, elle est partie s’isoler dans une maison de repos, en montagne…

Haruki Murakami prend le pouls de son lecteur pendant toute la première partie, l’intégrant lentement dans l’atmosphère estudiantine, où chacun peut se sentir très seul :l’amitié est rare pour ceux qui se sentent un peu à part, la prise de conscience de la mort faisant partie intégrante de la vie est brutale, le deuil difficile, voire impossible pour les êtres les plus fragiles, la communication avec les autres compliquée, d’autant qu’on ne se comprend pas soi-même… et l’amour, l’amour ne se devine pas au premier coup, lorsqu’on est à cet âge aveuglé par d’autres préoccupations. Ainsi, Haruki Murakami a dépeint une kyrielle de personnalités en lutte avec elles-mêmes :Watanabe, solitaire, grand amateur de Gatsby le magnifique, tiraillé par ses pulsions érotiques, le facho, maniaque passionné de cartographie, Nagasawa, personnage charismatique dont la vie comme la carrière n’est qu’un jeu, réussissant tout sans en tirer de satisfaction, Naoko, hantée par ses morts, quasi vierge au corps magnifique,Midori, jeune étudiante délurée en quête d’amour et d’attention, et Reiko, ancienne pianiste d’âge mûr, rayonnante, alors qu’elle reste persuadée de ne plus qu’être l’ombre de ce qu’elle aurait pu être. Quelle détresse poétique exhale ce roman, faisant succomber la plupart de ses adolescents à la tentation du suicide ! Car c’est un véritable roman d’apprentissage que voici, ses protagonistes devant surmonter la solitude, la souffrance et la mort de leurs proches, pour embrasser la vie et l’âge adulte, et enfin vivre pleinement leur amour. Un roman d’une remarquable sensibilité.

Merci à Flo de m’avoir offert ce roman, qui figurait depuis un bon moment sur ma liste !

 

Seuil (Points). – ISBN : 2-02-057939-1.

Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami

16.07
2006

copyright Belfond

Année de parution : 2006

Haruki Murakami a ici dénoué le fil de deux histoires se construisant en parallèle. La première suit le parcours d’un garçon de quinze ans qui fugue de chez son père, s’y étant préparé depuis plusieurs années en suivant les conseils de Corbeau, un ami imaginaire. La seconde semble quasiment relever du traumatisme post-Hiroshima puis du merveilleux puisqu’elle relate la mission d’un vieillard, rendu à jamais débile par un événement surnaturel survenu dans son enfance, mais qui possède cette particularité de savoir parler aux chats et de faire pleuvoir tout ce qu’il souhaite. A partir du mythe d’Oedipe qu’il transpose dans le Japon contemporain et revisite avec les croyances d’un Japon ancestral, Murakami brode la trame tragique de ce jeune garçon qui se fait maintenant appeler Kafka Tamura, poursuivi par cette malédiction proférée par son propre père. Or une nuit il se réveille bel et bien couvert du sang de son père, qui réside pourtant à des centaines de kilomètres de l’île où il s’est réfugié…

Le traitement original du mythe d’Oedipe ne constitue absolument pas selon moi la grande réussite de ce roman. Ce qui m’a envoûtée, dans Kafka sur le rivage, c’est d’y retrouver un univers très proche, tout en demeurant différent, de celui de Paul Auster, où l’inexpliquable, l’absurde, le surnaturel parfois, intervient dans le quotidien de ses personnages quittant leur foyer, s’enfonçant au plus profond de leur dénuement et de leur solitude, pour se trouver eux-mêmes. C’est là la clé de ce roman d’apprentissage du fugueur qu’adolescent nous avons tous rêvé d’être, où la vie retourne à sa plus simple expression, où l’âme s’épure lentement, au contact du vieillard puis de la musique classique pour Hoshino, ou, pour le jeune héros, de l’intimité d’une bibliothèque puis de l’austérité d’un refuge de montagne, rythmée par ses fantasmes et ses besoins naturels. C’est un grand roman, où sont distillées tout à la fois les essences du merveilleux, de la tragédie, du roman d’initiation et du roman d’aventures. Autant dire que ses 619 pages se lisent d’une traite !

Kafka sur le rivage / Haruki Murakami ; traduit du japonais par Corinne Atlan. – Paris : Belfond, 2006. – 1 vol. (618 p.) : jaquette et couv. ill. en coul. ; 23 cm. – (Littérature étrangère). . – Trad. de : Umibe no Kafuka. - ISBN 2-7144-4041-X (br.).
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Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil d’Haruki Murakami

29.09
2005

 

cop. 10/18

Hajime, ayant grandi fils unique dans un Japon aux familles nombreuses, n’a jamais oublié sa meilleure amie de ses douze ans, Shimamoto-San, infirme. Il n’a jamais oublié non plus la douleur qu’il causa à son premier amour, qu’il avait trompée avec sa cousine dans une liaison strictement sexuelle. Après 10 ans de sa vie vécus entre parenthèses, obscur tâcheron chez un éditeur de manuels scolaires, il rencontre celle qui deviendra sa femme et la mère de ses deux filles. Rapidement, il change de vie et gère deux bars de jazz bien cotés. Mais le soir où Shimamoto-San s’assoit sur un tabouret dans son bar, tout bascule…

Un roman simple et structuré où se mêlent sens, souvenirs et désirs. Un ballottement continu entre le sentiment et le désir sexuel bien distincts pour s’achever sur une note de quiétude terriblement lucide et désenchantée.

MURAKAMI, Haruki. – Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. – Paris : 10/18, 2002. – 223 p. : couv. ill.. – (Domaine étranger ; 3499). – ISBN 2-264-03629-X.

Les amants du Spoutnik d’Haruki Murakami (1999)

16.09
2005

Copyright 10/18

Titre de l’édition originale : Supûtoniku no koibito (1999)

Sortie en France chez Belfond en 2003

Traduit du japonais par Corinne Atlan

K., le narrateur, est amoureux de son amie Sumire, lectrice passionnée comme lui et écrivain en herbe, laquelle, au cours de sa vingt-deuxième année, tombe amoureuse pour la première fois… de Miu, une élégante femme mariée, de dix-sept ans son aînée, qui décide de l’embaucher comme secrétaire particulière. Mais Miu, qui semblait promise à une grande carrière internationale comme pianiste, semble comme cassée à l’intérieur : un événement, dont elle refuse de parler, aurait blanchi en une nuit ses cheveux à l’âge de vingt-cinq ans. Jusqu’où son secret va-t-il entraîner Sumire ?

« A l’époque, Sumire menait littéralement un combat désespéré pour devenir écrivain et vivre de sa plume. Peu lui importait la diversité des choix qui s’offrent à l’accomplissement d’une destinée humaine ; pour elle, il n’existait qu’une seule voie : écrire. Cette décision inébranlable ne pouvait souffrir aucun compromis. Sa vie et sa foi en la littérature ne faisaient qu’un. » (p. 9-10)

Ce roman réunit toute une thématique susceptible de séduire ses lecteurs, constitués statistiquement de femmes : la passion de la lecture, de la littérature, de l’écriture, de la musique, le désir et l’amour. Dès l’incipit, en effet, on est d’ores-et-déjà conquis.  Que le narrateur soit un homme n’y change rien, au contraire : son regard amoureux valorise les deux protagonistes sans mise à distance. Pourtant, la solitude est omniprésente : K. et Sumire restent seuls avec leur désir, Miu s’est désolidarisée du monde des vivants, du monde des désirs. Chacun se côtoie sans jamais se toucher, se posséder, s’aimer, comme des satellites à la dérive.

Dans toute la première partie du roman, le narrateur assiste à la métamorphose de son amie, d’ordinaire peu soucieuse de son apparence extérieure et mettant sa vocation d’écrivain au-dessus de toute autre activité, qui, par amour, prend une allure féminine et assagie, appliquée et consciencieuse, délaissant totalement l’écriture. Dans une seconde partie, ce n’est plus à une métamorphose que l’on assiste, mais à l’étrange disparition de Sumire : c’est là que le surnaturel intervient… Avec habileté, Haruki Murakami détourne le thème du miroir, qui fut beaucoup exploité dans la littérature fantastique, pour nous proposer une situation bien plus angoissante… à laquelle peut-être on a pu être confronté une fois,heureusement sans cette issue, mais qui désormais nous trottera dans la tête chaque fois que l’occasion se présentera… Machiavélique.
Excellent. Vous serez conquis dès la première page.

MURAKAMI, Haruki. - Les amants du Spoutnik / traduit du japonais par Corinne Atlan. – 270 p. : couv. ill. en coul.. – ISBN : 978-2-264-03932-3.

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