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Autobiographie des objets de François Bon

27.01
2013

cop. Carnets de SeL / Seuil

 

Question

«C’est une danse : on ne s’y reconnaît plus. De deux ans en deux ans il faut se débarrasser de l’ancien et remplacer par ce qui est tellement mieux – de toute façon, l’objet tombe en panne de lui-même et ce n’est pas réparable. » (incipit, p. 7)

Partant de ce constat, de ces objets de consommation devenus périssables au bout de quelques années voire quelques mois, François Bon regarde dans son rétroviseur pour faire revivre les objets qui ont marqué son enfance : une corde de Nylon bleue, un miroir, des machines à écrire, un microscope, la toise, les cartes postales, … Ce sont ainsi 64 textes brefs de quelques pages à lire  pour autant d’objets à re-découvrir selon l’âge du lecteur.

Dans la lignée de Francis Ponge, après les Choses de Pérec et de L’Invention du quotidien de Michel de Certeau, François Bon s’attarde sur tous ces objets qui ne survivent plus que dans les brocantes… qu’il fuit. Car point de nostalgie ici : il s’agit juste pour cet auteur et éditeur du Web, qui avait d’abord publié ces textes en autant d’articles sur son site Tierlivre.net, ayant depuis longtemps troqué l’objet-livre contre une tablette tactile, d’évoquer sa vie passée (autobiographie) par le biais d’un univers irrémédiablement disparu, celui des objets qui durent, et dont on connait les fabricants ou les commerçants. Dommage que Philippe Claudel ait eu exactement la même idée, en publiant aussi 63 textes autobiographiques mais en s’inspirant des odeurs qui ont jalonné sa vie, et en ayant en commun un texte intitulé Ether. Du coup, le concept semble moins original que voulu, surtout en ayant lu Parfums en premier. Toutefois, il émane de ces textes une sincérité, une simplicité dont sont dépourvus Parfums, recueil à la prose plus empruntée semble-t-il. Et, même si François Bon s’en défend, il émane de cette vie d’autrefois, où l’on franchissait le seuil de tels commerçants pour acheter tel objet, tel vêtement confectionné sur place parfois, une certaine nostalgie. Sans remonter très loin, on peut ne serait-ce songer qu’à ces cartes postales que l’on s’envoyait aux vacances, aux anniversaires, aux fêtes de fin d’année, aux anniversaires, et qui vont disparaître peu à peu, balayées par l’instantanéité du portable, du web, des réseaux sociaux.

Certes, la plupart des entrées de ce dictionnaire amoureux des objets m’ont peu séduite : François Bon a en effet grandi dans un garage, et quand il se penche un peu trop souvent sur la mécanique, mon intérêt s’est émoussé. D’autres heureusement, comme le petit miroir dont il détourne l’usage pour regarder le ciel, ou la maison familiale dont un cousin aveugle a hérité, l’ont réveillé. Contrairement à François Bon, j’aime m’entourer d’objets qui ont vécu (machines à écrire, miroirs anciens ayant appartenu à ma grand-mère, vieilles cafetières, balance Roberval, meubles chinois de la fin du 19e siècle, antiquités Art déco, Art nouveau) comme je rénove actuellement une vieille maison pour lui redonner son charme d’antan, c’est pourquoi j’ai apprécié ce recueil, même si la lecture linéaire de textes brefs, comme je le disais pour Parfums, tend à me fatiguer : mieux vaut les picorer quelques minutes par-ci quelques minutes par-là que de tout lire d’une traite.

A lire également la critique de Télérama et celle de l’Irrégulière.

BON, François. – Autobiographie des objets. – Seuil, 2012. – 244 p.. – (Fiction & Cie). – EAN 9782021088397 : 18 €.

 

François Bon

20.10
2012

cop. SL

 

Mercredi 17 octobre 2012, la librairie Les Temps modernes d’Orléans accueillait François Bon, à l’occasion de la parution de son Autobiographie des objets.

Exit l’habituelle table qui sépare l’écrivain de son public.

Exit la posture d’un auteur habitué à ce genre de rendez-vous.

Exit le livre à la main pour lire à voix haute quelques extraits.

D’emblée, l’auteur nous avoue que ce genre de rencontre le met mal à l’aise, qu’il se souvient de sa première venue à la librairie, et de ce face à face intimidant du premier étage. Et, quand il obéit à l’invite de notre libraire à lire quelques extraits, c’est son i-pad qu’il dégaine, avant de saisir peu après son macbook air.

Il se dit peu bavard, avare de ses mots en public : c’est tout le contraire qui va se produire. Nulle question de réelle interview cette fois : l’auteur saute d’une idée à une autre, y revient, repart, et, finalement, peu de questions lui seront posées. Mais s’il fallait trouver une trame à son discours, voici celles qui auraient pu lui être posées :

D’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

J’ai écrit mon premier texte après un cours de science-po. Je voyais tous ces portables que ces étudiants avaient en leur possession, dont ils connaissaient la possibilité de stockage d’images, par exemple, mais auxquels ils étaient peu attachés, ces objets de toute dernière technologie étant très vite périssables.

Et puis, avant, on visualisait qui les avait fabriqués, ces objets.

Je l’ai écrit aussi dans la suite logique de Après le livre, qui évoquait les six mutations irréversibles du support et des professions liées à l’écrit.

Et enfin, je l’ai écrit car ma mère commence à perdre la mémoire et à accepter l’idée de partir en maison de retraite, et c’est elle qui m’a aidé à dater l’apparition de tous ces objets dans ma vie, à se souvenir si la machine à laver était apparue avant le réfrigérateur à la maison, si c’était pendant la guerre d’Algérie.

 

Quels modèles vous ont inspiré ? Pérec ?

Je me situe dans la lignée de Ponge surtout (années 40), de Pérec aussi avec Les Choses qui a suivi sa voie en 1965, et puis de L’Invention du quotidien de Michel de Certeau.

J’ignorais complètement que Philippe Claudel allait publier aussi 63 textes autobiographiques (mon ouvrage en compte 64 !) mais en partant des odeurs et non des objets. Et que tous deux nous aurions un texte intitulé Ether. Si je l’avais su six mois avant, peut-être ne l’aurais-je pas écrit.

 

Votre démarche n’est-elle pas empreinte de la nostalgie d’un monde disparu ?

Absolument pas. Il ne faut pas me prêter de mélancolie latente, ou une volonté de reconstitution passéiste. Je me sens plutôt proche de Pierre Michon et de Pierre Bergougnioux.

Non, non, il existe une violence des mutations technologiques. C’est une interrogation sur ce présent sismique.

Dans ces textes, il y a une relation entre l’imaginaire et le support matériel. Je pense qu’il y a une ambivalence en tension entre les souvenirs et les résultats de mon enquête sur les objets (les photos sur ebay, les discussions sur les forums,…).


Vous écrivez : « Le monde des objets s’est clos. Le livre qui va vers eux ne cherche pas à les faire revivre. Il est la marche vers ce qui, en leur temps, permettait de les traverser. « 

Oui, ce faisant, je ne cherche pas à faire revivre ces objets mais à les resituer dans l’Histoire.