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Le jeu de l’ange de Carlos Ruiz Zafon

18.08
2013

le jeu de lange« Un écrivain n’oublie jamais le moment où, pour la première fois, il a accepté un peu d’argent ou quelques éloges en échange d’une histoire. » (incipit, p. 11)

Carlos Ruiz Zafon utilise le « je », la première personne du singulier, pour favoriser l’identification du lecteur au jeune narrateur alors âgé de dix-sept ans. D’emblée, David Martin raconte dans ce premier chapitre « le soir qui devait changer le cours de ma vie » (p. 12), c’est-à-dire le défi lancé par son patron au journal, défi qu’il relève haut la main, celui d’écrire une bonne histoire : « d’après Vidal, vous ne seriez pas si mauvais que ça » (p. 13). Pour ce faire, il invoque une image pour l’inspirer. A partir de ce moment, ses feuilletons d’histoires sombres font la joie des lecteurs du journal, avant que la jalousie de ses collègues ne le pousse vers la porte. Qu’à cela ne tienne, « L’envie est la religion des médiocres. » (p. 24), et Vidal, son bienfaiteur, lui trouve des éditeurs pour le lancer dans une carrière d’écrivain à succès sous pseudonyme. Arrive une mystérieuse enveloppe scellée par un cachet de cire avec un ange, l’invitant à un curieux rendez-vous d’initiation sexuelle assez inquiétante, un cadeau de la part d’un éditeur, semble-t-il. Mais quand David Martin y retourne peu de temps après, le lieu n’existe plus depuis belle lurette, et tout semble avoir été reconstitué de toutes pièces pour lui seul, dans un décor proche de l’atmosphère de ses romans. La saveur de cette initiation lui fait songer à celle qui occupe toutes ses pensées, Cristina Sagnier, la fille du chauffeur de Vidal, lequel bien sûr l’épousera, ce qui séparera le narrateur de son bienfaiteur…

Passée la première page, qui joue à la perfection son rôle d’attrape-lecteur, j’avais bien envie de… ne pas poursuivre.

Certes, il est normal que ce cinquième roman de Carlos Ruiz Zafon (publié n 2008 en Espagne, en 2009 en France) exploite la même thématique que dans L’Ombre du vent, son quatrième roman, puisqu’il constitue le second volet de cette trilogie du Cimetière des livres oubliés. Mais cela n’est pas bien différent non plus de Marina, que je viens de lire. Une pointe de surnaturel pour tenir en haleine, un Méchant pour faire peur, souvent les mêmes ficelles (d’ailleurs on retrouve une allusion à des pantins à un moment donné, dans la vieille maison près du parc Güell, sans donner d’explication, après les horribles marionnettes de Marina), du pathos en vois-tu en voilà, des séquences émotion à la pelle. La recette est censée marcher à chaque fois, mais là j’avoue avoir ma dose, d’autant que le dénouement me semble quelque peu bancal. Page 299 c’est même la deuxième fois (cf. Marina) que CRZ nous fait le coup de la jeune fille amoureuse écrivant sur le héros sans qu’il sache quoi exactement.

Alors pourquoi ai-je lu les 666 pages de ce best-seller ? Justement par curiosité à la fois pour ses techniques d’écriture, dont il a l’ironie de nous distiller quelques recommandations au fil du récit, pour ce mystère de l’éditeur doublé du mystère de cette maison, et enfin pour ce fameux livre d’une religion-somme. Or ces trois sources d’intérêt se sont terminées de façon un peu décevantes. Le mystère de la maison et celui du fameux livre ont été vite éventés, peu délayés, et auraient pu ne faire qu’un avec celui de l’éditeur : j’avais un autre horizon d’attente, celui d’une nouvelle Bible pour convertir les hommes dont les prêtres seraient à présent des vampires qui recueilleraient leur sang pour en faire du vin pour le Diable, qui aurait séjourné dans cette maison. Voilà ma fin à moi, dans l’esthétique du roman quasi-gothique. Bon, vous l’aurez compris, je n’en lirai pas d’autre de lui : quand on en a lu un, on les a tous lus !

Jacques Sternberg ou l’oeil sauvage de Lionel Marek

06.08
2013

loeilsauvageAurait-il mieux valu que cette biographie fût publiée avant mon essai Jacques Sternberg : une esthétique de la terreur ? Tout est dit, les espaces laissés blancs par l’ère anté-net et par ses biographies successives sont recouverts à présent par ce vibrant hommage d’un fils à son père disparu, faisant, en l’achevant, une seconde fois son deuil, après avoir redécouvert pour le préparer l’intégrale de son père dans sa chronologie. Jean-Pol Sternberg, alias Lionel Marek, pseudonyme imposé par son père quand lui aussi embrasse la vocation d’écrivain, nous invite ainsi à suivre le parcours de combattant de Jacques Sternberg, d’abord en tant qu’adolescent juif à travers la seconde guerre mondiale à laquelle il survit, puis échec après échec sur la longue route pour se faire publier et accéder à la notoriété.

A propos du Raccourci : « L’auteur n’a que 25 ans, et déjà une telle sombre violence ! La guerre est passée par là. Avant de devenir un personnage littéraire harcelé par la sournoise malveillance des décors du quotidien, il aura été un Juif traqué par des êtres humains hostiles. Sternberg est sans doute belge, il sera également marqué par une certaine culture américaine, mais il demeure avant tout un Juif marqué par son passé à lui, jusqu’à se projeter dans un antihéros torturé par un délire de persécution hallucinatoire, une amplification pathologique de ce qui incarnait la qualité suprême de l’écrivain – la lucidité, ce qu’il appellera plus tard « l’oeil sauvage ». »(p. 82)

Il analyse, ce faisant, la thématique et l’écriture de Jacques Sternberg au fil de son œuvre, sans jamais glisser vers la flatterie. Il en distingue cinq registres principaux : une science-fiction libertaire de portée satirique sur la société, un fantastique quotidien et un « insolite onirique surréalisant » empreints d’humour noir, un non-sens paroxystique, des histoires d’amour tragique assez classiques, et une dérive autofictionnelle prégnante. Envers et contre les lecteurs et critiques, dont il ressort des archives les avis publiés, il lui trouve plus de génie dans ses pamphlets – Lettre ouverte aux Terriens – et dans sa création romanesque, poussant au paroxysme le non-sens et décomposant temps et espace d’une manière tout à fait novatrice, qu’en tant que maître du conte bref, même s’il déclare quelques coups de cœur comme Le Rideau, Le Délégué ou Si loin du monde :

« (…) contrairement à ce que beaucoup prétendent, le sommet de l’oeuvre de Sternberg ne culmine pas dans ses textes les plus concis, mais dans ses romans les plus novateurs. » (p. 108)

Il marque ainsi une nette préférence pour sa trilogie marquée du sceau du non-sens, L’Employé (1958), « bombe » antiromanesque, Un jour ouvrable (1961), dystopie mettant en scène une société totalitaire, et Attention, planète habitée (1970), mais également pour Le Navigateur (1977), « gigantesque fantasme » poétique, et pour Agathe et Béatrice, Claire et Dorothée (1979), à « l’improbable organisation temporelle ».

Une biographie passionnante, qui ne peut qu’inciter éditeurs et lecteurs à lire et à ressusciter les textes précités, et redécouvrir l’écrivain original que fut Jacques Sternberg.

 

MAREK, Lionel. – Jacques Sternberg ou l’oeil sauvage. – Lausanne : L’âge d’homme, 2013. – 363 p.. – EAN 13 9782825142639 : 23 €.

Tableau de Paris sous la Commune de Villiers de l’Isle-Adam

17.05
2013

tablodeparisvia« Ainsi l’esclave, marqué au front du signe de l’exil, des pontons, de l’échafaud et des colonies lointaines, l’esclave-peuple a déclaré son droit à la vie et au soleil. » (p. 54)

Qui aurait pu croire qu’Auguste Villiers de l’Isle-Adam, aristocrate catholique, aurait pu s’intéresser d’aussi près à la Commune et même prendre parti pour ces gens du peuple paralnt de liberté et de fraternité comme d’une « religion nouvelle » ? On a pourtant toutes les raisons de penser que ce texte, qui n’a jamais été signé de son nom, est bien de lui, d’où son insertion dans ses œuvres en Pléïade, malgré de nombreuse réserves. A cette lecture, on se surprend à penser que l’auteur du fascinant L’Eve future et des remarquables Contes cruels, n’était à coup sûr catholique que par convenance sociale, et qu’il aurait volontiers troqué sa condition d’aristocrate désargenté pour pouvoir lui aussi ressentir toute l’exaltation d’une révolution en marche. Ce texte poétique montre combien il comprenait les Communards et partageait leur rêve d’une nation meilleure et plus juste. Hélas comment cela se termina, et Auguste Villiers de l’Isle-Adam s’empressa de retourner sa veste pour garder la vie sauve. Il n’empêche : cet épisode biographique contribue à le faire encore monter dans mon estime.

 

 

VILLIERS DE L’ISLE-ADAM, Auguste. – Tableau de Paris sous la commune. – Sao Maï, 2011. – 103 p.. – EAN13 9782953117615

Acheté à la librairie indépendante Terra Nova de Toulouse. 

 

 

Le petit Larousse des grands écrivains français

18.01
2013

 

cop. Larousse

De Tristan et Iseult à Le Clézio, ce Petit Larousse des Grands Écrivains français aborde 75 écrivains et poètes majeurs de la littérature française : cinq pour le Moyen Âge, autant pour le XVIe siècle, le double pour le XVIIe siècle, neuf pour le suivant, le double pour le XIXe siècle, et vingt-huit pour le seul XXe siècle. Pour chaque auteur présenté, cet ouvrage relié propose quatre pages relatant sa vie et une ou deux oeuvres, enrichies de photographies, reproductions, anecdotes et extraits emblématiques, comme Zola, qui mourut asphyxié chez lui, probablement victime d’un accident criminel commis par un antidreyfusard. En fin d’ouvrage : lexique et repères chronologiques.

Un bien bel outil pédagogique, agréable à consulter, pour les collégiens voire les lycéens.

 

MORY, Catherine. - Le petit Larousse des grands écrivains français. – Larousse, 2012. – 320 p. : ill. en coul. ; 25 cm. – (Le Petit Larousse de…). – EAN 9782035861030 : 25,50 €.

 


François Bon

20.10
2012

cop. SL

 

Mercredi 17 octobre 2012, la librairie Les Temps modernes d’Orléans accueillait François Bon, à l’occasion de la parution de son Autobiographie des objets.

Exit l’habituelle table qui sépare l’écrivain de son public.

Exit la posture d’un auteur habitué à ce genre de rendez-vous.

Exit le livre à la main pour lire à voix haute quelques extraits.

D’emblée, l’auteur nous avoue que ce genre de rencontre le met mal à l’aise, qu’il se souvient de sa première venue à la librairie, et de ce face à face intimidant du premier étage. Et, quand il obéit à l’invite de notre libraire à lire quelques extraits, c’est son i-pad qu’il dégaine, avant de saisir peu après son macbook air.

Il se dit peu bavard, avare de ses mots en public : c’est tout le contraire qui va se produire. Nulle question de réelle interview cette fois : l’auteur saute d’une idée à une autre, y revient, repart, et, finalement, peu de questions lui seront posées. Mais s’il fallait trouver une trame à son discours, voici celles qui auraient pu lui être posées :

D’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

J’ai écrit mon premier texte après un cours de science-po. Je voyais tous ces portables que ces étudiants avaient en leur possession, dont ils connaissaient la possibilité de stockage d’images, par exemple, mais auxquels ils étaient peu attachés, ces objets de toute dernière technologie étant très vite périssables.

Et puis, avant, on visualisait qui les avait fabriqués, ces objets.

Je l’ai écrit aussi dans la suite logique de Après le livre, qui évoquait les six mutations irréversibles du support et des professions liées à l’écrit.

Et enfin, je l’ai écrit car ma mère commence à perdre la mémoire et à accepter l’idée de partir en maison de retraite, et c’est elle qui m’a aidé à dater l’apparition de tous ces objets dans ma vie, à se souvenir si la machine à laver était apparue avant le réfrigérateur à la maison, si c’était pendant la guerre d’Algérie.

 

Quels modèles vous ont inspiré ? Pérec ?

Je me situe dans la lignée de Ponge surtout (années 40), de Pérec aussi avec Les Choses qui a suivi sa voie en 1965, et puis de L’Invention du quotidien de Michel de Certeau.

J’ignorais complètement que Philippe Claudel allait publier aussi 63 textes autobiographiques (mon ouvrage en compte 64 !) mais en partant des odeurs et non des objets. Et que tous deux nous aurions un texte intitulé Ether. Si je l’avais su six mois avant, peut-être ne l’aurais-je pas écrit.

 

Votre démarche n’est-elle pas empreinte de la nostalgie d’un monde disparu ?

Absolument pas. Il ne faut pas me prêter de mélancolie latente, ou une volonté de reconstitution passéiste. Je me sens plutôt proche de Pierre Michon et de Pierre Bergougnioux.

Non, non, il existe une violence des mutations technologiques. C’est une interrogation sur ce présent sismique.

Dans ces textes, il y a une relation entre l’imaginaire et le support matériel. Je pense qu’il y a une ambivalence en tension entre les souvenirs et les résultats de mon enquête sur les objets (les photos sur ebay, les discussions sur les forums,…).


Vous écrivez : « Le monde des objets s’est clos. Le livre qui va vers eux ne cherche pas à les faire revivre. Il est la marche vers ce qui, en leur temps, permettait de les traverser. « 

Oui, ce faisant, je ne cherche pas à faire revivre ces objets mais à les resituer dans l’Histoire.

 

Littérature : textes théoriques et critiques

05.10
2012

 

cop. Nathan université

 

100 textes d’écrivains et de critiques classés et commentés par Nadine TOURSEL et Jacques VASSEVIERE, agrégés de lettres modernes.

C’est la rentrée pour les étudiants : l’occasion de vous présenter un ouvrage qui m’a été très utile lors de la préparation d’examen en lettres, il y a plus d’une quinzaine d’années.

Clair et concis, Littérature : textes théoriques et critiques classe en effet en huit parties les textes indispensables à la résolution des grandes problématiques qui se posent sur l’oeuvre littéraire :

- Qu’est-ce qu’un oeuvre littéraire ? : spécificité du texte littéraire, les critères de qualité, l’oeuvre et le réel.
- L’expérience de l’écrivain : la création littéraire, l’écriture et ce qui s’y joue, l’homme et l’oeuvre.
- L’oeuvre et ses lecteurs : qu’est-ce que lire ?, l’oeuvre et son public, le destin de l’oeuvre. Qu’est-ce qu’un classique ?
- Structures du récit : modes du récit, temps et espace, le personnage, la description.
- Le roman : le roman en procès, roman et réel : le réalisme en question, roman et récit, roman et personnage.
- La poésie : le langage poétique, la création poétique, lire un poème, fonction de la poésie.
- Le théâtre : la communication théâtrale, la mise en scène, les fonctions du théâtre.
- Fonctions de la littérature : littérature et morale, littérature et politique : la question de l’engagement, littérature et culture.

Une introduction ouvre chacune des parties de ces différentes problématiques, suivie d’une présentation claire et synthétique de trois à cinq textes de théoriciens, d’universitaires ou d’écrivains. De quoi donner une vision d’ensemble des oeuvres indispensables à la compréhension du questionnement posé, et surtout de donner envie de les lire !

Un ouvrage de référence pour les étudiants en lettres.

Mémoires d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir

30.09
2012

 

Lecture-plaisir in situ

Titre peu aguicheur s’il en est, les Mémoires d’une jeune fille rangée s’inspirent du titre d’un roman de Tristan Bernard, publié en 1899, qu’il féminise.

C’est en fait le premier volet du récit autobiographique de Simone de Beauvoir, qui nous décrit là les vingt et une premières années de sa vie, de sa toute petite enfance jusqu’à la réussite en 1929 de son agrégation de philosophie et la mort de sa meilleure amie.

Rangée de par l’éducation que l’on réserve aux jeunes filles de l’époque, promises à des mariages arrangés, Simone de Beauvoir ne le sera pas longtemps : le fait que sa famille bourgeoise soit désargentée va lui permettre de poursuivre ses études pour embrasser la carrière d’enseignante, au prix de la gêne et de l’incompréhension de ses parents réactionnaires.

Servi par une belle qualité d’écriture, ce récit relatant la construction de l’identité de cette grande figure intellectuelle du 20e siècle m’a définitivement séduite.

Cette révolution intérieure passe d’abord par la lecture d’ouvrages littéraires et philosophiques autorisés par le père, puis prohibés, prêtés par son complice, le cousin Jacques, qu’elle adule. Cette rencontre livresque se double ainsi d’une rencontre de personnes qui vont durablement l’influencer : son cousin, dont elle est longtemps amoureuse, Zaza, sa meilleure amie au cours Desir, et enfin Herbaud, grâce à qui « le Castor » fera la connaissance de Jean-Paul Sartre.

Lecture-plaisir in situ 2 (in situ 3 : vous verriez le Mont-Blanc en arrière-plan)

 

Plus que toute autre crise d’adolescence, la construction identitaire de Simone de Beauvoir passe par son opposition au modèle véhiculé par son milieu familial et par les cours Desir régis par les nonnes. Alors que son père épouse les idées de l’Action française, elle pense à s’engager pour lutter contre l’injustice, et cache à son entourage qu’elle ne croit plus en Dieu. A la vue de toutes ses amies et cousines contraintes d’épouser le mari que leurs parents ont choisi pour elles, elle se révolte également contre ce joug qui bride leur personnalité et les destine à un rôle d’épouse et de mère, annonçant dès lors Le Deuxième sexe, qui influencera durablement le mouvement féministe.

« Papa disait volontiers : « Simone a un cerveau d’homme. Simone est un homme. » Pourtant on me traitait en fille. Jacques et ses amis lisaient les vrais livres, ils étaient au courant des vrais problèmes (…) Ils avaient pour professeurs des hommes brillants d’intelligence qui leur livraient la connaissance dans son intacte splendeur. Mes vieilles institutrices ne me la communiquaient qu’expurgée, affadie, défraîchie. On me nourrissait d’ersatz et on me retenait en cage.

Je ne regardais plus en effet ces demoiselles comme les augustes prêtresses du Savoir mais comme d’assez dérisoires bigotes. » (p. 161)

Le récit de ces destins brisés, celui de son cousin Jacques comme celui de son amie Zaza, lui permet en quelque sorte de leur rendre hommage, de révéler à la postérité qui ils auraient pu être, et comment l’étau de l’obéissance familiale a pu détruire leur belle individualité, et parfois leur amour.

Aussi, très tôt, elle décide justement de ne pas s’emprisonner dans le carcan du mariage, mais de consacrer sa vie à une grande oeuvre :

 

« Si j’avais souhaité autrefois me faire institutrice, c’est que je rêvais d’être ma propre cause et ma propre fin ; je pensais à présent que la littérature me permettrait de réaliser ce voeu. Elle m’assurerait une immortalité qui compenserait l’éternité perdue ; il n’y avait plus de Dieu pour m’aimer, mais je brûlerais dans des millions de coeurs. En écrivant une oeuvre nourrie de mon histoire, je me créerais moi-même à neuf et je justifierais mon existence. En même temps, je servirais l’humanité : quel plus beau cadeau lui faire que des livres ? Je m’intéressais à la fois à moi, et aux autres : j’acceptais mon « incarnation » mais je ne voulais pas renoncer à l’universel : ce projet conciliait tout ; il flattait toutes les aspirations qui s’étaient développées en moi au cours de ces quinze années. » (p. 187)

Beaucoup aimé - Livre de chevet

 

Combien de fois me suis-je clairement identifiée à elle durant ce long témoignage autobiographique ! Sans aucun doute, une lecture marquante.

Une lecture édifiante aussi, qui, non contente d’éclairer la trajectoire de cette grande figure intellectuelle, peut conforter la voie de jeunes lecteurs / lectrices.