Mots-clefs ‘dieu’

Godman de Jonathan Munoz

18.04
2018
cop. Fluide glacial

cop. Fluide glacial

 

Qui n’a pas rêvé d’être indestructible, immortel, capable de voler ? Pourtant cela n’a pas l’air du tout de plaire à Dieu, devenu adolescent sur Terre, qui se retrouve seul au monde, après qu’un allumé suicidaire a fait exploser une bombe le jour de son anniversaire. Sans famille, ni ami ni petite amie, blasé de tout, Dieu ne s’attache à personne, fuyant la foule qui l’idolâtre. Un jour, son chemin croise la fille de Cathy, une journaliste, que des malfrats pensent être sa fille et enlèvent…

Un album jeunesse qui critique avec humour le fanatisme de tout bord.

MUNOZ, Jonathan

Godman : Au nom de moi

Fluide glacial, 2018

47 p. : ill. en coul.

EAN 9782378780173 : 14,50 €

Dieu et l’Etat ** de Michel Bakounine (1882)

08.05
2010

« Trois éléments ou, si vous voulez, trois principes fondamentaux constituent les conditions essentielles de tout développement humain, tant collectif qu’individuel dans l’histoire :

1°) l’animalité humaine

2°) la pensée

et 3°) la révolte.

A la première correspond proprement l’économie sociale et privée ; à la seconde, la science ; à la troisième, la liberté.« (p. 7)


La première constitue le point de départ de l’humanité, laquelle « est en même temps et essentiellement la négation réfléchie et progressive de l’animalité dans les hommes. » (p. 9)


On peut en trouver des preuves dans les mythes bibliques, inspirées selon Bakounine par la sagesse et la fantaisie humaines. Ce dernier en profite pour fustiger la croyance en ses mystères, inexplicables car absurdes, qui puise ses sources dans la condition sociale misérable de l’individu dans la société, historiquement les esclaves et les femmes en premier, et une habitude mentale et morale prenant très tôt le dessus sur le bon sens.


Ainsi les hommes, esclaves de Dieu, le sont aussi pour l’Eglise et l’Etat, qui ne sont alors pas encore séparés. Car « toutes les religions sont cruelles », nous rappelle Bakounine, « car toutes reposent principalement sur le principe du sacrifice, c’est-à-dire sur l’immolation perpétuelle de l’humanité à l’inextinguible vengeance de la Divinité. (…) l’homme est toujours victime, et le prêtre, homme aussi mais homme privilégié par la grâce, est le divin bourreau«  (p. 27) recueillant ses aveux, le châtiant, le condamnant ou l’excommuniant. Elles dénigrent l’humanité et glorifient la divinité, tout comme nombreux sont les prêtres catholiques et protestants qui prêchent la doctrine de la chasteté, de l’abstinence et de la renonciation, et qui démentent leur doctrine par leur exemple.


Or, raisonne Bakounine,

« si Dieu est, l’homme est esclave ; or l’homme peut, doit être libre, donc Dieu n’existe pas. » (p. 26)

Il faudrait, propose Bakounine, transformer toutes les églises et les temples dédiés à la gloire d’un Dieu et à l’asservissement des hommes, en autant d’écoles d’émancipation humaine.

(n.b. personnel : et pourquoi pas en bibliothèques, ces lieux invitant au silence et à la méditation ?)

Il faudrait à ce propos que « le principe de l’autorité, dans l’éducation des enfants, constitue le point de départ naturel ; il est légitime, nécessaire, lorsqu’il est appliqué aux enfants de bas âge », et « doit s’amoindrir graduellement à mesure que leur éducation et leur instruction s’avancent, pour faire place à leur liberté ascendante. »

« Le but final de l’éducation ne devant être que celui de former des êtres libres et pleins de respect et d’amour pour la liberté d’autrui. » (p. 39).


Nonobstant, il se garde bien aussi de mettre la science sur un piédestal et de faire siéger des savants dans un gouvernement.


Ni Dieu, ni maître, telle est la devise de Bakounine qui repousse « toute législation, toute autorité et toute influence privilégiée, patentée, officielle et légale, même sortie du suffrage universel, convaincu qu’elles ne pourront tourner jamais qu’au profit d’une minorité dominante et exploitante, contre les intérêts d’une immense majorité asservie. Voilà dans quel sens nous sommes réellement des anarchistes. »

C’est Elisée Reclus qui publia en 1882 ce manuscrit, après la mort de Bakounine en 1876, désormais devenu célèbre pour la virulence de ses attaques contre les religions et l’Etat. C’est du reste ce qui synthétise le mieux les discours de ce chef de file de la pensée anarchiste.

Pour lui, en effet, l’État doit être aboli dès le début du processus révolutionnaire, afin qu’une nouvelle minorité ne vienne pas remplacer la précédente.


C’est en cela que Bakounine, dont les idées vont inquiéter Marx au point de vouloir le discréditer et de le faire exclure de l’Internationale, va se montrer d’une lucidité visionnaire, par rapport aux dictatures communistes qui vont suppléer aux gouvernements qu’elles auront renversés. De même, Bakounine se méfie déjà de l’Allemagne, « systématiquement envahissante, conquérante »,« devenue une menace, un danger pour la liberté de toute l’Europe. » (p. 51).

Enfin, le refus de toute transcendance, qu’elle soit métaphysique ou religieuse, constitue pour lui la condition première de la liberté de l’esprit. Il y a du coup peu de grands hommes que Bakounine respecte, si ce n’est Mazzini, Michelet, Quinet, John Stuart Mill.

Un pamphlet édifiant, qui n’a hélas pratiquement pas pris de ride !

Chronologie biographique et repères bibliographiques en fin d’ouvrage.



BAKOUNINE, Michel. – Dieu et l’État / postface « Ni Dieu ni maître » de Joël Gayraud. – Mille et une nuit, 2010. – 119 p.. – ISBN 978-2-84205-074-0 : 3 euros.


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