Mots-clefs ‘danse’

Medea de Pascal Quignard

29.05
2017
cop Ritournelles

cop Ritournelles

Medea, c’est d’abord un spectacle produit en 2010, d’une durée de 45 minutes, au Festival Ritournelles à Bordeaux. A gauche le musicien Alain Mahé, qui improvise à genoux, à droite, Pascal Quignard lit son texte assis à une table éclairée par une lampe de chevet, puis se retourne pour contempler, fasciné, la danseuse de bûto Carlotta Ikeda, qui devient Médée la magicienne, la mère meurtrière. L’infanticide est suggéré plus que montré. La décision monte en elle, comme une pulsion sexuelle de la mort, dans un temps arrêté, prêt à bondir vers le déchirement, la souffrance.

La rencontre entre Pascal Quignard et Carlotta Ikeda semblait évidente, tant les thèmes de l’un et de l’autre sont proches : le silence, le retour aux origines, la mort et le sexe.

Pascal Quignard nous livre sa propre version de Médée, à ce moment crucial où elle s’apprête à tuer ses propres enfants.

Ecoeurée par la trahison de Jason, pour qui elle a tout quitté, et même tué son frère, Médée, après avoir enflammé sa rivale avec les onguents qu’elle sait préparer, s’interroge : qu’est-ce qui pourrait le plus faire souffrir Jason ? Quelle pourrait être la pire vengeance, si ce n’est tuer la chair de sa chair, les enfants qu’ils ont eus ensemble ?

Contrairement au Meursault de Camus, Pascal Quignard nous montre une Médée à la colère froide, qui pré-médite son infanticide. Sa prose poétique réussit alors à être d’une cruauté étincelante, d’une beauté mortelle, tant par le choix des mots que par son rythme et sa concision. Un texte magnifiquement terrifiant. On est loin du Choix de Sophie ou des Autres, variations autour de ce mythe romanesque au diable. Qu’y a-t-il en effet de pire que de tuer ses propres enfants ? Beau et effrayant.

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

Il était une fois dans l’est : tome 1 de Julie Birmant et Clément Oubrerie

24.05
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

« Il était une fois dans l’est » : non, il ne s’agit pas d’un western spaghetti, mais du biopic d’Isadora Duncan, célèbre danseuse contemporaine, à travers sa relation avec de Serge Essenine, poète russe. J’étais donc complètement passée à côté de ce nouveau biopic d’une femme célèbre, et qui plus est d’une danseuse dont j’avais commencé à écrire le scénario, tant sa vie fut à la fois passionnante et tragique !

Ce premier tome commence par la fin tragique d’Isadora pour ensuite directement passer à l’été 1923 avec Serge Essenine et revenir sur les débuts de leur relation, soudaine et passionnée. Ayant lu l’autobiographie d’Isadora Duncan et de nombreux témoignages sur elle, j’avoue être passablement déçue par cette entrée en matière. Je veux bien croire que l’éditeur ait pensé, à tort ou à raison, que les noms d’Isadora Duncan et de Serge Essenine étaient inconnus du grand public, et qu’il fallait attirer le chaland en le faisant rêver d’exotisme venu du Nord et de passion, mais tout de même, je reconnais là bien mal l’image que je m’étais faite d’Isadora Duncan, danseuse inspirée des déesses grecques ! La mise en double page, hors cases, de sa danse, aérienne, rend seule hommage à sa danse, pour l’instant. Quel dommage !

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

 

Brins d’herbe de Carolyn Carlson

14.05
2017
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

Dans sa préface, Carolyn Carlson (née le 7 mars 1943), chorégraphe, danseuse, poète et calligraphe, explique que peu de mots suffisent à exprimer l’essentiel, et que le haïku constitue l’un des moyens, comme la danse, d’appréhender notre « être ici-et-maintenant ».

Des haïkus qui sonnent comme des définitions de danseuse et chorégraphe :

« L’intention c’est l’action de mon corps

la mémoire c’est la demeure de mon âme

la création c’est mon coeur agrandi. »

comme une transmission :

« Si tu ne devais laisser ni parole

ni rien de ce qui se possède

ta vie à elle seule aura été témoignage

respirer pour s’approprier un lieu. »

ou comme un message d’amour :

« Longtemps j’ai porté avec moi

ce livre vide

aujourd’hui je le remplis de toi. »

Même si j’ai été peu sensible à ses textes, j’avoue que ce recueil bilingue qui alterne l’écriture manuscrite de Carolyn Carlson avec la traduction de ses haïkus en français et de la calligraphie, a de quoi séduire. 

 

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

 

Philosophie de la danse de Paul Valéry

12.05
2017
cop. Allia

cop. Allia

 

Paul Valéry prévient aussitôt son lecteur :

« il faut vous résigner à entendre quelques propositions que va, devant vous, risquer sur la Danse un homme qui ne danse pas. »

Car, selon lui,

« Toute époque qui a compris le corps humain, ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment de mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la Danse. » (p. 10), ce qui explique son intérêt pour la danse et l’essai qui va suivre.

Il amorce alors une première définition :

« C’est que la Danse est un art déduit de la vie même, puisqu’elle n’est que l’action de l’ensemble du corps humain ; mais action transposée dans un monde, dans une sorte d’espace-temps qui n’est plus tout à fait le même que celui de la vie pratique. » (p. 10-11).

Après avoir passé en revue quelques occupations ou mouvements d’animaux qui ne peuvent pas passer pour de la danse, il revient sur la relative oisiveté de l’être humain, qui s’attache à des passe-temps inutiles, comme l’art de danser :

« L’homme est cet animal singulier qui se regarde vivre, qui se donne une valeur, et qui place toute cette valeur qu’il lui plaît de se donner dans l’importance qu’il attache à des perceptions inutiles et à des actes sans conséquence physique vitale. » (p. 16).

Pour mieux le définir ensuite, Paul Valéry finit par décrire l’état du danseur :

« Il observe que ce corps qui danse semble ignorer ce qui l’entoure. Il semble bien qu’il n’ait affaire qu’à soi-même et à un autre objet, un objet capital, duquel il se détache ou se délivre, auquel il revient, mais seulement pour y reprendre de quoi le fuir encore… «  (p. 27)

Cet objet capital, c’est le sol, vers lequel il revient toujours, gouverné par les lois de la pesanteur dont il essaie de s’arracher.

Et l’esprit dans ce corps qui danse ne voit rien de ce qui l’entoure, il n’est attentif qu’à ce qui se passe à l’intérieur.

Aussi, pour Paul Valéry, la danse constitue « une poésie générale de l’action des êtres vivants ».

Dans ce si joli petit livre, Paul Valéry nous livre une tentative de définition de la danse avec laquelle je suis en accord, dans la mesure où il la caractérise tout à la fois en lien avec la vie intérieure, le sol et la poésie. Inutile au processus vital comme tout autre art, la danse s’apparente au mouvement poétique, comme elle peut provoquer une sorte de transe (techno, danse africaine, les derviches tourneurs) jusqu’à l’épuisement des forces.

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

 

Vous dansez ? de Marie Nimier

02.05
2017
cop. Folio

cop. Folio

C’est très mauvais signe : je suis incapable de me rappeler  la moindre nouvelle qui compose ce recueil, alors que je l’ai lu il y a deux semaines.

Et pourtant neuf nouvelles composent ce recueil, pas forcément d’ailleurs dans l’écriture du corps en mouvement, si compliquée, si évanescente, mais plutôt souvent hors contexte, dans l’anecdotique, dans cette vie intérieure qui anime les danseuses, dans ce qui entoure ce mouvement et qui fait la vie de ces danseuses, leur vie amoureuse, leur vie médiatique, leur vie familiale, le deuil impossible d’une soeur.

Ces monologues intérieurs ont pu inspirer des phrases chorégraphiées, qui eux-mêmes mettent en branle des écritures protéiformes.

Accordons donc à ce recueil le bénéfice du doute : il a le droit de ne pas avoir été lu au bon moment, à l’heure de la sieste.

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

 

Le bal (1983)

31.12
2013

Dernier Mardi ciné de l’année 2013 : dansons !


Sortie en salle : 1983

Réalisation : Ettore Scola

Idées et scénario : Jean-Claude Penchenat, Ruggero Maccari, Furio Scarpelli, Ettore Scola.

L’histoire

Des femmes, plus de la toute première jeunesse, entrent dans la salle de balle et, l’une après l’autre, se mire dans la glace avant de s’assoir autour de la piste. A leur suite, des hommes entrent en scène.

Cinquante ans avant, on retrouve les mêmes danseurs, ces mêmes couples qui se font et se défont. Passent successivement le Front populaire, la Guerre, l’arrivée du jazz et du rock, Mai 68, le disco…

L’analyse
Ce scénario est unique en son genre, non pas parce qu’il ne comporte aucun dialogue, ce qui peut surprendre en effet, mais parce que le personnage principal n’est pas l’un ou plusieurs des danseurs, mais un lieu, la salle de bal elle-même. Après avoir admiré la prouesse et le jeu forcément mimé et suggestif des acteurs faisant davantage songer à du théâtre, on se lasse hélas un peu…
A voir par curiosité, une fois.

Charleston de Loisel et Tripp

30.01
2013

cop. Casterman

 

Mercredi, c’est bande dessinée !

Alors qu’elle héberge chez elle les frères Latulippe, Marie a une liaison avec Ernest, bien plus à son goût depuis que Serge lui a soufflé de se couper la barbe. Son frère a tôt fait de l’imiter ! Pendant ce temps, au village, les robes provenant de Montréal font fureur : Philomène se propose de reproduire des modèles, tandis que Marie apprend à tout le monde à danser le charleston, qui en oublie d’élire un maire pour leur bonne paroisse. Rien ne va plus à Notre-Dame-des-lacs !

Marie a ramené avec elle non seulement la modernité de Montréal, sa mode et sa nouvelle danse, mais aussi des moeurs plus légères, et un appétit de danser et de vivre terriblement contagieux. La série s’écoule tout en rondeurs, sans grosse surprise, mais reste un véritable plaisir !

Vous pouvez aussi jeter un oeil au site officiel de Régis Loisel.

Retrouvez dans Carnets de SeL les chroniques de :

1. Marie

2. Serge

3. Les hommes

4. Confessions

 

Charleston / sur un thème de Régis Loisel ; scénario et dialogues, Régis Loisel & Jean-Louis Tripp ; dessin, Régis Loisel & Jean-Louis Tripp ; adaptation des dialogues en québecois, Jimmy Beaulieu ; couleurs, François Lapierre. – Casterman, DL 2009. – 84 p. : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 32 cm. – (Magasin général ; 7). - ISBN 978-2-203-03219-4 : 14 €.
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