Mots-clefs ‘crime’

Elsa : le danseur de Makyo et Faure

16.08
2017
cop. Glénat

cop. Glénat

Lalie et sa fille, Elsa, sont séquestrées dans la cave d’une secte par Benoit, un tueur professionnel engagé par Cassina, endetté, qui recherche des toiles représentant une enfant qui manquent à la collection Zystein. Alors que son mari et le commissaire cherchent à les sortir de ce mauvais pas, Elsa ressent le besoin de peindre pour s’extérioriser et réussit à sortir…

Un dessin un peu daté maintenant pour un scénario chétif, sauvés par le mystère qui entoure et les toiles et cette enfant-peintre, Elsa…

A quoi tu penses ? * de Moynot (2000)

12.01
2011

A quoi tu penses ? A quoi pensent Martin, Audrey, et puis Karin ? Sortie de prison, Audrey est tombée amoureuse de Martin, jeune, beau, musclé et bien monté, qu’elle entraîne dans des larcins plus rémunérateurs. A tel point qu’elle le laisse devenir le gigolo d’une quinquagénaire fortunée, Karin, tout en en crevant de jalousie…

Martin et Audrey sont des orphelins de la vie, deux ex-taulards poussés par le crime par une enfance malheureuse. Martin ne réfléchit pas beaucoup (on peut même dire qu’il n’est pas très fut-fut), même s’il est bien conscient du fait que les femmes le mènent par le bout du nez. Aussi, quand elles lui demandent quelque chose, il prend tout au pied de la lettre…

Un scénario original certes, pour ce drame vécu à travers les pensées de trois personnages narrateurs, mais tout de même un peu glauque, comme d’ailleurs l’était son dernier album Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s’échouer sur nos rivages ? (2006).

À quoi tu penses ? / Moynot. – Tournai : Casterman, 2000. – 86 p. : ill., couv. ill. ; 30 cm. - ISBN 2-203-33483-5 (br.) : 75 F.

Soul man ** de Chauvel et Denys (2010)

21.09
2010

Pittsburgh, Etat de Pennsylvanie, 1964…

Une Cadillac blanche transporte les vingt millions de dollars des cinq plus importants caïds d’Amérique : elle n’est jamais arrivée à destination, et le fric s’est volatilisé sans qu’ils puissent en retrouver la trace dans tout le pays.

Quarante ans plus tard, un jeune blanc fait son entrée au centre correctionnel d’Attica : on le place dans le cellule 701, avec le Soul Man. Autant dire qu’on lui signe son arrêt de mort…

Un scénario astucieux, plein de suspens, autour d’un personnage charismatique intelligent mais asocial, féru de soul autant que du fric et du sang.

Pour tous les amateurs de bons romans et films noirs.

Delcourt, 2010. – 55 p. : ill. en coul. , cm.. – (Le casse). – ISBN :13,95 €.

Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel

22.09
2007

copyright Stock

Dans un village isolé, peut-être en Alsace, vient d’être assassiné l’Anderer, l’autre, celui qui est arrivé un jour tout sourire sans jamais dire son nom. Alors les hommes du village, comme pour se disculper, chargent Brodeck d’une mission, celle de raconter comment tout cela s’est passé, depuis le début, dans un rapport. Mais en rappelant ses souvenirs à lui, Brodeck fait ressurgir aussi, malgré lui, tout un passé qui date de bien au-delà de l’arrivée de cet homme doux mais étrange, un passé ancré dans l’Histoire, dans ce qu’elle a connu de plus inhumain, et dans celle du village, qu’il ne faut surtout pas déterrer…
car

« L’homme est un animal qui toujours recommence. » (p. 185)

« N’oublie pas que c’est l’ignorance qui triomphe toujours, Brodeck, pas le savoir. » (p. 224)

Juste un bémol qui me faisait hésiter à mettre jusqu’à quatre étoiles (fait rarissime) à ce dernier roman de Philippe Claudel, un auteur dont j’apprécie à la fois l’oeuvre et l’homme, simple et discret, pour le peu que j’ai pu le rencontrer, à mon sens son meilleur roman, un roman remuant le passé que l’on repose, sa lecture achevée, triste et révolté :

à cette parfaite maîtrise de l’intrigue, savamment orchestrée, énonçant le meurtre d’un homme dès l’incipit, comme dans Chronique d’une mort annoncée de Gabriel Garcia Marquez, pour ensuite nous imprégner de l’atmosphère de ce village et de son passé dé-peint au grand jour, distillée à petites gouttes au moyen de va et vient temporels, d’hésitations du narrateur entre le réel et la fiction, de réflexions sur le pourquoi, sur ce mélange de peur et de bêtise collectives, sur le pardon, d’interrogations sur l’Histoire comme somme d’expériences particulières, alliant construction réfléchie et souci du détail,concision et justesse du style, il manque juste cette petite pointe d’originalité qui nous aurait fait crier au chef d’oeuvre… mais si vous ne deviez n’acheter qu’un roman français faisant l’actualité de cette année, ce serait bien celui-là ! C’est un bon et beau roman, que dis-je, c’est un très beau roman. Gageons, je l’espère, que Philippe Claudel ne se contentera pas cette fois de figurer parmi les concourables, mais qu’il verra son dernier roman s’orner d’un prix, lequel du coup retrouvera lui-même un peu de son prestige.

Quelques perles au milieu de tant d’autres dont la poésie apaise la noirceur du roman :

« J’ai toujours eu un peu de mal à parler et à dire le fond de ma pensée. Je préfère écrire. Il me semble alors que les mots deviennent très dociles, à venir me manger dans la main comme des petits oiseaux, et j’en fais presque ce que je veux, tandis que lorsque j’essaie de les assembler dans l’air, ils se dérobent. » (p. 47-48)

« Elle avait de grands yeux verts, très beaux, avec des paillettes d’or sur le pourtour de leur iris. Je me souviens d’avoir pensé que les yeux n’ont pas d’âge, et que l’on meurt avec ses yeux d’enfant, toujours, ses yeux qui un jour se sont ouverts sur le monde et ne l’ont plus lâché. » (p. 60)

CLAUDEL, Philippe. - Le rapport de Brodeck. - Stock, 2007. - 400 p.. – ISBN : 978-2-234-05773-9 :21,50 €.
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P.S. : Il a effectivement reçu un prix, celui du Goncourt des Lycéens, le plus cher à mes yeux.
P.S. 2 : Roman dédicacé lors du Salon du livre de Paris le samedi 15 mars 2008.

La grande ourse * de Mario Claudio (2006)

12.10
2006

Titre original : Ursa Maior
Traduit du portugais par Ana Corte-Real et Pierre Léglise-Costa

De sang froid, Henrique, étudiant, tue son ex-fiancée à coups de révolver puis entre dans un commissariat se constituer prisonnier. Qu’est-ce qui l’a poussé à tuer ? En prison il côtoie Gerardo le joueur, Sergio le violeur, Rogerio l’escroc, Cristina le travesti, Albino le trafiquant d’objets d’art, Jorge, l’oiseau de nuit shooté à la belle gueule d’ange. Ils revoient tous, à tour de rôle, leur arrestation, puis se dénoue lentement le film rétrospectif de leur vie antérieure qui les a amené à se retrouver dans cette non-vie voire dans cet enfer, par le biais d’un monologue intérieur.

Sans porter aucun jugement, cet auteur portugais nous narre l’histoire de sept criminels, fort de l’observation réelle de prisonniers dans l’univers carcéral. Il en ressort une forte impression non pas peut-être de sympathie avec les personnages mais de compréhension. Mieux qu’un documentaire, il nous ouvre le coeur et l’esprit de ces hommes qui nous effraient.
CLAUDIO, Mario. - La grande ourse/trad. du portugais par Ana Côrte-Real et Pierre Léglise-Costa. – Métailié, 2006. – 159 p.. – (Bibliothèque portugaise). – ISBN : 2-86424-593-0 : 17 €.
Service de presse

Berlin Alexanderplatz * d’Alfred Döblin (1929)

25.09
2005

Après être sorti de prison pour avoir fait succombé son ancienne compagne sous ses coups, Franz Biberkopf retourne dans le quartier autour de l’Alexanderplatz. Résolu à repartir sur le droit chemin, il côtoie néanmoins les pires voyoux des bas-fonds de ce Berlin des années 1925-1930, échappe de peu à leurs pièges, y laisse un bras et sa compagne…

« Le châtiment va commencer.
Il se secoua, avala sa salive, se marcha sur le pied. Puis, ayant pris son élan, il se trouva assis dans le tramway, au milieu des gens. En avant ! Tout d’abord, ce fut comme chez le dentiste qui vous empoigne une racine avec son davier et qui tire. La douleur augmente, la tête est tout près d’éclater. Il tourna sa figure vers la muraille rouge,
mais le tramway l’emportait, filant le long des rails, et, seule sa tête regardait encore dans la direction de la prison. La voiture fit un virage, des maisons, des voitures s’interposèrent. Des rues bruyantes surgirent ; voilà la rue du Lac. Des voyageurs montent et descendent. En lui, un hurlement plein d’épouvante : « Attention, attention, ça va recommencer ! » Le bout de son nez se glace, ses joues tremblent. Berlin – Midi, B. Z., La Nouvelle Illustration, La T.S.F., dernière édition. » (p. 20)

Publié en 1929, ce roman, le plus célèbre d’Alfred Döblin, fait partie des 100 meilleurs livres de tous les temps sélectionnés par 100 écrivains provenant de 54 pays différents (vous pouvez lire la liste complète sur Evene).

Coupures de presse, pluralité des points de vue, pensées des interlocuteurs, chansons, intertitres, interventions du narrateur, les effets d’annonce et de narration s’enchaînent.
Or, si le style effectivement est résolument moderne pour son époque (beaucoup l’ont comparé au Ulysse de Joyce), il est néanmoins difficile d’en poursuivre la lecture sans être passablement choqué, outré, agacé, surpris par la destinée de son protagoniste (l’auteur a réussi là un coup de maître car il est difficile d’y rester insensible), qui semble s’y confronter comme une bûche emportée par le flot d’un torrent, qui échoue parfois sur la rive, y trouvant une certaine quiétude, avant d’être emportée de nouveau par le cours des événements. D’ailleurs cet anti-héros semble aussi aveugle et borné qu’une bûche : tantôt il gagne la sympathie du lecteur qui perçoit en lui un bon fond, naïf et crédule, tantôt il l’agace, se jetant toujours dans « la gueule du loup », pardonnant trop et mal, ayant peu de discernement, et retournant sa violence non pas sur ses ennemis mais sur ses compagnes.
Alfred Döblin nous offre là la vision tragique d’un homme aux prises avec la fatalité, le récit épique d’un homme ramené inéluctablement au crime. On a pu aussi le comparer à Voyage au bout de la nuit de Céline, publié à la même époque et dont l’action se déroule également autour d’une place, celle de Clichy. Malgré le malaise ressenti à cette lecture, je n’ai pas pu m’en décrocher et ai lu jusqu’au bout ses 626 pages sur ces malfrats, ces prostituées et leurs macs des bas-fonds avinés de Berlin.

Dans l’adaptation cinématographique intégrale et extrêmement fidèle qu’a pu en faire en 1980 Rainer W. Fassbinder, l’anti-héros m’a paru bien moins crédule et naïf, et plus égoïste, prenant son plaisir, de force avec les femmes s’il le faut, tout en voulant se montrer fort pour rester honnête et ne pas replonger dans le vice et le crime, plus désarmé par le monde qui l’entoure, dont il était à l’abri en prison.

Gallimard (Folio).
626 p.
8,60 euros.

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