Mots-clefs ‘condition féminine’

Churchill et moi de Giroud & Cucchi

19.07
2018
cop. Casterman

cop. Casterman

Bledon (Lancashire), 1894. Soutenue par son père et sa tante, Clémentine Harper se lance dans le journalisme dans l’espoir d’attirer l’attention de son voisin, le jeune Winston Churchill, sur sa plume et sur son audace, à défaut d’être de son rang. Après s’être infiltrée dans un asile d’aliénés dont elle réchappe de justesse, ce qui lui fera écrire son premier plus beau papier d’investigation, elle suit le brillant aristocrate en plein conflit en Afrique du Sud et en revient, plus que jamais révoltée…

La pertinence du titre plus accrocheur que le nom d’une illustre inconnue révèle à lui seul tout un pan de l’Histoire qu’il nous faudrait réécrire, une moitié de l’humanité réduite aux coulisses de la sphère publique. Las, depuis peu, les héroïnes sont tellement à la mode que ce sont les hommes qui en écrivent la biographie ! De quoi encore s’interroger… Cette fois, il s’agit d’une journaliste pré-suffragette méconnue qui se lance dans la presse d’investigation et qui finit par signer en tant que femme ses articles, au tout début d’un 20e siècle où ses pairs étaient encore assujetties à leur père ou mari pour se loger ou ouvrir un compte. Un dessin réaliste sert cette histoire dans l’Histoire d’une héroïne à laquelle on s’identifie sans peine.

GIROUD, Frank, CUCCHI, Andrea

Churchill et moi

Casterman, 2018

101 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203131750 : 18,95 €

 

Le coeur des Amazones de Christian Rossi et Géraldine Bindi

04.04
2018
cop. Casterman

cop. Casterman

La guerre de Troie fait rage depuis sept ans. A ses abords, dans une forêt, les Amazones ont juré à Artémis, qui les protège, de ne plus jamais être à la merci de l’homme. Penthésilée est leur Reine, Astérie leur meilleure combattante. A l’occasion de la fête des fleurs, elles capturent des guerriers pour en faire leurs esclaves sexuels et s’en débarrassent ensuite. Mais Penthé ne connait pas la luxure et la maternité, elle n’a jamais trouvé d’amant de son rang. Alors elle s’abandonne aux drogues tandis que son peuple participe aux débats. Seulement, un jour, c’est Achille qui la capture et s’éprend d’elle…

Le dessin réaliste de Christian Rossi, tout en dégradé de noir et blanc et d’ocre, nous donne à voir des corps nus beaux et forts, ceux de ces guerriers de l’Antiquité et de ces Amazones farouches et combattantes. Le scénario met habilement en scène la légende de ces Amazones qui vivent ici en harmonie avec la Nature qui les protège, mais tuent sans pitié tout homme et tout enfant du sexe opposé. Cette légende des Amazones ressemble bien quelque part à une mise en garde, une invention misogyne, qui montre jusqu’où le féminisme – avant l’heure – pourrait aller. Car leur société monarchique est cruelle, invivable, puisqu’on leur interdit l’amour et l’attachement d’un amant ou d’un bébé. Tout bascule le jour où c’est la Reine elle-même qui est concernée, et souffre dans sa chair, de devoir tuer son amant et son bébé, alors que son peuple a toujours dû se plier à ces règles cruelles.

Un très bon scénario superbement mis en cases.

 

BINDI, Géraldine, ROSSI, Christian.

Le coeur des Amazones.

Casterman (2018) 157 p. ill. en coul.

EAN 9782203093768 : 25 €

Reçu en service de presse

Culottées de Pénélope Bagieu

02.08
2017
cop. Gallimard

cop. Gallimard

Rappeler qu’il a toujours existé à travers l’Histoire des femmes qui n’ont fait que ce qu’elles voulaient, voilà ce que se propose Pénélope Bagieu. Elles s’appelaient Clémentine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Las Mariposas, Josephina van Gorkum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley, Joséphine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Giogina Reid, Christine Jorgensen ou Wu Zetian. Elles furent danseuse, impératrice, gynécologue, gardienne de phare, actrice, femme à barbe,… Extraites des 4 coins du monde, la plupart m’étaient inconnues. En quelques pages, Pénélope Bagieu nous en brosse un portrait saisissant, clos par une planche sur une double page éclatante. De quoi me donner envie de lire le second tome !

Idées reçues sur l’égalité entre les femmes et les hommes de Thierry Benoit

19.12
2016
cop. Le Cavalier bleu

cop. Le Cavalier bleu

 J’entends d’ici certains s’exclamer : « Ah, elle nous barbe avec son féminisme. Les femmes ont tous les droits, maintenant, faut arrêter d’en parler, les hommes n’arrivent même plus à se positionner. » Oui, mais non, l’égalité n’est pas gagnée, loin de là, ses prémisses pourraient même être menacées, ne serait-ce qu’en constatant à quel point la « théorie du genre » compte d’opposants qui ne savent pas vraiment de quoi il retourne, ou que des radicaux, qui souhaitent restreindre la liberté de choix des autres, menacent le droit à l’avortement.

Eh bien ce petit ouvrage passe en revue 43 idées reçues sur les femmes dans la sphère privée, dans leur vie professionnelle et dans la vie publique, que voici :

Vie privée
– « Le genre est une théorie qui ne fait pas la différence entre les femmes et les hommes. »
– « A la préhistoire, les hommes étaient des chasseurs et les femmes cueillaient. »
– « Les femmes n’ont pas le sens de l’orientation. »
– « Les femmes et les hommes n’ont pas le même cerveau. »
– « Les hommes ont des besoins sexuels plus importants que les femmes. »
– « Sans les hommes, il n’y a pas d’enfants ! »
– « Le prochain, ce sera un garçon ! »
– « Avec la maternité, les femmes développent un instinct maternel. »
– « C’est quand même bien les femmes qui éduquent les enfants. »
– « Le rose, c’est pour les filles… et le bleu, pour les garçons. »
– « Les garçons préfèrent jouer avec des camions et des ballons. »
– « 80 % des gardes d’enfants sont confiées aux mères. »
– « Il y a de plus en plus d’hommes qui participent aux travaux domestiques. »
– « Il y a aussi des hommes battus. »
– « Si elles sont battues… elles n’ont qu’à partir. »

Vie professionnelle
– « Maintenant, elles font des études supérieures comme les hommes ! »
– « Tous les métiers ne sont pas mixtes. »
– « Les femmes ont des compétences naturelles. »
– « Si elles font des métiers d’hommes, elles vont perdre leur féminité. »
– « Elles peuvent déstabiliser s’il n’y a que des hommes dans une équipe. »
– « Les femmes sont souvent absentes. »
– « Entre la crise et les obligations légales, l’égalité ce n’est pas la priorité. »
– « Les femmes demandent moins qu’un homme en termes de salaire et d’avantages. »
– « Si elles n’occupent pas certaines responsabilités, c’est qu’elles le veulent bien. »
– « Ce n’est pas le sexe qui compte, ce sont les compétences. Ce serait dévalorisant pour les femmes que de les promouvoir parce qu’elles sont femmes. »
– « Les hommes ont plus d’autorité que les femmes. »
– « Elles sont encore plus terribles entre elles que les hommes. »
– « La promotion canapé ça n’existe plus. »

Vie publique
– « Tous les hommes sont des machos. »
– « Seuls les hommes ont des idées reçues envers les femmes. »
– « Il n’y en a plus que pour les femmes. On parle d’inégalités mais ce sont elles qui ont le vrai pouvoir. »
– « Elles rendent les hommes fragiles. Il faudrait arrêter de culpabiliser les hommes. »
– « Elles veulent tout et son contraire. »
– « Il y a déjà égalité entre les femmes et les hommes. »
– « Le féminisme, c’est un combat d’arrière-garde. »
– « Féminiser à tout prix le langage est ridicule. »
– « Vous avez vu ce que ça donne lorsqu’elles sont au pouvoir. »
– « Elles manquent souvent d’humour. »
– « Si elle s’habille sexy, c’est bien pour plaire, non ? »
– « C’est quand même aux hommes de faire des avances ! Alors, il ne faut plus être galant ? Il faut savoir ce que l’on veut. »
– « Il y a des sports de garçons et des sports de filles. »
– « Les femmes ne savent pas conduire. »
– « Le peu de femmes artistes peintres ou sculptrices connues montre bien que les hommes sont plus créatifs. »

A ces clichés sexistes l’auteur oppose des réponses synthétiques faites en une à trois pages. Si je connaissais certaines réponses et pourrais même en faire d’autres, j’en ignorais quelques-unes, comme celle de la soit-disante répartition des tâches à la préhistoire.

Un petit ouvrage à posséder dans les CDI de collège et de lycée, pour empêcher, par l’éducation, la pérennisation des préjugés sexistes.

Communardes ! Les éléphants rouges

23.03
2016
cop. Vents d'ouest

cop. Vents d’ouest

 

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessin et couleurs : Lucy Mazel

Septembre 2015

10 octobre 1870 : Paris est assiégée par l’armée prussienne. La création d’un bataillon d’amazones, payées 1 franc 50 comme les hommes, ne fait pas l’unanimité parmi les femmes, les unes prétextant la garde de leurs enfants, les autres l’égalité des sexes et la défense de la capitale. Victorine est chargée par sa mère d’aller au ravitaillement, qui s’est engagée sur le front et dans les clubs féministes. Mais à onze ans, elle préfère s’occuper des éléphants Castor et Pollux, au jardin des plantes, et prend la tête d’un groupe d’enfants en leur exposant son plan pour écraser les ennemis à l’aide des pachydermes…

Second volet dessiné avec beaucoup de talent par Lucy Mazel de la trilogie Communardes !, série imaginée par Wilfrid Lupano (cf ma chronique du premier volet), cette histoire, fictive cette fois, permet d’imaginer le quotidien des femmes et des enfants anonymes sous la Commune, rêvant à de lendemains meilleurs. Dommage toutefois que, contrairement au premier volet biographique, elle soit davantage sortie de l’imaginaire de l’auteur que de l’Histoire de la Commune, encore trop méconnue. Divertissant et instructif au demeurant.

Communardes ! L’aristocrate fantôme

24.02
2016

 

cop. Vents d'ouest

cop. Vents d’ouest

 

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessin et couleurs : Anthony Jean

Septembre 2015

1871, Londres. Karl Marx s’est laissé approcher par une jeune aristocrate russe, Elisabeth Dmitrieff, qui épouse ses idées, et l’a envoyée à Paris pour le tenir informé de ce qui s’y passe et de qui sont les Communards. Effectivement, sur place, son charme, son intelligence et sa ruse en font rapidement une redoutable révolutionnaire, et qui plus est la présidente de l’Union des femmes, premier mouvement officiel féministe d’Europe.

Premier volet dessiné par Anthony Jean de la trilogie Communardes !, série imaginée par Wilfrid Lupano, cette première histoire nous fait découvrir une femme d’exception, Elisabeh Dmitrieff, venue du froid de la Russie, une aristocrate qui plus est. Le dessin est précis, impeccable, l’histoire prenante…. Vite, le second !

 

Le sentier des reines d’Anthony Pastor

04.11
2015

cop. Casterman

 

Savoie 1919. Alors qu’est célébrée la messe en mémoire de leurs défunts époux, Pauline et Bianca partent sur la route avec Florentin, un orphelin de 11 ans, vivotant de la vente de leur mercerie. Mais un ancien poilu les attend à leur première étape. Elles auraient la montre de l’officier supérieur de leur mari en butin, et il réclame sa part. Une course poursuite commence…

Une aventure initiatique très sombre pour ces deux veuves dénonçant la condition féminine de l’époque.

Pastor, Anthony

Le sentier des reines

Casterman, 2015 (Univers d’auteurs)

120 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203094529 : 20 €