Mots-clefs ‘condition féminine’

Idées reçues sur l’égalité entre les femmes et les hommes de Thierry Benoit

19.12
2016
cop. Le Cavalier bleu

cop. Le Cavalier bleu

 J’entends d’ici certains s’exclamer : « Ah, elle nous barbe avec son féminisme. Les femmes ont tous les droits, maintenant, faut arrêter d’en parler, les hommes n’arrivent même plus à se positionner. » Oui, mais non, l’égalité n’est pas gagnée, loin de là, ses prémisses pourraient même être menacées, ne serait-ce qu’en constatant à quel point la « théorie du genre » compte d’opposants qui ne savent pas vraiment de quoi il retourne, ou que des radicaux, qui souhaitent restreindre la liberté de choix des autres, menacent le droit à l’avortement.

Eh bien ce petit ouvrage passe en revue 43 idées reçues sur les femmes dans la sphère privée, dans leur vie professionnelle et dans la vie publique, que voici :

Vie privée
– « Le genre est une théorie qui ne fait pas la différence entre les femmes et les hommes. »
– « A la préhistoire, les hommes étaient des chasseurs et les femmes cueillaient. »
– « Les femmes n’ont pas le sens de l’orientation. »
– « Les femmes et les hommes n’ont pas le même cerveau. »
– « Les hommes ont des besoins sexuels plus importants que les femmes. »
– « Sans les hommes, il n’y a pas d’enfants ! »
– « Le prochain, ce sera un garçon ! »
– « Avec la maternité, les femmes développent un instinct maternel. »
– « C’est quand même bien les femmes qui éduquent les enfants. »
– « Le rose, c’est pour les filles… et le bleu, pour les garçons. »
– « Les garçons préfèrent jouer avec des camions et des ballons. »
– « 80 % des gardes d’enfants sont confiées aux mères. »
– « Il y a de plus en plus d’hommes qui participent aux travaux domestiques. »
– « Il y a aussi des hommes battus. »
– « Si elles sont battues… elles n’ont qu’à partir. »

Vie professionnelle
– « Maintenant, elles font des études supérieures comme les hommes ! »
– « Tous les métiers ne sont pas mixtes. »
– « Les femmes ont des compétences naturelles. »
– « Si elles font des métiers d’hommes, elles vont perdre leur féminité. »
– « Elles peuvent déstabiliser s’il n’y a que des hommes dans une équipe. »
– « Les femmes sont souvent absentes. »
– « Entre la crise et les obligations légales, l’égalité ce n’est pas la priorité. »
– « Les femmes demandent moins qu’un homme en termes de salaire et d’avantages. »
– « Si elles n’occupent pas certaines responsabilités, c’est qu’elles le veulent bien. »
– « Ce n’est pas le sexe qui compte, ce sont les compétences. Ce serait dévalorisant pour les femmes que de les promouvoir parce qu’elles sont femmes. »
– « Les hommes ont plus d’autorité que les femmes. »
– « Elles sont encore plus terribles entre elles que les hommes. »
– « La promotion canapé ça n’existe plus. »

Vie publique
– « Tous les hommes sont des machos. »
– « Seuls les hommes ont des idées reçues envers les femmes. »
– « Il n’y en a plus que pour les femmes. On parle d’inégalités mais ce sont elles qui ont le vrai pouvoir. »
– « Elles rendent les hommes fragiles. Il faudrait arrêter de culpabiliser les hommes. »
– « Elles veulent tout et son contraire. »
– « Il y a déjà égalité entre les femmes et les hommes. »
– « Le féminisme, c’est un combat d’arrière-garde. »
– « Féminiser à tout prix le langage est ridicule. »
– « Vous avez vu ce que ça donne lorsqu’elles sont au pouvoir. »
– « Elles manquent souvent d’humour. »
– « Si elle s’habille sexy, c’est bien pour plaire, non ? »
– « C’est quand même aux hommes de faire des avances ! Alors, il ne faut plus être galant ? Il faut savoir ce que l’on veut. »
– « Il y a des sports de garçons et des sports de filles. »
– « Les femmes ne savent pas conduire. »
– « Le peu de femmes artistes peintres ou sculptrices connues montre bien que les hommes sont plus créatifs. »

A ces clichés sexistes l’auteur oppose des réponses synthétiques faites en une à trois pages. Si je connaissais certaines réponses et pourrais même en faire d’autres, j’en ignorais quelques-unes, comme celle de la soit-disante répartition des tâches à la préhistoire.

Un petit ouvrage à posséder dans les CDI de collège et de lycée, pour empêcher, par l’éducation, la pérennisation des préjugés sexistes.

Communardes ! Les éléphants rouges

23.03
2016
cop. Vents d'ouest

cop. Vents d’ouest

 

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessin et couleurs : Lucy Mazel

Septembre 2015

10 octobre 1870 : Paris est assiégée par l’armée prussienne. La création d’un bataillon d’amazones, payées 1 franc 50 comme les hommes, ne fait pas l’unanimité parmi les femmes, les unes prétextant la garde de leurs enfants, les autres l’égalité des sexes et la défense de la capitale. Victorine est chargée par sa mère d’aller au ravitaillement, qui s’est engagée sur le front et dans les clubs féministes. Mais à onze ans, elle préfère s’occuper des éléphants Castor et Pollux, au jardin des plantes, et prend la tête d’un groupe d’enfants en leur exposant son plan pour écraser les ennemis à l’aide des pachydermes…

Second volet dessiné avec beaucoup de talent par Lucy Mazel de la trilogie Communardes !, série imaginée par Wilfrid Lupano (cf ma chronique du premier volet), cette histoire, fictive cette fois, permet d’imaginer le quotidien des femmes et des enfants anonymes sous la Commune, rêvant à de lendemains meilleurs. Dommage toutefois que, contrairement au premier volet biographique, elle soit davantage sortie de l’imaginaire de l’auteur que de l’Histoire de la Commune, encore trop méconnue. Divertissant et instructif au demeurant.

Communardes ! L’aristocrate fantôme

24.02
2016

 

cop. Vents d'ouest

cop. Vents d’ouest

 

Scénario : Wilfrid Lupano

Dessin et couleurs : Anthony Jean

Septembre 2015

1871, Londres. Karl Marx s’est laissé approcher par une jeune aristocrate russe, Elisabeth Dmitrieff, qui épouse ses idées, et l’a envoyée à Paris pour le tenir informé de ce qui s’y passe et de qui sont les Communards. Effectivement, sur place, son charme, son intelligence et sa ruse en font rapidement une redoutable révolutionnaire, et qui plus est la présidente de l’Union des femmes, premier mouvement officiel féministe d’Europe.

Premier volet dessiné par Anthony Jean de la trilogie Communardes !, série imaginée par Wilfrid Lupano, cette première histoire nous fait découvrir une femme d’exception, Elisabeh Dmitrieff, venue du froid de la Russie, une aristocrate qui plus est. Le dessin est précis, impeccable, l’histoire prenante…. Vite, le second !

 

Le sentier des reines d’Anthony Pastor

04.11
2015

cop. Casterman

 

Savoie 1919. Alors qu’est célébrée la messe en mémoire de leurs défunts époux, Pauline et Bianca partent sur la route avec Florentin, un orphelin de 11 ans, vivotant de la vente de leur mercerie. Mais un ancien poilu les attend à leur première étape. Elles auraient la montre de l’officier supérieur de leur mari en butin, et il réclame sa part. Une course poursuite commence…

Une aventure initiatique très sombre pour ces deux veuves dénonçant la condition féminine de l’époque.

Pastor, Anthony

Le sentier des reines

Casterman, 2015 (Univers d’auteurs)

120 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203094529 : 20 €

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

23.03
2015

cop. Folio

 

On ne parle que de ça dans cette pension de famille située sur la Côte d’Azur : Madame Henriette, l’épouse d’un client et mère de deux enfants, est partie sur un coup de tête avec un jeune Français qu’elle connaissait depuis à peine vingt-quatre heures. Seul contre tous, le narrateur essaie de comprendre sans la juger cette femme qui, sur un coup de foudre, a fait fi du qu’en dira-t-on. L’écoutant la défendre, une vieille dame anglaise s’ouvre alors à lui d’un secret qu’elle garde depuis plus de vingt ans : un soir où elle se rendit au casino de Monte-Carlo, cette veuve rencontra un jeune homme de vingt ans enfiévré par le jeu au point de vouloir se donner la mort cette nuit-là. En voulant le sauver, elle fait tomber sa bonne éducation…

Enchâssée à l’intérieur du scandale de Madame Henriette s’enfuyant de sa vie d’épouse et de mère bien rangée sur un coup de tête, cette confidence sur la passion amoureuse qui peut naître en moins de vingt-quatre heure et changer à jamais la vie d’une femme permet à Stefan Zweig de dénoncer le carcan dans lequel est maintenu toute femme dans la bonne société. Il décrit également à la façon du Joueur de Dostoïveski la passion du jeu qui anime les mains et toute l’âme de ce jeune homme, que même la foi religieuse ou l’amour dévoué d’une veuve ne peuvent sauver. Mais ces Vingt-quatre heures, ce sont surtout vingt-quatre heures vécues plus intensément que toute une vie réunie, au travers desquelles la narratrice passe par les émotions les plus extrêmes : la peur, le doute, la bienveillance, la charité, la honte, l’amour passionnel, l’impatience, le désespoir, la désillusion. Vingt ans après, la vieille dame souffre encore de cette blessure, de ce coup de canif porté à son amour-propre de femme. Une aventure amoureuse vue sous le prisme psychologique, d’un suspens haletant. Un petit chef-d’oeuvre sur les ravages de la passion.

ZWEIG, Stefan.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme = Vierundzwanzig Stunden aus dem Leben einer Frau.

Trad. De l’allemand (Autriche) par Olivier Le Lay et annoté par Jean-Pierre Lefebvre.

Gallimard (Folio bilingue, 192 ; 2015).

199 p.

EAN13 9782070461967 : 7 €.

 

Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie

08.03
2015

cop. Folio

Chimamanda Ngozi Adichie raconte certains détails de sa vie particulièrement éclairants sur la condition féminine, tels cet épisode à l’école primaire où le chef de classe ne pouvait être qu’un garçon, celui où une femme ne peut pas entrer dans un hôtel sans être soupçonnée d’être une prostituée, où une femme est ignorée par les serveurs d’un restaurant car c’est l’homme seul qui est important et qui a l’argent. Elle se considère comme une Féministe Africaine – car le féminisme ne serait pas africain – Heureuse – car les féministes seraient « malheureuse(s), faute de trouver un mari« -  qui ne déteste pas les hommes - car être féministe serait synonyme de haine des hommes… et rêve d’un monde plus équitable, qui commence par l’éducation des enfants.

Dans Les Marieuses, Chimamanda Ngozi Adichie évoque l’arrivée d’une jeune mariée nigérienne aux Etats-Unis chez son « mari tout neuf« , médecin traitant à l’hôpital, choisi par son oncle et sa tante…

Version modifiée d’une conférence, le premier texte est paradoxalement très personnel puisqu’il tire du vécu de l’auteure des preuves quotidiennes de l’existence de préjugés sexistes et de l’inégalité entre les sexes, à l’école, dans la rue, au travail. Simple, clair, direct.

Dénonçant les mariages forcés, le second texte décrit tout à la fois la soumission d’une jeune épouse nigérienne à son mari diplômé et américain, et sa distanciation ironique vis-à-vis de ce mode de vie qu’il compte lui imposer, dans l’espoir de pouvoir s’intégrer.

NGOZI ADICHIE, Chimamanda.

Nous sommes tous des féministes suivi de Les marieuses.

Trad. De l’anglais (Nigeria) par Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal.

Gallimard (Folio 2€, 5935 ; 2015).

 87 p.

EAN13 9782070464586 : 2 €.

Le garçon manqué de Liz Prince

10.12
2014

cop. çà et là

Déjà toute petite, Liz Prince déteste porter des robes. Pourquoi l’y obliger parce que c’est une fille ? Dès lors, elle adopte résolument la garde-robe des garçons, se coiffe d’une casquette rouge, se chausse de baskets, veut jouer au base-ball, et surtout, surtout, elle ne se reconnaît pas du tout, mais alors pas du tout dans l’image que l’on a des filles : polies, adorables, roses, frivoles, délicates, réservées, gentilles, etc. et qui ne peuvent être populaires que si elles sont jolies. D’ailleurs elle déteste les filles et préfère les jeux des garçons. Heureusement sa mère est la première à la soutenir, puis quelques amis/amies, contre les préjugés sexistes dominants…

Eh non ! Etre un garçon manqué, cela ne signifie pas forcément être une lesbienne, et cela n’a rien d’anti-naturel, explique Liz Prince en retranscrivant son parcours, bien au contraire ! C’est juste être une fille qui ne s’identifie pas à des codes culturels sexistes injustifiés inscrits dans les mentalités. Une bande dessinée qui tombe à pic pour remettre avec beaucoup d’humour les pendules à l’heure, et pour s’imposer au pied du sapin de Noël.

PRINCE, Liz. – Le garçon manqué / trad. par Philippe Touboul, lettrage de Hélène Duhamel. – Editions çà et là, 2014. – 253 p. : ill. n.b. + couv. En coul. ; 23 cm. – EAN13 978-2-36990-204-1 : 20 €.