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Le pousse-pousse ** de LAO She (1936)

17.04
2011

 

Copyright Picquier

Pour réussir dans la vie, Siang-tse n’a qu’un but, celui d’économiser suffisamment pour pouvoir posséder un jour son propre pousse-pousse. Alors que ce jour tant attendu arrive, Siang-tse commet l’erreur d’accepter une course qui l’emmène en-dehors de l’enceinte de Pékin, alors en pleine guerre, et se retrouve sans rien. A son retour dans la ville, tout est pour lui à recommencer, un peu de santé, d’assurance et de fierté en moins. Hélas, ce n’est qu’un début, et il tombera de désillusion en désillusion…

« Dans son lit, il n’arrivait pas à fermer l’oeil. Les idées lui entraient et lui sortaient de la tête, comme des abeilles qui venaient une à une le piquer de leur dard.

En songeant aux paroles de Tigresse, il eut l’impression de tomber dans un piège et d’avoir bras et jambes pris dans un étau. Il ne parvenait pas à trouver la moindre faille à ses propos : ils formaient un véritable filet ; le plus petit poisson ne pouvait s’en échapper. Tous les événements se ressemblaient en un bloc compact qui l’écrasait de tout son poids. Il comprit enfin que le destin d’un tireur se résumait en un seul mot : déveine ! » (p. 87)

Difficile de s’identifier à Siang-tse, tant cet humble tireur de pousse-pousse semble bien un peu naïf, obstiné et asocial. Nonobstant, son honnêteté et sa persévérance le rendent sympathique, et le lecteur peut compatir à ses mauvais coups du sort et à sa détresse. C’est aussi le Pékin des années 20-30 que Lao She nous fait découvrir, celui de ces petites gens qui vivotent d’un bol de riz, ces colporteurs, prostituées et tireurs de pousse-pousse demeurant chez le loueur. Un petit monde où un dur labeur les laisse dans la misère, les vouant à une mort certaine au moindre problème de santé voire au suicide.

Le Pousse-Pousse, le plus célèbre roman de Lao She, constitue un véritable tournant aussi bien dans la carrière littéraire que dans la vie privée de Lao She, qui, par l’invasion japonaise, a été contraint de fuir et de s’orienter vers une littérature de résistance.

Le pousse-pousse /  Lao She  ; roman traduit du chinois par François Cheng et Anne Cheng. - Arles  : Philippe Picquier , DL 1995.- 220 p.  : couv. ill. en coul.  ; 17 cm .- (Picquier poche  ; 21). - Trad. de : « Luotuo xiangzi » . - ISBN 978-2-87730-211-1 : 7.50 €.

Couleurs de Chine ** de Christina Lionnet (2009)

03.05
2009

Jaune, terre et chair, vert, gris, orange, rose, bleu, rouge : voici la Chine déclinée en images, parée de toutes ses couleurs. Tantôt drôles, tantôt surprenants, tantôt beaux, tantôt attendus, ces clichés se feuillettent dans l’ordre ou dans le désordre, et s’offrent, livre ouvert, le temps de s’en rassasier la vue.

LIONNET, Christina. - Couleurs de Chine. – Arles : Philippe Picquier, mai 2009. – 191 p.. – ISBN 978-2-8097-0113-5 : 14,50 €.

English ** de WANG Gang (2008)

21.02
2008

Titre original :  Ying ge li shi (Chine, 2004)

Je veux devenir un gentleman !

Il y avait sous Mao, dans les années 60-70, à Urumqi, aux confins de la Chine, aux abords des montagnes enneigées du Xinjiang, un jeune garçon, Liu Aï, « Aï » comme « Amour », qui regardait partir avec tristesse Hajitaï, une jeune femme blonde d’une grande beauté. En effet, leur professeur d’ouïghour vient d’être remplacée par un Shangaïen, parfumé et distingué, Wang Yajun, pour leur enseigner l’anglais. Aussitôt nouveau professeur a un ascendant sur Liu Aï, déçu par ses parents, deux intellectuels « rééduqués », qui trouve en lui un modèle.

« Je ne veux aucun traitement de faveur. La seule chose que je désire c’est qu’on me laisse travailler.«  (p. 135)

Mais c’est au tour de sa voisine d’être fascinée par cet homme élégant, toujours bien mis, et par son gros dictionnaire bleu sous le bras. Aussi commence-t-elle à laisser courir des rumeurs dangereuses sur le compte de ce nouvel ami de Liu Aï quand elle s’aperçoit que Wang Yajun en aime désespérément une autre : Hajitaï.

« La mère de Huang Xusheng a une drôle d’expression quand elle pleure. On dirait qu’elle rit. Et plus elle a de chagrin, plus elle semble rire de bon coeur. » (p. 169) De la même manière, les habitants de cette ville, faute de divertissements, se montrent particulièrement joyeux lorsqu’advient un événement tragique, tel qu’un suicide ou un jour d’exécution.

Se déroulant en pleine Révolution culturelle (ce que, même actuellement, l’auteur s’est gardé d’annoncer à sa sortie en Chine), ce roman d’apprentissage habilement mené est celui d’une génération, celle de Wang Gang, qui porte un regard lucide sur cette période de peurs et d’oppressions. Drôle, cruel et sensible, ce roman mêle les anecdotes les plus cocasses, les fameux coups de pied au train de son ami Li L’Ordure par exemple, et les plus surprenantes. Amitié avec un adulte, morts, emprisonnements, infidélités conjugales, voyeurisme et premier acte sexuel marquent ainsi le passage de ce garçon à l’adolescence. Gageons que vous aussi vous passerez un bon moment avec ce garçon apprenti-gentleman, qui paraît parfois bien lent à comprendre, comparé à sa voisine, qui, comme toutes les fillettes, pures et fraîches, sent selon lui « le pipi de chien » !

WANG, Gang. – English / trad. du chinois par Pascale Wei-Guinot et Emmanuelle Péchenart. – Picquier, 2008. – 462 p.. – ISBN 978-2-87730-998-1 : 22 €.
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Baguettes chinoises **de XINRAN (2008)

09.02
2008

Titre original : Kuaizi guniang (Chine, 2007)

Une fille vaut bien un garçon !

« Dans mon village, c’est comme ça qu’on appelle les filles, des baguettes. Les garçons, eux, ce sont des poutres. Ils disent que les filles ne servent à rien et que ce n’est pas avec des baguettes qu’on peut soutenir un toit. » (p. 22)

« Comment une simple baguette pouvait-elle nourrir l’espoir de devenir une poutre ? » (p. 30)

Trois, Cinq et Six n’ont pas fait d’études et n’ont d’autre avenir que celui d’épouser le mari que leur désignera leur père, humilié par la naissance de ces six filles auxquelles il a donné pour tout prénom le numéro correspondant à leur ordre d’arrivée au monde. Toutes trois partent chercher du travail à Nankin, et en trouvent le jour-même. Quand elles ramènent l’argent à flots et leur connaissance du monde moderne au village, il faut bien que leur père révise son jugement : finalement, ces « baguettes » sont bien aussi capables qu’une « poutre » !

Journaliste, Xinran a animé une émission radio où elle recueillait sans tabou les confidences des femmes, dont elle s’inspira pour écrire ses deux premiers romans. D’autres témoignages et expériences ont conduit à ce troisième roman, faisant l’éloge de ces trois sœurs ambitieuses et volontaires, voulant prouver leur valeur non seulement à leurs parents, mais aussi au milieu rural rempli de préjugés dont elles sont issues. Sans se distinguer par sa qualité littéraire, voici tout de même un roman enjoué et bien agréable à lire, qui nous initie aux moeurs et expressions chinoises, distinctes de celles des longs-nez, et dénonce les séquelles de la Révolution culturelle, au détour de sa démonstration d’un sexisme ancestral et de la dichotomie entre un milieu rural replié sur ses croyances et la ville ouverte sur la modernité.

XINRAN. – Baguettes chinoises / trad. du chinois par Prune Cornet. – Picquier, 2008. – 341 p.. – ISBN 978-2-87730-991-2 : 19 €.

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Contes chinois racontés à Helen ** de Jacques Pimpaneau (2007)

17.12
2007

Voici 50 contes chinois adressés à Helen, inconnus en France, aux thèmes variés, chacun d’entre eux nous adressant une leçon d’humanité… ou de réalité sociale.

Merveilleux, ces contes font intervenir tout le folklore auxquels nous ont habitué les contes occidentaux. Seulement, serpents et dragons y sont bienveillants, et la réincarnation omniprésente. Par ailleurs, ces contes fustigent le despotisme des rois, des juges et des gens riches, et les en punissent. De même, ils n’hésitent pas à conclure par quelque vérité plus prosaïque, plus parlante au quotidien. A découvrir, pour petits et grands.

PIMPANEAU, Jacques.- Contes chinois racontés à Helen. – Picquier, 2007. – 278 p.. – ISBN 978-2-87730-983-7 : 18,50 €.

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La joie * de MO YAN (2007)

27.11
2007

Traduit du chinois par Marie Laureillard

Fils de paysans pauvres, vivant avec sa mère dans la famille de son frère aîné qui pourvoit au financement de ses études, le héros, surnommé Yonglé, « Joie éternelle », tente chaque année l’examen d’entrée à l’université, qui lui assurerait un avenir prometteur. Mais, une fois de plus, il manque l’examen, aussi commence-t-on à l’envoyer passer des litres d’insecticides dans les champs, et envisager son mariage avec une boîteuse dont personne ne veut. Un jour, il surprend sa mère en train de mendier de maison en maison…

Voici un texte très poétique tout en décrivant de manière abrupte les dures réalités de la destinée d’un garçon dans la campagne chinoise, les manières expéditives et inhumaines employées par le Comité du village pour enrayer la natalité, des conditions de vie des paysans pauvres. Attention, la chute peut paraître à bien des égards ambigüe pour des adolescents, car le héros ne ressent enfin cette allégresse, cette joie promise par le titre, qu’en se sentant partir, qu’en se suicidant…

Lire aussi l’article de rue89 :
L’écrivain chinois Mo Yan, les examens et la « Joie éternelle » par Bertrand Mialaret (Consultant à Paris), le 21/11/2007 à 09H57.

MO YAN.- La joie / trad. du chinois par Marie Laureillard. – Picquier, 18 octobre 2007. – 180 p.. – ISBN : 978-2-87730-968-4 : 16,50 €.
Service de presse.

Amour dans une petite ville * de Anyi Wang (2007)

13.06
2007
Dans une petite ville en Chine, en pleine époque de Révolution culturelle, deux adolescents grandissent dans la même compagnie de danse. Plus que tous les autres, ils s’entraînent sans relâche, rudoyant leur corps ingrat avec une fureur désespérée, l’un trop petit et maigre, l’autre trop enveloppée. Les années passent, et leur regard sur l’autre change. Bientôt l’appel physique devient irrésistible, les rendez-vous secrets quotidiens. Mais en ces temps où les interdits sont nombreux, la sexualité bannie, ils souffrent, tiraillés entre leur soif inextinguible du corps de l’autre et la peur d’être découverts…

Paru en 1986 en Chine, ce roman, premier volet d’une trilogie, fit scandale par son traitement de la sexualité. Les sentiments amoureux n’affleurent même pas dans cette éruption du désir physique absolu. Pourtant, vous n’y trouverez nul récit initiatique, nulle description de l’acte physique lui-même, mais bien plutôt l’attirance de ces deux corps mal aimés qui se refusent. Troublant et déchirant.

WANG, Anyi. - Amour dans une petite ville / trad. du chinois par Yvonne André. – Picquier, 2007. – 146 p.. – ISBN : 978-2-87730-959-2 : 14,50 €.
Service de presse