Mots-clefs ‘catastrophe naturelle’

Autour du monde de Laurent Mauvignier

05.10
2014

cop. Minuit

Tout commence au Japon par une rencontre entre un Mexicain, Guillermo, et Yûko dont le tatouage pourtant intimidant étonne moins que ses balafres dans le haut du dos, alors que le tsunami arrive… Partout dans le monde, des histoires se nouent ou se dénouent, avec comme seul point de convergence la médiatisation du tsunami au Japon.

Une même catastrophe vécue anonymement et différemment aux quatre coins du monde, voici le défi que s’est lancé Laurent Mauvignier dans ce nouveau roman pour évoquer la globalisation qui nous touche tous, plus ou moins directement. Partant, l’heure est au constat, et non plus à la révolte : en témoigne son écriture que l’on reconnaît à peine, tant elle s’est simplifiée, comme fondue dans l’anonymat, elle aussi. J’avoue ne pas avoir aimé ce roman qui me parait manqué : un roman choral sans prétendre l’être, dont j’ai suivi trop vite, trop peu, chacun des personnages, une mosaïque de destins lâchés par l’écriture auparavant si vive, si originale de Laurent Mauvignier. C’est dit : je le préfère dans le microcosme des vies singulières que noyé dans le macrocosme du tout et du rien. Pour autant, je salue son audace d’avoir volontairement coupé les ponts avec son confort d’écrivain, les thèmes et le style qui lui avaient acquis l’estime du public, pour s’aventurer ailleurs et autrement.

Mauvignier, Laurent. Autour du monde. PARIS : Éditions de Minuit, 2014. 371 p.. . ISBN 978-2-7073-2385-9

Ouragan ** de Laurent Gaudé (2010)

21.11
2010

Une vieille femme noire, fidèle à son mari, mort lynché, et à ses frères de souffrances, monte chaque matin dans un bus bondé de Blancs partant travailler. Un homme fixe le plafond de sa chambre d’hôtel en se souvenant des corps calcinés de ses collègues sur la plate-forme pétrolière. Une femme renonce au tribunal à la pension du père en affirmant que son fils n’est pas de lui.  Un Révérend sort de la prison où, ce matin, les prisonniers noirs ne veulent pas de lui.  Lorsque l’ouragan Katrina va se déchaîner sur la Nouvelle-Orléans, leurs destins vont se croiser et se décroiser…

« Moi, Joséphine Linc. Steelson, pauvre négresse au milieu de la tempête, je sais que la nature va parler. Je vais être minuscule, mais j’ai hâte car il y a de la noblesse à éprouver son insignifiance, de la noblesse à savoir qu’un coup de vent peut balayer nos vies et ne rien laisser derrière nous, pas même le vague souvenir d’une petite existence. » (p. 53).

« (…) Qui es-tu ? Qu’as-tu fait ?… A qui es-tu resté fidèle ? » (Sandor Marai)

Laurent Gaudé le mercredi 17 novembre 2010

Différentes voix font chorus et donnent rythme et densité à ce roman polyphonique, autant de destins singuliers et tragiques saisis par la plume, reconnaissable entre toutes, de Laurent Gaudé. Au sein de ce cataclysme, les lois régies par les hommes n’ont plus cours. A l’image des crocodiles carnassiers arrivés en masse et des digues qui lâchent, les dernières barrières de ces hommes et de ces femmes vont sauter, et les révéler. A partir d’un fait d’actualité, plus qu’un roman, c’est une fable que nous conte Laurent Gaudé, mais une fable engagée, celle qui dénonce la solidarité bien-pensante venant après-coup, et le sort sempiternel réservé aux opprimés, dont Joséphine Linc. Steelson porte l’étendard, en l’occurrence ici aux Noirs, les premiers à être emprisonnés et les derniers à être secourus.

Un beau roman, sans aucun doute, mais quelque chose me gêne dans la tournure du récit et dans le caractère archétypal de ces personnages : La mort du roi Tsongor, son meilleur à mes yeux, n’est pas détrôné.

Vous pouvez lire son interview sur Chroniques de la rentrée littéraire.com ou dans mes carnets de rencontres.

Ouragan [Texte imprimé] : roman / Laurent Gaudé. – Arles : Actes Sud, impr. 2010 (53-Mayenne : Impr. Floch). – 1 vol. (188 p.) : couv. ill. ; 22 cm. – (Domaine français). - ISBN 978-2-7427-9297-9 (br.) : 18 EUR.

Acheté à la librairie Les Temps modernes – Orléans.