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Championzé de Ducoudray et Vaccaro

31.08
2017
cop. Futuropolis

cop. Futuropolis

Un jour où Amadou M’Barick Fall, comme d’autres jeunes enfants, né à Saint Louis du Sénégal en 1897, plonge dans les eaux du fleuve pour aller y récupérer la monnaie que leur jettent les touristes, il rend à une riche comédienne et danseuse hollandaise en escale. Elle l’emmène alors avec elle pour sa tournée en France, mais l’abandonne à son départ à Rotterdam quelques mois plus tard. Resté seul à Marseille, et sans papiers, Siki vivote de petits boulots. Un soir où un client ivre le cogne, il riposte et d’un coup de poing le sonne. Un entraîneur de boxe le repère alors : il devient Battling Siki, un champion, mais il est certains combats plus difficiles que d’autres lorsqu’on est noir au début du 20e siècle…

A défaut de connaitre Battling Siki, je connais depuis voici quatre ans Aurélien Ducoudray, son biographe ici, dont ce fut le tout premier scénario de BD publié, ainsi que Eddy Vaccaro, dont le beau coup de crayon gras colle parfaitement au sujet. Premier champion du monde de boxe français, mais d’origine sénégalaise, Battling Siki est mort assassiné et vite oublié, voire effacé des encyclopédies sportives, l’époque étant davantage à la célébration des colons que du peuple nègre colonisé, aux prises avec le racisme ordinaire. Cette bande dessinée dépasse le cadre d’une simple biographie remettant en scène un héros injustement oublié, en faisant la peinture d’une époque heureusement révolue.

Young de Ducoudray & Vaccaro

18.12
2013
cop. Futuropolis

cop. Futuropolis

Young, c’est Young Pérez, de son vrai nom Victor Younki, né en 1911 à Tunis dans une famille modeste de la communauté juive. Suivant les traces de son frère dans le milieu de la boxe, il devient à Paris champion de France des poids mouches en battant Valentin Angelmann, puis celui de champion du monde, le plus jeune jamais connu, en se mesurant à Frankie Genaro dans la même catégorie. Accueilli en véritable héros à son retour à Tunis, ayant une idylle avec l’actrice française Mireille Balin, il ne va hélas pas savourer très longtemps sa victoire : arrêté et déporté à Auschwitz, il survit en divertissant le commandant du camp sur un ring…

Aurélien Ducoudray s’est attaqué à l’horrible destinée du boxeur Victor Young Pérez de manière non pas linéaire, mais en mettant intelligemment l’accent sur ses derniers mois passés dans le camp d’Auschwitz, en contrepoint d’une enfance à Tunis déjà marquée par l’antisémitisme puis de son ascension vers une gloire éclatante. Cette tragédie, où Young Pérez apparaît comme un homme d’une grande générosité, est admirablement servie par le coup de crayon charbonneux au modelé croisé d’Eddy Vaccaro. Un biopic très réussi pour un destin qui fait le buzz à l’image tant cinématographique qu’iconographique.

 

Le boxeur de Reinhard Kleist

09.01
2013

cop. Casterman/R. Kleist

Le mercredi, c’est bande dessinée

Sortie aujourd’hui, mercredi 9 janvier 2013

Miami, septembre 1963. Harry Haft, ancien boxeur d’origine polonaise, contraint son fils à l’accompagner chez quelqu’un. Sur le trajet, il est obligé de s’arrêter, fondant en larmes : « Un jour, je te raconterai tout. » lui répète-t-il. Le terrible passé de ce père colérique, le lecteur va le découvrir avant leur arrivée, chapitre deux :

Il ne fait plus bon vivre en Pologne quand on est Juif à partir de septembre 1939. Hertzko Haft, alors âgé de 14 ans, va vite devoir quitter l’école et, sous les coups de ses frères, faire de la contrebande pour pouvoir manger dans le ghetto. Alors qu’amoureux, il est sur le point de se fiancer avec Leah, il sauve son frère Aria et est envoyé en camp de travail à sa place. Là, pour survivre, il trouve la protection d’un de ses geôliers qui le forme à la boxe pour les divertir…

Troisième biographie de Reinhard Kleist, Le Boxeur retrace l’effroyable destin de Hertzko Haft, au moyen d’un dessin à l’encre de Chine. Elle aborde le thème du sport de combat dans les camps, au-delà de celui de l’horreur des camps. Très dure dès les premières pages, elle annonce d’emblée la couleur : si son père s’emporte si facilement contre ses enfants, explique sa mère au jeune garçon, c’est à cause de son passé. Et, en effet, Reinhard Kleist durcit et la carapace et les traits de son héros au fil des pages, lequel a la chance de survivre grâce à sa pugnacité, mais jouera de malchance tout au long de sa vie, illuminée par le seul espoir de retrouver un jour Leah.

Une BD extrêmement poignante.

 

 

 

KLEIST, Reinhard. – Le boxeur / trad. de l’allemand par Carline Dolmazon et Paul Derouet. – Casterman, 2013. – 197 p. : ill. n.b. et en coul. ; 25 cm. – (Ecritures). – EAN13 9782203063037 : 16 €.