Mots-clefs ‘biographie’

Culottées de Pénélope Bagieu

02.08
2017
cop. Gallimard

cop. Gallimard

Rappeler qu’il a toujours existé à travers l’Histoire des femmes qui n’ont fait que ce qu’elles voulaient, voilà ce que se propose Pénélope Bagieu. Elles s’appelaient Clémentine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Las Mariposas, Josephina van Gorkum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley, Joséphine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Giogina Reid, Christine Jorgensen ou Wu Zetian. Elles furent danseuse, impératrice, gynécologue, gardienne de phare, actrice, femme à barbe,… Extraites des 4 coins du monde, la plupart m’étaient inconnues. En quelques pages, Pénélope Bagieu nous en brosse un portrait saisissant, clos par une planche sur une double page éclatante. De quoi me donner envie de lire le second tome !

Il était une fois dans l’est : tome 1 de Julie Birmant et Clément Oubrerie

24.05
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

« Il était une fois dans l’est » : non, il ne s’agit pas d’un western spaghetti, mais du biopic d’Isadora Duncan, célèbre danseuse contemporaine, à travers sa relation avec de Serge Essenine, poète russe. J’étais donc complètement passée à côté de ce nouveau biopic d’une femme célèbre, et qui plus est d’une danseuse dont j’avais commencé à écrire le scénario, tant sa vie fut à la fois passionnante et tragique !

Ce premier tome commence par la fin tragique d’Isadora pour ensuite directement passer à l’été 1923 avec Serge Essenine et revenir sur les débuts de leur relation, soudaine et passionnée. Ayant lu l’autobiographie d’Isadora Duncan et de nombreux témoignages sur elle, j’avoue être passablement déçue par cette entrée en matière. Je veux bien croire que l’éditeur ait pensé, à tort ou à raison, que les noms d’Isadora Duncan et de Serge Essenine étaient inconnus du grand public, et qu’il fallait attirer le chaland en le faisant rêver d’exotisme venu du Nord et de passion, mais tout de même, je reconnais là bien mal l’image que je m’étais faite d’Isadora Duncan, danseuse inspirée des déesses grecques ! La mise en double page, hors cases, de sa danse, aérienne, rend seule hommage à sa danse, pour l’instant. Quel dommage !

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

 

Capa : l’étoile filante de Florent Silloray

16.03
2016

CAPA

C’est au cours de la guerre d’Espagne que Robert Capa prend la photo qui forgera sa renommée, Mort d’un soldat républicain. Photographe engagé d’origine hongroise, il suit en 1936 les conseils de sa compagne allemande Gerda Taro de signer ses clichés sous un pseudo américain pour mieux les vendre. Resté inconsolable de la mort de Gerda l’année suivante, il devient le correspondant de tous les conflits, toujours au plus près de l’action, et fonde la coopérative photographique Magnum, afin de pouvoir rester propriétaire de ses prises de vue.

Florent Silloray choisit de commencer la biographie de Robert Capa in medias res, au moment précis où Gerda lui fait endosser cette nouvelle identité. Pour retracer sa carrière sur tous les fronts, il privilégie le sépia pour ses planches ocres, lesquelles virent au gris pour le débarquement ou ses souvenirs, et sont rehaussées de rouge pour mettre en scène le magazine Life, la fondation de l’agence Magnum ou sa propre mort. Un biopic de très haut vol, pour un hommage du 9e art à la photographie de presse engagée.

Silloray, Florent

Capa : l’étoile filante

Casterman, 2016

86 p. : ill. en coul. ; 24*32 cm.

EAN13 97822030877460 : 17 €

 

 

Che Guevara d’Alain Foix

13.07
2015
cop. Folio

cop. Folio

Etudiant argentin en médecine, grand admirateur des Damnés de la terrede Fanon, Ernesto Che Guevara rejoint les rangs de Fidel Castro, renverse avec lui Fulgencio Batista, devient procureur du tribunal révolutionnaire, occupe quelques postes politiques avant d’être assassiné par l’armée bolivienne.

Alain Foix commence par prendre le parti d’un va-et-vient entre sa fonction de procureur et le cours des événements passés. Loin de l’aventure héroïque, il nous révèle la réalité d’une révolution sur le terrain : ses traîtres et ses « bleus », sa peine de mort pour insubordination, désertion et défaitisme. Une révolution qui passe aussi par les médias pour convaincre les esprits : il nous fait revivre par exemple la mise ne scène épique de Castro pour blufer le journaliste du New York Times, alors que l’armée révolutionnaire ne comptait que dix-huit combattants, et dont l’article fit grand bruit pour contrer « ces gringos (qui sinon) ne vont pas tarder à concocter un prétexte, toujours le même d’ailleurs : la défense de la liberté dans le monde et de la démocratie avec son corollaire, la lutte contre les communistes. » « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose », disait Beaumarchais… Ces mêmes gringos qui ont aidé en Amérique latine « à installer une dictature de la pire espèce, où cohabitent néonazis, ex-nazis et fascistes sauvés de la Seconde Guerre Mondiale. » Pour ce faire, Castro utilise la même arme qu’eux…

Une icône rendue à son humanité par le biais de cette biographie qui se lit comme un roman historique.

FOIX, Alain

Che Guevara

Gallimard (Folio biographies, 122 ; 2015)

353 p. ; 13 x 19 cm

EAN13 978207045592 : 9 €

 

George Orwell de Stéphane Maltère

25.06
2015

cop. Folio Gallimard

 

Ceci exceptionnellement est un non-article.

Un non-article qui ne résume pas ni n’analyse la biographie que Stéphane Maltère a pu faire sur George Orwell.

Un non-article sur un ouvrage dont on peut lire sur la quatrième de couverture :

«À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.» « George Orwell (1903-1950), de son vrai nom Eric Arthur Blair, est l’auteur d’une œuvre très marquée par ses engagements politiques. Après avoir lutté contre l’Empire britannique en Birmanie, pour la justice sociale aux côtés des classes laborieuses de Londres et de Paris, puis participé à la guerre d’Espagne dans les rangs du P.O.U.M., il se consacre à une œuvre littéraire écrite, «directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique». Témoin lucide de son temps, auteur notamment de La Ferme des animaux et de 1984, il meurt à quarante-six ans, et demande dans son testament qu’aucune biographie ne retrace sa vie. »

Cela ne vous choque pas, vous ?

Comment peut-on faire fi des dernières volontés d’un grand écrivain, soit-disant pour son bien et celui de ses lecteurs ?

Tout est dit.

L’avenir de la nature humaine de Jürgen Habermas

11.06
2015
cop. Gallimard

cop. Gallimard

A la question « Que fait l’homme du temps qu’il lui est donné de vivre ? », les philosophes ont d’abord voulu donner des conseils éthiques à leurs auditeurs ou lecteurs, avant de comprendre qu’il ne peut y avoir de réponse universelle face à des biographies particulières, et de laisser le champ libre aux différentes psychothérapies qui s’arrogent le droit d’affirmer quels sont les buts de la vie et de départager la maladie mentale d’une bonne santé psychique.
Kierkegaard, nous rappelle Jürgen Habermas, « fut le premier à répondre à la question éthique fondamentale de la réussite ou de l’échec de sa propre vie au moyen d’un concept postmétaphysique, celui du « pouvoir-être-soi-même »". Soit une autoréflexion éthique et un choix pour soi-même :
« L’individu s’approprie par l’autocritique son passé, sa biographie, telle qu’il peut se la remémorer concrètement et telle qu’elle a été dans les faits, et ce à la lumière des possibilités d’action futures. Ce n’est qu’à ce prix qu’il devient une personne que nulle autre ne peut remplacer et un individu qui n’est pas interchangeable. L’individu se repent des aspects condamnables de sa vie passée et prend le parti de conserver les manières d’agir dans lesquelles il peut se reconnaître sans honte. C’est ainsi qu’il parvient à une autocompréhension de la personne en tant que celle qu’il aimerait voir connue et reconnue par autrui. » (p. 17)
Il s’agit alors non plus de juger le mode existentiel, mais la direction déterminée par le projet de vie de l’individu.
Toute naissance est aujourd’hui une vie nouvelle, un commencement vers une vie indéterminée. Ainsi, en grandissant, l’adolescent prend conscience de sa biographie et de ce qu’il est, de ce que ses parents lui ont apporté comme éducation, et choisir sa propre voie.
Or les progrès des biosciences et la manipulation génétique remettent foncièrement en cause cette appropriation existentielle et posent la question du droit à un héritage génétique non manipulé :
« si une personne prend pour une autre personne une décision irréversible, touchant profondément l’appareil organique de cette dernière« , comme par exemple la fabrication prénatale d’un génome humain, alors l’adolescent découvrirait qu’il a été fabriqué, que ses parents ont décidé de son programme génétique sans son consentement, sans hasard, uniquement en fonction de leurs préférences. La perspective d’avoir été fabriqué est alors susceptible de l’emporter sur celle d’être un corps vivant naturel. De plus, l’adolescent pourra se retourner contre ses parents pour leur reprocher soit leur choix, soit le fait de ne pas avoir voulu de manipulation génétique pour lui octroyer tel ou tel don particulier.
Il s’agit alors de limiter cette possibilité à l’eugénisme négatif, soit celle d’éviter une maladie génétique transmissible par l’hérédité, encore qu’il faille éviter les tests génétiques délivrant un savoir rendant difficile un projet existentiel.
Car sans quoi « la perspective s’impose que rapidement l’espèce humaine puisse prendre en main elle-même son évolution biologique » en passant par un eugénisme positif.
Une lecture extrêmement intéressante qui ne creuse pas encore assez la question, à mon sens, de la relation parentale, ni de la dimension sociale, économique et politique que ne manquerait pas de revêtir un eugénisme positif.
Par exemple, la relation intergénérationnelle ne serait-elle pas alors faussée, les parents se prenant pour Dieu voyant leurs « créatures » les dominer sur des critères esthétiques, des aptitudes, des talents particuliers ?
N’y aurait-il pas une évolution de l’espèce humaine à deux vitesses, départagée entre celle « naturelle » et celle « améliorée » réservée aux plus riches ?
De quoi nourrir l’imagination des auteurs d’anticipation.
HABERMAS, Jürgen
L’avenir de la nature humaine : vers un eugénisme libéral ?
trad. de l’allemand par Christian Bouchindhomme
Gallimard (Tel, 412 ; 2015)
196 p. ; 13 x 19 cm
EAN13 9782070149421 : 8,90 €

Abymes de Mangin & Griffo/Malnati/Bajram

18.02
2015

cop. Aire libre

 

Trilogie fantastique 

Le premier tome nous plonge dans le tout Paris littéraire de 1831. Balzac est d’abord désagréablement surpris de voir que la Revue de Paris a suspendu la publication de La peau de chagrin sans l’en avertir, pour y proposer sa propre biographie écrite par un anonyme sacrément bien informé. Il s’enorgueillit ensuite du succès du feuilleton, pensant assoir ainsi sa notoriété. Mais décidément l’auteur anonyme en sait long sur lui et commence à divulguer tous ses secrets, au risque de ruiner son couple et sa carrière d’écrivain et de le conduire tout droit en prison. Dès lors, il n’a de cesse de trouver cet auteur qui le conduit tout droit à la déchéance…

Dans le second tome, en septembre 1946, Henri-Georges Clouzot est étonnamment absent à la première de son film Le Mystère Balzac. A la fin du tournage, il avait constaté que certaines scènes avaient été ajoutées à son insu. Tout comme Balzac, plus d’un siècle avant, il avait commencé à soupçonner son entourage…

cop. Aire libre

Dans le dernier tome, en février 1993, Valérie Mangin, étudiante, découvre dans le rayon de BD d’occasion chez Gibert un album intitulé Abymes dont le scénario est signé d’une auteure homonyme. Le lendemain, la bande dessinée a disparu. Lorsqu’elle tente de la retrouver chez les libraires, elle apprend que l’album n’existe même pas dans la base de données de la Bibliothèque de France ! Cette curieuse histoire va déterminer le choix de son sujet de sa thèse sur Balzac. C’est alors qu’elle tombe sur le tome 2 d’Abymes, de la même scénariste homonyme, mais dont le dessinateur a changé. Mais, au moment où elle souhaite l’acheter, quelqu’un s’en empare avant elle. Quelques jours plus tard, elle rencontre en dédicace un auteur de bande dessinée, Denis Bajram, dont elle tombe amoureuse…

Abymes, vous l’aurez compris, c’est la mise en abyme d’une oeuvre ou d’une partie de l’oeuvre dans une oeuvre, l’exemple le plus connu étant celui de la boîte de la Vache qui rit. Dans le premier tome, il s’agit de Balzac se découvrant lui-même lisant la Revue de Paris,de nouveau mis en abime dans le film du cinéaste Henri-Georges Clouzot. Dans ce second tome, d’ailleurs, Clouzot se voit lui-même dans les scènes filmées à son insu. Enfin, dans le dernier tome, c’est Valérie Mangin et Denis Bajram qui se découvrent, à plusieurs années d’intervalle, à l’intérieur de cette trilogie renfermant le destin de Balzac, Clouzot et d’eux-mêmes. Le livre au 19e siècle, le cinéma au 20e siècle et la bande dessinée au 21e…

cop. Aire Libre

Si le concept de mise en abime de cette trilogie est proprement génial (c’est le genre de choses que j’aurais aimé faire !), la violence des personnages principaux m’a en revanche beaucoup dérangée, au point de rendre Balzac, Clouzot et Bajram assez antipathiques. D’ailleurs, là réside l’audace de cette trilogie, dans cette liberté qu’elle prend avec la « vraie » biographie de ces personnes célèbres et d’elle-même. Et où elle m’a vraiment grillée, puisque c’est exactement le concept du scénario de bande dessinée que j’ai écrit l’an dernier, mais qui n’a pas encore été proposé à un éditeur, faute de dessinateur… faire du biopic fantastique.

Alors que je préférais ne pas trop égratigner la biographie de mon artiste, elle en a fait des hommes violents, stratèges, voire des meurtriers. Difficile ici de distinguer la réalité de la fiction : que vont retenir les lecteurs de la vie de ces personnages ? Ne brouille-t-elle pas la réalité par sa fiction ? Grande question, que soulève Valérie Mangin. Et un final en posant une autre, celle de l’immortalité accordée par cette mise en abime d’un destin fantasmé matérialisé par une oeuvre.

Appelés à retranscrire cette trilogie inventive, Griffo, Loïc Malnati et Denis Bajram ont chacun à leur manière grandement contribué à donner une atmosphère à chaque période, chaque coup de crayon correspondant bien à son siècle. Avec un petit coup de coeur pour Griffo.

Au final, un véritable coup de maître que cette trilogie ! Vraiment excellente. A ne pas manquer.