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L’étrange bibliothèque de Murakami

13.07
2017
cop. 10/18

cop. 10/18

Habitué de la bibliothèque municipale sans en être pour autant un rat, un jeune Japonais, très poli, rend toujours ses livres en temps et en heure. Un jour une femme inconnue à l’accueil quitte des yeux son énorme livre pour lui suggère de descendre l’escalier jusqu’à la salle 107. L’y attend un vieil homme qui trouve pour lui trois gros vieux volumes sur le système fiscal dans l’Empire ottoman, qu’il est interdit d’emprunter. Dès lors, il va lui falloir les lire sur place, dans une geôle tout au fond d’un labyrinthe…

Quel curieux texte ! Les illustrations de Kat Menschik, très modernes, sur papier glacé tranchent avec cette histoire lugubre et complètement « has been » de lecteur emprisonné dans les sous-sols d’une bibliothèque pour se faire aspirer le cerveau rempli de savoir par un vieux bibliothécaire. Ce récit m’a laissée de marbre. Pire, je ne me vois pas le conseiller ni à mes filles ni à mes élèves… Quelle déception !

 

La zone : 1. Sentinelles d’Eric Stalner

08.05
2013

cop. Casterman

Le mercredi, c’est bande dessinée !

En 2067, après la fin des abeilles et celle du monde, enfin presque, Lawrence vit isolé avec ses livres et son puma, à proximité du village d’Applecross où lettré et venu d’ailleurs, il n’est pas le bienvenu. Aussi lorsque la jeune Keira, à qui il essayait d’apprendre à lire et à écrire, lui vole une de ses cartes et s’enfuit avec deux amis, le village trouve un bon prétexte pour mettre le feu chez lui. Mais Lawrence, inquiet pour les adolescents, est déjà parti les rattraper dans ce monde post-apocalyptique…

Tous les ingrédients sont là pour produire un bon petit récit post-apocalyptique : la nature qui a repris ses droits et envahi la capitale, l’intellectuel craint et donc haï par les croyants et leur prêtre, le cannibalisme des survivants, la communauté lettrée d’un sanctuaire,… Une impression de déjà-vu certes, mais on lit avec plaisir cette histoire servie par de magnifiques planches au dessin soigné et précis.

Apprécié

J’ai apprécié

 

Une histoire de la lecture d’Alberto Manguel

02.11
2012

cop. Actes sud

Prix Médicis essai 1998

« Je voulais vivre parmi les livres. »

Alberto Manguel

(p. 34)

Voilà une ambition que je partage avec lui depuis mon plus jeune âge, et que j’ai quasiment accomplie dans tous les rouages de la chaîne du livre. Nul doute que cette lecture allait me parler. A la page suivante, d’ailleurs :

« Une fois que j’avais lu un livre, je ne pouvais supporter de m’en séparer. »

(p. 35)

Je déteste aimer un livre que j’ai emprunté : impossible de garder l’exemplaire avec lequel j’ai vécu cette expérience, d’un éditeur, d’un format, d’un papier particuliers, qui m’a procuré ce plaisir (à moins de louvoyer en prétextant l’avoir un peu abimer et en rachetant un exemplaire neuf au prêteur : je ne l’ai fait qu’une fois, et hélas, la prêteuse avait compris le stratagème, ayant le même toc !).

De même, comme Alberto Manguel, j’annote la dernière page de garde du livre au crayon en signalant les pages qui ont produit sur moi le plus d’effet.

Bref, cet essai me parlait ! Que nous dit d’autre Alberto Manguel ?

  • Lire va de paire avec la solitude, solitude imposée, prétexte, porteuse de sens ou refuge, le livre devenant pour le lecteur un monde en soi. Avec le mutisme aussi : « je ne parlais jamais à personne de mes lectures. », nous confie Alberto Manguel, qui découvre enfant avec surprise que quelqu’un à côté de soi ne peut absolument pas savoir ce qu’il lit à un mètre de lui.
  • Lire, c’est aussi choisir, privilégier des lieux de lecture, le lit, tard le soir, constituant le lieu le plus sûr, le mieux protégé.
  • Lire, c’est également accroître son expérience. Jeune lecteur, la rencontre avec d’autres enfants est souvent moins intéressante que les aventures et dialogues de personnages romanesques.
  • Lire, c’est un moyen pour l’âme d’apprendre à se découvrir.
  • Lire peut aussi être subversif, la censure et la dichotomie artificielle entre la lecture et la vie étant entretenues par ceux qui détiennent le pouvoir.

Alberto Manguel brosse aussi un historique du support de la lecture (les tablettes d’argile datant du 4e millénaire avant notre ère), de l’apprentissage de la lecture, de nos rapports à la lecture (à voix haute dès les débuts de l’écrit, y compris dans les bibliothèques, passée à la lecture silencieuse).

Il nous relate cette anecdote de Racine imprimant dans son esprit un vieux roman grec dont les moines de l’abbaye de Port-Royal lui ont brûlé les exemplaires successifs.

Il évoque son expérience de lecteur auprès de Borges, livre l’opinion de Kafka pour qui un texte ne peut être lu que parce qu’il est inachevé, d’où l’absence d’une dernière page au Château pour permettre au lecteur de poursuivre sa lecture du texte à des niveaux multiples. A l’inverse, un roman à l’eau de rose nous livrera une lecture exclusive et étanche. De fait, le nombre de lectures possibles et de réactions envisageables dépasse toujours le nombre de textes qui les ont engendrées. Et de citer la célèbre phrase de Kafka : « un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous.« 

Mais laissons-là les détails, les anecdotes. Voici ce dont parle Alberto Manguel tout au long de cet essai, de la dernière page, des faits de lecture (lire les ombres, lire en silence, le livre de la mémoire, l’apprentissage de la lecture, la première page manquante, lire les images, écouter lire, la forme du livre, lecture privée, métaphores de la lecture), des pouvoirs du lecteur (commencements, ordonnateurs de l’univers, lire l’avenir, le lecteur symbolique, lire en lieu clos, le voleur de livres, l’auteur en lecteur, lectures interdites, le fou de livres) et des pages de fin.

Beaucoup aimé

 

 

Bref une passionnante lecture sur la lecture !

 

 

Le pilon de Paul Desalmand

09.09
2012

cop. Quidam éditeur

« Il me semblait que si le livre restait là, sans même que je l’ouvrisse, il commencerait à parler, d’une voix que je n’ai pas oubliée, que peut-être la nuit, il se mettrait debout, prendrait forme, figure humaine… »

Paul Desalmand ouvre son premier chapitre intitulé « Je me présente » sur cette citation de Nicole Vedrès, et sur l’incipit suivant :

« Un roman doit commencer par une gifle et se terminer par un coup de poing, me dit un frère de papier. Pour un autre, il faut impérativement un cadavre dans le premier chapitre. Tous se méprennent sur mon projet. Je souhaite uniquement raconter ma vie de livre d’une façon linéaire. J’ai donc tout banalement commencé par l’entrepôt à la sortie des presses pour continuer par les librairies et les bibliothèques où j’ai vécu, qui furent le lieu de longues discussions entre compagnons de rayonnage. Je m’y étais même fait un ami. Plus que tout, mes lecteurs, puisque je ne vivais que par eux. »  (p.13)

Vie et mort d’un livre : voici, vous l’aurez compris, l’étrange récit autobiographique d’un livre, qui ne dit jamais son titre. Après avoir décliné son identité physique - « né le 17 juin 1983, à 16 h 37, sorti des presses de La Manutention à Mayenne. Format : 16,5 com x 12,5 cm. Poids : 230 grammes. Nombre de pages : 224 (…) -, le héros de l’histoire connait l’angoisse d’être dévoré par les souris ou renvoyé au pilon à défaut d’acheteur, avant de nous faire partager ses multiples rencontres et anecdotes avec des libraires et lecteurs, mais aussi avec d’autres livres, prétextes à de multiples citations d’auteurs…

Quelle bonne idée de raconter le parcours d’un livre en le choisissant comme narrateur ! Cette « autobiographie » devient ainsi le prétexte à un tour d’horizon des différentes pratiques de libraires (les passionnés, les purs commerçants, les bouquinistes, les marchands de ventes aux enchères…), des bibliothèques et surtout des lecteurs, quasiment tous bien réels : l’occasion de saluer les « vrais » bons passeurs de livres, et de faire découvrir les multiples rouages du circuit du livre comme les positions les plus originales de lectures. Avec beaucoup d’humour, l’auteur fait vivre ainsi à son narrateur de multiples rebondissements rocambolesques, lui accordant une vie au final singulièrement bien remplie pour un seul exemplaire.

Un bijou de jovialité, idéal à offrir à tous les passionnés de livres.

 

DESALMAND, Paul. – Le Pilon / préf. de Patrick Cauvin. – Meudon : Quidam éditeur, 2011. – 161 p. ; 18 cm. – EAN13 978291501877 : 8 €.

Fictions de Jorge Luis Borges (1941-1944)

06.11
2011

Ficciones

cop. Gallimard

Ce recueil de nouvelles, publiées entre 1941 et 1944,  en contient deux en réalité, introduit chacun par un prologue : le premier, comprenant sept récits, reprend le titre de son dernier récit, Le Jardin aux sentiers qui bifurquent, et le second, en réunissant neuf, s’intitule Artifices.

Je devais avoir vingt ans à ma première lecture de Fictions, qui m’avait laissé un souvenir remarquable, et, à l’époque, en guise de blog littéraire, j’avais jeté quelques notes, à propos de l’impression qu’avait produit sur moi chacun des récits, sur un petit bristol inséré en fin d’ouvrage. Aussi, à peine avais-je achevé la relecture d’une nouvelle, que je consultais cette petite fiche pour constater si ma réception de l’oeuvre avait changé au cours des années. Les voici réunies :

LE JARDIN AUX SENTIERS QUI BIFURQUENT ***

Tlön, Uqbar, Orbis Tertius *** (mars 1940)

« C’est à la conjonction d’un miroir et d’une encyclopédie que je dois la découverte de Tlön. » (incipit)

Au cours d’une conversations entre amis (il ne s’agit ni plus ni moins que de Borges lui-même et de Bioy Casares, ce qui donne de l’épaisseur au réel pour mieux le le faire éclater ensuite), une citation sur les miroirs d’un hérésiarque d’Uqbar leur fait en effet consulter l’Encyclopaedia britannica pour la retrouver. Ils finissent par retrouver l’article en question… sur Uqbar, un pays qui n’a jamais existé. C’est alors que le narrateur découvre un livre retraçant une partie de l’histoire de Tlön, une planète inconnue… Qui a donc pu imaginer ces fleuves, ces pays, ces mythologies, ces langues, ces inventions, à part une vaste confrérie de scientifiques et de spécialistes dans tous les domaines ? Deux objets, de là-bas, font alors irruption dans le réel : la boussole écrite de Tlön, puis le cône aussi petit qu’un dé et très lourd d’un mystérieux voyageur… Bientôt on enseigne l’histoire et les savoirs de Tlön aux nouvelles générations comme si c’était leur planète et l’avait toujours été, en remplacement des anciens programmes…

Ainsi, dans ce récit, en remplacement de la foi en un Dieu créateur, les humains sont-ils tout aussi capables de concevoir un monde, et d’y croire. Ce concept fait songer aux mondes fabuleux imaginés en heroïc-fantasy, et surtout à son pionnier, Tolkien, qui inventa non seulement des mondes imaginaires différents, mais aussi leurs langues.

Quel récit extraordinaire, intelligent, traitant du thème de la Création d’une façon remarquable ! (note manuscrite sur le bristol)

Pierre Ménard *** (1939)

 » … la vérité, dont la mère est l’histoire, émule du temps, dépôt des actions, témoin du passé, exemple et connaissance du présent, avertissement de l’avenir. »

Cette même phrase, rédigée au XVIIe siècle par Cervantès, mais réécrite 300 ans après par Pierre Ménard, personnage de Borges, n’a plus le même sens, le même style, ni la même connotation : elle ne produit absolument plus le même effet. L’imposture, du reste, n’est pas loin, ni la question du plagiat : quelles en sont les frontières ? Dans l’intention ?

Quelle idée géniale que celle de cette réécriture d’une même phrase par le temps qui transforme, qui parachève et améliore l’oeuvre toujours en sursis : la littérature, pour Borges, devient une forêt en perpétuelle croissance, comme un labyrinthe vivant.

Les ruines circulaires *** (1940)

Un homme venu de nulle part s’installe dans des ruines circulaires pour rêver à un homme afin de lui donner vie…

Ces ruines circulaires reflètent la mise en abime de la Création par le rêve : génial encore ! (note manuscrite sur le bristol)

La loterie à Babylone *** (1941)

Borges invente ici une légende qui explique les hasards qui agitent la vie des citoyens, leur destin.

Examen de l’oeuvre d’Herbert Quain *** (1941)

A l’examen de l’oeuvre d’Herbert Quain, dans l’un de ses romans, un assassinat suscite une longue discussion, au terme de laquelle est amenée la solution du détective. Mais une petite phrase ajoutée vers la fin du roman, « Tout le monde crut que la rencontre des deux joueurs d’échecs avait été fortuite. », sous-entend non seulement une relecture des faits et que la solution apportée est erronée, mais surtout que le lecteur, du coup, est rendu plus perspicace que le détective. De même, l’auteur va gâcher l’idée de son livre pour que le lecteur croie avoir une meilleure imagination.

La bibliothèque de Babel *** (1941)

On se souvient qu’à cette époque, Jorge Luis Borges est employé dans une bibliothèque municipale de Buenos Aires. Sans aucun doute le lieu l’inspire, puisque quatre des nouvelles qui composent ce recueil évoquent, pour la première, une encyclopédie, pour la seconde, la réécriture des grands classiques, pour la troisième une oeuvre complète, et pour celle-ci enfin, l’impression de réunir dans un même lieu sans fin tous les livres mathématiquement concevables avec vingt-deux lettres, qui seraient alors toutes les combinaisons possibles de lettres et de ponctuation.

Le jardin aux sentiers qui bifurquent *** (1941)

Le narrateur, un espion allemand chinois, se sait poursuivi par un tueur irlandais aux ordres de l’Angleterre, Richard Madden. Mais, avant d’être tué, il doit absolument divulguer le nom du lieu précis d’un nouveau parc d’armement britannique. Il se rend donc chez l’unique personne capable de transmettre ce message : un sinologue qui lui propose de lui montrer « le jardin aux sentiers qui bifurquent »…

Cette nouvelle a tout d’un thriller des plus mystérieux. Et pourtant, même si elle en reprend le canevas et l’effet de surprise créé par le dénouement, elle nous fait néanmoins immerger dans un fantastique métaphysique où entre en scène un roman infini, celui qui bifurque vers toutes les possibilités d’avenirs possibles.

 

ARTIFICES * (1944)

Funès ou la mémoire ** (1942)

C’est l’histoire d’un jeune homme qui, à la suite d’un accident, devient infirme mais se retrouve simultanément doté d’une extraordinaire mémoire, mémorisant chaque mouvement de feuille de chaque arbre de chaque bois, ne comprenant plus le générique, le genre, ne distinguant plus que le spécifique, l’espèce. Par exemple, le chien vue de profil à 15h n’est déjà plus le même que celui vu de face un quart d’heure après : d’après lui, celui-ci ne devrait donc pas porter le même nom.

La forme de l’épée * (1942)

Il s’agit cette fois du récit au narrateur d’une histoire de trahison, à qui son interlocuteur réserve une petite surprise.

Thème du traître et du héros (1944) : La veille de la libération de son pays, Fergus Kilpatrick, un conspirateur irlandais, est assassiné. Mais Kilpatrick a trahi sa cause, et sa mort est une gigantesque mise en scène pour qu’elle semble celle d’un héros, soit dans des circonstances tragiques, propres à marquer la mémoire populaire (ses derniers faits et gestes sont en fait copiés sur des pièces de Shakespeare).histoire s’inspire de la littérature : pour créer la légende, s’inspire de Shakespeare (p. 261) avec des passages plus « écrits ».

etc…

La plupart des nouvelles qui composent ce recueil s’inscrivent dans un fantastique contemporain résolument métaphysique. En renouvelant le genre fantastique, Borges forgeait une nouvelle expression, « la philosophie-fiction ».  Et s’il embrasse ici des thèmes et motifs considérés déjà comme des classiques du genre – le rêve, le miroir, le livre, la bibliothèque, la création littéraire, l’intertextualité, l’identité, l’ubiquité, l’infini -, c’est dans une toute autre perspective.

En effet, ce n’est pas tant le style qui plait chez Borges, relativement sobre et dépouillé, s’exprimant avec une économie de mots, que les idées qu’il développe. A une quinzaine d’années d’intervalle, il faut bien admettre que l’impact de ce recueil sur moi n’a guère changé : si les nouvelles composant la première partie forcent mon admiration, celles qui suivent, plus tardives, tout en restant de qualité, m’ont tout de même moins impressionnée. Pourquoi ? Peut-être parce qu’à la lecture des premières, on reste tout simplement abasourdi tant par l’érudition de Borges que par son ingéniosité : ses nouvelles nous saisissent par leur capacité à changer notre vision des êtres et des choses. En un mot, en lisant Borges, nous croyons devenir plus intelligent !

Adoré

Paris  : Gallimard , 1994 .- 371 p.  ; 18 x 11 cm .- (Folio bilingue  ; 43). –  ISBN 2-07-038904-9 : 63 €.
 

Etre bibliophile ** de Flavigny (2004)

24.09
2007

Etre bibliophile : petit guide pratique / Bertrand Galimard Flavigny

Pour tous ceux qui comme moi se trouvent attirés par ces livres anciens aux belles reliures, voici un outil qui permettra de mieux appréhender l’objet-livre lui-même et son vocabulaire descriptif, puis d’assimiler quelques conseils d’achats. Pour vous montrer combien cet ouvrage fait le tour du sujet pour les néophytes, en voici le sommaire non détaillé : Qu’est-ce qu’un bibliophile ? La reliure – Les gardes et les papiers marbrés – L’ex-libris et les marques de provenance – et les reliures aux armes – Les papiers – Les lettres et leur ordonnance – La belle page – L’illustration – Comment lire l’aspect du livre sans le voir ? – Etre bibliophile – Le prix des livres, les lieux et les moyens de ventes et d’achats – La bibliographie – La bibliographie bibliophilique – Manipulation et entretien – Des faux et de la fausse bibliophilie – Les vocabulaires

En page 22, un terme m’a amusée : bibliosophe, terme créé par Octave Uzanne pour désigner le « sage ami des livres ». Au fil de ce guide, dont je possédais au préalable quelques notions, j’ai ainsi pu retenir quelques conseils, comme bien vérifier qu’un ouvrage est complet avant d’en faire l’acquisition, préférer le plus proche de l’édition originale et en l’état, et puis surtout acheter le petit Brunet (82 €), le grand en plusieurs volumes, la bible des libraires spécialisés, se trouvant être très cher, ou encore à défaut L’Argus du livre de collection.

Pour l’instant, contrairement à beaucoup de collectionneurs pour qui l’objet-livre prime sur son contenu, je recherche des oeuvres littéraires ou philosophiques lues ou que j’ai envie de lire. Quelques photographies remplaceront alors probablement les couvertures ordinaires dont j’illustre mes critiques.

Anglet : Atlantica – Séguier, 2004. – 237 p.. – ISBN : 2-84049-387-X : 20 €.

Voir le commentaire sur l’ancien blog

La sagesse du bibliothécaire * de Michel Melot

12.09
2005

« Fermer le livre n’est pas moins émouvant que de l’ouvrir. » (p. 45)


A l’instar du marin qui aime se perdre dans l’immensité des océans, le bibliothécaire recherche l’îvresse de vivre parmi des milliers de livres, partagé entre l’orgueil de l’expertise de son conseil pour en avoir lu beaucoup et la modestie de savoir qu’il ne pourra jamais lire tous les livres. Pensez donc ! On peut estimer que chaque année plus d’un million de nouveaux livres sont publiés à travers le monde !


« Le bibliothécaire ne peut pas ignorer cette disproportion. Non seulement il la voit, mais il la vit quotidiennement. Ce flot incessant du savoir publié, il l’affronte avec courage, l’empoigne, se collette avec lui ; il l’endigue, il le détourne, il le canalise, il le filtre pour distribuer au lecteur assoiffé un savoir potable. » (p. 6)


Considérées comme étant des concurrentes déloyales car mettant à disposition les livres sans engendrer pour les éditeurs de chiffres d’affaires, les bibliothèques ne se ressemblent pas à travers le monde. Alors qu’en France elles se distinguent par leur politique d’animation culturelle, elles proposent dans les pays anglosaxons de nombreux services palliant à l’insuffisance de nombreuses administrations, en particulier dans le social. La bibliothèque privée, elle, « dès qu’elle excède les besoins de son propriétaire, est un signe ostentatoire de richesse spirituelle ou de réussite sociale. » (p. 7)


Car « la tâche ordinaire du bibliothécaire n’est (…) pas d’accumuler les livres, tous les livres, mais bien de les choisir et d’assumer ce choix. La collection qu’il compose est un savant compromis entre ce qu’il croit que lui demanderont ses lecteurs et ce qu’il croit devoir leur proposer (…) » (p. 13)

Modeste, curieux, ordonné, le bibliothécaire a une sagesse inhérente à sa fonction, l’incitant à ne pas faire l’acquisition de Suicide. Mode d’emploi mais des Versets sataniques, quitte à ne pas être à l’abri d’éventuelles représailles !

Pour classer ses livres, il lui faut aussi choisir dans quelle tranche du savoir il va placer tel livre. Cruel dilemme en général !

Démocratiques, les bibliothèques sont tolérantes en se refusant au maximum à la censure, laissant une diversité d’opinions s’exprimer. Elles ne survivent pas aux dictatures…

Alors, le bibliothécaire est-il une espèce en voie de disparition ? Sera-t-il noyé par le flot de livres ou par une Babel virtuelle ne nécessitant plus d’espace physique ?

Politique d’acquisition, indexation systématique, désherbage, logique de conservation ou logique de communication, différenciation entre les bibliothèques à travers le monde, entre bibliothèque municipale et centre de documentation et d’information, entre le libre arbitre du citoyen anonyme et l’obligation scolaire, aberrations architecturales (la bibliothèque nationale de France) symptomatiques d’une totale méconnaissance en bibliothéconomie, tout y est, ou presque.

Et s’il est vrai que peu connaissent les bibliothécaires qui ont marqué l’évolution de leur profession (Callimaque, Gabriel Naudé, Antonio Panizzi, Eugène Morel, l’Américain Melvil Dewey, l’Indien Shiyali Ramanrita Ranganathan, le Belge  Paul Otlet,) nous connaissons bon nombre d’écrivains qui embrassèrent cette carrière par amour des livres :

Georges Bataille à Orléans, Anatole France au Sénat, Leibniz, Lessing, Goethe, et surtout Jorge-Luis Borges, directeur de la Bibliothèque nationale d’Argentine… aveugle.


MELOT, Michel. – La sagesse du bibliothécaire. – Paris : L’oeil neuf éditions, 2004. – 109 p.. – (Sagesse d’un métier). – ISBN 978-2-915543-03-2 : 12 euros.