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Le cabaret des muses : tome 4 de Gradimir Smudja

11.05
2016
cop. Delcourt

cop. Delcourt

A la suite d’un troisième volet faible scénaristiquement, Gradimir Smudja s’enfonce définitivement avec la suite de cette histoire hippique complètement absurde, et présentant peu d’intérêt.

Une prouesse graphique coulée par un délire anthropomorphique.

Le cabaret des muses : tome 3 de Gradimir Smudja

04.05
2016
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Sur demande du Moulin rouge, le Bordel des muses devient avec ce troisième volet le Cabaret des muses.

Si l’album tient ses promesses graphiques, avec des cases imitant les plus grands peintres, l’histoire en revanche est passablement tirée par les chevaux / cheveux… Et la chute de Darling, la jument, ne laisse pas de songer à celle de la belle Mimi.

Le cabaret des muses : tome 1 de Gradimir Smudja

13.04
2016

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Grand amateur de La Goulue et des aguicheuses danseuses de French cancan du Moulin Rouge, le comte Henri Marie Raymond de Toulouse-Lautrec-Monfa ne se contente pas de peindre la vie festive dans les cabarets de Montmartre : il la vit, et surtout de nuit, avec ses amis artistes Van Gogh, Aristide Bruant, Rodin, Cézanne, Degas, Renoir, Gauguin, Monet, Seurat,…

Ne croyez pas trouver ici une biographie sérieuse et ennuyeuse du grand peintre : Gradimir Smudja mêle ici réalité et fiction tout en rendant à la fois hommage à la peinture et à la bande dessinée en jonglant avec les couleurs, les techniques picturales et les cases. Un vrai tourbillon de folie comme si son auteur avait bu quelque absinthe et nous aurait livré ses visions.

Série en 4 tomes

 

 

 

L’étoile rouge et le poète d’Alicia Dujovne-Ortiz

05.09
2009

cop. Métailié

La muneca rusa


Après avoir été à la tête des miliciens à la guerre d’Espagne, Africa de las Heras, désormais à la solde du KGB et formée par Oleg, amoureux d’elle, commence par être la secrétaire de Trotski, séjournant alors à la Casa Azul de Diego Rivera et Frida Khalo, avant d’être chargée de séduire un poète uruguayen, Felisberto, anticommuniste déclaré, pour l’épouser et introduire sur le sol américain des espions soviétiques.
« Et si la clé ne se trouvait pas dans ce que l’on conserve, mais dans ce que l’on perd, ou dans l’interstice existant entre les deux ? » (p. 244)
A partir d’une histoire vraie, Alicia Dujovne-Ortiz nous brode une romance totalement farfelue et fantaisiste sur fond d’espionnage en pleine guerre froide, qui se lit sans déplaisir.
DUJOVNE-ORTIZ, Alicia. – L’étoile rouge et le poète / trad. de l’espagnol (Argentine) par Claude de Frayssinet. – Métailié, 2009. – 243 p.. – (Bibliothèque hispano-américaine). – ISBN 978-2-86424-689-3 : 18 €.

 

Les insoumises de Célia Levi (2009)

04.05
2009

Lorsque Renée décide de partir de cette capitale « stressante » qu’est Paris pour l’Italie, rêvant là-bas de mener une vie d’artiste, commence une correspondance régulière avec son amie, Louise, qui, elle, abandonne sa thèse et son petit ami pour se radicaliser dans son rejet du capitalisme par l’action et épouser l’anarchisme. A défaut de se comprendre, elles livrent ainsi sur le papier durant trois années leurs rêves et leurs désillusions…

« Les Insoumises est un roman d’apprentissage dans la veine de ceux du 19éme siècle, il est librement inspiré de Mémoires de deux jeunes mariées de Balzac qui fut mon livre de chevet pendant toute mon adolescence. Mon roman était pour moi l’occasion de lui rendre hommage mais aussi de parler de la jeunesse d’aujourd’hui, et de la difficulté de débuter dans la vie quand justement on possède un esprit trop romanesque.

Le genre épistolaire me permettait une plus grande liberté et il m’a semblé que c’était la première marque d’insoumission de mes héroïnes, à une époque où il n’existe quasiment plus que les mails, les SMS et autres moyens virtuels de communiquer.

Cette forme obsolète me tenait à coeur car elle symbolise tout un monde qui disparaît et qui fait pourtant l’intérêt de la vie ; les discussions interminables dans les cafés, la flânerie, la lecture prolongée dans les vieilles librairies poussiéreuses où l’on sait qu’on est en train de perdre son temps ; on feuillette d’abord furtivement une page, puis happé par le livre on le dévore sans forcément l’acheter. Ce sont les vieux cinémas du quartier latin, ces lectures intempestives dans un coin sombre d’une librairie, les promenades dans la campagne ou dans les villes, ce qu’on appelle aujourd’hui la paresse qui m’ont poussée à écrire ce livre. » Célia Lévi dans Le courrier des auteurs (Le choix des libraires)

Les Insoumises est donc un roman épistolaire, un biais commode pour l’auteur, à peine plus âgée que ses deux héroïnes, pour oser se lancer dans un premier roman en avançant grâce à la construction en échos et en réponses que l’une fait aux réflexions et pensées de l’autre. Cette progression en miroir permet aussi de révéler deux personnalités apparemment opposées, l’une aspirant à peindre ou à tourner des films, sans jamais avoir tenu un pinceau ou une caméra, l’autre à se faire accepter dans des groupuscules anarchistes. Mais toutes deux font preuve d’une exaltation toute romantique d’un autre temps, d’un autre siècle, révoltées d’un même élan par cette société qui les va les briser et les condamner à une impasse, pire à l’isolement. De même ces vraies lettres, sans passer par les courriels, comme on n’en fait plus, paraissent aujourd’hui bien dépassées, nos humeurs passant sur Facebook en instantané.

« A la fin de la soirée, les convives ne tenaient plus debout, les yeux engourdis se fermaient sous le poids des paupières lourdes du tumulte, les voix enrouées par la fumée et les vapeurs des liqueurs se taisaient un moment pour gronder un instant après, c’étaient de véritables priapées antiques. La nappe était maculée de taches grenat et de débris d’aliments. On aurait dit un tableau flamand. »(p. 98)

On aime sa dénonciation du monde du travail et de l’art gangréné par le capitalisme, son cynisme sur le sentiment amoureux,

« Nous passons toutes les journées au lit, ou chez moi ou chez lui. Il me fait à manger divinement, et me répète toute la journée que je suis magnifique, que je ressemble à la Vénus de Botticelli. En ce moment même où je t’écris il dort comme un enfant. Il est d’une beauté saisissante, ses boucles d’un noir d’ébène me font penser au Bacchus du Caravage mais son visage est si doux, ses traits si fins. Je ne me lasse pas de le regarder. Je connais enfin la volupté et les délices d’un amour vrai et partagé, alors tu comprendras qu’il n’est pas question pour moi de quitter une telle félicité. » (p. 78)

et une vingtaine de pages plus tard :

« Je pensais que l’amour avait le pouvoir de tout transfigurer, je m’aperçois qu’en réalité, on retombe très vite dans le quotidien et dans la banalité. » (p. 100)

sa description de la nonchalance italienne, mais on aimerait être surpris et à la voir prendre plus de risques pour son prochain roman, dans le choix du genre et des personnages.
Un bon roman d’apprentissage au demeurant, au dénouement un brin pessimiste, mais c’est l’époque qui veut cela, hélas.

Revue de presse, par ordre de parution :
- L’Humanité, jeudi 8 janvier 2009
- Livres hebdo, 9 janvier 2009. Critique de Véronique Rossignol.
- Le Figaro magazine, 17 janvier 2009. Critique de Jean-Marc Parisis.
- Regards, n°59, février 2009
- Technikart, février 2009. Critique de Julien Bisson.
- Cathulu, 1er mai 2009
- Le Monde, 15 mai 2009. Critique de Josyane Savigneau.
- Quartier livres
- Livres hebdo, 24 septembre 2009 : le roman Les Insoumises parmi dans une sélection de 14 romans parmi les premiers romans français.

LEVI, Celia. – Les insoumises. – Auch : Tristram, 2008. – 181 p.. – ISBN 978-2-907681-71-1: 18 euros.

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Un diamant brut *de Yvette Szczupak-Thomas (2008)

13.06
2008
Un diamant brut : Vézelay – Paris 1938-1950

Ses parents morts, Yvette Thomas reste chez maman Blanche, en Bourgogne, qui la traite comme sa fille et s’émerveille de son intelligence des choses. Mais l’Assistance Publique retire Yvette de ce foyer chaleureux pour la placer dans une famille d’accueil, chez des gens méchants qui la traitent comme une esclave et où elle régresse insensiblement. Mais voilà que les Zervos, éditeurs et mécènes, appartenant à l’intelligentsia parisienne, découvrent la beauté, l’intelligence et les talents de cette petite et décident de l’adopter. Commence alors son immersion dans un autre monde à Saint-Germain-des-Prés, fréquenté par des artistes comme Pablo Picasso, son professeur de dessin et ami, Paul Eluard ou René Char, un monde fascinant mais aux desseins troubles…

Nul doute que les références constantes à des artistes célèbres, à qui elle redonne couleur humaine, sont pour beaucoup dans l’intérêt éprouvé à la lecture de cette autobiographie, bien écrite au demeurant, prenant la suite au souffle tragique d’une enfance malheureuse et à la dénonciation du sort des enfants placés en Assistance Publique, utilisés à des fins diverses, utilitaires d’abord, puis en guise de faire-valoir et d’objet sexuel.

SZCZUPAK-THOMAS, Yvette. – Un diamant brut : Vézelay-Paris 1938-1950. – Métailié, 2008. – 438 p.. – ISBN : 978-2-86424-654-1 : 20 €.

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Kiki de Montparnasse ** de Catel & Bocquet (2007)

19.05
2008

Vous avez tous reconnue dessinée l’égérie de Man Ray dans les années 20, celle que le tout Montparnasse appelle Kiki, et que tous les artistes de l’époque ont adulée ou prise au moins une fois pour modèle voire pour maîtresse : Soutine, Modigliani, Kisling, Fujita, rendu célèbre par son Nu couché à la toile de Jouy d’elle, Per Krohg, l’amateur d’art Henri-Pierre Roché, Picasso, Tristan Tsara, Robert Desnos, André Breton, Marcel Duchamp, Calder, Utrillo, Léger, Ivan Mosjoukine, Jean Cocteau, Henri Broca, Ernest Hemingway,… Voici la biographie tumultueuse et passionnée d’Alice Prin que rien ne prédestinait à devenir cette muse charismatique du tout Paris de l’entre-deux-guerres.

Voilà un visage aux yeux fermés que je contemple depuis longtemps sans bien le connaître, celui posant sur l’une de ces photographies de Man Ray demeurée dans la mémoire collective, Noire et blanche, datée de 1926. Cette bande dessinée a l’heur de nous plonger dans ce Paris des années 20 en pleine effervescence artistique, au milieu des histoires amoureuses des uns et des autres, de leurs amitiés perdues et retrouvées, et de leur percée les poches pleines dans le monde de l’art ou quittes pour n’être reconnus qu’à leur mort. Le personnage de Kiki, qui pourrait passer pour vulgaire et grossier, vendant ses charmes à qui veut et poussant la chansonnette grivoise sur les tables, y devient entier et attachant, et ceux des artistes les plus célèbres on ne peut plus humains. Une BD emblématique d’une époque-phare de l’art.

Prix FNAC-SNCF – 2008

Prix Essentiel – Angoulême 2007

Vous pouvez lire aussi d’autres avis, tel celui inspiré sur Lectures et autres.

Casterman, 2007. – 374 p.. – (écritures). – ISBN 978-2-203-39621-0 : 18,95 €.

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