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Le tailleur gris d’Andrea Camilleri

28.10
2008

cop. Métailié

Titre original : Il tailleur grigio (2008)

« Quand elle décidait comment se vêtir, elle n’avait pas de repentir. Sauf que, étrangement, les gestes qu’elle faisait pour se vêtir s’avéraient beaucoup plus provoquants que ceux d’un striptease. Si, par exemple, elle enfilait un pantalon, les mouvements sinueux de son bassin et de ses flancs mimaient impitoyablement un autre mouvement. » (p. 32)

Un ancien directeur de banque, complètement déstabilisé par son premier jour de retraite, reporte toutes ses pensées vers sa jeune et ravissante épouse trentenaire, Adele, que veuf, il a épousé en secondes noces.  Il regrette de ne plus pouvoir assister à son rituel de la salle de bain, accordé à d’autres, comme ce Daniele, ce « neveu », grand, beau et blond, accueilli sous son propre toit, tandis qu’il se retrouve exilé à l’autre bout de la villa. Il devine d’ailleurs les manoeuvres de sa femme pour le savoir occupé ailleurs. C’est peine perdue puisqu’il apprend le lendemain qu’il a une tumeur…

Nulle enquête dans ce nouveau titre de Métailié noir, car l’énigme n’est autre qu’une femme, celle du narrateur, ou plutôt non, car ce dernier la devine trop bien, et la voit venir, avec ses stratégies machiavéliques, jusqu’au jour où on lui apprend le cancer de son époux. Se serait-il trompé à son sujet ? L’aimerait-elle ? Ici, l’auteur sicilien de La disparition de Judas (2002) et de La Pension Eva** (2007) préfère placer le suspens au coeur de la sphère privée, même si la mafia n’est pas loin. L’énigme est d’autant plus cruelle à résoudre, le narrateur étant on ne peut plus lucide sur son mariage sans amour avec une femme plus jeune que lui, avec qui il ne peut espérer partager ses années d’oisiveté de retraité. On pourrait le plaindre, mais non, et puis quoi encore : quand on n’a vécu que pour son travail sans savoir à quoi occuper son temps libre, et que l’on épouse quelqu’un uniquement pour sa jeunesse et sa beauté, pourquoi s’étonner de s’ennuyer à la retraite et de voir sa femme lui préférer des hommes plus jeunes ? Peu d’empathie donc pour le narrateur. Nonobstant, l’originalité du noeud de l’intrigue placé dans l’intimité du couple mérite d’être saluée. A ne pas offrir à un retraité.

CAMILLERI, Andrea. – Le tailleur gris / trad. de l’italien par Serge Quadruppani. – Métailié, 2009. – 135 p.. – (Bibliothèque italienne). – ISBN 978-2-86424-701-2 : 16 €.

La pension Eva d’Andrea Camilleri

15.09
2007
 

cop. Métailié

Traduit de l’italien (Sicile) par Serge Quadruppani

Dans la Sicile des années 40, le petit Nenè reste fasciné par cette belle maison près du port, comme habitée par de gentilles fées à qui les hommes rendent visite pour pouvoir les voir nues. Il commence alors à jouer au docteur avec sa cousine plus âgée, dans le vieux grenier, et à caresser du doigt les contours d’un corps de femme nue, dessinés par Gustave Doré dans le Roland furieux d’Arioste. Puis, plus grand, il fait enfin pour la première fois l’amour avec la veuve Argiro, avant de pouvoir chaque lundi, grâce à un ami, entrer enfin à la pension Eva, où les filles changent chaque quinzaine… 

Avec pour toile de fond les bombardements des troupes alliées, ce roman d’apprentissage décrit, avec le ton plein d’allégresse et d’impatience d’un gamin vite tourmenté par la chose, son éducation sexuelle, puis les anecdotes cocasses d’une maison close, sans jamais tomber dans le vulgaire ou le mauvais goût.

CAMILLERI, Andrea. - La pension Eva / trad. de l’italien (Sicile) par Serge Quadruppani. – Métailié, 2007. – 132 p.. – (Bibliothèque italienne). – ISBN : 978-2-86424-622+0 : 16 €.