Mots-clefs ‘amour’

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon (2001)

14.03
2017

1000e critique de lecture sur Carnets de SeL !

Sur ce blog né en septembre 2005, voici le millième livre dont je vais parler :

cop. Seuil

cop. Seuil

 

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon

Enfant illégitime d’une fille-mère, élevée par des grands-parents portant à jamais le deuil de leur fils mort à la guerre, Marlène s’installe avec Laurent dans sa maison familiale du Cantal, dans les années 1970. Belle rousse flamboyante, grande lectrice, se promenant seule sans aucun prétexte, elle attire tous les regards sur elle, jusqu’à celui du vétérinaire…

Premier roman de l’autrice française Marie-Hélène Lafon, professeure de lettres classiques, publié en 2001 aux éditions Buchet-Chastel, Le Soir du chien a reçu le prix Renaudot 2001 des lycéens.

Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, Le Soir du chien n’est pas un roman choral, au sens de film choral, c’est-à-dire qu’il ne suit pas des histoires différentes de personnages qui s’entrecroisent. Non, il propose divers regards de narrateurs sur une tranche de vie d’un personnage fascinant, celui de Marlène. Si à un moment j’ai pu interrompre ma lecture, croyant que la trajectoire de Marlène lui serait funeste, j’ai bien vite réalisé qu’il ne s’agissait là que d’une désertion, d’un amour se substituant à un autre, qui parut tout à coup bien fragile et vulnérable. Mais voilà, c’est le Cantal, le lieu n’est pas anodin, ni l’époque, et ce qui peut nous paraitre ordinaire aujourd’hui tourne au drame dans le roman. D’ailleurs, ce n’est pas tant l’histoire, l’intimité, la solitude des personnages qui nous émeut ici, que son écriture à la fois poétique et tranchée. Un beau court roman dont Marlène la flamboyante fait l’effet d’une petite comète dans le monde rural, au passage fulgurant.

Demain je rencontre Marie-Hélène Lafon. Belle façon de souffler les bougies de cette millième lecture…

Un océan d’amour de Lupano & Panaccione

01.02
2017
cop. Delcourt Mirages

cop. Delcourt Mirages

 

Il fait nuit noir quand il chausse sa paire de lunettes et descend prendre le solide petit-déjeuner que sa femme lui a déjà cuisiné. Il descend ensuite au port prendre le large, comme à l’ordinaire. Sauf que ce jour-là, il ne rentrera pas. Sa femme alors, grande matrone bretonne, décide de partir à sa recherche…

Un océan d’amour, c’est d’abord 224 planches muettes qui mettent en scène les aventures burlesques de la journée pas comme les autres d’un couple de bretons : lui est un marin petit et chétif, elle est une pure bretonne, une vraie matronne, avec tout le folklore qui va avec. Les épisodes alternent entre lui, confronté au gigantisme des navires et aux éléments naturels, et elle à d’autres sphères sociales et politiques, et dont le folklore traditionnel va lui ouvrir toutes les portes, jusqu’à couvrir la une des journaux. Et puis et puis… comment ne pas être séduit par les dessins de Grégory Panaccione, qui épousent avec un mélange de douceur, de tendresse, d’humour et de lucidité ce scénario tout en rondeurs d’un des meilleurs scénaristes actuels, Wilfrid Lupano (Les vieux fourneaux, Le Singe de Hartlepool, Communardes?

Un vrai coup de coeur, tellement chouette que cela donne envie de l’offrir !

Gai-Luron sent que tout lui échappe… de Fabcaro & Pixel Vengeur

21.09
2016

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Eperdument amoureux de Belle-Lurette, Gai-Luron cherche maladroitement à la séduire…

Fabcaro et Pixel Vengeur ont relevé le défi de faire vivre de nouvelles aventures à Gai-Luron, en reprenant totalement l’esprit de Gotlib, qui plus est de son vivant. Pari tenu : ce nouvel album semble tout droit sorti de l’imaginaire de son créateur, non seulement par les gags mais aussi par les jeux intertextuels, les références cinématographiques et le mélange des supports. Gai-Luron est mort, vive Gai-Luron !

 

Fabcaro ; Pixel Vengeur

Gai-Luron sent que tout lui échappe…

Fluide Glacial (2016), Les nouvelles aventures de Gai-Luron : tome 1

46 p. : ill. en coul. ; 31*24 cm.

EAN13 9782352076773 : 10,95 €

Le cordon de soie de Frédérique Deghelt

30.07
2016
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

« Ta naissance accélère le Temps. Nos neuf mois gigognes ont disparu pour te laisser là. Chaque jour qui passe voit ton visage changer. Et cette course enclenchée donne à ma contemplation des allures d’urgence. » (p. 19)

« Bruit et fureur, ta bouche immense éclipse ton visage, tout entier dans la colère. Rouge, raideur des membres, yeux fermés sans larme, tu n’es qu’un cri jeté au ciel pour m’impressionner. J’en oublie la raison, fascinée par le spectacle offert de ton corps déchaîné dans une souffrance insoutenable. Quand je songe à me défaire, tu es plus défait que moi, râles et trembles. Ta bouche enfin me trouve, tu t’étrangles. Un dieu semble d’un geste bannir l’ouragan. Dans ta succion encore, l’exaspération d’une attente, puis le contentement te gagnent. Ta gueule de vieux furieux fait place au visage d’un ange, lisse, calme. » (p. 24)

Un beau présent que cet écrin d’images poétiques, virevoltant entre les impressions d’une mère découvrant son enfant le long des premières semaines, et les photographies en noir et blanc et couleurs de Sylvie Singer Kergall. Trois mois déjà…

Offert par Manou

 

 

 

 

Le cabaret des muses : tome 2 de Gradimir Smudja

27.04
2016
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cop. Delcourt

 

Avec Mimi et Henry, Gradimir Smudja s’accorde encore plus de liberté avec la biographie du célèbre peintre, lui imaginant une histoire de passion amoureuse avec une très belle jeune femme, Mimi, qui ne serait autre que la fille disparue de Tolstoï, ignorant du fait, et qui inspirerait à ce dernier son roman Anna Karénine. Rien que cela !

Avec ce tourbillon de folie qui caractérisait déjà le premier volet, l’auteur nous offre ici avec virtuosité une fiction triste et belle avec pour protagoniste un grand peintre dont le physique n’est pas gâté par la nature, ni le moral par l’amour des siens.

 

 

La vérité sur l’affaire Harry Québert de Joël Dicker

26.09
2015

Unknown1975. Un témoin aperçoit un homme poursuivant une jeune femme dans les bois : la jeune fille ne fut jamais retrouvée, l’affaire ne fut jamais élucidée.

2008. Un écrivain, Marcus Goldman, victime de son succès, ne fait plus un pas à Manhattan sans qu’on le reconnaisse : un deuxième roman, basé sur un fait divers, l’a rendu immensément célèbre.

2008-8 mois. Marcus Goldman, dont le premier roman a connu une grande notoriété, connaît « la maladie des écrivains » : l’angoisse de la page blanche pour son second roman que son éditeur le presse d’écrire. Il va alors rendre visite à son ancien professeur et mentor, Harry Québert, auteur de l’incomparable Origines du mal, publié en 1976, qui raconte une histoire d’amour impossible.

Dans ce thriller jubilatoire, tous les ingrédients sont réunis pour séduire et fasciner le lecteur : une mise en abime d’histoires d’écrivains, le travail d’écriture, le faux et usage de faux, l’ambition, couplée à une histoire de Lolita à la Nabokov et à la poisse d’un pauvre gars plein de génie. Ajoutez à cela des rebondissements à foison, sans parcimonie, et vous aurez un roman divertissant qui se lit facilement d’une traite malgré ses 663 pages.

Comment naissent les araignées de Marion Laurent

01.04
2015

cop. Casterman

Les Etats-Unis, dans les années 1990. Alice souffre du peu d’autonomie que lui laisse sa mère. Un soir où elle réussit à sortir, elle fait la connaissance de Dwight, peu communicatif, qui aime la dessiner, mais qui disparait du jour au lendemain, sans un mot. Empruntant la voiture de son oncle, elle renverse quelqu’un… Isadora, alcoolique, fait la manche depuis qu’elle s’est faite licencier d’une maison de retraite, hantée par la mort de sa propre mère qui a détruit sa vie… Alice et Isadora sauvent ce soir-là Billie, qui allait au même cours de danse qu’Alice avant que son frère et ses amis ne décident de le lui interdire, ainsi que tout contact avec le garçon blanc dont elle est amoureuse… Dwight, enfin, est amoureux d’Alice depuis bien avant leur rencontre mais n’a jamais osé le lui avouer…

Ce roman graphique entrelace les destins de trois Américaines et d’un jeune Américain à la manière d’un film choral. Pour ce faire, Marion Laurent préfère un dessin au trait pur, découpe ses planches et choisit ses plans comme des images cinématographiques. A travers les destins croisés de ces quatre personnages, Alice, adolescente timide, Isadora, sans domicile fixe car ayant rompu toute attache familiale, Billie, jeune afro-américaine brimée par l’extrémisme religieux de sa mère et de son frère, et Dwight, artiste introverti, elle aborde le manque de confiance en soi, la perte des repères, le carcan familial, mais aussi l’art et l’amour. Une première histoire bouleversante de cette jeune auteure.

 

LAURENT, Marion.

Comment naissent les araignées

Casterman (2015).

157 p. : ill. en coul. ; 19*28 cm.

EAN13 978220306075-3 : 23 €.