Mots-clefs ‘amitié’

L’appel de L. Galandon & D. Mermoux

05.04
2017

Couv_291686Cécile, mère célibataire, regarde un message vidéo laissé par son fils Benoît, parti faire le Djihad en Syrie auprès de ses « frères » de l’État Islamique. Elle tente de comprendre pourquoi lui, qui n’était même pas croyant, a pu se radicaliser à ce point, et espère, lors de leur prochain appel, pouvoir le récupérer.

La pertinence du récit commence par la polysémie de son titre, l’appel, celui qu’attend cette mère de son fils, celui avec qui tout commence, celui enfin avec qui tout se termine avec la radicalisation de sa foi en une autre cause. Le seul petit bémol que l’on pourrait faire à cette bande dessinée, c’est que le recours aux réseaux sociaux et aux témoignages contraignent les auteurs à favoriser le texte par rapport à l’image. Laurent Galandon ne tombe en effet dans aucun des pièges : de bout en bout, son histoire ne verse dans aucun cliché ni aucun préjugé, ni par le choix de son protagoniste (blanc et athée), ni par les raisons de sa radicalisation (forts sentiments d’amitié et d’injustice), ni par son issue. Il soulève justement les bonnes questions, à savoir les inégalités sociales et la violence des rapports entre les jeunes et la police. Néanmoins le choix du noir et blanc, parfois sépia, renforce la sobriété et la pudeur du propos : pas d’esclandre ici, pas de violence montrée, tout est (presque) suggéré.

Une excellente BD sur ce triste sujet d’actualité qui tourne déjà dans tous les C.D.I. de lycées de France, et qui constitue un excellent point de départ pour entamer un débat avec les adolescents.

 

 

 

Momo de Jonathan Garnier & Rony Hotin

15.03
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

 

Momo, drôle de nom pour une fillette élevée par sa mamy, le père, marin, parti en haute mer durant des semaines. Sa grand-mère s’inquiète, trouve qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Alors Momo décide de se faire des amis au village, et fait la connaissance d’un trio de garçons de son âge, férus de mangas. Mais c’est plutôt avec Françoise qu’elle aime traîner, la jeune Parisienne, en roller, qui fume et qui a affublé du sobriquet « banane » le chef d’un groupe de gars de son âge…

Issu du métissage entre le manga et la BD franco-belge, le dessin de Rony Hotin semble tout droit sorti d’un film d’animation de Miyazaki, comme le souligne cette magnifique couverture tout en jeux d’ombres et de lumières. Il sert admirablement bien le scénario simple, d’inspiration autobiographique, de Jonathan Garnier, qui renoue avec les rivalités d’enfance, les amitiés naissantes et les amours tus. Une vraie madeleine de Proust.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

80 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203095373 : 16 €

 

Dédale de Takamichi

16.11
2016
cop. Doki-Doki

cop. Doki-Doki

 

Un Seinen en deux tomes seulement, c’est une première bonne surprise ! Car à la longue les séries en une vingtaine de tomes épuisent et notre bourse et notre patience.

La seconde, c’est ce duo d’héroïnes, Reika, une jolie « perchée », mais pas tant que ça, et Yoko, une grosse « les pieds sur terre », mais pas tant que ça non plus. Si l’on excepte les très brèves apparitions de Tagami, le créateur de jeu, et de Akira, le fiancé de Yoko, ces deux jeunes étudiantes co-locataires qui travaillaient comme « dé-buggueuses » au sein de la compagnie de jeux vidéo « Klein Software », sont les seuls personnages de cette histoire, et ce sont de vraies héroïnes, qui font autre chose que de parler de mecs ou fripes : une histoire anti-sexiste au possible donc, chouette !

L’histoire démarre in medias res, alors qu’elles se retrouvent soudain toutes deux dans un immense bâtiment, véritable labyrinthe peuplé de monstres, aux lois ressemblant à celles des jeux vidéos qu’elles ont l’habitude de tester…

Reika est l’archétype même du/ de la passionné/e de jeux vidéo : mal à l’aise dans le monde réel, ayant des difficultés à communiquer, surtout à l’oral et directement, elle révèle toute sa créativité et son intelligence dans les jeux vidéo qui possèdent leur propre logique. L’auteur réussit ainsi à nous communiquer à travers ce personnage féminin en quoi les jeux vidéo peuvent être passionnants.

Pour les amateurs/amatrices de Seinen, enfin un nouveau titre sympa ! J’en connais un qui a vraiment adoré !

Gai-Luron ou la joie de vivre… de Gotlib

14.09
2016

gai_luron_reed_t1

Gai-Luron est de retour, avec trois albums réédités en couleurs. Aussi flegmatique, imperturbable et paresseux que son auteur Gotlib peut être énervé, le personnage de Gai-Luron a été dessiné pour la première fois le 12 juillet 1964. Ce sont ses toutes premières planches, sur le principe du gaufrier, en compagnie de son acolyte Jujube le renard, que nous retrouvons ! A re-découvrir !

 

Gotlib

Gai-Luron ou la joie de vivre…

Fluide Glacial (2016), réédition, tome 1

47 p. : ill. en coul. ; 31*24 cm.

EAN13 9782352076858 : 10,95 €

 

Lus également :

Gai-Luron en écrase méchamment

Gai-Luron rit de se voir si beau en ce miroir

 

 

Rox et Rouky de Walt Disney

13.03
2016
cop. Disney

cop. Disney

Rox, un renardeau devenu orphelin dès les premières minutes de l’histoire, est pris sous l’aile maternelle de la chouette Big Mama avant d’être adopté par une brave fermière, la veuve Tartine. Mais le voisin de cette dernière, Amos Slade, est chasseur. Pour seconder son vieux chien de chasse, il vient d’adopter lui aussi un chiot, Rouky. Les deux orphelins vont bientôt se lier d’amitié…

Rox et Rouky, sorti en 1981, est resté dans nos mémoires avec l’incontournable voix de Dorothée, à l’époque. Cette histoire d’amitié semble confronter la nature pacifique de ces jeunes animaux à la culture, c’est-à-dire au rôle qu’on leur attribue. Ainsi Rouky est destiné à vouloir la mort de son ami, Rox, alors que rien objectivement ne devrait l’y pousser, si ce n’est son maître. Les animaux comme les humains sont croqués avec tendresse. Un Walt Disney qui, pour une fois, montre le désenchantement de ses personnages principaux, très apprécié des petits encore aujourd’hui.

A proposer à partir de 3 ans.

Jean-Bark de Philippe Claudel

01.03
2015
cop. SL

cop. SL

Par ce petit ouvrage publié chez Stock, Philippe Claudel rend à sa façon un dernier hommage à son éditeur depuis 2001 et seul véritable ami, Jean-Marc Roberts, auteur et directeur des éditions Stock pendant 15 ans. Il s’était rebaptisé affectueusement Jean-Bark pour Philippe Claudel, d’après l’un des personnages fumeurs de sa Petite fille de Monsieur Linh. Décédé d’un cancer du poumon, ayant précisément abusé de cette cigarette qu’il tenait avec tant d’élégance, Jean-Marc Roberts était un éternel amoureux des auteurs, des livres et des femmes, parmi lesquelles les stockettes de sa maison.

A la suite du Jérôme Lindon d’Echenoz, Philippe Claudel écrit ici un beau témoignage d’amitié destiné à faire revivre les facettes connues d’un ami… et à faire son deuil aussi.

cop. Carnets de SeL

cop. Carnets de SeL

Pétronille d’Amélie Nothomb

21.09
2014

9782226258311g

« L’ivresse ne s’improvise pas. Elle relève de l’art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part. » (incipit)

Au plaisir de l’ivresse procurée par une coupe de champagne, il ne manque à Amélie Nothomb qu’une comvigne – compagne de beuverie. Qu’à cela ne tienne, elle pêche dans l’une de ses dédicaces l’oiseau rare, une jeune prolo aux allures de garçon manqué qui étudie les contemporains de Shakespeare et la lit pour rire…

Le dernier Nothomb raconte l’histoire de cette amitié entre deux écrivaines, avec comme fil directeur leur passion immodérée pour le champagne, et le bon. Comme toujours, le dernier de la cuvée Nothomb se lit (se boit ?) d’une traite. Mais, si l’on n’a pas de barre au front, on n’a pas non plus le sentiment d’avoir vu briller quelque diamant… Tout au plus retient-on une perche pour animer une émission littéraire, ce qui serait loin d’être une mauvaise idée, et un coup de griffe contre les éditeurs parisiens bourgeois, ne frayant pas avec le prolo. En somme de l’Amélie Nothomb : fruité, léger et plein d’humour, on passe un bon moment en sa compagnie, et c’est déjà bien assez !

NOTHOMB, Amélie. – Pétronille. – Albin Michel, 2014. – 168 p. ; 20 cm. – EAN13 9782226258311 : 16 €