Samba triste *** de Jean-Paul Delfino (2007)

10.04
2007
Placé sous l’égide de Baden Powell, Samba triste sonne le glas de cette trilogie qui nous a nourri d’aventures et d’ailleurs, de cris d’amour et de révolte : ce dernier volet fait gronder le ventre affamé de ces pivetes que la frange des nantis rêve d’éradiquer, Paulinho le premier, mauvaises graines qu’ils ont eux-mêmes semées en prenant le pouvoir par les armes et les richesses du pays pour les multinationales et eux-mêmes.
En 1972, de retour après une dizaine d’années d’exil, Lucina découvre les favelas, sauve du lynchage Zé Biscate, un adolescent à l’œil désormais crevé, qui, comme tous ces enfants laissés à l’abandon, vole pour survivre. Elle n’aura de cesse alors d’apprendre à les connaître, afin peut-être un jour, contrant la censure, écrire un article, un livre, qui montrerait que les victimes ne sont pas celles que l’on croit. Rares sont ceux en effet qui leur montrent un visage humain ; parmi eux, le jeune prêtre Thomas Fragoso dont s’éprend Lucina, avant que ce dernier ne soit assassiné à son tour par les escadrons de la mort. Sa vie inéluctablement semble toujours se répéter, le bonheur lui être refusé. Or, derrière tout cela manœuvre dans l’ombre Paulinho, chef des services secrets, figure sombre et dépressive, faisant couler le sang pour assouvir la cupidité toujours plus grande des hommes d’affaires, et pour regagner sa Lou…

Fin. Voilà, cette trilogie historique s’achève, avec pour chacun de ses volumes sa spécificité :
Corcovado garde le privilège de la découverte, dans tous les sens du terme, ce souffle d’aventures et d’exotisme qui nous a fait voyager par-delà l’Atlantique pour tomber sous le charme de la musique, des odeurs et des saveurs du Brésil des années 20. A l’instar d’un roman d’apprentissage, il nous faisait suivre les tribulations d’un homme parfois antipathique, orgueilleux, pas toujours recommandable, mais profondément attachant et humain. Dans l’Ombre du Condor, « roman-citoyen » se déroulant dans les années 60, nous faisait frémir de colère et de dégoût en voyant tomber le Brésil sous la dictature militaire afin de servir au mieux les intérêts américains. On y découvrait la tragédie de ces deux adolescents, Paulinho et Lucina, divisés par leurs choix politiques, que l’on retrouve dans ce dernier tome.

Dans la même veine que le second, plus engagé que jamais, Samba triste joue une dernière note douce-amère sur l’histoire de ces deux personnages, et au-delà, sur celle du Brésil, qui ne semble, hélas, pas en avoir tout à fait terminé avec la CIA. A travers cette peur mêlée de haine qu’éprouve la population envers les pivetes, on ne peut s’empêcher de penser à tous ces jeunes de banlieue, issus de l’immigration, qui font ici en France le jeu des discours électoraux, transformant les plus démunis en bouc-émissaires du malaise social et économique, sans en en enrayer les causes profondes.

Un beau roman, à la fois fort et courageux, généreux et pétri de tendresse pour ces jeunes déshérités, mais aussi pour tous ces hommes et toutes ces femmes, ivres de renaître, après avoir été muselés, à une société meilleure, ivres d’une liberté enfin retrouvée.
Du même auteur :

Chair de lune ** (2001)

- Corcovado *** (2005)

Dans l’ombre du Condor *** (suite de Corcovado – 2006)

Zumbi ** (2009)

Et son interview ici.


DELFINO, Jean-Paul. – Samba triste. – Métailié, 2007. – 289 p.. – ISBN : 978-2-86424-615-2 : 18,50 €.
Sortie en librairie le 10 mai.
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