Rien qu’un surhomme *** d’Olaf Stapledon (1935)

14.11
2010

Titre original : Odd John

John Wainwright, enfant surdoué, attire l’attention du narrateur, journaliste et ami de la famille. Cet enfant semble oublier de se développer physiquement pour se concentrer totalement sur le monde qui l’entoure et l’interroger. Tout à tour, il épuise les secrets de toutes les sciences (anatomie, physique, philosophie, économie,…) avant d’exercer son corps à relever tous les défis. Il rencontre, par maints stratagèmes, les plus « grands hommes » réputés dans chaque domaine, qui tous le déçoivent. Dégoûté, se sentant seul au milieu de sous-humains qu’il méprise, il s’enfuie et s’isole durant des semaines, avant de rentrer pour se lancer dans une vaste expédition à travers le monde, pour trouver ses semblables, et fonder une Mission…

« Dans cette première période de ma vie, je n’avais qu’une très vague idée de ce qu’était « l’esprit » et son « avancement ». Je vis, néanmoins, avec beaucoup de clarté, que le côté pratique de ma tâche devait être, soit de prendre en charge l’espèce commune et de lui apprendre à faire ressortir le meilleur d’elle-même, soit, s’il était prouvé que c’était impossible, d’établir un type humain de mon invention plus magnifique. » (p. 52)

Rien qu’un surhomme fait partie de ces romans de SF philosophique qui narrent une fiction pour mieux décrypter et remettre en cause les failles de la société et de l’humanité. Admiré par Borges, Virginia Woolf et Winston Churchill, Olaf Stapledon a aussi beaucoup influencé Aldiss, Clarke et Lem, sans jamais penser écrire de la SF. Il décrit ici le cheminement moins physique et sexuel qu’intellectuel de ce mutant, confronté à sa différence et à sa profonde solitude, ne se retrouvant dans aucune des fois qui animent l’homme (le christianisme ou le communisme par exemple). Il part alors à la recherche de ses semblables à travers le monde (il trouvera le premier dans un asile de fous, jouant une musique « transparente » qu’il sera le seul à admirer) pour fonder avec eux une nouvelle société isolée sur une île, qui sera, on le devine très rapidement, anéantie par les grandes puissances gouvernementales. C’est donc là une très belle cosmogonie. Sa première date de publication n’est pas non plus sans rappeler l’aryanisme, et son corollaire, le racisme, que l’on peut rapprocher, dans une certaine mesure, à l’intransigeance de ces « surhumains » pour lesquels les Homo Sapiens ne constituent que du bétail.

Un coup de coeur, assurément.

/ trad. par Amélie Audiberti. – Paris, Gallimard (impr. de Brodard et Taupin), 1952. – In-16, 256 p., couv. en coul. 200 fr. – (Le Rayon fantastique).

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