Profession : mortel * par Jacques Sternberg (2001)

15.07
2010

Jacques Sternberg ouvre son autobiographie par l’événement qui devait lui donner durant toute sa vie le sentiment d’être un miraculé de la mort, le jour où le sous-chef du camp de Gurs décide de le rayer seul de la liste du prochain convoi pour l’Allemagne nazie.

Cinq ans avant de mourir d’un cancer, cet écrivain prolifique était conscient, en regard de ses contes brefs, dans lesquels il excellait, de la qualité moindre de ses romans, « qui ne demande(nt) qu’un seul sujet facile à truffer de mille petits incidents » (p. 34), exceptés L’Employé et Un jour ouvrable. En outre, il avait pu constater qu’il n’intéressait plus les critiques alors que ses récits figuraient en bonne place dans les manuels scolaires en compagnie de Kafka, Maupassant, Gogol, Mérimée ou Poe.

Il avait pourtant selon lui le « don d’écrire de fascinants récits avec un maximum d’efficacité, de suspense, d’humour sous-jacent et de froideur. » (p. 186)

Il en profite pour remercier tous ceux qui ont pu croire en lui, comme André Parinaud, Louis Pauwels, Eric Losfeld, la libraire Valérie Schmidt, Alain Resnais, Jean-Pierre Miquel, Christian Bourgois, et quelques autres encore…

« Ce que j’écrivis en cachette, dans ces sous-sols de la promotion sociale, prit peu à peu du poids, de la densité tragique, de l’humour macabre, de l’horreur réaliste, du fantastique vécu, de l’insolite et de l’insolence. » (p. 181)

Toujours à la limite d’être reconnu, Jacques Sternberg a passé sa vie à écrire et à se battre pour être publié, ses seuls remèdes, dit-il, pour échapper à sa panique de la fin.

« On ne devrait écrire que des livres pour y dire ce qu’on n’ose confier à personne. » (p. 170-171)

Cette autobiographie de Jacques Sternberg est à l’image de ses romans et de son scénario pour le film Je t’aime je t’aime d’Alain Resnais : décousue, elle recolle en puzzle des morceaux de sa vie, une vie construite autour de sa passion, écrire, faite de petits boulots et d’échecs, de rencontres, de femmes (son premier amour à seize ans, sa femme Francine), de lectures, de jazz, de navigation en solitaire.

Un portrait lucide de lui-même et de cette longue carrière d’écrivain ponctuée de coïncidences heureuses ou malheureuses.

Les Belles Lettres, 2001. – 348 p.. – ISBN 2-251-44176-X : 130 F.
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