Pour un oui ou pour un non ** à *** de Nathalie Sarraute (1982)

14.09
2005

H1 rend visite à son ami H2. Il lui demande ce qui a bien pu se passer entre eux qui explique son changement d’attitude à son égard, son éloignement. H2 commence par refuser de lui répondre. Puis, devant son insistance, il lui rappelle le jour où il s’est vanté de quelque chose qu’il a dit « C’est bien… ça…« , sur un ton condescendant.


« Tu te sentais heureux, c’est vrai… comme vous deviez vous sentir heureux, Janine et toi, quand vous vous teniez devant moi : un couple parfait, bras dessus, bras dessous, riant aux anges, ou bien vous regardant au fond des yeux… mais un petit coin de votre oeil tourné vers moi, un tout petit bout de regard détourné vers moi pour voir si je contemple… si je me tends vers ça comme il se doit, comme chacun doit se tendre… Et moi… » (p. 34)

Une conversation entre deux amis, qui, à un moment, prennent un couple de voisins à témoin pour juger de la gravité de leur sujet de mésentente, de leur motif de rupture « pour un oui ou pour un non ». Ces petits riens qui restent latents mais qui ressurgissent à un moment ou à un autre dans l’attitude de l’un, dans l’éloignement de l’autre, qui trahissent parfois ce qu’il y a d’inconscient chez chacun. C’est aussi l’image du Bonheur que projette chacun d’entre nous, comme pour inviter l’autre à l’imiter, à épouser cette même conception du bonheur, pourtant différente pour certains, d’aucuns rêvant d’offrir au regard l’image de la famille parfaite et heureuse, d’autres cherchant la sérénité dans la méditation, la solitude et la compagnie des grands écrivains et penseurs.

Cette courte pièce de théâtre, devenue un classique dans le répertoire théâtral, est un bijou de subtilité du langage, sur le langage. Ce mot de trop, cette intonation, ce regard de côté, qui en disent bien davantage que tous les aveux. A lire et à relire.

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