Nerofumo de Clara Miccinelli et Carlo Animato

03.06
2007

cop. Métailié

A Malaga, en 1618, l’inquisiteur Juan de Mariana trouve assis sur la tombe du jésuite Blas Valera un Péruvien. Ce dernier, fort savant, lui relate alors les récits les plus sombres sur les pratiques de la Compagnie de Jésus lors de la conquête sans pitié de l’Empire des Incas, violant, exploitant et tuant hommes, femmes, enfants, remplaçant leurs croyances et traditions par les siennes. C’est parce que Blas Valera, témoin direct de ces outrages, voulut faire la lumière sur tous ces crimes auprès du Vatican qu’il fut persécuté par Aquaviva, le général de l’Ordre, puis exilé à Malaga pour y mourir.

Co-écrit par un journaliste et une chercheuse en anthropologie, ayant déjà publié une étude sur le décryptage du langage des quipus incas, inspiré de faits, de documents et de témoignages historiques bien réels, ce roman noir retrace la biographie de Valera et, partant, fait éclater la vérité sur les exactions des conquistadores. Ce faisant, le roman met en scène un habile dialogue entre un prêtre espagnol et un métis nourri aux deux religions, ce dernier mettant en évidence les contradictions des pratiques et croyances religieuses du premier, ou encore les crimes passés, la délation, la duplicité, la cupidité de la Compagnie de Jésus.

Un récit très dur, dès le début, qui, hélas, témoigne de l’incapacité ou le refus de voir en l’autre un égal, dont il est enrichissant d’apprendre à connaitre et à respecter la civilisation, et donc de la facilité à le considérer comme un sauvage dont il peut saccager et piétiner les moeurs et coutumes, exploiter les richesses, et violer et tuer impunément le peuple.

MICCINELLI, Carla, ANIMATO, Carlo. – Nerofumo / trad. de l’italien par Catherine Siné. – Métailié, 2007. – 321 p.. – (Bibliothèque italienne). – ISBN : 978-2-86424-616-9 : 21 €.
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