Nedjma * à ** de Kateb Yacine (1956)

27.08
2010

Quatre jeunes gens, Mustapha, Rachid, Mourad et Lakhdar, travaillent comme manœuvres sur un chantier. Lorsque leur patron, M. Ernest, frappe Lakhdar, celui-ci lui rend son coup et part en prison. S’ensuit la fuite des garçons de ce village de l’Algérie française. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Et que représente pour eux cette Nedjma qui semble les fasciner ?

Tragédie familiale dans l’Algérie orientale des années 50, Nedjma laisse s’exprimer la poésie de l’une des premières voix algériennes d’expression française. Lyrique et violente à la fois, cette voix chante l’amour de ces quatre jeunes gens pour Nedjma, intouchable pour ces descendants de la même tribu, la métisse qui, comme eux, n’a jamais vraiment connu ni son père ni sa mère, Française, qui fut convoitée, séduite, enlevée et aimée par les pères des quatre garçons. Cyclique, l’intrigue finit par là où elle a commencé, retraçant tour à tour les chemins des quatre jeunes Algériens, qui les mènent inéluctablement vers l’éblouissante Nedjma. La guerre d’Algérie commence à peine avec le traumatisme des événements de Sétif, mais déjà on sent sourdre la révolte chez ces jeunes gens que dominent les colons : il n’y a plus aucun retour en arrière possible.

Tantôt s’étirant en de longues diatribes poétiques, tantôt s’écorchant en de courtes phrases, la langue de Kateb Yacine nécessite attention et réceptivité, tout comme son intrigue familiale complexe. Pilier de la littérature algérienne contemporaine, ce roman, par cette richesse et complexité, exige une lecture confirmée.

Commentaire d’Abdelwahab Meddeb dans Esprit, janvier 1995, n°1, p. 77 :
Dans Nedjma « est formulé d’une manière tranchée le diagnostic de l’interruption généalogique et de l’état orphelin. (…) Les scènes, monologues, fragments de carnet et de journal, les délires et les dialogues, tous les matériaux épars du roman, qui révèlent, comme aurait dit Valéry, un redéploiement après coup, maintiennent enfoui le secret de Nedjma qui ne sera excavé qu’à coups de sonde aménagés au coeur du texte en trois ou quatre passages où culbute comme un dé le thème de l’interruption généalogique et de l’orphelin emportant les noms et les individus dans les bourrasques de l’histoire, authentifiées jusque dans les accidents du relief, des fleuves et des sites, bref de la géographie.
Nedjma même, métaphore de l’Algérie, est le produit de la mixité et du mélange, de la confusion généalogique due au désordre amoureux.(…) »
YACINE, Kateb. – Nedjma. – Seuil, 2008. – 274 p.. – (Points ; P247). – ISBN 978-2-02-028947-4 : 7 euros.
Emprunté

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