Manifeste du parti communiste * de Karl Marx & Friedrich Engels (1847)

11.02
2011

Karl Marx et Friedrich Engels avaient été chargés de rédiger un programme théorique et pratique détaillé du parti communiste pour le congrès tenu à Londres en novembre 1947, d’où le Manifeste. Il fallait à la Ligue communiste exposer enfin dans un texte à l’intention du monde entier ses idées, sa vision de la société, ses buts et ses tendances.

Pour la Ligue communiste, la société se divise alors en deux classes : la bourgeoisie et le prolétariat, et l’Histoire n’a jamais été que l’histoire des luttes de classes.

La bourgeoisie, observe-t-elle, a révolutionné les mentalités, les rapports des hommes entre eux, pour instaurer le calcul égoïste, le froid intérêt, et substitué aux nombreuses libertés celle du commerce. Et de tous elle a fait des travailleurs salariés.

« Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. » (…) « A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées les plus lointaines et des climats les plus divers. » (p. 18) : voilà un constat qui reste on ne peut plus d’actualité, de même qu’ »elle a subordonné la campagne à la ville » (p. 19).

Certains qualificatifs « jusqu’aux nations les plus barbares« , « l’idiotisme de la vie des champs«  de l’époque peuvent aussi choquer, dans la mesure où Marx et Engels, ce faisant, s’expriment précisément du point de vue de cette même bourgeoisie qu’ils critiquent.

Or cette bourgeoisie, qui domine politiquement et socialement le prolétariat, fait courir la civilisation et la planète à leur perte, prophétisent les deux philosophes, en ce sens où elle ne pense qu’en termes de croissance, de surproduction et de surconsommation, et donc de gaspillage des forces humaines et des ressources naturelles.

Quant au prolétaire, plus le travail est monotone ou répugnant, plus son salaire baisse : « l’industrie moderne a transformé le petit atelier de l’ancien patron patriarcal en la grande fabrique du bourgeois capitaliste. » (p. 23).

Il ne peut donc qu’y avoir une lutte des classes dans la mesure où l’intérêt de la bourgeoisie est contraire à celui du prolétariat :

« La condition essentielle d’existence et de suprématie pour la classe bourgeoise est l’accumulation de la richesse dans les mains privées, la formation et l’accroissement du capital ; la condition du capital est le salariat. Le salariat repose exclusivement sur la concurrence des ouvriers entre eux. » (p. 30)

Moins les salariés sont payés, plus la bourgeoisie prospère, d’où actuellement la délocalisation des entreprises en quête d’une main d’oeuvre à moindre coût ailleurs dans le monde, pour assurer leurs bénéfices, au détriment des Français à la recherche d’un emploi…

Après avoir analysé l’antagonisme entre les deux classes, Marx et Engels vont proposer, dans une seconde partie, un certain nombre de mesures préconisées par les communistes envers les prolétaires, répondant par avance à leurs objections, soit l’abolition de la propriété privée, la rupture avec les idées traditionnelles, religieuses, morales et philosophiques, la révolution ouvrière amenant le prolétariat comme classe régnante, ce qui supprimerait l’existence de diverses classes sociales.

Partant, ils énumèrent un certain nombre de mesures, dont on a pu voir vers quel autre type de dictature certaines pouvaient hélas mener :

« 1.         Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de I’État.

2.         Impôt fortement progressif.

3.         Abolition du droit d’héritage.

4.         Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.

5.         Centralisation du crédit entre les mains de l’État, par une banque nationale, dont le capital appartiendra à l’État et qui jouira d’un monopole exclusif.

6.         Centralisation entre les mains de l’État de tous les moyens de transport.

7.         Multiplication des usines nationales et des instruments de production; défri­chement et amélioration des terres selon un plan collectif.

8.         Travail obligatoire pour tous ; organisation d’armées industrielles, particuliè­rement pour l’agriculture. (!)

9.         Coordination de l’activité agricole et industrielle mesures tendant à suppri­mer progressivement l’opposition ville-campagne.

10.         Éducation publique et gratuite de tous les enfants, abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu’il est pratiqué aujourd’hui. Coordination de l’éducation avec la production matérielle, etc. » (p. 42-43)

Clairement, ici, les communistes érigent donc un Etat tout-puissant, commandant à une armée d’ouvriers et de paysans… Brrrrr…

Dans une troisième partie, Marx et Engels entreprennent de critiquer les différentes formes de socialisme. Ils s’opposent ainsi aux intellectuels, philosophes et littérateurs qui défendent non pas les intérêts du prolétaire mais ceux de l’être humain. Ils critiquent certains économistes, philanthropes, humanitaires, améliorateurs de la classe ouvrière, comme Proudhon, dans le but soi-disant d’assurer l’existence de la classe bourgeoise (!!???). Enfin ils s’attaquent à ces utopistes qui se considèrent « comme bien au-dessus de tout antagonisme de classes (…), désirent améliorer la situation de tous les membres de la société, même des plus privilégiés. » (p. 57).

Dans la dernière partie du Manifeste, enfin, Marx et Engels décline la position des communistes vis-à-vis des différents partis d’opposition.

Les observations que fait Raoul Vaneigem en 1994, à la suite du Manifeste, le replacent dans un avenir qui lui échappe : la concrétisation d’un certain nombre de ses concepts pour ériger un système social plus inhumain encore, comme on a pu le voir en Russie et en Chine. Pour ce dernier d’ailleurs, « la spécificité humaine n’est pas le travail, mais la création » (p. 66). On ne saurait le désapprouver, les progrès techniques ayant montré combien la machine pouvait se substituer à l’homme. Or, dans le Manifeste, le travail est encensé, mais pas un mot sur la création… En revanche, les thèses de Marx et Engels se révèlent tout à fait justes au sujet de l’exploitation de la nature humaine et de la nature terrestre, au point de toutes deux les épuiser.

Au final, il était temps de lire ce Manifeste pour s’en forger sa propre idée, et voir combien certains constats s’avèrent toujours aussi justes, tandis que les propositions de changement ont démontré quels pouvaient être leurs dangers, en particulier l’autoritarisme et l’annihilation de l’individu au profit de l’intérêt collectif.

A noter : le Manifeste a été traduit de l’allemand par la fille de Marx, Laura, épouse de Paul Lafargue, auteur entre autres du Droit à la paresse chroniqué récemment sur ce blog.

LECTURE LIBRE ET GRATUITE : Vous pouvez le lire intégralement en ligne sur Gallica ou le télécharger format word sur le site des classiques des sciences sociales.

Manifeste du Parti communiste / Marx, Engels ; trad. de l’allemand par Laura Lafargue ; postf. de Raoul Vaneigem. – Ed. Mille et une nuits, 1994. – 79 p. : ill., couv. ill. en coul. ; 15 cm. – (Mille et une nuits ; 48). – Trad. de : Manifest der kommunistischen Partei. – Bibliogr. p. 79. - ISBN 2-910233-53-7 (br.) : 10 F.
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