L’homme qui rétrécit *** de Richard Matheson (1956)

19.09
2005

Titre original : The incredible shrinking man (1956)
traduit de l’américain par Jacques Chambon

Sous l’effet du passage d’un nuage radioactif sur le pont de son bateau, Scott Carey se trouve confronté à une anormalité qui, telle une maladie incurable, le sépare inexorablement de son entourage et de la société : de semaine en semaine, lentement mais sûrement, il rétrécit…

Sans vouloir s’étendre sur les similitudes et les différences entre le roman et son adaptation cinématographique, on remarquera le canevas intelligemment orchestré de l’histoire, balançant le lecteur dès l’incipit de l’élément perturbateur, ce fameux brouillard, à la situation du protagoniste huit mois après, poursuivi dans une cave par une araignée plus grosse que lui, et opérant dès lors ces continuels va-et-vient temporels entre son étrange histoire vécue, ses souvenirs, et les dangers et la peur présents. Par ailleurs, le roman aborde un sujet que le film a tu à l’époque, et pour cause : pour sa survie, le protagoniste a une autre faim qui le taraude mais qu’il garde inassouvie, son désir sexuel, car, rapetissant, il n’en est pas moins homme et recherche un objet de ses désirs plus proche de ses dimensions physiques, soit une baby-sitter adolescente pour commencer, puis une personne de petite taille exhibée dans les foires…

Jamais la science-fiction n’est plus intéressante, à mon sens, que lorsque son sujet lui permet de soulever des questions philosophiques. Car l’originalité de l’aventure tient uniquement ici au changement d’échelle. Il suffit de déplacer son point de vue pour que toute sa vie en soit perturbée. Ainsi, forcément, le roman traite de la perception subjective de la réalité selon la taille de chaque être, et Scott aura beau se raisonner : les objets et les êtres prennent une tout nouvelle dimension pour lui, et pas seulement par leur taille mais mentalement.

 » (…) l’illusion que ce n’était pas lui qui rapetissait, mais le monde qui s’agrandissait ; l’illusion que les choses n’étaient ce qu’elles sont censées être qu’aux yeux de personnes de taille normale. » (p. 22)

La réalité est donc toute relative. Comme d’ailleurs la richesse, l’inégalité sociale, la séduction, lorsqu’on ne fait plus partie de la société…

Avec Je suis une légende du même auteur, d’inspiration certes plus fantastique, mais qui à sa façon opère aussi par un décentrement de point de vue, L’Homme qui rétrécit fait partie de ces grands romans de SF américaine qui interroge l’homme sur sa condition. Un classique.

MATHESON, Richard. - L’homme qui rétrécit / trad. de l’américain par Jacques Chambon. – Gallimard, 2000. – 271 p.. – (Folio SF ; 22)). – ISBN : 2-07-041581-3.
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