L’homme-plume : vingt-six lettres sur la création littéraire ** de Gustave Flaubert

10.10
2006

L’homme-plume, c’est ainsi qu’il se définit au travers de ces vingt-six lettres que je lis et relis sans cesse, un échantillon de 30 années de correspondance entre 1846 et 1876, destinées à Louise Colet, à Maxime Du Camp, à Hippolyte Taine, à George Sand, pour les plus connus. Ces lettres témoignent de ses amours, de ses amitiés, mais surtout deses jugements littéraires et plus encore de son labeur, des affres du style, des corrections qu’il se refuse à faire de sitôt, la réécriture de passages se révélant toujours très difficile, et des irrégularités de son inspiration. Cette correspondance regorge de perles canonisées depuis :

le désintéressement
« Je doute bien souvent si jamais je ferai imprimer une ligne. Sais-tu que ce serait une belle idée que celle du gaillard qui, jusqu’à cinquante ans, n’aurait rien publié et qui, d’un seul coup, ferait paraître, un beau jour, ses oeuvres complètes et s’en tiendrait là ? » (p. 10)
« Je travaille avec un désintéressement absolu et sans arrière-pensée, sans préoccupation ultérieure. » (p. 17)
« Etre connu n’est pas ma principale affaire. » (p. 51)
« Je vise à mieux, me plaire. »

le livre idéal
« Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c’est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style (…) » (p. 30)
« (…) plus l’expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c’est beau. » (p. 31)
« le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses. »

la transe
« C’est une chose délicieuse que d’écrire ! que de ne plus être soi, mais de circuler dans toute la création dont on parle. Aujourd’hui par exemple, homme et femme tout ensemble, amant et maîtresse à la fois, je me suis promené à cheval dans une forêt, par un après-midi d’automne, sous des feuilles jaunes, et j’étais les chevaux, les feuilles, le vent, les paroles qu’ils se disaient et le soleil rouge qui faisait s’entre-fermer leurs paupières noyées d’amour. » (p. 70)

Je m’arrête là, tant j’ai pu souligner de phrases qui résonnaient en moi, ou que j’ai eu plaisir à relire, dans leur contexte, comme de vieilles amies retrouvées. A lire et à relire. Un livre de chevet.

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