Les Technopères : série de 8 tomes * d’Alexandro Jodorowsky (1998-2006)

06.04
2011
  • Scénario : Alexandro Jodorowsky
  • Dessin : Zoran Janjetov
  • Couleurs : Fred Beltran

Le vieil Albinos, suprême technopère, emmène 500 000 jeunes pan-technos vers la galaxie promise, loin de la galaxie maudite, en compagnie de son fidèle petit-animal, Tinigrifi. Il raconte quel fut son destin, une vie caractérisée par l’esprit de compétition et par une violence inouïe dans une société impitoyable. Fils mal-aimé de Panépha, jeune vierge prédestinée à devenir oracle avant d’être violée par trois pirates de races différentes, dont elle aura trois enfants, Albino aspire à devenir créateur de jeux dans une fabrique pan-techno.

C’est ainsi que l’on suit, en parallèle de la progression d’Albino dans les arcanes du pouvoir, le destin mû par le désir de vengeance de la mère d’Albino, de son frère jumeau, qu’elle adore, et de sa soeur jumelle, qui comme lui fut rejetée. Chaque tome ouvre sur une nouvelle « caste » de la société technopère que découvre Albino, ou un renversement de pouvoir et de prisonniers subis par sa mère, son frère ou sa soeur. D’où une redondance qui finit par lasser.

Difficile également de rester insensible à la violence insoutenable qui jaillit à toutes les pages, aux dessins colorisés maîtrisés qui peuvent paraître froids et impersonnels. Le personnage principal fait comme le lecteur l’apprentissage d’un monde sans pitié, où la société de consommation s’est érigée en règle, où les lois du marketing font fi de tout épanouissement de l’être humain. Au contraire plus les jeux l’abêtissent, plus il devient malléable et consommateur :

« Exactement, gamins : avant de créer des jeux, il faut savoir qui va les acheter et comment les embobiner pour qu’ils viennent se prendre dans nos filets de vente. Les citoyens non-technos, autrement dit nos clients, 90% de la population galactique, ne savent pas ce qu’ils veulent, ils sont habitués à laisser les autres prendre des décisions à leur place… Ils sont bêtement contents d’eux… Ils acceptent les coups du sort comme une fatalité… Ils ne font pas de projets par peur des critiques, répriment leur énergie sexuelle ou la gaspillent sans la transformer en acte créatif… Ils vivent au milieu d’émotions négatives, la peur, la jalousie, la haine, la vengeance, l’avidité, la paresse, la colère… Ils paraissent gentils, mais, au fond d’eux-mêmes, ce sont des assassins, et comme ils n’osent pas tuer ceux qu’ils détestent, ils s’autodétruisent petit à petit… Nous devons profiter de leurs défauts et de manière détournée, subliminale, les encourager… Plus il sera un raté, plus le citoyen achètera nos jeux pour se fabriquer artificiellement une vie de jouissance et de triomphes… » (tome 2, p. 29)

Cela ne vous évoque rien ?

De même, Alexandro Jodorowsky va fustiger d’autres impacts du capitalisme : la caste des bourreaux tue ainsi tous ceux qui, amoureux de la vraie musique, s’opposent à la généralisation de la musique industrielle, mais aussi les communautés refusant tout commerce, revendiquant leur droit à vivre des fruits de la nature et de leurs terres.

Derrière ce récit d’apprentissage extrêmement cruel se dessine en filigrane une critique virulente de la société de consommation actuelle et du capitalisme.

  1. La Pré-école Techno (1998)
  2. L’École pénitentiaire de Nohope (1999)
  3. Planeta Games (2000)
  4. Halkattrazz, l’étoile des Bourreaux (2002)
  5. La secte des Techno-évêques (2003)
  6. Les secrets du Techno-Vatican (2004)
  7. Le Jeu parfait (2005)
  8. La Galaxie Promise (2006)

L’intégrale existe à présent :

Les Technopères /Alexandro Jodorowsky, Zoran Janjetov, Fred Beltran. – [Éd.] intégrale, 2008. - Paris : les Humanoïdes associés, 2008. - 406 p. : tout ill. en coul. ; 33 cm. - 978-2-7316-2212-6 (rel. sous étui) : 69 euros.

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