Les empreintes du diable *** de John Burnside (2008)

21.01
2008

cop. Métailié

Titre original : The Devil’s footprints (Ecosse, 2006)

 

Beau, tout simplement

Une légende circule dans la petite ville écossaise de Coldhaven, celle du diable qui l’aurait jadis traversée par une nuit d’hiver, laissant sur son sillage ses empreintes noires, ni animales ni humaines, dans la neige toute fraîche. Un jour, dans la presse locale, un fait divers horrible attire l’attention de Michael Gardiner, qui a toujours vécu dans cette bourgade de pêcheurs : voyant en son époux violent le diable en personne et en ses fils ses successeurs, Moira Birnie tente de le poignarder avant de mettre le feu à sa voiture en rase campagne, ses deux fils avec elle à l’intérieur, mais après avoir pris soin de déposer son aînée, Hazel. Or Moira était autrefois la petite amie de Michael, lequel commence à voir ressurgir les vieux démons du passé, s’interrogeant sur son éventuelle paternité, et surtout se remémorant un terrible secret, celui, enfant, d’avoir assassiné le frère de cette dernière…

Ces quelques lignes suffisent amplement à imaginer combien l’auteur va jouer avec l’attention du lecteur, ménageant son suspens par des va-et-vient temporels. Mais elles ne parviennent pas à évoquer l’immense solitude ressentie par le héros et par ses parents due à la méchanceté et à la bêtise humaines. On en sort triste et révolté, emporté par l’histoire jusqu’à l’achever, l’élan interrompu par quelques pensées, juste ce qu’il faut pour se poser :

« De temps à autre, je trouvais ma mère occupée à des travaux domestiques, en train de cuisiner ou de repriser, ou bien installée sur le palier, à côté de la grande fenêtre qui donnait sur la pointe, devant son chevalet, et je l’observais, témoin silencieux d’une existence qui était à mes yeux un complet mystère. (…) j’étais fasciné par le visage différent qu’elle avait, endormie. J’en étais à cette époque de la première adolescence où tout semblait n’être que gigantesques découvertes philosophiques : le fait que nous sommes foncièrement seuls, l’idée que nous ne nous voyons jamais tels que les autres nous perçoivent, la découverte des mensonges auxquels nous nous livrons, ceux dont nous nous berçons nous-mêmes, pour tenter en vain de tromper le temps, de tromper la mort. Tout est lié ; tout se tient, dans cette philosophie puérile : nous traversons l’existence dans un rêve, vivant une vie et en imaginant une autre, percevant notre propre voix comme personne d’autre ne la perçoit, nous contemplant de l’intérieur tel que jamais personne d’autre ne nous verra. » (…) (p. 97)

« L’autre caractéristique du mariage, c’est qu’il s’agit d’une histoire. Il faut continuellement y ajouter quelque nouvelle péripétie de temps à autre, une ligne par-ci, un paragraphe par-là, des chapitres entiers que les protagonistes, même s’ils ne restent pas jusqu’à la fin de la pièce, pourront toujours partager, indirectement, pendant qu’ils sont sur scène. » (p. 119)

et repartir de plus belle, tout simplement ravi à la réalité par la musicalité de sa prose.

Du même auteur ses autres romans chroniqués dans Carnets de SeL :
BURNSIDE, John. – Les empreintes du Diable / trad. de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard. – Métailié, 2008. – 217 p.. – (Bibliothèque écossaise). – ISBN 978-2-86424-636-7 : 18 €.


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