Les contes de Perrault de Marc Soriano

22.04
2016
cop. Tel Gallimard

cop. Tel Gallimard

Normalien agrégé de philosophie, Marc Soriano (1918-1994) se spécialisa dans l’étude de Charles Perrault et de Jules Verne. Romancier et psychanalyste, professeur de littérature populaire et pour la jeunesse à Bordeaux III et professeur émérite à Paris VII, il publia en 1968 Les Contes de Perrault, culture savante et traditions populaires, où il se propose de répondre à des questions insolubles :

Oui ou non, ce fameux recueil est-il un livre pour enfants ? Si oui, à quel courant pédagogique se rattache-t-il ? Si non, qu’est-il exactement ?

De quelle manière se rattache-t-il à la mode des contes de fées ? Et à la querelle des Anciens et des Modernes ?

Pourquoi Perrault, chef de file des Modernes, se donne-t-il la peine de recueillir ces « contes de vieilles », venus d’un lointain passé ?

S’agit-il de contes réellement populaires ou d’une oeuvre de lettré ?

etc.

Pour analyser les contes en vers et les histoires ou contes du temps passé - Griselidis, Peau d’Ane, Les souhaits ridicules, La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, La Chat botté, Les Fées, Cendrillon, Riquet à la houpe et Le Petit Poucet – Marc Soriano commence par se poser la question de la paternité de l’oeuvre et de ses sources d’inspiration, bien souvent empruntées à la littérature orale ou à la littérature napolitaine de Basile que Perrault adapte très librement (Peau d’Ane en particulier). Marqués par la mentalité d’une époque – le XVIIe siècle – et par la gémellité de l’écrivain, ces contes ne sont pas tant destinés aux enfants que des transmissions d’une mémoire collective. Aussi la misogynie ainsi que l’insuffisance éducative des parents transparaissent dans les textes, parfois grotesques (Les Trois souhaits), d’autres fois truffés d’erreurs et de contradictions. Seul Le Petit chaperon rouge se dégage du lot finalement, seul conte d’avertissement véritablement destiné aux enfants. D’ailleurs ce dernier meurt chez Perrault, et non dans la version des frères Grimm, qui lui substitue le dénouement du Loup et des 7 chevreaux. En outre, il permet des jeux de voix, des mimiques, des répétitions d’expressions importantes qu’hélas certains éditeurs suppriment actuellement : « le petit pot de beurre », « tire la chevillette, la bobinette cherra », « c’est pour te manger »,…. Soriano, abordant l’aspect psychanalytique du conte, assimile alors l’action de « dévorer » à « faire l’amour » (déshabillé de la grand-mère, petit Chaperon rouge dans le lit) et le personnage du loup au père, et donc au complexe d’Oedipe, le cauchemar absolu étant alors désiré, le petit Chaperon rouge souhaitant être mangé (les petites filles réclamant que leur père joue le rôle du loup pour les dévorer).

De quoi nous faire abandonner définitivement l’idée de lire à nos enfants la plupart des contes d’autrefois, notamment Peau d’Ane (l’inceste), Cendrillon (paumée sans les hommes) et La Belle au bois dormant (vierge accouchant de deux enfants durant son sommeil)…

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